Concepts et Études, ép. 69 : la GS Camargue, une idée bien étudiée

Publié le par Benjamin

Concepts et Études, ép. 69 : la GS Camargue, une idée bien étudiée

Tous les concept-cars ne sont pas arrivés sur nos routes. Pour certains, c’est une bonne chose, pour d’autres, c’est dommage. Certains ne visaient même pas ce but ultime mais avaient d’autres buts. C’est peut-être d’ailleurs le cas de celle qui nous intéresse aujourd’hui, la GS Camargue, qui nous replonge dans les années 70, à un moment charnière pour le constructeur.

Le coupé chez Citroën

Comme beaucoup de constructeurs généralistes, français notamment, le coupé fait partie de l’histoire de la marque. Du côté des chevrons, on parle notamment des « faux-cabriolets » sur les C4, C6, Rosalie et Traction. Avec une gamme finalement réduite dans les années 60, pas question de faire des coupés de série des petites Citroën à bicylindre (même si certains le feront). Finalement, on ne trouve pas de coupé officiel non plus puisque la DS ne sera déclinée qu’en cabriolet au catalogue. Certes, des coupés existent. Chapron en produit et d’autres préparateurs et « tronçonneurs » en créent durant la carrière de la reine de la route.

Tout change en Mars 1970 avec l’arrivée de la Citroën SM. On la retient pour son moteur d’origine Maserati, sa ligne extraordinaire et son confort puisqu’elle reprend le système hydraulique des « grandes » Citroën. Si elle reprend une partie de la base technique de la DS, c’est plus une adaptation qu’une déclinaison. Par conséquent, la SM ne peut être rangée dans la gamme d’aucun modèle classique du constructeur.

Quand la GS débarque au salon de Paris en 1970, quelques mois après la SM, aucun coupé n’est prévu au catalogue. Le coupé restera donc une affaire de Grand Tourisme dans la gamme.

Bertone a des idées

En ce début des années 70, la carrozzeria Bertone est au top (son histoire est ici). On inaugure un nouveau site de développement mais aussi de production. Pour le premier but, la création stylistique, aucun changement. Bertone continue sur sa droite ligne de la fin des années 60 avec des voitures aux lignes tendues… surtout au niveau des concepts. La Lancia Stratos Zero est dans cette veine. Par contre les voitures produites sont souvent plus sages, même si les rondeurs ont disparu. Le concept de la Lamborghini Countach est une exception (dévoilé à Genève en 1971 et mis en production en 1974).

Par contre l’usine de Grugliasco (près de Turin) est une vraie usine pensée pour produire des voitures en petite série en venant soulager les lignes de production bien chargées des constructeurs généralistes. Il faut donc aller chercher des clients ce qui entraîne une multiplication des concepts avec des bases plus ou moins originales : Buggys Matra et Chrysler ou BMW 2002 Ti Garmisch.

La Citroën GS Camargue débarque

Au Salon de Genève 1972, deux après la SM, c’est un nouveau coupé qui est donc proposé sur l’événement suisse, sur le stand de Bertone : la Citroën GS Camargue.

Il est bien difficile de faire un lien stylistique avec la GS. Les lignes sont tendues en effet, dans le style de Bertone de ces années là. On retrouve un capot large avec des feux placés sur une surface plutôt plane à l’avant de ce dernier. La calandre se réduit à des ouvertures sous le pare-chocs résumé à un fin bandeau en caoutchouc. Certains peuvent y voir une ressemblance avec une Alpine A310 mais celle-ci est alors uniquement proposée avec les « grands feux », ceux des versions 4 cylindres. Néanmoins, la forme du capot, large, plat et qui se resserre autour de l’habitacle rappelle plus la SM et, finalement, les feux peuvent se voir comme une évolution.

