Décès de Robert Opron, créateur de lignes… et d’une bulle

Décès de Robert Opron, créateur de lignes... et d'une bulle
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Décès de Robert Opron, créateur de lignes... et d'une bulle
Benjaminhttp://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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Cet article devait sortir dans 10 jours. Mais nous venons d’apprendre le décès de Robert Opron le 29 Mars dernier.

On vous parle souvent d’ingénieurs, de grands carrossiers, cette fois on va vous parler d’un designer. Un français en plus. Ils ne sont pas légion à avoir marqué l’histoire automobile, surtout après-guerre. Robert Opron était de ceux-ci et si sa carrière est bien remplie, elle est surtout liée à deux marques nationales : Renault, mais surtout Citroën.

Un artiste qui vise haut

Né à Amiens en 1932 ce n’est pourtant pas en Picardie qu’il grandit mais bien plus au sud entre l’Algérie, le Mali ou la Côte d’Ivoire. À ses 20 ans il revient en France et entre aux Beaux-Arts à Amiens. Dès l’année suivante c’est à Paris qu’il continue ses études.

Pour autant il a déjà démarré sa carrière professionnelle en 1952. Pendant deux ans il est projeteur, un métier qu’on appelle désormais dessinateur industriel. La Compagnie des Sucreries basée à Ham dans la Somme lui offre l’opportunité de s’attaquer à l’architecture. Il s’en sort haut la main, dessinant seul un bâtiment très abouti.

Ses études continuent avec un volet plus technique. En 1954 il rentre chez Nord-Aviation. Peu de design au programme mais des composants techniques, notamment pour les cockpits dont celui du mythique Nord-Atlas. L’expérience est bonne à prendre et elle dure 4 ans.

Les premiers pas automobiles de Robert Opron

Un de ses amis connaît le chef du personnel de Simca. La firme a monté à Argenteuil ce qui est à l’époque le seul “centre de style” automobile d’Europe. Il rêve de design mais reste surtout un dessinateur industriel et travaille sur un logo ou encore des enjoliveurs.

Par contre, pour son premier dessin automobile il va être servi. Il doit dessiner la voiture du futur pour le Journal de Tintin. Pour le coup ce ne sera pas qu’un délire de dessinateur. Robert Opron se rapproche d’un ami physicien qui le conseille. La voiture de l’an 2000 est la Fulgur et elle est suffisamment aboutie pour que le jeune dessinateur persuade sa hiérarchie d’en créer une maquette à taille réelle. L’auto est exposée au Salon de Genève en 1959.

Forcément il n’est plus vu de la même façon et il peut dessiner autant qu’il le souhaite, sans être affecté à un projet en particulier, sous la direction directe du fondateur de ce bureau de style Simca : Mario Revelli de Beaumont.

En 1959 c’est lui est chargé de transformer la Simca Vedette en voiture présidentielle (qui n’est pas une Présidence). C’est une décapotable permettant au Général de bien se montrer.

Parmi ces projets il propose une voiture en deux volumes avec un hayon. C’est révolutionnaire, la marque est alors en train de peaufiner la Simca 1000 et même Renault ne s’y est pas encore mis. Pour autant cela n’ira pas plus loin, même si il se pourrait que ce dessin ait été sorti des tiroirs au moment de concevoir la 1100. Robert Opron n’est plus chez Simca depuis longtemps à ce moment là : le bureau du style est dissous en 1961 et le designer fait partie des effectifs licenciés.

Parenthèse… électroménagère !

En 1960 Robert Opron trouve un travail purement alimentaire. Car il ne peut pas passer chez un autre constructeur automobile de suite, une clause de non-concurrence lui impose de temporiser après Simca.

Il rentre donc comme directeur du style chez Arthur-Martin. L’aventure n’est pas follement passionnante mais c’est une étape comme une autre. Surtout il ne reste pas oisif.

