Renault 4CV, une conception romanesque, un succès titanesque

Renault 4CV, une conception romanesque, un succès titanesque
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Renault 4CV, une conception romanesque, un succès titanesque
Benjaminhttp://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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On ne présente plus la Renault 4CV ? Dommage parce qu’il y a beaucoup de choses à dire sur la populaire de la régie. Cette auto n’est pas seulement celle de la relance, n’est pas seulement une reine des ventes, c’est toute une histoire qui s’étale sur près de 20 ans ! Du coup on vous la raconte.

Une conception doublement secrète

Depuis le printemps 1940, la France est occupée. Pour autant les différents bureaux d’études des constructeurs français ne sont pas à l’arrêt. La plupart des études se font en catimini puisqu’il ne faudrait pas que l’occupant allemand ne se rende compte qu’on travaille en réalité pour les années futures… quand ils ne seront plus là.

Chez Renault on étudie ainsi une petite auto, populaire, prévue pour être produite en nombre. Et on le fait à partir de l’automne 1940. Mais c’est d’abord à Louis Renault qu’il faut cacher le projet. Au milieu des années 30 c’était presque la même chose quand il avait fallut étudier la Juvaquatre. La “petite” 6cv avait finalement été lancée à contrecœur mais pour Louis Renault, une auto de SA marque doit être une auto luxueuse et statutaire.

Ce n’est pas du tout ce qu’ont en tête Charles-Edmond Serre, pourtant compagnon de la première heure du patron, administrateur de la société et directeur des études et de la recherche (ce qu’on appellerait R&D de nos jours) et Fernand Picard, directeur du bureau d’études.

Le projet 106E va mettre du temps à se mettre en place, le premier prototype n’est prêt qu’au bout de deux ans. C’est une auto rondouillarde au style qu’on qualifiera seulement de “peu étudié”. Fabriquée en alu et motorisée par un petit moteur de 760 cm³ le prototype répond aux attentes.

Seulement le Prince Von Urach, alors directeur de Renault, a vent des essais de ce prototype vert. Ils vont être suspendu… et l’auto est peinte en noir !

En 1943 Serre met Louis Renault au courant. Évidemment il est contre, l’esthétique de l’auto ne jouant pas pour elle. L’occupant interdit également le développement de la petite auto et on devrait abandonner le projet… mais un second prototype voit le jour en Mars 1944.

Ensuite tout s’accélère. Louis Renault est arrêté à la libération et Pierre Lefaucheux, qui le remplace à la tête de l’entreprise, a une autre vision de l’automobile. Il veut que la toute nouvelle régie produise une petite auto, en très grand nombre et pour le plus de français possible.

Il demande aussi une grosse amélioration de l’auto. On la transforme ainsi en version 4 portes et on fait évoluer son esthétique.

L’épisode Porsche avant la sortie

Une légende urbaine veut que la finalisation de la petite populaire de Renault soit l’œuvre de Ferdinand Porsche. Et dans toute légende il y a une part de vrai, mais là c’est une toute petite part.

C’est en fait Marcel Paul, ministre de la production industrielle qui a cette idée. Porsche est incarcéré en France suite à sa “gestion” de l’usine Peugeot de Sochaux. L’idée fait sens, faire étudier au père de la Volkswagen une auto qui repose sur le même concept ! Néanmoins chez Renault on est vent debout, Lefaucheux en tête. Si Porsche va bien avoir accès au troisième prototype en 1946, son travail se résumera au final à un rapport… qui conclut qu’en l’état l’auto peut être mise en production en moins d’un an.

De belles batailles… administratives !

Chez Renault on a pas attendu le rapport de Porsche. Les outillages sont commandés, les ateliers sont en travaux… mais on se rend compte qu’on est passé au travers d’un sacré détail. Les phares sont trop bas par rapport à la loi. Plutôt que de modifier les machines outils et les prototypes, Fernand Picard va faire modifier les normes.

Ensuite c’est à Lefaucheux de monter au créneau. Le Plan Pons ne va pas dans le sens de la régie. En effet Renault n’est pas censé produire une petite auto, dévolue à Panhard (qui lancera sa Dyna) et Simca. Le constructeur au losange doit produire des utilitaires ET des autos de moyenne gamme. La Juvaquatre répond en partie au problème et Renault peut lancer la production de sa petite auto.

La Renault 4CV démarre sur les chapeaux de roue

L’auto est présentée au Salon de Paris 1946. Elle séduit par sa modernité. Son moteur Billancourt, le premier de la famille, de 760 cm³ est bien celui qui animait les premiers prototypes. Sortant 17ch, il est placé en position longitudinale à l’arrière. Une de ses particularités vient de sa distribution, dévolue à une cascade de pignons. Pour le reste de la technique on note des freins à tambours à commande hydraulique à l’avant et à l’arrière, une boîte trois vitesses avec la 1ere non-synchronisée.

L’esthétique de l’auto est définitivement rondouillarde mais ce n’est pas (que) ça qui lui fait gagner son surnom de “motte de beurre”. En fait les premières autos sont peintes dans un jaune sable… obtenu au titre des réparations de guerre. C’est en effet le stock de peinture de l’Afrika Korps de Romell qui sert à peindre les premiers exemplaires !

