Histoire de Carrossiers, ép. 13 : Pichon Parat, les sennonais

Histoire de Carrossiers, ép. 13 : Pichon Parat, les sennonais
Benjaminhttps://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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On vous a déjà fait découvrir une douzaine de carrossiers qui avaient tous une particularité : ils avaient officié avant-guerre. Ce n’est pas le cas de Pichon Parat, qui s’est développé sur la seconde moitié du 20e siècle.

Bernard Pichon et André Parat, deux amis d’enfance

Nés à dix jours d’intervalle au printemps 1923 Bernard Pichon et André Parat grandissent dans deux maisons voisines de Sens dans l’Yonne.

Si Pichon dessine des autos dans ses cahiers d’écolier, le savoir-faire de Parat arrivera plus tard. Difficile d’être chaudronnier sur les bancs de l’école !

Après la guerre chacun vit de son côté mais les deux amis se rapprochent vite. Parat a de plus en plus orienté sa carrière vers la réparation d’automobiles et Pichon les dessine toujours aussi bien d’ailleurs il s’installe en 1947 en tant que tôlier, soudeur, carrossier.

Les deux compère commencent alors la modification d’autos. Ce n’est pas une activité de carrossier telle que la pratique les Saoutchik, Chapron et autres grands noms encore existants. Là on parle de la modification d’autos d’occasion ou accidentées et réparées avec des carrosseries spéciales breaks ou corbillard. Les autos sont souvent des bases chères, ce qui permet de “diluer” la modification.

La première vraie réalisation de Pichon Parat, alors que l’association n’est pas encore officielle apparaît en 1950 avec une Ford Vedette. L’auto est alors une bi-corps et les sennonais la transforment en une tri-corps plus en corrélation avec le statut de l’auto. Une autre carrosserie est proposée sur la même base : un break.

L’année suivante les voilà au Salon de Paris ! La Ford Vedette a gagné une lunette panoramique qui peut aussi se monter sur la version coupé de l’auto. Pichon Parat expose aussi une 4CV Coupé, elle aussi tricorps avec une finition luxueuse qui double son prix ! Le soin apporté à ces réalisation les fait remarquer. Au début de l’année suivante la société Pichon & Parat est créée.

On continue les déclinaisons sur base Vedette en ajoutant des ailerons à la berline tri-corps ou en proposant une découvrable. Mais la Vedette va s’offrir un lifting et Pichon Parat doit se diversifier. C’est ainsi qu’apparaît un cabriolet sur base de Renault Frégate. Le travail est profond avec beaucoup d’ornements mais n’ira pas plus loin. Toujours sur base Renault on propose une lunette arrière panoramique à la 4CV.

Les Panhard par Pichon Parat

Début 1953 c’est avec la doyenne des marques françaises que se lient les sennonais. Panhard est alors un des constructeurs les plus enclins à laisser des artisans se pencher sur ses mécaniques. La première réalisation est alors une Junior qui passe du cabriolet au coupé avec un toit plongeant et un arrière entièrement revu.

Une de leurs créations, sur base de Dyna X est utilisée par Pichon en compétition. C’est ainsi que naît la Dolomites présentée au printemps 53. La ligne est assez semblable à celle de la Junior coupé, si ce n’est qu’elle est vraiment étudiée pour le sport. On en parle plus en détail par ici.

Cette auto va propulser Pichon Parat sur le devant de la scène en s’affichant, parfois avec un certain succès, sur diverses courses européennes. Près de 60 exemplaires sortent des ateliers entre 1953 et 1956.

En 1954 c’est une autre base française qu’habillent Pichon Parat pour le salon de Paris : une Salmson 2300S commandée par le pilote René Cotton. La ligne est revue, l’avant n’a rien à voir. Un second pilote (Vincent) leur fera même réaliser une auto à l’empattement réduit de 30 centimètres !

