Casting d’Anciennes : La MG TD dans « Model Shop »

Publié le par Gilles Chaput

Casting d’Anciennes : La MG TD dans « Model Shop »

Après un film français récent et une voiture française, la Caravelle de Comme des Frères, on repart dans le passé. Il y a plus de 50 ans, Model Shop était une production franco-américaine qui mettait en scène une anglaise très répandue aux USA qui servent de décor : c’est la MG TD.

Le film en bref :

Production franco-américaine de 1969
Réalisateur : Jacques Demy
Durée : 1h25
Genre : drame/romance
Couleur
Musique : Spirit
Production : Colombia pictures
Acteurs : Anouk Aimée, Gary Lockwood, Alexandra Hay.

Synopsis :

Installé à Los Angeles, George est architecte de formation, en quête d’un projet qui répondrait à ses ambitions de bâtir des structures innovantes pour un habitat sensé et cohérent. Refusant des postes jugés dégradants, le manque de revenus l’oblige à rembourser ses créanciers. En 48 heures, des évènements involontaires vont pousser le jeune homme à faire des choix, prendre des décisions concernant des sujets dont il reportait négligemment les échéances. La ville de Los Angeles, étendue sur la côte ouest devient le théâtre de doutes, d’engagements contrariés, matérialisés par un roadster sportif qui erre le long des grandes avenues.

La voiture vedette :

MG pour Morris Garages, est une entreprise créée en 1924 sous l’impulsion de William Morris. L’objectif visé est de concevoir des voitures de sport pour s’illustrer dans les grandes compétitions internationales. La première à voir le jour est la « old number one », mise au point par Cécil Kimber qui adopte le cahier des charges d’une auto sportive légère, rapide et amusante à conduire.

Plus accessible, La MG Midget M rencontre un véritable succès et contribue à l’essor de la marque. William Morris élargit alors la gamme de ses produits : d’abord secondée par la marque française Hotchkiss, son entreprise est en capacité de fabriquer les modèles sportifs qu’il affectionne, mais également des berlines confortables, motorisée avec des 6 cylindres, comme la Morris Oxford sixteen de 1935. Auréolée des prestigieuses victoires par catégories aux Mille Miglia et par classe aux 24h du Mans de 1934, une certaine MG K3 Magnette va propulser le constructeur britannique sur le devant de la scène.

Pour notre modèle, la MG « midget » TD est la remplaçante de la TC, évolution d’une série débutée avec la TA, conçue pour implanter des motorisations à quatre cylindres. Il s’agit également de relancer les productions de l’usine d’Abingdon : un nouveau châssis, développé à partir de la berline type Y, se caractérise par l’apparition d’une suspension avant à roues indépendantes. Des ressorts hélicoïdaux remplacent ceux à lames. Les roues à fil sont retirées et cèdent la place à des jantes en tôle. Enfin, afin d’affirmer des évolutions technologiques, une direction à crémaillère succède à celle munie d’un boitier.

Décidé à rester implanté aux USA, MG propose pour la première fois la conduite à gauche sur son véhicule phare. La production couvre 1950 jusqu’à 1953 avec un total de 29915 exemplaires. John Thornley, alors gestionnaire de service, adapte la TD aux normes américaines avec des pare chocs homologués, un avertisseur sonore et une tenue de route sécuritaire : la rigidification du châssis consiste en l’ajout d’un arceau interne en acier, sous le tableau de bord. Une autre particularité est spécifique aux MG TD, il s’agit de la structure des planchers dont le cadre est en bois, serti de métal ! Au moment des restaurations, de nombreuses heures seront indispensables pour rénover l’ensemble…

La motorisation implantée est le XPAG de 1250 cm³ délivrant 55cv à 5200 tours/minute. Sur la balance, les 885 kg participent à la vélocité du roadster, pour des mesures raisonnables : longueur de 3,68 m et largeur de 1,49 m. La propulsion arrière conservée depuis les TC est l’argument sportif indissociable de la marque, l’auto étant très amusante à piloter avec ses survirages en conduite soutenue.

La voiture possède, même en ce début des années 50, un charme désuet qui rappelle évidemment les voitures de l’avant-guerre. Et au volant ?

