Les dernières des marques Française, Ep.3 : la Salmson 2300 S, un coupé pour terminer

Publié le par Benjamin

Les dernières des marques Française, Ep.3 : la Salmson 2300 S, un coupé pour terminer

Les marques françaises haut de gamme ont peu à peu disparues après la seconde guerre mondiale. Quand certains se sont éteints sûrs d’eux en faisant à peine évoluer leurs autos, la marque Salmson, également connue pour sa fabrication d’avions, a tenté le tout pour le tout avec une voiture bien plus originale : c’est la Salmson 2300 S.

Une situation peu enviable

Après-guerre, les voitures de luxe françaises souffrent. D’un côté la fabrication à grande échelle de petites voitures capte des capitaux, de l’autre, ces constructeurs à grande échelle ont des produits plus adaptés, y compris les constructeurs étrangers qui ont misé sur des conceptions nouvelles quand les français reprennent leurs voitures d’avant-guerre à peine modifiées. C’est le cas de Salmson qui relance la S4. Luxueuse, elle ne parvient pas à se vendre correctement. Une dernières version est lancée en 1950, la S4-61.

Par contre, on rajeunit la gamme, et le style, et on lance aussi la série des Randonnée, E72, G72, G72bis etc. En réalité, ce sont des évolution de la précédente et les ventes ne sont pas au rendez-vous. Les banques lâchent Salmson et Jean Heinrich, président depuis 1917 est interdit d’entrée dans l’usine ! La liquidation suit peu après et le salut vient de Jacques Bernard, président des Moteurs Bernard. On lance alors la G72ter, nouvelle évolution des modèles existants… mais sans plus de succès avec 75 voitures construites en 1952.

Un nouvel homme arrive alors dans l’histoire de Salmson. Eugène Martin, ingénieur, propose des idées nouvelles qui séduisent Bernard. On lance en 1953 la fabrication des prototypes d’une nouvelle voiture.

L’arrivée la Salmson 2300 S

Eugène Martin est un pilote automobile qui a couru notamment sur BMW et Talbot-Lago, jusqu’en F1 s’il vous plaît ! L’homme aime donc les mécaniques sportives mais il est aussi bricoleur. En plus des voitures de course, il se fait remarquer en modifiant une Peugeot 203. Avec son échappement 4 en 1, ses trois carburateurs, l’auto est bien plus performante. Surtout, il la fait habiller avec une carrosserie de coupé 4 places (une auto vue à la vente de Printemps Aguttes récemment).

C’est cette auto qui est le point de départ de la Salmson 2300 S dont la conception finale s’avère très rapide. La carrosserie est dessinée par Martin et réalisée chez Desvaux, à la main sur des châssis de G72 modifiés, à l’empattement réduit.

Surtout, on utilise un tout nouveau moteur qui donne son nom à la voiture. 2300cm³ pour ce 4 cylindres réalisée en alu avec double arbre à cames en tête et culasse hémisphérique plaçant la bougie au centre. Il sort 105ch à 5000 tours minutes, de beaux chiffres pour l’époque. La puissance est envoyée aux roues arrières via une boîte Cotal.

La Salmson 2300 S fait ses grands débuts au salon de Paris 1953. C’est presque un plan de relance qui est proposé puisqu’on dévoile également le moteur 1500 qui doit équiper un coupé 2 places encore plus petit et la 2300 GS, pour Grand Sport à l’empattement raccourci à 2,35m.

La voiture est bien placée au niveau des tarifs. Son placement haut de gamme est d’ailleurs renforcé par le choix de placer le volant à droite ! En option, on peut la rendre encore plus sportive avec des roues Rudge, des freins spéciaux et allégés, des sièges légers, une boîte manuelle ZF ou encore la limiter à 2 places. Les rallymens peuvent monter des phares latéraux, les mécanos un éclairage sous le capot.

La mise en production est vite décidée et 53 Salmson 2300 S sont construites la première année. L’outillage a coûté une fortune mais les carrosseries doivent être faites à l’extérieur. Eclassan, installé à Boulogne, en réalise 38 avec une ligne fine, bien plus que les suivantes. Elles seront particulièrement prisées en compétition puisqu’elles sont les plus légères.

En effet, la production passe peu à peu chez Chapron qui réalise la totalité des « Sport », la plus grosse série de plus de 100 voitures. Le célèbre carrossier se chargera par la suite de réaliser les habillages de certaines voitures. Ces Salmson 2300 S Chapron se reconnaissent notamment avec leur vitre de custode dont la pointe est arrondie.

Mécaniquement, l’auto n’évoluera pas. Au total, on va produire 226 Salmson 2300 S… mais toutes n’ont pas la même forme.

Les Salmson 2300 S en sport automobile

L’auto est performante et des engagements vont survenir, autant en rallye… que sur circuit ! Sans que l’usine ne soit impliquée, cette publicité va grandement contribuer au succès de la Salmson 2300 S.

Dès 1953 les Salmson 2300 S brillent en rallye. En 1953 elle s’adjuge la Coupe des Alpes, une auto finit 5e du Liège-Rome-Liège et première auto française en plus des victoires de classe (sport de plus de 2000 cm³) au Rallye des Tulipes et au Rallye de Charbonnières.

