Le Plan Pons : celui qui a dessiné 70 ans de production automobile française

Le Plan Pons : celui qui a dessiné 70 ans de production automobile française

L’industrie automobile française, qui était au début du XXe siècle la première au Monde, a forcément beaucoup changé. De plusieurs dizaines de marques, seules trois grosses entités pour cinq marques (Renault / Alpine, Peugeot, Citroën / DS) et quelques petits qui ont du mal à s’en sortir (dont l’exception Bugatti) ont survécu en 2020. Cette disparition depuis les années 60, a bel et bien été déclenchée au sortir de la seconde guerre mondiale. Et c’est du côté du Plan Pons qu’il faut regarder pour comprendre notre paysage automobile actuel.


Le Plan Pons : rationaliser pour réindustrialiser

Le Plan Pons est en fait un nom attribué à un des pans du Plan de Modernisation et d’Équipement de Jean Monnet. Il tient son nom de Paul-Marie Pons, ingénieur français qui s’est vu piloter la production d’automobiles au gazogène pendant la seconde guerre mondiale.

L’objectif de ce plan global est simple : réindustrialiser la France. Entre les usines bombardées, les réquisitions et la baisse intrinsèque de production qu’a engendré la guerre, la France de 1945 n’est plus qu’un vaste champ de ruines avec une industrie à l’agonie.

Plutôt que de laisser les entrepreneurs “partir dans tous les sens”, l’état va se mettre à la manœuvre et orienter l’avenir économique de la France. Le principal levier va être tout simple : c’est l’état qui attribuera les matières premières, en particulier les métaux. Ainsi, si on suit bien le plan, on sera (normalement) bien doté pour produire…

Les trois axes du Plan Pons

Le Plan Pons va concerner uniquement le secteur de l’automobile et du poids-lourd. Les différents acteurs économiques vont se retrouver regroupés pour unir leurs forces afin de remplir certains objectifs.

L’économie et ses camions

Pour ce qui est des camions, tout le monde doit s’y mettre ! Les camions serviront à reconstruire le pays et toute l’économie doit être mécanisée… sur le modèle américain débarqué avec les GIs. Attention, on ne parle pas seulement de camions lourds, mais aussi de pick-up et utilitaires basés sur des autos “classiques”.

Renault et Citroën sont à part puisqu’ils possèdent déjà les compétences pour produire ces véhicules.

Trois regroupements sont formés pour produire des gammes restreintes :

  • Simca se retrouve à la tête du GFA (Générale Française Automobile) composée de Delahaye (et donc Delage), Unic, Bernard et Laffly.
  • Panhard dirigera l’UFA (Union Française Automobile) où se retrouvent Somua et Willeme.
  • Peugeot se retrouve associé à Hotchkiss, Latil et Saurer

En plus de ces associations forcées, le Plan Pons impose une meilleure organisation des usines. Chacune doit se concentrer sur l’assemblage d’un moteur, d’une boîte ou d’une carrosserie pour les plus petites quand les plus grosses ne doivent assembler qu’un modèle, deux au total pour chaque groupement.

Les poids lourds français sortent bien des ateliers… mais il suffit de regarder les compositions de ces groupes pour s’apercevoir que le Plan Pons aura condamné les plus petits constructeurs, incorporés dans les regroupements.

La motorisation et ses petites autos

Pour relancer la France, il faut aussi que son peuple puisse se déplacer… L’automobile particulière va également être touchée par le Plan Pons… du moins c’est l’ambition du gouvernement. En plus, les productions doivent pouvoir se vendre à l’étranger. L’industrie auto américaine est la seule qui peut subvenir aux besoins des pays dévastés par la guerre mais ses autos ne sont pas adaptées au vieux continent qui a besoin de petites autos.

Simca et Panhard sont assignés à la production d’autos populaires. Renault et Peugeot se chargent de la moyenne gamme et Citroën du haut de gamme.

Dans les faits, beaucoup d’autos sont des productions d’avant-guerre qui reprennent du service : Simca 5 et 8, Renault Juvaquatre, Peugeot avec la 202 et Citroën avec ses Traction.
Seuls deux constructeurs vont lancer de nouveaux modèles repondant au cahier des charges du Plan Pons : Panhard avec la Dyna X et Peugeot avec la 203.

Les autres ? Ils ne vont en faire qu’à leur tête. Renault lance sa 4CV et s’installe dans l’entrée de gamme. Venant d’un constructeur nationalisé, c’est osé d’aller à l’encontre du plan, mais ça marche. Citroën fait le grand écart en complétant la Traction, relativement haut de gamme, avec la deuche qui est la plus petite de toutes les autos d’après-guerre !

Seul Simca reste à part après avoir abandonné l’idée de la petite auto en la laissant à Panhard. La 5 est remplacée par la 6 quand Fiat renouvelle sa Topolino. La première vraie nouveauté, la 9, arrivera plus tard.

Quid des autres constructeurs français d’autos “moyennes” ? Chenard et Walcker construit une camionnette sur base Peugeot et ferme rapidement. Mathis tente la relance avec les VL333 et 666 mais aucune ne voit le jour. Rosengart relance des 8CV avant de viser les petites autos mais sa production reste confidentielle.

Le haut de gamme pour rentrer du cash

Restent les constructeurs haut de gamme. La plupart sont engagés dans le marché du camion mais continuent à produire des autos. Souvent, il s’agit des modèles d’avant-guerre, à peine modernisés.

On parle là de Delahaye-Delage, de Salmson, d’Hotchkiss, de Talbot ou encore de Bugatti. Leur objectif est simple : continuer de produire ces autos chères pour l’exportation. Pourquoi ? Et bien parce qu’en France bien peu de personnes peuvent se payer ces autos, au contraire de l’Angleterre ou des USA. Et puis ces exportations font rentrer des devises, fraîches et étrangères, qui serviront à acheter du matériel… à importer.

Le souci, c’est que ces autos ne vont pas être renouvelées assez vite. Les productions restent faibles et les grosses américaines ont plus la cote que les françaises. La stratégie ne marche pas et on n’innove pas, faute de moyens. La conséquence, c’est l’arrêt progressif des productions de ces marques, même s’il intervient après l’arrêt des plans gouvernementaux.

L’héritage du Plan Pons

Le Plan Pons a donc orienté la production d’automobiles de l’après-guerre… mais pas que.

La disparition des marques haut de gamme, conséquence stratégie au sortir de la guerre mais aussi des restrictions qu’elles ont subi, a laissé un grand vite. Bugatti mis à part, et loin derrière les allemands, le premium made in France reste un mirage que certains essayent d’atteindre avec des finitions, voire des rebadgeages, de modèles de “moyenne gamme” (comme les Citroën qui deviennent des DS). Et les tentatives de relancer cette mode n’auront pas été plus fructueuses, des Facel Vega, réputées mais vite arrêtées, les Alpine qui n’ont pas sur se positionner correctement (au bon moment) et puis l’exemple le plus frappant : la Citroën SM

Même le bas de gamme a plus ou moins disparu. Certes, là aussi, Renault, Peugeot et Citroën ont des entrées de gamme, mais leurs prix n’en font pas vraiment des bas de gamme. Ce n’est pas pour rien que Renault a relancé Dacia avec le succès qu’on lui connait !

Après le Plan Pons, c’est donc dans le milieu de gamme que l’automobile française s’est épanouie… et ce n’est pas prêt de s’arrêter !

Sources : L’industrie automobile française : un cas original? de l’excellent Jean-Louis Loubet consultable par ici.


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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

1 commentaire sur “Le Plan Pons : celui qui a dessiné 70 ans de production automobile française”

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