Casting d’Anciennes : la Cadillac Ambulance de 1959 Ecto-1 dans SOS Fantômes

Publié le par Gilles Chaput

Casting d’Anciennes : la Cadillac Ambulance de 1959 Ecto-1 dans SOS Fantômes

Après des voitures mythiques mais dans des films qui ne sont pas des blockbusters (vous connaissiez Model Shop ? Non, c’est par là), on passe… aux Ghostbusters. Pour les non-anglophones, c’est le nom original du film SOS Fantômes, une comédie qui illustre parfaitement la galère initiale de ses protagonistes avec la Cadillac Serie 62 Ambulance « Ecto-1 ».

Le film en bref :

Réalisé aux USA par Ivan Ratman en 1984
Durée : 1h 45mn
Couleur
Thème musical : Ray Parker
Genre : comédie
Production : Black Rhino Productions, Columbia Pictures
Les acteurs : Dan Aykroyd, Bill Murray, Harol Ranis, Sigourney Weaver.

Synopsis :

Trois scientifiques pratiquent des recherches dans le cadre d’un programme soutenu par des crédits universitaires. Mais le manque de pédagogie dont ils font preuve, le peu de résultats concrets des études confiées, stoppent net leurs emplois. Chômeurs, ridiculisés, les trois ingénieurs quittent le campus en embarquant les travaux en cours et le matériel spécialisé en phénomènes paranormaux. C’est en cette période de disgrâce que la ville de New-York subit l’intrusion maléfique d’étranges créatures, réclamant des experts pour agir vite !

La voiture vedette :

Le mythe Cadillac ne se résume pas aux voitures prestigieuses de l’après-guerre. En 1902, Henry Leland participe au rachat de la « Détroit automobile company ». Spécialisé dans la fabrication de machines et d’outils de précision, Leland ambitionne de construire une automobile, repérant le potentiel d’une industrie prometteuse. Le nom de la firme Cadillac fait l’unanimité au sein du conseil d’administration, en hommage à l’explorateur français Antoine Laumet, de la Mothe Cadillac. Si Leland garde la volonté de produire du matériel de qualité, curieusement les débuts de la Cadillac motor car company, vise des voitures…. populaires et bon marché ! La suite de l’aventure se concrétise sous l’impulsion d’une production en masse avec les chaines d’assemblages issues des brevets Ford.

Revenons à l’ âge d’or du constructeur, avec ce modèle de 1959 : Des mensurations XXL, c’est quoi ? Une automobile de 5,71m de long, 2,06 m en largeur, il faut le gigantisme débridé des américains pour l’envisager en usage quotidien ! A cela ajoutons une carrosserie « gargantuesque », capable d’avaler l’asphalte malgré des allures de Boeing, dont l’embonpoint ne freine pas l’envol ! Dans les années cinquante, le constructeur récolte les fruits de son exigence : le catalogue élitiste propose des autos luxueuses, puissantes et fiables.

Le modèle 1959, décliné en différentes carrosseries dont le Coupé de Ville qu’on avait essayé, s’équipe de vitres électriques, d’une climatisation et d’une banquette réglable depuis un simple interrupteur. Un parebrise panoramique qui déborde légèrement sur la casquette de toit, complète l’extravagance des formes. Le tableau de bord se modernise, avec des arrondis insérant le compteur linéaire. Des ouïes d’aération s’avancent à hauteur du volant, comme des satellites greffés sur le plan vertical. Un bandeau métallique peint occupe la partie inférieure, mais coiffé d’un matériau synthétique, il équilibre parfaitement l’ensemble du combiné d’instrumentation. Enfin, le cercle fin du volant et les ajouts chromés participent à l’élégance générale.

Côté motorisation, c’est le V8 de 6,3 litres de cylindrée des générations précédentes, qui est implanté sous le capot interminable : il délivre 325 ch, appuyé sur un vilebrequin à 5 paliers et rythmé par des soupapes en tête avec poussoirs hydrauliques. De série, un carburateur 4 corps officie à l’admission, le tout secondé d’une boite de vitesse automatique, la hydra-matic à 4 rapports, déjà présente avec option dès 1941. Quatre freins tambours à ailettes assurent un freinage mordant en utilisation normale, vite dépassés lors d’usages répétés du fait d’un refroidissement insuffisant.

Mais voici la carte maitresse d’un véhicule hors normes : le confort, la douceur de conduite sont inégalés en 1959. La Cadillac transporte ses passagers dans une ambiance veloutée, sans décibels ou bruits de roulements, ce qui représente une prouesse pour un véhicule massif. Taillée pour les grands axes routiers, la Cadillac Serie 62 affiche une stabilité faisant oublier sa démesure. Par contre, les routes secondaires ou nationales sont contre indiquées : l’auto devient encombrante, la conduite se complique lorsqu’il est nécessaire de s’adapter aux courbes de la route et à ses dénivelés !

La voiture dans le film

Sur une base de véhicules Station Wagon, le break, le carrossier Miller Meteor modifie l’équipement intérieur afin de proposer des véhicules mixtes en adaptant le matériel embarqué : les fonctions présentes au catalogue visent le marché des ambulances et le transport funéraire.

Mais pourquoi une telle démesure ? Dans le contexte des années 50, l’aéronautique est source d’inspiration pour les designers. La Cadillac modèle 59 oblige les stylistes à compenser une ligne de caisse plongeante, nécessaire pour conserver l’inclinaison des portes avants et arrières. Les extensions d’ailes de la version wagon s’appuieront donc sur le volumineux fuselage, dessiné comme un réacteur !

Autres caractéristiques : la suspension intégralement pneumatique, était disponible en option pour l’entrée de gamme, en série sur l’appellation Brougham. Mais l’air sous pression, via des tuyauteries de cuivre, accusait des faiblesses d’étanchéité : l’ensemble réclamait une maintenance trop fréquente. Ainsi, la plupart des propriétaires, ensuite les collectionneurs, optèrent pour un système d’amortissement conventionnel, plus fiable.

En suivant le scénario du film, les productions Universal chargent Ray Stance de trouver un véhicule adapté. Avec 4800 dollar à l’achat, la Cadillac est mal en point : de nombreuses réparations sont indispensables pour reprendre la route et répondre aux prises de vues des séquences où l’auto est sollicitée !

Une anecdote de tournage révèle des dépassements d’horaires et des scènes supplémentaires tournées devant les pannes répétées de la Cadillac : par exemple, la circulation dut être interrompue sur le pont de Brooklyn, occasionnant un mémorable bouchon… Quant aux accessoires, la liste prévue intègre des supports coulissants, un pack à protons, un piège à fantômes et des gadgets non définis : Ecto-1 prend forme, mais déjà lourde de 2,3 tonnes, la Cadillac frôle les 3 tonnes avec toute sa panoplie.

Cela ajoute une contrainte lors du tournage, la voiture devenant plus difficile à conduire du fait des transferts de masse ! La voiture atypique choisie contribue cependant aux aspects extravagants du scénario auquel Dan Akroyd a participé. Puissante, avec des dimensions XXL, elle vole au secours des newyorkais envoutés par des créatures para-normales. Auréolée de lampes volumineuses, elle déchire l’obscurité de son blanc étincelant, similaire aux ambulances médicalisées. Bien sur, il ne faut pas oublier les badges de fantômes interdits de présence, marque de fabrique devenue iconique pour de nombreux fans du film…. et une bande son au succès international !

Au volant avec Bill Murray

Il n’est pas le seul à conduire un véhicule de service, équipé pour transporter les outils indispensables à la chasse aux fantômes. Les trois associés se succèdent au volant de la Cadillac, transformée en véhicule de secours lors des interventions urgentes. Mais son personnage est central dans ce film où l’humour décalé projette le scénario « fantastique » vers une comédie qui va rencontrer un succès international.

Son franc parler, sa nonchalance et le peu de convictions qu’il prête aux théories scientifiques de ses amis, condensent l’esprit du film : débutant par une vaste escroquerie, l’histoire fait évoluer un groupe marginalisé vers des comportements héroïques. Ce récit qui séduit toute une génération, est porté par une construction inventive mais également par une automobile sortie des mémoires que les gadgets propulsent sur le devant de la scène !

Au cinéma, en 1984, le début des images de synthèses, le recours au numérique, laissent penser que tout est possible en matière de réalisation. L’audace de certains créateurs, selon l’exemple de SOS fantômes, démontre comment un sujet peut être en phase avec son époque.

Un cas d’école incite toujours à appliquer une recette, ainsi trois opus seront proposés au public : en 1989 la célèbre Cadillac 1959 reprendra du service pour le bonheur des fans avant d’être remplacée pour le reboot en 2016 par une Fleetwood Station Wagon de 1983. Elle seule symbolise les aventures d’un groupe d’apprentis sorciers, sans le sous, mais auteurs d’inventions géniales en quête de reconnaissance.

SOS Fantômes est disponible sur HBO Max, disponible en France sur plusieurs plateformes.

Gilles Chaput

Passionné de véhicules anciens et de Cinéma, Gilles vous propose régulièrement ses chroniques "Casting d'Anciennes"

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