Au Monte Carlo 1955, Cotton et Lemerle terminent 3e sur une auto carrossée par Pichon-Parat. L’auto est rétrogradée de 15 places suite à des contrôles ratés. Ensuite l’auto termine seconde du Liège-Rome-Liège !

Aux 24h du Mans 1955 une Salmson 2300 S est engagée. C’est une barquette carrossée par l’italien Motto. Jean Paul Colas et « Franc » ne verront cependant pas l’arrivée. Malgré tout elle rentre dans l’histoire, Jean Paul Colas est équipé d’un laryngophone et retransmet la course pour Radio Monte Carlo depuis la voiture !

Aux Mille Miglia 1956 on voit l’équipage Delorme – Perroud abandonner. Aux 24h du Mans cette année là, Colas engage une auto pour Nersessian et Monneret qui sera trahie par son moteur. Au Tour de France automobile Motte et Bussens courent avec le numéro 68 et terminent 5e, c’est la grise montrée ci-dessous.

On reverra une Salmson 2300 S aux Mille Miglia 1957 ou Regine et Gerald Langlois abandonneront.

Les Salmson 2300 S « spéciales »

La voiture apparaît à une époque où les carrossiers sont encore puissants. Quelques-uns, en plus de ceux qui ont proposé des voitures pour la compétition, ont fabriqué des voitures spéciales.

Évidemment, c’est Chapron qui va y aller en premier en proposant une version cabriolet. Proposées à un prix de 2.100.000 francs, elle est très chère et seules 6 seront construites. Le salon Epoqu’Auto 2015 a été la première occasion de les voir réunies.

C’est également Chapron qui réalise la carrosserie des Salmson 2300 GT. On parle ici d’une grande berline, qui fut aussi déclinée en version 2300 L. Ces voitures devaient compléter la gamme et les prototypes ont bien existé. D’ailleurs, le dessin se retrouvera finalement sur la dernière voiture d’une autre marque française réalisée par Chapron, la Hotchkiss Monceau dont on vous parlait récemment.

Enfin, Chapron recevra une commande spéciale en 1955… qui n’est pas plus élégante des Salmson 2300 S. Le propriétaire de cette voiture voulait pouvoir embarquer avec son haut-de-forme… d’où la forme caricaturale du pavillon !

Au salon 1954 apparaît une Barquette Salmson 2300 S carrossée par Charbonneaux à la demande de Nadaud, distributeur parisien de la marque. Seule et unique, elle existe toujours et on a pu notamment la voir à Epoqu’Auto 2015, elle aussi.

Et bien sûr la Berline Motto, elle aussi aperçue à Epoqu’Auto 2015. La prouesse de cette auto réside dans son poids. 1200 kg seulement, en étant plus longue que le coach. C’est l’emploi de matériaux spéciaux qui fit la différence.

La Salmson 2300 S n’empêche pas la fin de Salmson

La Salmson 2300 S réalise donc un bon lancement. Il est vrai que ses victoires et son positionnement commercial font que la marque « revit ». Pour autant, les créanciers, bien que commençant à être remboursés, restent pressants. En Décembre 1954, la société Minerva qui a acquis la majorité des actions de Salmson met dehors Jacques Bernard et le remplace par Serge Chellé, ancien pilote. Seulement, la valse des actions n’est pas terminée, finalement Bernard reprend le contrôle mais Jacques Bernard refuse de revenir à la tête de Salmson malgré la démission de Chellé.

La société est placée en faillite et Serge Chellé revient finalement pour remplacer l’administrateur judiciaire qui a commencé à couper dans les effectifs qui s’en vont travailler chez Renault. Il est interdit de prendre de nouvelles commandes de Salmson 2300 S et Eugène Martin finit par claquer la porte, voyant surtout que le projet « 1500 » est au point mort.

La production se termine. 11 Salmson 2300 S sortent d’une usine quasiment vide en 1956. 2 voitures sont fabriquées au tout début de l’année 1957. Ce sont les toutes dernières Salmson.

Ces voitures sont désormais des raretés bien préservées. L’Amicale Salmson est particulièrement active pour faire connaître la marque et aider les propriétaires, notamment au niveau des refabrications. Notez que contrairement à bien d’autres marques, aucun projet de relance n’a été proposé récemment.

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

Commentaires

  1. Martinetti Jean-Louis

    Bravo pour ce bel article particulièrement bien illustré et documenté. Je suis sensible à la marque Salmson, mon grand père en a eu 2. J’ai eu le plaisir de rouler en tant que jeune passager dans sa S4D au cours des années 50.
    Les beaux ouvrages publiés par l’Amicale Salmson devraient figurer en bonne place dans toutes les bibliothèques des passionnés.

    Répondre · · 19 octobre 2025 à 13 h 17 min

  2. Gougnard

    sympa ce reportage bien documenté bravo et merci Benjamin

    Répondre · · 20 octobre 2025 à 16 h 07 min

  3. michel chomarat

    SUPERBE, merci infiniment Benjamin pour ce reportage. Très juste.
    Michel. Propriétaire de la S4 61 Noir vue à ALBI.

    Répondre · · 3 novembre 2025 à 17 h 21 min

Laisser un commentaire

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.