Passer au musée de Mulhouse permet toujours se raviver quelques souvenirs. Parmi ceux-ci, l’existence d’un pan méconnu de l’histoire de Bugatti, la marque reine de la collection Schlumpf. Plusieurs modèles montrent que la marque ne s’est pas arrêtée pendant la seconde guerre mondiale et on vous replonge dans l’histoire de ces modèles méconnus à travers 4 épisodes cet été.
Bugatti de 1935 à 1950
Dans les années 30, la marque va plutôt bien. Si la période faste et folle incarnée d’un côté par la Type 35 et ses nombreuses victoires et de l’autre par l’échec de la Bugatti Royale est passée, la Type 55 est une une vraie supercar de son époque tandis que la Type 57 déclinée en cabriolet Stelvio, coach Ventoux et Berline Galibier fait tourner l’usine et le fera jusqu’au début du conflit mondial. On a aussi étudié sa remplaçante, la Type 64 (la noire ci-dessous) mais la mort de Jean Bugatti puis la guerre stoppent le conflit.



Pendant le conflit, la marque s’est repliée sur Paris et a continué de travailler. Quelques projets sont étudiés et, surtout, la Type 73 est dévoilée après-guerre. C’est l’objet de notre premier épisode à retrouver ici :
Cette Type 73 est la dernière voiture d’Ettore qui avait entrepris de former son fils Roland pour qu’il reprenne la marque. Quand Ettore décède en 1947, sans avoir vu sa dernière création présentée, c’est Pierre Marco, ancien pilote et un de ses anciens collaborateurs qui est promu directeur général de Bugatti et forme un tandem avec Roland Bugatti. Le duo est original mais Pierre Marco est d’autant plus important que Roland Bugatti est plus un intellectuel qu’un ingénieur comme l’était son frère Jean.
La Type 100 relance la machine
En 1950 on finalise un prototype. Ce n’est pas encore la Bugatti Type 101, c’est la Type 100 (à ne pas confondre avec l’avion Bugatti-De Monge 100P). Son dessin est réalisé par Louis Lepoix, jeune talent de l’équipe dont le dessin le plus célèbre… est le briquet Bic ! En réalité, cette voiture est une Type 57 recarossée. Son empattement reste le même et son moteur est également repris, seul le carburateur Weber qui remplace le Stromberg et la présence d’une boîte Cotal permettent de dire que la voiture est modernisée.
Côté style, il faut avouer que la parenté avec la Type 73 est plutôt évidente, notamment au niveau de la calandre inclinée, mais on a adopté une ligne beaucoup plus moderne en reliant les ailes avant et le capot.


La Bugatti Type 101 arrive
Cette Bugatti Type 100 va en fait être le prototype des Bugatti Type 101 qui débarque l’année suivante. Par contre, elle restera la seule berline puisque les nouvelles voitures renouent avec des carrosseries plus élégantes, mais selon les canons de l’époque.
Parlons d’abord de la technique. Une fois de plus, la Bugatti Type 101 est basée sur la 57. Nous sommes alors en 1951 et cette dernière a 17 ans. C’est le même âge que la Citroën Traction, elle aussi en production, mais cette dernière compte justement sur sa traction et sa structure monocoque pour être moderne ce qui n’est pas le cas du châssis séparé de la nouvelle venue. La Bugatti Type 101 reprend le châssis de la 57 et le moteur, avec carbu Weber comme sur la 100. Son 3,26 litres atteint 150ch sur les versions atmosphériques. Mais comme sur les 57, des versions à compresseur sont aussi proposées et elles atteignent alors 150ch.

Contrairement aux Type 57, les Bugatti Type 101 ne sont pas proposées avec des carrosseries usine et il faut donc aller les faire carrosser autre part. Ces autos auront donc un point commun : elles sont de parfaits exemples de la ligne Ponton, la modernité de l’époque qui relie ailes et capot avec des lignes de caisse droites courant sur une bonne partie de la voiture.
Gangloff, qui est quasiment un constructeur de carrosseries d’usine, réalise la toute première, un coach bleu (#101454 aussi connu comme #57454, c’est dire !). Le carrossier alsacien réalisera également un cabriolet deux sur la même base stylistique (#101501 et #101503).




Le châssis #101502 est carrossée par Guilloré. C’est la seule exception à la ligne Ponton et on retrouve des proportions d’avant-guerre modernisées.



On poursuit avec une des plus célèbres Bugatti Type 101, 101504. Cette voiture élégante est un véritable coupé et fut réalisée par Antem. C’est probablement la plus belle et elle fut notamment connue pour avoir appartenu à l’acteur Nicolas Cage qui n’aime pas les voitures que sur grand écran. Elle fut proposée à la vente en 2015 et a été vue cette année au Concours d’Élégance de la Villa d’Este.






Un dernier châssis est réalisé, 101506 mais il reste à l’usine. Comme les Royale, il est produit mais pas vendu. Comme son auguste ancêtre, la Bugatti Type 101 souffre de nombreux maux qui la pénalisent. Déjà, le plan Pons n’avantage pas Bugatti en voulant concentrer les efforts de la production nationale sur les petites voitures. Ensuite, la Bugatti Type 101 est extrêmement chère avec ses 3,8 millions de francs. C’est le double de la concurrence et seul son nom l’y encourage puisqu’elle est techniquement dépassée.
Après 5 voitures vendues, la Bugatti Type 101 est déjà oubliée, même si Bugatti tente de se relever.
Épilogue
Après la Bugatti Type 101, l’entreprise retourne alors vers la sous-traitance aéronautique. mais continuera également à produire quelques voitures qui feront l’objet de nos deux derniers épisodes.
L’épilogue de la Bugatti Type 101 intervient encore après la reprise par Hispano-Suiza ! C’est alors que 101506 ressort ! Le châssis a été racheté par un américain, puis un autre, qui le revend finalement à Ghia. C’est la carrozzeria italienne qui va s’en servir pour payer les Virgil Exner (père et fils). La voiture est raccourcie de 46cm et adopte une carrosserie… très Exner. Futuriste, avec des lignes tendues, la voiture se veut une interprétation de ce que serait Bugatti au moment où elle est dévoilée : au salon de Turin en 1965 ! Cela fait alors 14 ans que la Bugatti Type 101 s’est arrêtée mais son histoire n’était pas terminée.

Notez que toutes les Bugatti Type 101, du prototype à la Exner, ont été rassemblées au Musée National de l’Automobile de Mulhouse en 2022. Une réunion rare puisqu’il a fallut réunir les 4 voitures propriété de différents collectionneurs particuliers.
Photos additionnelles : Musée National de l’Automobile et Bonhams







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