L’une d’elle apparaît actuellement dans la vente Collector Cars Auction. Une 402 Éclipse, certainement le modèle du genre. Mais ce n’est pas la seule Peugeot Éclipse. D’ailleurs, il n’y a pas eu que des Peugeot « 02 » à adopter ce système et ce n’est même pas sur une Peugeot qu’il a été créé… par un dentiste !
Georges Paulin : le design comme passe-temps !
À l’origine du concept même de l’Éclipse il y a Georges Paulin. Si son nom n’est pas resté au panthéon des créateurs au même titre que les carrossiers avec qui il a travaillé ou comme certains ingénieur, son parcours est vraiment original.
Né en 1902 dans le XIVe arrondissement de Paris, il débute sa carrière en tant que dentiste. Mais sa tête est pleine d’inventions et de dessins, particulièrement dans le domaine automobile. Ces dessins deviennent son passe-temps… mais on ne parle pas que de formes !
Mais Georges Paulin est globalement mécontent du concept du cabriolet d’alors. Les armatures peuvent se révéler fragiles, la capote souple peut manquer d’étanchéité. Le hard-top n’est pas convenable non plus puisqu’on ne propose alors que des éléments démontables à laisser chez soi, pas le plus pratique quand on n’a pas anticipé la météo changeante.
En 1928 il dépose un premier brevet permettant de passer d’une carrosserie coupé à un torpédo ou un cabriolet. Le toit est soutenu par des éléments télescopiques qui peuvent se replier sur la partie arrière pour former un torpédo avec une séparation entre les places avant et les places arrières. On peut aussi passer au cabriolet complet en recouvrant ces places avec le toit.

Image issue du brevet FR633413
Ce système est relativement complexe et comprend de nombreux éléments mais pose les bases de sa future invention. En 1931 il invente un second système dont il dépose le brevet, validé le 5 Octobre 1932. Son principe est bien résumé dans le nom : Capotage escamotable à déplacement automatique, pour véhicules automobiles. C’est cette fois un vrai toit en dur qui s’enlève la manière d’une capote et se loge dans un grand coffre à l’arrière. Le système est actionné électriquement avec une tringlerie et des sangles élastiques. C’est finalement un système à la fois pratique et économique.


Images issues du brevet FR733380
Une première Éclipse… chez Hotchkiss !
Maintenant que le brevet du système Éclipse est déposé, il faudrait le faire fructifier. Les grands marques françaises proposant des cabriolets ne manquent pas. Hotchkiss est un peu à part puisque ses voitures sortent souvent avec des carrosseries usines. Un premier prototype est construit par le carrossier Pourtout en 1933 sur un cabriolet 4 places dont l’avant est bien plus massif que l’arrière, plus effilé. Le projet ne va pas jusqu’à l’industrialisation, Georges Paulin n’arrivant pas à trouver un accord financier avec la marque.
Aller plus loin : Histoire de Carrossiers, épisode 2 : Pourtout, Eclipse et Aero

Darl’Mat, Pourtout et Peugeot
Émile Darl’Mat est l’agent Peugeot le plus connu de l’époque. À Paris, il a pignon sur rue. Les fameuses « 02 Darl’Mat » ne sont pas encore à l’ordre du jour mais c’est déjà lui qui a présenté Paulin à Pourtout avant que ne naisse la Hotchkiss Éclipse. La décision est alors prise de réaliser ces carrosseries sur des châssis Peugeot qui seront vendus par Darl’Mat.
Le premier prototype est réalisé en 1933 sur une base de Peugeot 301. La carrosserie recule au maximum le poste de conduite pour faciliter l’arrivée du toit dans le coffre.
L’année suivante, le dessin s’affine. Les courbes sont plus nombreuses, y compris sur le toit qui forme une sorte de bulle. La lunette arrière en deux partie débarque et sera, à partir de ce moment, une des signatures des Éclipse… qui n’ont pourtant pas besoin de signe particulier ! La voiture est prête à être commercialisée. Pourtout se charge des commandes qui sont évidemment réalisées à l’unité.

On décline ensuite ce « produit ». À l’automne 1934 débarquent les Peugeot 401 et 601 Éclipse. La première présente un dessin plus équilibré puisque son capot est déjà grand pour abriter un 6 cylindres mais la ligne de l’arrière est similaire à celle de la 301.



La Peugeot 601 Éclipse est forcément plus haut de gamme et exclusive. Plus grande, la voiture présente des lignes plus tendues. On note d’ailleurs que la carrosserie n’est plus réservée à des voitures deux places, même si elles conservent deux portes.