C’est le 12 Août 1947 que sort la première Renault 4CV de l’usine de l’île Seguin. C’est une auto simple mais avec 4 portes et de la place pour emmener toute une famille. Si elle est abordable par rapport aux autres autos françaises, 2CV exceptée mais elle n’est pas encore prête, elle coûte quand même près du de salaire moyen d’un français. Ce prix est malgré tout une conséquence de nombre de transformations chez Renault. Les lignes automatisées s’étirent dans les ateliers. Lefaucheux est un adepte du Fordisme et il a réussi à faire accepter ses idées !

La demande est grande mais l’Europe de l’immédiat après-guerre doit faire face à une pénurie de matières premières qui ralentit la production. Ainsi, même avec 15 autos produites chaque jour lors de sa première année pleine, la Renault 4CV n’arrive dans le garage qu’un an après sa commande !

1948 voit également la Renault 4CV briller en compétition ! Ce n’est certainement pas pour ça qu’elle est prévue mais on retrouve la “motte de beurre” aux 5 premières places de la course de côte du Ventoux ! Cela inaugure une belle carrière qui la verra passer par la Coupe des Alpes, avec un certain Jean Rédélé, aux Mille Miglia et même aux 24h du Mans !

Mais 1948 c’est aussi le début d’une gamme de Renault 4CV. En février débarque la commerciale dont les portes arrières sont tôlées. La petite auto a une charge utile de 200 kg et on a tout enlevé à l’intérieur, sauf le siège conducteur, pour y arriver.

Au salon de Paris toutes les autos voient leur toit passer du plat au semi-bombé. Mais on ajoute aussi une nouvelle version. La “normale” est complétée par une version luxe que les publicitaires du XXIe siècle qualifieraient de “suréquipée”. Elle reçoit ainsi des butoirs de pare-choc, une isolation phonique et thermique, un plafonnier, des garnitures de porte et de toit. On ajoute des pare-soleil, un neiman, un deuxième feu à l’arrière et on se retrouve avec une version cossue qui va vite devenir très prisée !

On commence aussi la commercialisation de la Renault 4CV aux USA. La France a besoin de devises étrangères pour sa relance et tous les constructeurs automobiles sont incités à vendre sur le plus grand marché auto du monde. Seulement la petite française n’est clairement pas adaptée aux standards locaux. On ne se démontera pas chez Renault puisqu’on la proposera jusqu’à la fin du modèle… pour un score dérisoire d’environ 5000 autos !

En Mars 1949 le pavillon n’est plus semi-bombé mais totalement bombé. C’est la première nouveauté de l’année alors que la production a atteint les 300 exemplaires journaliers avec plus d’un an d’avance sur l’objectif.

Le salon de Paris 1949 est l’occasion de dévoiler la Renault 4CV Grand Luxe qui pousse le concept de la Luxe encore plus loin avec des pneus à flancs blancs, des commandes et des moulures chromées, des baguettes en alu mais surtout une évolution moteur passant par une culasse, un carburateur et un allumeur spécifique qui portent la puissance à 21ch.

On note également que la SAPRAR, la section “véhicules spéciaux” de la marque, propose officiellement une version découvrable sur la finition luxe après avoir dévoilé le prototype l’année précédente.

En d’année c’est une première consécration : la petite Renault détrône la Citroën Traction pour devenir l’auto la plus vendue en France !

Le début de l’année 1950 voit la production de la 100.000e Renault 4CV. Les évolutions attendent le salon de Paris. Là on décide de modifier le moteur. L’alésage passe de 55 à 54,5 mm. La puissance est pourtant en hausse mais l’objectif est ailleurs : la cylindrée de 747 cm³ permet d’engager la 4CV dans la classe des moins de 750 en compétition et elle va s’y montrer bien plus à l’aise !
En parallèle la Grand Luxe peut aussi recevoir le toit ouvrant.

En fin d’année, Renault profite du nouveau moteur pour produire le type R1063 sur base Luxe et Super Luxe. C’est la version compétition de la 4CV qui est produite à 30 exemplaires. Le moteur est remanié avec un embiellage spécifique en duraluminium, un taux de compression augmenté, un circuit d’huile plus conséquent, un carbu double corps et 120 km/h en pointe ! C’est une nouvelle fois la SARPAR qui réalise ces modifications.

En 1951 on modifie les clignotants mais le salon de Paris est surtout l’occasion de revoir la gamme. La normale disparaît et laisse sa place, en entrée de gamme, à la 4CV Affaires. L’habillage est dépouillé, on ne lui trouve ainsi qu’une seule moustache à l’avant.

Les version Luxe et Grand Luxe sont également supprimées et remplacées par la Sport. On la reconnait notamment avec son jonc alu sur les ailes arrière, des bas de caisse et des enjoliveurs chromés, son antibrouillard et son klaxon montés sur le pare-chocs avant. À l’intérieur le volant crème a deux branches et les sièges ont une armature tubulaire.

