Après Hotchkiss, Talbot-Lago ou Salmson, on s’intéresse à Delage. Grande marque de luxe, sa fin va être très lente, entre tentative de relances et absorption par le grand rival Delahaye. Toute cette histoire du déclin de la marque est comme symbolisé par la Delage D6, une appellation qui concerne finalement des voitures bien différentes et qui sera la dernière de la marque.
Les Delage D6 d’avant-guerre
Plus de 20 ans avant la disparition de la marque, Delage est une marque de luxe qui tente de se dépêtrer de la morosité née du krach de 1929. La réponse est la même que pour beaucoup de constructeurs : proposer de nouvelles voitures pour que les clients fortunés renouvellent leur garage. C’est ainsi que la Delage D6 débarque en 1930. Son moteur M9 de 3045cm³ sort 72ch. Elle est encadrée dans la gamme par la DS (6 cylindres 2516cm³ et 60ch) et par la D8 (8 cylindres en ligne de 4 litres). Forcément, elle peut se faire habiller par de nombreux carrossiers dans des formes bien différentes.

Ces modèles ne se vendent pas bien. Ce n’est pas un souci de qualité mais la crise financière est décidément trop forte.
La Delage D6, la 17cv est remplacée par la Delage D6-11 présentée au salon de Paris 1932. Le 6 cylindres reste un 2 litres mais on en sort 63ch, une belle performance obtenue grâce à un moteur « carré » et une distribution desmodromique tandis que la vitesse de pointe atteint 110km/h. Une version S sort même 68ch. Ces voitures apportent aussi des roues avant indépendantes mais demeurent très chères et ne se vendent pas mieux.



De fait, on repart quasiment de 0 avec la nouvelle Delage D6-65 qui fait appel à un moteur de 2678cm³, toujours en 15cv pour 65ch réels et qui apparaît en 1934. On note qu’elle passe aussi aux freins hydrauliques.
Elle ne permet pas de redresser les ventes, pas plus que les D4 (4 cylindres) ou D8. En fait, la gamme est énorme et ne se vend que trop peu. Les difficultés financières sont énormes, elles aussi, et Louis Delâge finit par devoir abandonner sa marque. Walter Watney, un britannique qui est le plus gros agent Delage de Paris et proche de Louis Delâge rachète alors la marque, le stock de pièces et les voitures en cours de fabrication. Il éponge les dettes mais côté industriel, Delage est au point mort puisque les machines sont vendues par le liquidateur.
Un accord est donc signé avec Delahaye. En meilleure forme, ce rival historique va donc produire des Delage avec de nombreux éléments communs même si Delahaye se concentre sur un aspect sportif quand Delage misera sur le luxe.
Au salon de Paris 1935 la gamme Delage est renouvelée. On part de la D1-12 qui remplace la D4 et qui est basée sur la Delahaye 134 (4 cylindres donc) et on monte jusqu’aux D8-100 et D8-120 qui conservent leurs 8 cylindres.
Au milieu on retrouve les Delage D6. Elles sont 3. On débute avec la Delage D6-60 qui est une 14cv de 60ch et inaugure un nouveau moteur de 2335cm³. La Delage D6-70 utilise un 2528cm³, c’est une 16cv pour 70ch. La Delage D6-80, enfin, est une 18ch qui développe 90ch avec le moteur de la Delahaye 138.
Les voitures gagnent en puissance pour la gamme 1937 mais seule la D6-70 est encore sur le stand au salon 1937, et au catalogue en 1938.





En 1937, la marque renoue avec la compétition. Une D6-70 avec un moteur 3 litres se classe quatrième des 24h du Mans avec Jacques de Valence de Minardière et Louis Gérard, remportant sa classe au passage. Elle abandonnera l’édition 1938.

Au salon 1938 on présente la gamme de 1939 et la Delage D6-75 avec un moteur qui passe à 2800cm³ et qui développe 80ch et qui est la dernière qui possède encore un moteur étudié directement par Delage.

La Delage D6 3-Litres
C’est le 11 Avril 1939 que la nouvelle Delage est présentée : la D6 3-Litres. La cylindrée passe alors à 2984cm³ (90ch) et elle complète la D6-75. Évidemment, elle est disponible avec un large éventail de carrosseries.

Walter Watney engage deux autos aux 24h du Mans 1939. Ce sont des D6 3-Litres. Si Hug et Loyer abandonnent, Louis Gérard et Georges Monneret remportent la classe des 3 litres et se classent à la 2e place à trois tours de la Bugatti qui l’emporte.



La guerre force l’arrêt des Delage. Néanmoins, les usines Delahaye reprennent leurs fabrication après-guerre. Évidemment, ce sont surtout des camions qui sortent mais quelques Delage sont aussi au programme, généralement des stocks de châssis, de moteurs et de carrosseries qu’on déniche chez Autobineau.
Au salon 1946 on dévoile le millésime 1947. La D-180 est complétée par plusieurs Delage D6 3-litres. Deux empattements sont en effet proposés (3,15 et 3,3m) tandis que le moteur peut être proposé en version Olympic avec 3 carburateurs pour 100ch. Par contre, toutes ces voitures doivent être habillées à l’extérieur, le catalogue ne comporte plus de carrosseries usine.
La production part surtout à l’étranger, pour faire rentrer des devises nécessaires à la reconstruction. La gamme Delage ne se compose finalement que des Delage D6, la D-180 étant uniquement fabriquée chez Delahaye. D’ailleurs, Delahaye et Delage partagent désormais les pare-chocs.



En 1949, les 24h du Mans reviennent. Derrière la première victoire de Ferrari, c’est la Delage D6S 3L de Louveau et Jover qui se classe 2e et remporte sa classe.
Au salon de Paris on dévoile une nouvelle carrosserie, semi-ponton, qui ne fait pas oublier que les soubassements sont bien plus anciens.



Petit à petit, on communique de moins en moins sur la répartition entre la production de Delahaye et Delage. De toute façon, même en cumulant les châssis, cela ne fait pas beaucoup. La Delahaye 235 ringardise définitivement les Delage D6, même avec leur carrosserie moderne. Surtout, les anglais, Jaguar en tête, voire les américains proposent des offres haut de gamme bien plus modernes… et performantes.
En 1953 on produit les dernières Delage D6. Il faudra attendre 1954 pour qu’elles soient vendues. À ce moment, ni Delage ni Delahaye n’a de stand au salon de Paris. On estime que 330 Delage D6 ont été produites après-guerre.
Source principale : Les Amis de Delage












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