Le profil de la Citroën GS Camargue rappelle la Khamsin (qui sort également en 1972) avec sa ligne de caisse haute. Le pli important de la Maserati est adouci sur la Citroën mais monte de la même manière vers l’arrière. L’arrière est un peu différent puisque la lunette de l’italienne est plate, celle de la GS Camargue est plus bombée et détache de vrais ailes de chaque côté. Si la Khamsin loge ses feux arrière dans une surface vitrée, on utilise la même forme globale sur la GS Camargue mais elle est intégralement remplie par les feux et les bandes réfléchissantes.

Côté technique, la Citroën GS Camargue est effectivement basée sur une GS. Non, ce n’est pas si évident puisque la Lancia Stratos Zero, par exemple, est en fait une Lancia Fulvia ! Même si la GS Camargue est un coupé 2+2, la longueur est identique. La largeur est plus importante (6cm) et la hauteur est évidemment réduite (20cm de moins !).

Surtout, on a conservé la pure base technique de la berline Citroën. La GS Camargue reçoit donc le système oléopneumatique mais va aussi se contenter du petit 4 cylindres à plat de 1055cm³ et 55ch. Pour un coupé si élégant, ça peut paraître peu… et ça ouvre deux questions.

Tout d’abord, celle que Bertone a peut-être anticipé l’arrivée du Wankel sur la GS Birotor avec ses 107ch… sans se douter que ce sera un sacré échec (toute l’histoire de la GS est ici).
La seconde : est-ce qu’on ne visait pas un renouvellement de la SM ? Cette question est moins évidente vu que deux années seulement séparent ces deux voitures et que le renouvellement, si tout s’était déroulé correctement, ne serait arrivé qu’à la fin des années 70.

Le point de départ d’un travail de Citroën et Bertone

Le tout est finalement harmonieux et bien. Surtout, si Bertone impose sa patte de l’époque, les formes sont finalement plutôt réalistes et pourraient bien se retrouver sur la route. La question est bien entendue importante pour un constructeur comme Citroën qui doit absolument avoir une rentabilité basée sur une stratégie industrielle d’autant plus importante que les chevrons ne vont pas bien. Finalement, la Citroën GS Camargue reste lettre morte mais pas inutile pour autant.

Même après la reprise de Citroën par le groupe PSA, la GS Birotor va rester au placard mais les chevrons vont travailler main dans la main avec la carrozzeria, comme Pininfarina le fait avec Peugeot. Cela se traduit d’abord avec la formidable histoire autour de la Volvo Tundra qui deviendra plus tard la Citroën BX.

La collaboration entre les deux entités se poursuivra avec d’autres concept-cars qui resteront à l’état de projets mais aussi avec des voitures de série, les Citroën ZX et XM.

La Citroën GS Camargue de nos jours

Comme la plupart des concept-cars Bertone de cette époque, il est resté la propriété du constructeur jusque récemment. La carrozzeria était déjà en difficulté à la fin des années 2000 et la vente de la collection devenait inéluctable. C’est l’Automotoclub Storico Italiano, équivalent de la FFVE de l’autre côté des Alpes, qui va jouer son rôle et racheter les voitures qui sont ensuite « classées ». Impossible pour elles d’être dispersées et difficile de sortir d’Italie…

Heureusement, l’ASI montre régulièrement sa collection en France et la Citroën GS Camargue est une des voitures qui sont souvent amenées sur les grands salons français. On a ainsi pu la voir à Rétromobile en 2020 puis à Epoqu’Auto en 2024.

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

Commentaires

  1. Gougnard

    sympa ces modèles Citroen merci Benjamin

    Répondre · · 19 janvier 2026 à 16 h 11 min

  2. Delta330

    Oui j’ ai pu voir cette merveille à epoqu’auto 2024 parmi tant de merveilleux concept car de Bertone exposé aussi sur ce salon.
    Maintenant le style Citroën est fade voir moche !

    Répondre · · 19 janvier 2026 à 17 h 10 min

Laisser un commentaire

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.