La voiture dans le film :

George Matthews a des dettes, ce que vient lui rappeler au petit matin un employé d’une agence de crédit, déterminé à saisir l’automobile selon une procédure de droits lorsque les mensualités ne sont pas versées. Tenant à conserver l’usage d’un roadster des années 50, idéal pour circuler dans la mégapole de la côte pacifique, George doit réunir la somme exigée. Au volant de la MG, le jeune architecte sans salaire parcourt la ville en plein essor démographique, portée par le mouvement de contre-culture hippie. George s’arrête à plusieurs reprises au domicile ou sur le lieu de travail d’amis, collectant l’argent à remettre.

Malgré des propositions de travail, l’ultimatum de sa compagne qui se lasse d’un sens des priorités peu compatible avec la vie de couple, George concentre ses recherches du jour dans le seul but de garder sa MG.

A partir du second tiers du film, Jacques Demy développe le thème qui constitue sa trilogie cinématographique depuis « les parapluies de Cherbourg ». Lola, héroïne du second volet, vit donc aux Etats Unis : depuis sa séparation, elle n’a qu’un seul désir, retourner en Europe pour rejoindre son fils de 13 ans. Le scénario fait croiser deux destins, réunis par le fait du hasard mais dans une dynamique diamétralement opposée. George suit donc une silhouette de femme qui retient son attention, en découvrant au fil de la journée qu’elle gagne sa vie en posant pour des photos de charme.

Comme il n’est pas question de dévoiler le contenu du récit, posons simplement les repères de l’intrigue. Ce sont d’ailleurs les éléments clés qui vont attribuer à une automobile, une fonction surprenante. Lorsque George apprend par ses parents qu’il a reçu son ordre de mobilisation pour la guerre du Vietnam, le choc de cette injonction opère une sorte de réveil, de prise de conscience. La relation qui devient intimiste avec Lola, fait naître des sentiments, un attachement à son prochain et des affects dont il ignorait la puissance et les valeurs.

Un cheminement contraire relie deux êtres étrangers l’un à l’autre, mais qui, soumis à l’urgence d’enjeux vont se rapprocher afin de s’extraire d’un isolement néfaste. La MG qui représente un bien matériel, un objet monnayable, va se transformer en une espèce de passeport inespéré.

Au volant avec Gary Lockwood :

Dans model shop, George Matthews a le gout de l’esthétique. Ses études d’architecte, disciplines rigoureuses et scientifiques, ont développé un sens de l’observation, du détail. Son véhicule est atypique dans la circulation de Los Angeles, mais correspond à sa prédilection d’associer le fonctionnel à l’élégant. Pour illustrer ce trait de personnalité, la scène où George suit une femme jusqu’à une riche demeure, est révélatrice : alors qu’il cherche des renseignements sur cette mystérieuse inconnue, il observe le panorama depuis le quartier résidentiel, construit sur les hauteurs de la ville. Tel un photographe, il capte les reliefs de la cité, parvenant à substituer à une concentration urbaine artificielle, des lignes harmonieuses d’arabesques équilibrées.

Au volant de son cabriolet, George témoigne de ce sens artistique. S’il décide de suivre une femme anonyme, c’est parce que son regard est attiré par l’élégance de sa démarche. Installé aux commandes, il actionne la radio qui diffuse les compositions modernes des SPIRIT ou des thèmes de musique classique, comme pour souligner ses états d’âmes.

Pendant de longues séquences voulues par Jacques Demy, la MG TD parcourt les avenues interminables de Los Angeles. A son volant, George est en quête d’une place à prendre, dans tous les sens du terme. Ses arrêts, ses hésitations, similaires aux craintes de perdre sa voiture, témoignent de rêves contrariés et font échos à une époque où la jeunesse idéaliste se heurte aux diktats de ses ainés. Au moment du récit le plus chaotique qui le déstabilise, George va s’affirmer, prendre une décision le rendant acteur d’un engagement qu’il voudrait durable…

Model Shop est disponible sur Canal VOD contre 2,99€.

Gilles Chaput

Passionné de véhicules anciens et de Cinéma, Gilles vous propose régulièrement ses chroniques "Casting d'Anciennes"

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