En 1955 on retrouve une base Renault du côté de Sens. La 4CV est métamorphosée pour donner le coupé Izoard. Comme la 300SL qui apparaît la même année, elle se dote de portes papillon. Pour cela un châssis tubulaire reçoit des panneaux de duraluminium, un peu la marque de fabrique de Pichon Parat. Là encore elle est très chère, plus du double de la 4CV et seules 5 exemplaires auraient été construits.

Durant l’hiver les ateliers habillent les Talbot-Lago à moteur Maserati qui s’engageront aux 24h du Mans 1956.
Au salon de Paris on présente un cabriolet qui reprend les lignes de l’Izoard ainsi qu’un élégant coupé sur base d’Aronde. Le problème c’est que Simca souhaite également son coupé et que ce n’est pas à Pichon Parat qu’il est prévu de s’adresser. L’affaire en restera là.

Pichon Parat et Loewy

En 1957 Pichon Parat démarre une nouvelle collaboration. Le commanditaire de ces travaux est Raymond Loewy, star du design, tant pour ses logos (Lucky Strike, Schell) que pour ses Studebaker. Installé aux USA il rencontre des soucis concernant la réactivité des équipes chargées de mettre en œuvre ses idées. Il se tourne vers Pichon Parat pour trouver cette spontanéité qui lui manque.

Après plusieurs échanges, Pichon va à sa rencontre à New York et revient avec les plans d’une auto européenne à carrosser : c’est une BMW 507. Le coupé qui sera créé à Sens n’a rien à voir avec les lignes du roadster originel. En fait c’est plus le style de futures Studebaker qui est préfiguré. L’auto fait le tour du mondes des publications automobiles et se retrouve en star sur le stand de Pichon Parat au salon de Paris.

Mais elle côtoie d’autres créations : une 403 coupé au toit abaissé… et au profil finalement assez proche de ce que sera la 404 du même nom. Pas rigide elle sera détruite sans même être proposée à la vente.
De la 403, on en retrouve aussi… sur la Dyna Z break ! C’est en effet le hayon en deux parties d’origine Peugeot qu’on retrouve sur la Panhard. Disponible uniquement en berline, ce break est bienvenu et bien réalisé coûte cher. Une centaine de Dyna Grand Luxe seront ainsi transformées.

En 1958 l’activité de Pichon Parat se réduit un peu. Pichon n’est plus aussi impliqué et on ne trouve au salon qu’une Dyna Break avec des casquettes de phares et une Dyna Cabriolet appelée Bordeaux et réalisée pour le compte de Vivez, carrossier bordelais qui produira les autos.

L’année suivante le stand a meilleur mine. Une imposante Cadillac y prend place, fabriquée selon les dessins de Raymond Loewy pour son utilisation personnelle.

On retrouve aussi une Vespa 400 modifiée en voiture de plage. Elle a fière allure mais il n’en sera produit que peu d’exemplaires.

Enfin on trouve un cabriolet sur base Dyna, plus travaillé que la Bordeaux. Les inspirations se trouvent plutôt du côté de l’Izoard, même si on joue sur le côté sportif avec moteur tigre et une vitesse de pointe de 140 km/h.

Le lent déclin de Pichon Parat

Après une dizaine d’année de bons services, l’activité décline. En fait le nom Pichon Parat n’apparaît plus clairement sur ses productions lorsque ce sont des prototypes réalisés pour des constructeurs ou des transformations en camionnette ou ambulance.

En 1962 Pichon entre à la division TP de Fiat et fournit un peu de travail à Parat qui continue l’activité.

En 1964 Pichon Parat se fait remarquer en modernisant la face avant des DS. Ils utilisent des boîtiers Cibié de Panhard 24… et lui offrent un look que Citroën adoptera, de série, après 1967.

L’année suivante Loewy fera carrossé une autre auto à sens, sa Jaguar Type E personnelle qui n’a plus rien à voir avec la Type E originelle.

L’année suivante Parat décroche un contrat pour une petite série de breaks sur base BMW 1600 et 1800. Là encore le coût de fabrication limita grandement la production.

En 1966 Parat sera carrossier et formateur. Matra Sports a choisi l’alu pour habiller sa première voiture d’endurance, la MS620. