Dans l’histoire de l’automobile, on retient les pilotes, les voitures, les circuits mais aussi et surtout les livrées. Gulf, Martini, Marlboro : ces marques ont donné les plus belles livrées qui ont traversé le temps et forgé le mythe du sport automobile. Retour sur plus de 50 ans d’histoire, à la rencontre de ces livrées mythiques qui ont marqué leur époque.

Au sommaire :
Des couleurs avant les livrées
Mais avant d’aborder le sujet de ces livrées mythiques, il faut revenir aux débuts du sport automobile, lorsque les voitures étaient habillées de la couleur de leur nationalité.
Et oui, avant les années 60, en sport automobile, les sponsors n’existaient tout simplement pas. Le côté financier était soutenu par les constructeurs eux-mêmes. Alfa Romeo, Ferrari ou Mercedes finançaient leurs courses avec leurs propres fonds, laissant parfois certains riches pilotes s’engager en tant que privé. En piste, pas de banderoles avec des sponsors et sur les voitures, juste une couleur : celle du pays de la voiture. Il n’existait pas vraiment de livrées.



La raison ? Reconnaître les voitures plus facilement et pouvoir identifier leur nationalité. On retrouvait ainsi le bleu pour la France, le rouge pour l’Italie ou encore le vert pour les voitures britanniques. La seule forme de sponsoring que l’on pouvait retrouver était celle des fournisseurs de pneumatiques ou de carburants, mais ceux-ci ne demandaient pas d’apposer de stickers sur les voitures.
Belgique et Ecosse, le cas des privés
En parallèle des usines, on retrouvait tout de même des équipes privées, dont deux qui ont su s’imposer au début des années 1950. D’abord, évoquons celle connue sous le nom d’« Écurie Belgique ». Mais très rapidement, le Royal Automobile Club de Belgique interdit à la structure d’utiliser le nom du pays. Le fondateur va alors utiliser le nom de sa ville d’origine et l’équipe prendra le nom plus connu aujourd’hui : « l’Écurie Francorchamps ».
L’Écurie Francorchamps est fondée par quatre amis : Jacques Swaters, André Pilette, Charles de Tornaco et Roger Laurent. Si au début ces amateurs faisaient rouler des Talbot-Lago T26C aux couleurs de la Belgique (jaune), très vite ils vont se professionnaliser et aller notamment regarder du côté de la Sarthe. En 1953, la première voiture est engagée : une Jaguar Type C, elle aussi jaune. La même année débute le partenariat avec Ferrari. Le garage Francorchamps devient importateur officiel de Ferrari au Benelux. En compétition, la structure engage ses premières italiennes, à nouveau jaunes, et continue de rouler sur Jaguar pendant quelques années !



À partir de ce moment, l’Écurie Francorchamps devient une référence : les résultats sont bons, avec notamment une troisième place au Mans en 1965 sur Ferrari 275 GTB et une seconde place sur 250 LM, mais surtout c’est la couleur jaune qui est retenue par le public. Elle marque à tel point que le garage Francorchamps sera désormais reconnaissable avec ses Ferrari jaunes durant des années. La première livrée est née et, jusqu’à aujourd’hui, ces Ferrari jaunes sont reconnaissables et chacun sait que derrière ces voitures, c’est l’Écurie Francorchamps qui est aux commandes.



La seconde institution se situe de l’autre côté de la Manche. Les Belges ont instauré la première livrée mythique hors constructeurs, c’est au tour des Écossais de faire de même.
Un an après la création de l’Écurie Belgique, David Murray fonde en 1951 l’écurie « Ecosse ». L’histoire débute cette fois-ci chez un comptable d’Édimbourg passionné par le sport automobile. Murray pour ses débuts décide de se lancer en courses britanniques sur des Jaguar C-Type puis D-Type ; la couleur choisie est le « flag blue », un bleu métallisé qui sera appliqué sur les Jaguar de son écurie.





En 1956, l’équipe est invitée au Mans : sur la grille de départ, plusieurs D-Type d’usine, des Aston Martin et une certaine équipe nationale de Belgique avec leurs Jaguar jaunes. À la fin des 24 Heures, trois Jaguar d’usine ont abandonné et en tête de la course, c’est la Jaguar numéro 4 aux couleurs de l’écurie Ecosse qui franchit la ligne d’arrivée en première position.
Très vite, les Écossais s’imposent comme une référence : Jaguar confie ses voitures en 1957 à l’équipe, qui réalise l’exploit de terminer aux deux premières places du podium lors des 24 Heures du Mans, surclassant ainsi les écuries officielles et s’imposant définitivement comme une référence avec des voitures aux couleurs qui entrent dans l’histoire. En plus des voitures aux couleurs mémorables, ce qui a marqué durant ces années de compétition, c’est l’équipe en général et notamment le camion d’assistance, capable de transporter les trois voitures et lui aussi peint aux couleurs de l’écurie, de quoi ancrer définitivement cette livrée comme une référence.
Les années 60 toutefois ne sont pas faciles pour la marque : le soutien financier de Murray s’amenuise et Jaguar délaisse la compétition. Le « flag blue » reste toutefois une référence et traverse les époques. Le nom Écurie Ecosse va continuer d’exister en Groupe C dans les années 80, ou même au milieu des années 2000 avec Nielsen Racing, qui s’engage sous ce nom mythique.



Mais la livrée bleue des Jaguar réapparaît surtout récemment avec un programme de compétition en Asie, où le team Blackthorn reprend le nom Écurie Ecosse et surtout la livrée mythique. Cette fois, ce ne sont pas des Jaguar qui arborent cette peinture mais une Aston Martin, qui fête les 70 ans de la victoire de 1956 dans la Sarthe.
L’arrivée des sponsors
Jusqu’à la fin des années 60, on retrouvait ainsi, que ce soit en monoplace ou en endurance, des livrées simples qui restent toutefois marquantes : le rouge Ferrari, le vert anglais ou bien les couleurs des équipes privées. Mais en 1968, tout change : Jim Clark disparaît au volant de sa Lotus et Colin Chapman cherche alors des sponsors pour pallier les coûts d’engagement qui commencent à être exorbitants. Il trouve alors un sponsor avec Imperial Tobacco et délaisse le vert anglais pour la livrée aujourd’hui bien connue de la Lotus 49 : rouge, blanc et or, avec le logo de la marque de tabac.


C’est à partir de cet événement, qu’en 1968, la FIA autorise les sponsors à s’afficher sur les voitures, la fin des couleurs uniques approche et l’ère des livrées mythiques s’ouvre. Très vite, les premières voitures aux couleurs des sponsors font leur apparition en course : la F1 voit JPS ou Marlboro s’imposer, tandis qu’en endurance le pétrolier Gulf et le marchand d’alcool Martini s’affirment comme les leaders, apposant leurs noms sur les plus belles voitures de course.






En plus de cela, on le verra, les cigarettiers et vendeurs d’alcool ne sont pas les seuls à avoir eu un impact sur les livrées : certaines marques sont allées plus loin. Inaltera, en 1976, fut le premier à apposer son nom sur la grille de départ d’une course. Avant cela, les équipes portaient s’engageaient en nom du constructeur de la voiture, pas celui du sponsor. En 1976, c’est officiellement une Inaltera qui prend le départ, et ce n’était du jamais vu, le sponsor n’était pas seulement à l’origine de la livrée, il courrait également dans le classement.



Mais Inaltera ce n’était que le début d’un fort attrait des sponsors pour le sport automobile. Certaines livrées sont devenues indissociables des sports mécaniques, de par leur nom. Certaines marques, à l’image de Red Bull, ne se sont pas arrêtées à apposer leur nom sur une voiture : elles sont devenues des constructeurs à part entière, inversant les rôles. C’est aujourd’hui un constructeur automobile qui appose son nom sur la livrée d’un constructeur qui, au début, n’était qu’un sponsor.
Maintenant que ce préambule est posé, rendez-vous dans les prochaines semaines pour évoquer ces livrées mythiques des sports mécaniques avec un épisode par livrée.











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