Si on ignore le nombre de 301 produites, 79 Peugeot 401 Éclipse et 21 Peugeot 601 Éclipse sont produites au total.
La plus connue ? Celle de Marcel Pagnol créée en 1935. Son dessin pourrait faire penser à une « 02 » mais c’est bien une 601 qui est demandée à Pourtout et vite primée quand Josette Day, actrice et épouse de Pagnol, la présente dans des concours d’élégance, raflant le prix à Monaco. C’est cette voiture qui apparaît ensuite dans « Le Schpountz » et qui avait fait parler d’elle il y a quelques années au moment du lancement d’une souscription en vue de la restaurer.
Une aparté Lancia !
Si le système Éclipse se retrouve surtout sur des Peugeot, il n’est pas (encore) exclusif ! Ainsi Pourtout peut aussi l’utiliser dans sur des châssis de toutes marques. Collaborant régulièrement avec l’éphémère usine de Lancia Automobiles, il crée en 1935 une Lancia Belna Éclipse !
Lire : Lancia Automobiles, l’aventure méconnue du constructeur italien en France !


La Peugeot 402 Éclipse
La même année, en 1935, la gamme des Peugeot 01 arrive à son terme. La Peugeot 402 est présentée comme une sorte de réponse à la Traction. Si la ligne est novatrice avec le fameux « fuseau Sochaux », la technique est plus classique, typiquement Peugeot !
La voiture est proposée dans diverses versions, berline, coach, cabriolet ET Éclipse. Cette version est directement intégrée au catalogue et se retrouve sur le stand de Peugeot, et pas de Pourtout, au salon de Paris 1936. La licence du brevet a alors été cédée à Peugeot par Paulin. Les Peugeot 402 Éclipse ne sortent plus de l’atelier du carrossier mais directement de l’usine de La Garenne.

La première version est la E4, reposant sur le châssis de la berline pour avoir suffisamment de longueur, malgré le fait qu’elle ne propose que 3 places. Elle propose un système Éclipse électrique (qui sera progressivement abandonné pour laisser place à un système manuel plus fiable) et un pare-brise en deux parties. 80 voitures seront fabriquées.



La plus courante, c’est la Peugeot 402 Éclipse E4Y qui adopte le châssis long de la version familiale. Le pare-brise passe en une seule partie mais propose surtout deux rangées de sièges. 324 exemplaires seront fabriqués.
La E4T est similaire mais avec une roue de secours sur le coffre. Elle sera produite à 149 exemplaires.


Les dernière Peugeot 402 Éclipse sont des E5T qui reposent sur un châssis de Peugeot 402 B avec les roues pilote et la calandre spécifique au modèle. Seules 27 voitures ont été produites.


Pour la postérité
Avec des évolutions successives, le système Éclipse semblait totalement intégré à la gamme Peugeot. Pourtant, au moment de sortir la 203 après-guerre, le cabriolet classique et le coupé seront seuls. Peugeot « oublie » ce système jusqu’en 1998 avec la 20 Coeur qui donnera la 206 CC.
Le système a pourtant été copié entre-temps. Ford a proposé un système similaire sur sa Fairlane 500 Skyliner entre 1957 et 1959. Et puis, avant que Peugeot ne réintroduise la 206 CC, c’est Mercedes qui se saisit du système avec la SLK apparue en 1996.
Et Georges Paulin dans tout ça ? En dehors des Éclipse, il a continué à travailler avec Pourtout. C’est lui qui signe le dessin des magnifiques Peugeot 402 puis 302 Darl’Mat. Pendant la guerre, il entre dans la résistance. Faisant partie du réseau Alibi, il est fusillé par l’occupant le 21 Mars 1942 au Mont-Valérien et recevra la Médaille de la Résistance Française à titre posthume.
Source principale : 402eclipse
Images complémentaires : l’Automobile Ancienne





JULLIAN
Encore une fois un très bel article très pointu ! Félicitations
Dominique
· · 27 mars 2026 à 18 h 47 min
Philippe
Georges Paulin a dessiné la, superbe Bentley Embiricos en 1938 ce qui lui a valu de recevoir la commande de la maison Bentley pour l’avant-gardiste Corniche sur châssis Mark V. Et ensuite de connaître le triste sort que l’on sait.
· · 27 mars 2026 à 18 h 54 min
BREZOUT-FERNANDEZ Robert-Louis
J’ai possédé une 602 Eclipse : une véritable torture sur la route, totalement inconduisible . Sitôt restaurée (début octobre pour le rallye Paris-Deauville de cette année là) sitôt vendue (mi-novembre de la même année) sans un regret sinon celui d’avoir misé sur un si mauvais cheval.
· · 2 avril 2026 à 10 h 09 min