La Citroën SM, une bonne auto au mauvais moment

La Citroën SM, une bonne auto au mauvais moment
Benjaminhttps://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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Elle a cinquante ans en 2020, l’occasion de refondre un vieil article. Car oui, le précédent n’était pas à la hauteur. Alors on vous embarque pour vous parler en détail de la Citroën SM.

La GT dont Citroën rêvait

Dans la dernière moitié des années 60, Citroën a pour idée de créer un gros coupé GT 2+2. Ce genre est délaissé en France depuis déjà une quinzaine d’années. Des projets sont menés pour une version sport, et donc coupé, de la DS mais cela n’avance pas très vite.
C’est en fait l’acquisition de Maserati en 1968 qui va tout changer. Les chevrons ont alors une banque de pièces très large avec les autos de série et le moteur “haut de gamme” que peut lui apporter le trident. L’étude de la nouvelle auto commence donc. Les premiers protos tournent avec une caisse de DS, forcément raccourcie, afin d’éviter les indiscrétions.

Citroën utilise un châssis dérivé de celui de la DS. On retrouve donc logiquement les suspensions Hydropneumatiques à l’avant comme à l’arrière. Comme sur cette dernière, les phares (pas tous) sont directionnels et s’adaptent en assiette afin de suivre une trajectoire parallèle à la route.

On note également quelques innovations techniques pour la marque comme le réglage en hauteur et profondeur du volant, pare brise collée, et une direction assistée variable en fonction de la vitesse, la Diravi, qui marche aussi à l’arrêt !

Côté robe, c’est Robert Opron qui la dessine. Le dessin est élégant et futuriste? On aime pas faire comme les autres et on va créer une auto qui marque. On ne néglige pas la technique pour autant et le Cx de 0.339 est particulièrement bon. Le fait que la voie arrière soit moins large que l’avant et que les roues soient en partie carénées joue énormément.

Au niveau du moteur, c’est donc chez Maserati qu’on délègue. Pour autant on ne pioche pas dans la banque du trident puisque le V6 de 2670 cm³ est tout nouveau. Avec deux arbres à cames par rangée de cylindres et trois carbus Weber il sort, selon le catalogue, 170ch… Son architecture interroge puisque son V est à 90°. Mais contrairement à certaines rumeurs, ce n’est pas un V8 qui lui sert de base.

L’intérieur est soigné avec un dessin des sièges original tandis que le volant… n’est pas rond ! On y retrouve tout le confort que doit offrir une auto de ce standing, notamment la climatisation et le volant réglable en hauteur et en profondeur. Surtout, ce grand coupé se démarque avec quatre vraies places.

L’industrialisation de l’auto est elle aussi très étudiée puisque les moteurs viendront de Modène, les caisse de chez Chausson et l’assemblage final se fera au quai de Javel !

La Citroën SM, une bonne auto au mauvais moment

1970 : La Citroën SM débarque

C’est au salon de Genève 1970 qu’est présentée la nouvelle auto. Elle s’appelle SM et elle se fait remarquer. En même dans le paysage automobile français, une auto qui accroche les 100 km/h en moins de 10 secondes et qui file à 220 en pointe ça se remarque !

Par contre les débuts commerciaux sont timides. On est loin du lancement de la DS et avec 50.000 francs de prix de base, seuls 868 autos sont commandées sur le premier millésime. En 1971 c’est mieux puisque 4988 exemplaires de la Citroën SM trouvent preneur.

Grosses évolutions en 1971

Cette année là la Citroën SM va partir à la conquête des USA. Elle va subir plusieurs changements pour s’y faire une place. Déjà les phares ne peuvent plus être carénés. Ensuite on la propose avec un V6 revu à 3 litres et une boîte automatique Borg Warner. Vendue 10.000 $, elle est chère et n’a presque pas de réseau de distribution… mais la mayonnaise prend et on vend des autos à des clients voulant se démarquer. La voiture est même élue Voiture de l’Année 1972 par le magazine Motor Trend !

Sur tous les modèles on propose aussi de nouvelles jantes. Développées par Michelin qui a racheté un brevet de la NASA, elles sont en résine et ne pèsent que 4,2 kg contre les 9,5 des jantes de base !

En Septembre 1972 les trois carburateurs font place à un système à injection Bosch. La voiture est alors donnée pour 180 ch !
En Juillet 1973 on propose enfin la boîte auto en Europe.

Malgré tout la SM est déjà sur le déclin. 2619 autos vendues en 1973 et 294 en 1974 ! Le choc pétrolier est passé par là. En plus le débouché américain s’est fermé puisque la hauteur variable de la caisse, due à la suspension, ne peut satisfaire à l’homologation.

La production des derniers modèles est confié à Ligier, qui utilise le moteur dans sa JS2. Seules 115 autos seront vendues en 1974. Le rachat par Peugeot n’est même pas encore acté qu’on signe l’avis de décès de la Citroën SM… 12920 autos auront été produites.

Qui a eu la peau de la SM ?