Le premier changement de l’année 1952 c’est l’arrêt de la commerciale. Remplacée par la version service très dépouillée, elle n’a pas de commodos et on ouvre les portes avec des câbles ! Elle n’a pas de barrettes de calandre et n’est disponible qu’en gris mat.

Renault 4CV, une conception romanesque, un succès titanesque

On relance également la production des R1063 avec une série de quarante autos mais la désorganisation qui résulte du prélèvement des caisses sur la chaine entraîne vite son arrêt.
Mais 1952 c’est aussi la première année où Renault fabrique plus de 100.000 de ses 4CV !

Un lifting pour la 4cv

En 1953 la Renault 4CV ne cesse d’évoluer. Les R1063 sont désormais obtenues par la fourniture d’un kit aux concessions qui les montent sur les R1062 Sport.
En Août on supprime la version service, qui ne se vend pas.

Mais c’est en Octobre, au salon de Paris et pour le millésime 1954, que la Renault 4CV évolue vraiment. Déjà sous le capot où le moteur 21 ch est généralisé à toute la gamme. La version affaire est encore simplifiée puisque les versions Service ne sont plus là. Ainsi, sa face avant ne comprend plus qu’une seule “moustache”.

C’est cette même face avant qui change sur toutes les autres Renault 4CV. Finies les 6 “moustaches” qui sont maintenant au nombre de 3, légèrement plus épaisses.

C’est cette année là qu’est lancée en production la Hino-Renault 4CV au Japon. Importée à petit volume depuis quelques années, la 4CV séduit la marque de poids-lourds qui est poussée par le gouvernement pour produire une petite auto. Des quotas de production sont fixés et 25% des composants doivent être japonais.

Le millésime 1954 permet à Renault de passer un cap. Pour la première fois une auto française dépasse les 500.000 exemplaires produits. En fin d’année le refroidissement est amélioré avec un radiateur sous pression, bien que la Renault 4CV n’ait jamais eu de problème de ce côté là. C’était même l’inverse, l’hiver le moteur avait un mal fou à chauffer !

En 1955, les évolutions se résument à un nouveau tableau de bord dévoilé au salon de Paris. Mais on voit aussi de nouvelles Renault 4CV débarquer à Paris : la Pie. C’est sa couleur, celles de la Police, qui lui donnent ce nom. Elles découlent d’un prototype réalisé par Currus en 1952 avec des portes échancrées utiles pour les fonctionnaires afin de sortir plus vite des autos. Néanmoins les modifications apportées rendaient l’auto différentes du PV de réception aux mines et la Préfecture dut arrêter ses transformations !

Renault se concentre sur les dernières mises au point de sa nouvelle auto. La Renault Dauphine débarque en effet au mois de Janvier 1956.

Elle va chambouler la gamme. D’ailleurs ni la 4CV ni la nouvelle auto ne vont être les autos les autos les plus vendues en France, l’Aronde prenant ce titre. C’est logique puisque les ventes se répartissent, dans un premier temps, entre les deux Renault.

On a quand même lancé une nouvelle version au salon de Paris. C’est la Ferlec présentée deux ans plus tôt. La pédale d’embrayage disparaît, laissant la commande à un électro-aimant actionné par un interrupteur placé dans le levier de vitesse.

Forcément les évolutions se font rares sur la 4CV, au profit de la Dauphine qui s’est installée en tête des ventes dès 1956. On supprime ainsi la découvrable à la fin de cette même année.

En 1957 le salon de Paris est l’occasion de présenter de nouvelles roues et de modifier l’aération. On propose également un chauffage additionnel, près de 10 ans après la sortie du modèle, alors que c’était un des principaux problèmes de l’auto !

1957 voit aussi l’arrêt de la collaboration entre Renault et Hino. En fait le japonais arrête de payer la licence mais poursuit la production avec 100% de pièces japonaises et de grosses modifications !

En avril 1958 on modifie le carbu et le taux de compression du moteur sans pour autant changer la puissance. En Octobre le salon de Paris ne dévoile pas de nouveautés mais on fête le millionième exemplaire produit !

Les Renault 4CV Affaires et Sport vont rester au catalogue jusqu’en 1961, un peu dans l’ombre de la Dauphine et sans modification.

Quand la production est arrêtée pour laisser place à la Renault 4, ce sont 1.105.547 autos qui ont été produites !

Seule la Hino poursuit sa carrière, très modifiée, jusqu’en 1963.

La Renault 4CV de nos jours

Ce n’est ni la Dauphine, ni la 2CV ni la 4L. Mais la Renault 4CV est tout de même parmi les autos qu’on croise le plus sur les divers salons, expos, bourses de France et de Navarre.

Son côté populaire séduit toujours, ses formes rondes également. Du coup, le prix a largement augmenté. Il est désormais difficile de trouver une Renault 4CV en parfait état sous les 8000 €. Et les prix peuvent aller encore bien plus haut pour les versions découvrables et R1063.

On espère vous emmener rapidement au volant de l’une d’elle. Et si vous en avez une, racontez-nous son histoire, on vous explique comment faire par ici.

Photos supplémentaires : Wheelsage

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