Un passage au Musée de l’Automobile de Mulhouse permet de se rappeler que la marque Bugatti n’est pas une marque exclusive de l’avant-guerre. Cet été on vous replonge dans les différents projets qui ont tenté de relancer la marque de Molsheim avant sa disparition. On arrive à notre dernier épisode, consacré à la Bugatti Type 252.
Trois tentatives, trois échecs
Petit rappel des épisodes précédents. Depuis 1936, Ettore Bugatti avait passé la main à Jean Bugatti. Quand ce dernier décède en 1939, il doit revenir aux affaires et se met à former son fils Roland. Pendant la guerre, la marque se replie à Paris et travaille à quelques projets automobiles.
Le premier d’entre eux à se concrétiser, c’est la Bugatti Type 73, avec un nouveau moteur et des ambitions qui vont de la voiture de route à la voiture de compétition. Ettore Bugatti décède juste avant que la voiture ne soit révélée et celle-ci est vite oubliée et ne sera jamais produite en série.
Trois années passent et débarquent ensuite les Type 100 et surtout la Type 101. Avec ce modèle, on a de plus grandes ambitions puisqu’on démarre vraiment une production de série. Seul problème, la voiture est en fait un rhabillage d’un ancien modèle et le succès n’est clairement pas au rendez-vous.
Après quelques études, Roland Bugatti et Pierre Marco décident de revenir avec un projet qui œuvrera surtout pour l’image de la marque. Avec la Bugatti Type 251 on veut s’engager en Formule 1 et on va même le faire avec une voiture très révolutionnaire. Malheureusement, cette aventure aussi tourne court.
La Bugatti Type 252
Après la F1, retour aux voitures de route. Si la Type 251 s’appuyait sur son moteur 2,5 litres pour son nom, la Bugatti Type 252 joue la continuité. Jusque là, les tentatives de relance s’étaient faites avec des voitures de grand luxe, fidèles à l’image de la marque avant-guerre. Avec cette auto on est parfaitement dans l’air du temps.
Nous sommes en 1957 et à cette époque le roadster sportif est à l’honneur. Ce sont évidemment les anglais qui ont dégainé les premiers et on peut alors acheter une MGA, une Triumph TR3, sans parler des Morgan. Des voitures qui sont prisées des jeunes, qui ont des performances commerciales particulièrement intéressantes aux USA et qui ont aussi l’avantage d’être les reines des courses de club. En bref, ce segment intéresse au-delà même des anglais puisque (à la demande de Max Hoffman), la Porsche 356 Speedster veut sa part du gâteau, l’Alfa Romeo Giulietta Spider tente de raccrocher les wagons tandis qu’en France l’Alpine A106 joue aussi la carte du cabriolet.
Bref, on lance le développement de cette Bugatti Type 252 en 1957. Comme pour les précédents projets, on a peu de moyens mais des ambitions. Par contre, on a appris des erreurs précédentes. Contrairement à la Type 101, on va faire du neuf, du totalement neuf.
Niveau moteur on va tester plusieurs solutions, toujours en 4 cylindres. La première, c’est en reprenant la moitié du moteur de la Type 251 créé par Gioacchino Colombo, un moteur poussé avec 16 soupapes et des ressorts en épingles qui doit sortir 120ch.

Quand la 251 voulait faire courir en F1 une Bugatti avec essieu avant rigide et pont De Dion à l’arrière, la Bugatti Type 252 fait appel à des jambes McPherson et entre donc dans le monde moderne avec une voiture à roues indépendantes. C’est pas trop tôt, mais cette étude du châssis tubulaire n’est véritablement prête qu’en 1959. On avance doucement.
Finalement, l’auto est prête à rouler. La Bugatti Type 252 est autant un prototype de développement qu’un démonstrateur qu’on présente aux investisseurs. Il ne faut pas qu’une voiture, il faut des moyens pour relancer la marque et ça n’a pas échappé au duo Roland Bugatti – Pierre Marco.
D’ailleurs, pour exposer la voiture, on a soigné son esthétique et fait appel à un styliste italien. Ce n’est pas une carrozzeria qui est à l’œuvre mais Michelotti qui est particulièrement à l’aise avec ces créations puisqu’il a réalisé le dessin de plusieurs Triumph.



La voiture, et en particulier le moteur, connait son lot de souci de développement. Pierre Macoin termine souvent ses essais en rade le long des routes. Pour éviter toute mauvaise publicité, le moteur est transféré dans la caisse de la Bugatti Type 73 pour continuer son développement. On testera différentes versions après le « demi 251 ». La seconde utilise des ressorts de soupapes classiques avec la chaîne de distribution à l’avant, puis à l’arrière.
Quand la voiture est enfin finalisée en 1962, on a épuisé les crédits.
Epilogue
En parallèle de l’étude de la Bugatti Type 252 on a étudié le Type 253 à partir de 1960, qui améliore en fait le moteur passé à 1568cm³. Il est placé dans un châssis en partie tubulaire et habillé d’un semblant de carrosserie. Malheureusement, au cours des tests, la voiture finit dans un arbre et on arrête son développement.



Bugatti a alors définitivement épuisé ses ressources. La marque est revendue à Hispano-Suiza et les ateliers de Molsheim sont définitivement utilisés pour l’industrie aéronautique. La marque Bugatti sera rachetée dans les années 80 par Artioli qui relancer la machine avec l’EB110.
Concernant les Bugatti Type 252 et Type 253, elles atterrissent finalement en Alsace « du sud » dans la collection Schlumpf. C’est ainsi qu’on peut découvrir la 252 encore de nos jours avec sa belle carrosserie Michelotti et, forcément, une belle couleur bleue. Si elle n’est pas tout le temps exposée, on a pu la voir en dehors du musée lors d’Epoqu’Auto 2009 ou encore des Classic Days 2016.



Seulement son moteur n’est plus dans la voiture. Il a atterri entre les mains de John Barton, un collectionneur anglais spécialiste des Bugatti et des Facel Vega. C’est justement en utilisant des éléments de Facelia qu’il réalise une réplique de la Bugatti Type 252.
Côté carrosserie, il prend des libertés par rapport au dessin de Michelotti et aime à déclarer que si la voiture était rentrée en production elle aurait été comme ça. La calandre est ainsi réduite en taille, le capot raccourci et les feux arrières sont empruntés à une Simca Aronde 1300. Cette Bugatti Type 252 roule, en France également et c’est lors de la JNVE que Morgan l’a croisée dans la Vienne au Printemps.



Notez qu’un autre réplique de Bugatti Type 252 a été réalisée. Construite entre 2018 et 2022 aux USA par Gene Ponder, elle a un volant à gauche ! En réalité, il s’agit d’une Jaguar XK120 de 1952 entièrement recarossée. Par conséquent, aucun élément n’est d’origine ce qui ne l’a pas empêchée d’être vendue contre 253.000 $ en 2022 sous le marteau de RM Sotheby’s !





Avec cette Bugatti Type 252, on termine notre série estivale dédiée aux Bugatti de l’après-guerre.
Photos : Automobileweb et Wheelsage



JULLIAN
Une bien belle saga ! Félicitations pour votre travail qui m’a passionné dans un moment très difficile.
Merci beaucoup Dominique
· · 6 août 2025 à 13 h 35 min
humble5862075f22
Intéressant cet article sur la fin de Bugatti!
· · 6 août 2025 à 18 h 21 min
Olivier Gateau
Très bien ces articles sur Bugatti d’après guerre !
· · 12 août 2025 à 22 h 29 min