C’est une vaste question et il y a différentes réponses. Déjà la Citroën SM est vraiment arrivée au mauvais moment. En France en particulier le choc pétrolier a entraîné l’apparition des limitations de vitesse. Si les propriétaires pouvaient toujours se lâcher en espérant ne pas croiser une SM bleue (on en parle en dessous), cela refroidit quelques ardeurs… Et puis le choc pétrolier entraîne une augmentation des prix à la pompe. La SM a pourtant une consommation contenue avec 10L aux 100 en moyenne sur route, mais qui augmente vite en ville pour atteindre les 18 litres !

Ensuite, si la conception du châssis ne souffre que de peu de reproches, puisque les garages Citroën sont habitués aux DS depuis 15 ans, le moteur pose des problèmes. Les casses de soupapes, des chaînes de distribution ou les coulages de bielle sont nombreux. Et puis l’accessibilité mécanique est mauvaise. On ajoute la difficulté pour les non-initiés à régler les trois carburateurs et on peut vite se retrouver avec une SM aux performances moindres quelques années après sa sortie. Et ça fait mauvaise presse.

Enfin, il est compliqué pour le réseau de vendre cette auto… à des clients qui ne sont pas des habitués de la marque. La SM va chercher bien au dessus des clients de la DS et l’argumentaire déployé en concessions n’est pas toujours à la hauteur… surtout quand on est le meilleur vendeur local de 2CV !

Bref la SM est arrivée au mauvais moment… et il a fallu bien des années avant qu’elle ne regagne le cœur des automobilistes, devenus des collectionneurs.

Les Citroën SM spéciales

Avec la Citroën SM, la France retrouve goût au luxe automobile… et aux carrosseries spéciales. Quatre carrossiers vont s’y intéresser.

Tout d’abord on citera Chapron qui déclinera la SM en trois versions. D’abord la Mylord, un cabriolet présentée au salon de Pairs 1971. Chapron pensait que Citroën la présenterait en série mais finalement le projet fut abandonné. Le carrossier en réaliser 5 entre 1971 et 1973.

Ensuite une berline, c’est la SM Opera. L’empattement est rallongé de 29 cm et la longueur totale atteint 5,19 m. Présentée en 1972 il en sera produit 7 exemplaires jusqu’en 1974.

La dernière est la plus connue et c’est un peu le mix des deux précédentes. C’est la SM présidentielle. L’empattement est le même que l’Opera mais le porte à faux arrière est agrandi et porte la longueur à 5,6 m ! Commandées par Pompidou, 2 PR 75 et 3 PR 75 sont livrées à l’occasion d’une visite de la Reine d’Angleterre en 1972. Elles seront encore en service bien des années plus tard !

Dans les Deux-Sèvres c’est à Cerizay que Heuliez s’intéresse également à la Citroën SM. Le traitement est très différent de ce que propose Chapron puisque c’est là une auto avec un “T-Top”. Sauf que les éléments ne sont pas démontables et la belle met son habitacle à l’air libre avec des lamelles en alu qui se rétractent sous le montant central. Deux exemplaires seront construits, le premier sera détruit et le second sera le véhicule personnel d’Henri Heuliez de 1971 à sa vente en 2012.

On retrouve également une SM très spéciale, réalisée par l’italien Frua. Voiture unique voulue comme un show-car, elle n’a pas été réalisée pour un client. Exposée sur divers salons entre 1971 et 1973 elle sera vendue cette année là. On peut lui trouver des airs de ressemblance avec la Merak… qui possède la même mécanique !

On la retrouve à Rétromobile en 2020 sur une autre SM spéciale : la Tissier. Spécialiste des Citroën rallongées en porte-véhicule, Tissier la dotera de quatre essieux à l’arrière. Elle est entre les mains du spécialiste SM2A mais vous en reparlera !

Parmi les Citroën SM Spéciales on retrouve aussi un prototype rouge et jaune. Conçu par Citroën il est raccourci, élargi et abaissé. Véhicule laboratoire de Citroën, son V6 fut gonflé jusque 280 ch ! Désormais au Conservatoire Citroën, une réplique existe et se montre régulièrement.

Évidemment il faut évoquer les Citroën SM modifiées par Regembeau. Une préparation sur certains moteur offrait selon ses informations entre 250 et 300 ch. Mais il est aussi connu pour avoir modifié des SM en les dotant de moteurs 4 cylindres diesel maison ! Il a également équipé certaines autos d’une boûte 6 vitesse, elle aussi conçue en interne !

Enfin, comment ne pas évoquer les Citroën SM de la Brigade Rapide d’Intervention. Si la carrière française de la SM a pris un certain coup de canif avec l’introduction des limitations de vitesse en 1972, la GT de Citroën voit un nouveau débouché. Deux autos seront commandées et livrées en 1973, rejointes par deux autres par la suite. Elles sont équipées d’un tout petit gyrophare et d’une radio.

La Citroën SM de nos jours

La Citroën SM est une auto recherchée. Ce n’est pas un hasard si sa cote est passée des alentours de 15.000 € en 2013 à 35-45.000 € en 2020 ! Oui cela représente une sacré augmentation.

Elle reste une voiture rare qui retrouve peu à peu ses lettres de noblesse mais qui reste toujours aussi capricieuse si elle n’est pas entretenue par un vrai spécialiste. Heureusement de nos jours plusieurs pros réalisent des restaurations accompagnées d’une fiabilisation bienvenue.

La Citroën SM a également servi de base à un Restomod à la française, réalisé par SM2A :

Source : l’Automobile ancienne

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