Robert Opron et Citroën

Après deux ans “à la salle de bain” (c’est mieux que le placard) il répond à une petite annonce d’un grand groupe industriel cherchant un “créateur de forme ayant démontré ses aptitudes à la création”. Ni une ni deux il postule et il rentre… chez Citroën.

Mais il ne va pas tout de suite dessiner. Il passe d’abord par le bureau des méthodes pour une période d’adaptation qui renforce ses connaissances techniques et industrielles.

Trois mois plus tard il rejoint la Rue du Théâtre à Paris où est établi le bureau de style dirigé par Flaminio Bertoni. Le fameux bureau est très archaïque mais Robert Opron retrouve l’automobile. Il commence par se faire tester en dessinant une entrée de porte. Le résultat est validé et voilà le jeune dessinateur propulsé à la gestion de ce qui va devenir l’Ami 6 Break.

Et là tout va s’accélérer. En Février, Bertoni décède subitement. En Juin c’est Robert Opron qui est poussé par Jean Cadiou, patron du bureau d’étude, comme remplaçant de l’italien. L’Ami 6 Break sort en Novembre 1964 et les ventes prouvent que le jeune styliste, le plus jeune du bureau en fait, est bien à sa place.

La même année il dessine la future voiture d’apparat du président De Gaulle. Son projet est retenu et c’est elle qui deviendra la mythique DS “1 PR 75” une fois que Chapron l’aura achevée en 1968.

Il travaille aussi sur le projet F, la voiture de milieu de gamme de Citroën. Pas spécialement amoureux du projet il est plutôt satisfait quand tout est annulé au dernier moment.

Il est aussi mis à l’épreuve quand il doit moderniser la DS. Les ailes avant et les phares sont modifiés, la DS gagne le regard qui la rendra mythique. Seule la partie avant a été modifiée mais Robert Opron a parfaitement su l’adapter au dessin initial de Bertoni qui reste inchangé.

Alors que l’auto est dévoilée le bureau de style s’installe à Vélizy. Quelques mois plus tard la proposition d’Opron pour moderniser (et rendre moins baroque) l’Ami est adoptée. L’Ami 8 sort en 1969 avec un style nettement plus consensuel. C’est également Robert Opron qui supervise une Ami “hors-série”, la M35 dont on vous raconte l’histoire ici.

En 1970 on retrouve deux des grandes créations de Robert Opron. Tout d’abord voilà enfin la Citroën du milieu de gamme, le projet G qui a succédé au F et donne la Citroën GS. Le bureau interne a été mis en concurrence avec l’italien Giugiaro mais c’est bien la création de l’équipe d’Opron qui est retenue.

L’autre pièce maîtresse, c’est la SM. Robert Opron ne dessine pas seulement ses formes mais contribue aussi à la définition de l’auto. C’est lui qui a proposé à Pierre Bercot, aux commandes de la marque, la première maquette, celle qui a tout déclenché. La lunette arrière “bulle” de la SM deviendra d’ailleurs la signature d’Opron. Le styliste n’a pas 40 ans qu’il a déjà réalisé son chef d’œuvre !

Non content de signer le coupé, c’est également lui qui dessine la berline Opéra et le cabriolet Mylord réalisés chez Chapron.

En parallèle le bureau travaille sur la remplaçante de la DS. Le Projet L est prêt en 1971 mais demande encore un peu de travail. La CX apparaît finalement en 1974 et ce n’est certainement pas son dessin qui lui sera reproché.

C’est la dernière Citroën marquée de la patte de Robert Opron. Il ne veut pas travailler pour Peugeot après que la marque au lion ait repris celle aux chevrons. Le conservatisme sochalien est loin des habitudes créatrices du styliste. Qui plus est, Bernard Hanon, diligenté par Pierre Dreyfus convainc Opron de changer d’air et de passer à “l’ennemi” : Renault.

