Casting d’Anciennes : La Renault Caravelle 1100 S dans « Comme des Frères »

Publié le par Gilles Chaput

Casting d’Anciennes : La Renault Caravelle 1100 S dans « Comme des Frères »

Après la prestigieuse Porsche 912 de « Le Départ » retour à une voiture française, une vraie populaire qui devient un véritable personnage du film au sein d’un casting pourtant relevé. C’est la Renault Caravelle 1100 S dans « Comme des Frères ».

Le film en bref  :   

Réalisé en 2012
Réalisateur : Xavier Gélin
Couleur
Durée : 1h 33
Bande originale : le groupe REVOLVER 
Les acteurs  :  Les acteurs : Xavier-François Demaison, Nicolas Duvauchelle, Pierre Niney, Mélanie Thierry

Synopsis :

Boris, Elie et Maxime ne sont pas de la même génération, mais partagent une relation affective avec une amie commune. Un voyage prévu avec ses trois compagnons revient à l’ordre du jour sous forme de vœu à réaliser, souhaité fortement par celle qui vient de disparaitre prématurément.

Malgré des traits de caractères opposés et quelques écarts d’âges, les jeunes hommes s’entendent pour mener à bien ce déplacement jusqu’en Corse, lieu particulièrement investi par leur amie : elle projetait d’en faire des moments de partages supplémentaires. Comme une trame déjà construite, d’autres liens vont se tisser au sein du groupe embarqué dans de nouvelles péripéties.

La voiture vedette :

D’abord baptisée Floride, le cabriolet s’insère dans la gamme Renault à partir de 1958. Le constructeur a très longtemps privilégié les voitures pratiques et polyvalentes. Jugeant onéreux la conception de ce type de modèles, la marque au losange a attendu un phénomène de mode pour les roadsters doublé d’un marché potentiel avec les Etats Unis, avant de franchir le pas. La ligne du prototype exige une carrosserie capable de rivaliser avec la concurrence : le designer Italien Pietro Frua est en charge du projet, en sous traitance du leader Ghia.

Renault se charge du châssis et de la motorisation, par soucis de rentabilité c’est la Dauphine qui va fournir la majorité des pièces. Le dessin se doit d’être séduisant pour une automobile visant l’agrément de conduite des cabriolets stylés. Cependant, pourvue des moteurs Ventoux délivrant 40ch, la Floride s’adresse aux amateurs de loisirs en écartant d’emblée une clientèle en recherche de performances. Au catalogue figure une version coupé en plus du cabriolet, l’argument commercial principal misant sur le dessin des lignes en rapport avec le carnet de commande américain.

A l’épreuve de la route, le rêve du nouveau monde va faire pâle figure : si la Floride correspond à une attente, le volume d’autos exportées ne résiste pas au réseau des highway. Les longues distances viennent à bout de la fiabilité par manque d’endurance, un stock de voitures invendues nécessitera même un rapatriement en Europe. Là, elle va évoluer et la Caravelle arrivera bientôt.

LA VOITURE DANS LE FILM :

Il est intéressant d’observer comment le véhicule est inséré dans la narration. La première partie laisse évoluer des sujets bien ancrés dans leur époque : technologie embarquée à la pointe, poste de cadre exercé par l’ainé du groupe matérialisant sa réussite professionnelle avec l’acquisition d’une voiture haut de gamme. Le réalisateur brouille cependant vite les cartes : les pertes de repères se succèdent, les imprévus s’enchaînent et le décor dessiné autour d’un trio d’hyperactifs fond très vite pour s’approcher de la vérité des sentiments.

Le confort d’une puissante limousine taillée pour de longs trajets, cède la place à une vieille voiture poussive, bruyante, contraignant ses occupants à quitter l’autoroute par mesures de sécurité. Ce thème, souvent proposé, a la volonté de rompre un rythme, un élan que l’on pensait acquis. Un voyage de plusieurs heures devient un road movie ponctué d’étapes et de rencontres multiples avant de rejoindre les côtes escarpées du paysage Corse.

La Renault Caravelle endosse le rôle d’un élément involontaire conditionnant la suite du récit. Le SUV luxueux ne parvient pas à remplir sa mission, c’est au contraire une automobile anachronique, presque inadaptée, qui va imposer de nouvelles règles. La cohabitation des trois jeunes hommes est de plus en plus étroite, faisant naître des rapprochements au-delà des contraintes physiques. Le trajet initial, banalisé par les outils modernes, se transforme en épreuve d’endurance. Là aussi, le choix d’une automobile ancienne vient s’immiscer dans l’histoire pour bousculer les valeurs temporelles.

La destination s’efface au profit du voyage, l’objectif de répondre aux vœux d’un être cher s’enrichit de liens et de complicités qui vont fédérer des existences fragilisées. L’apparence clinquante de prouesses technologiques se dissipe pour revenir à des points fondamentaux : une mécanique rustique peut s’avérer fiable et mener à bon port. La promesse faite de continuer de nourrir des sentiments communs ouvre les portes d’une amitié naissante, donnant du sens à des instants partagés, presque volés à une course planifiée à l’avance.

AU VOLANT AVEC FRANCOIS-XAVIER DEMAISON :

Passer des commandes d’une auto récente de marque prestigieuse à un roadster des années soixante, n’est pas une mince affaire. La direction et l’adhérence des roues avant de la Caravelle donnent l’impression d’un flottement constant. A l’époque, certains propriétaires chargeaient des sacs de sable ou des parpaings afin de lester le train directionnel de la Renault. Les pédales au plancher, réclament un temps d’adaptation, d’autant plus que le maniement du levier de vitesse doit composer avec une tringlerie peu précise.

Le freinage a besoin d’être anticipé car les quatre disques ne stoppent pas immédiatement un cabriolet pourtant léger. Sa ligne séduisante attira des clients, mais son usage répété sur les voies rapides altéra sa fiabilité. Il n’existe donc qu’une possibilité : rouler sur les départementales, oublier les motels impersonnels et s’affranchir d’un trajet qui demandera plusieurs jours. Les pique-niques improvisés coordonnent le rythme de l’homme avec celui de la machine : le moteur a besoin de refroidir quand les passagers redécouvrent les bienfaits des haltes régulières.

Aucune distraction avec la surenchère des écrans multi-fonctions : lorsque la radio veut bien se caler sur une fréquence audible, la musique diffuse des sons saturés dans tout l’habitacle, rendant superflu l’isolement feutré des écouteurs individuels.

Les manettes du tableau de bord sont réduites à l’essentiel : commande des essuie-glaces, de la ventilation, du klaxon. Mais il est prévu des aumônières, espace de rangement en bas des portières et à hauteur de l’arrondi du passage de roues. Autre époque, autres outils : les indispensables cartes routières conditionnaient le bon déroulé du voyage. Là aussi, il fallait stopper la voiture, consulter les différents itinéraires avant de tomber d’accord sur la route à suivre, aidé des bornes kilométriques et des panneaux Michelin.

A propos du contexte de production de la Caravelle, figure l’essor du marketing, moyen supplémentaire pour mettre en valeur un objet de consommation en suscitant l’envie d’en devenir acquéreur. Brigitte Bardot contribua à la popularité du cabriolet en l’utilisant quotidiennement dans les rues étroites de Saint Tropez : se prêtant au jeu de la célébrité, de nombreuses photos témoignent de l’art publicitaire assumé par la vedette.

La nostalgie n’explique pas tout : si la Renault Caravelle suscite actuellement l’intérêt des collectionneurs, c’est parce que le cabriolet au losange (il y en a assez peu chez le constructeur français) est une authentique auto populaire, facile d’utilisation et d’entretien. Sa côte est encore raisonnable, ce qui représente un argument incontestable pour accéder à un plaisir simple.

Comme des Frères est visible sur MyCanal (abonnement requis) par ici.

Comme des Freres 7-

Gilles Chaput

Passionné de véhicules anciens et de Cinéma, Gilles vous propose régulièrement ses chroniques "Casting d'Anciennes"

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