Opron débarque chez Renault

La marque au losange est alors la marque aux hayons. Aux créations sobres et bien vendues. Mais Dreyfus veut donner un nouveau cachet à la gamme.

ll accepte qu’Opron n’ait pas de contraintes et qu’il choisisse ses hommes. Finalement, des contraintes il en aura bien. Déjà matérielles car le bureau de style de Renault est composé de peu de personnes et ceux-ci travaillent trop indépendamment. Et puis ce n’est pas la production qui donne son aval, mais le marketing.

De fait, le premier dessin d’Opron, un coupé pour la Renault 30 et son V6 est refusé. Par contre on le charge d’en créer un, basé sur la Renault 18. C’est la première création de Robert Opron pour le losange est c’est la Fuego… et elle porte sa patte avec la fameuse lunette arrière “bulle”.

Ensuite le maketing lui remonte une étude de marché. Il faut une auto entre la R5 et la R18. Par contre les cadences vont être énormes et il faut être très conventionnel dans le dessin. C’est ainsi que va être créée la très carrée R9 qui impose une grande partie de sa ligne à la R11… qui reçoit quand même une lunette arrière très “Opron”.

Le même style de lunette arrière se retrouvera d’ailleurs sur la remplaçante des Renault 20 et 30, la R25. Le style est salué, aérodynamique, mais surtout il fait passer une bicorps à hayon pour une tricorps !

Pour autant cela va se gâter pour Opron. Hanon, l’homme qui l’a fait venir est viré et remplacé par Georges Besse. En plus Renault n’a jamais accepté l’idée d’implanter un nouveau bureau de style en Californie, idée en vogue à l’époque. En 1986, Robert Opron claque la porte de Renault.

Robert Opron chez… Fiat !

Oui vous avez bien lu. Dans le dernier bastion des carrossiers débarque un français à peine sorti de chez Renault. Il est nommé “Directeur du design en charge de la prospective des modèles et des méthodes” et doit en fait inventer de nouveaux produits. En fait il ne dessine que rarement. Ses seules créations seront les dessins préparatoires de celles qui deviendront les Alfa Romeo SZ et RZ fabriquées chez Zagato.

L’aventure tourne court. En 1990 il retourne déjà en France.

Robert Opron l’indépendant

Il ouvre alors son propre bureau de style à Paris. Il fait autant de la création que de la formation.

Il part à la retraite en 1992 mais continue de bosser en indépendant, depuis chez lui. Un de ses principaux clients est Guy Ligier, homme de course, qu’il a rencontré autour des SM. Ses dessins sont utilisés pour les voitures sans-permis de la marque.

Il continuera ainsi pendant 9 ans avant de définitivement tourner le dos aux créations “mécaniques” en 2001.

Robert Opron est décédé le 29 Mars 2021 à l’âge de 89 ans. Nos pensées vont à ses proches.

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5 Commentaires

  1. Bonjour, histoire un peu romancée car la Fuego – comme plus tard la R25 – ont été dessinée par Michel Jardin, dans le style inauguré par Robert Broyer sur la R18 (et même un peu sur la R12 déjà).
    A part la R9/R11 Opron (RIP) n’aura pas laissé grande trace au bureau de style Renault.
    Gaston Juchet mis à l’écart malgré le succès éclatant de la R16, des R15/17 et de la R5 qu’il a conduit avec Michel Boué puis 20/30, s’étant fait une raison, a continué de travailler en parallèle jusqu’au départ de Hanon en 1985.
    Ensuite il a fait appel à Gandini pour la Super5 puis Giugiaro pour la R21 et la R19 avant de prendre sa retraite et laisser sa place à Le Quément.

  2. Quelques erreurs dans ce papier mon ami…
    En 1975, ce n’est plus Dreyfus mais Vernier-Palliez qui est à la tête de Renault.
    Ensuite, Opron quitte Renault en 84. Il a en fait été viré par Hanon pour une raison que je révélerai bientôt. Besse est arrivé quant à lui en 85.
    Enfin l’idée n’était pas d’installer un bureau de style avancé en Californie mais bien à New York, sur les conseils de Dick Teague.

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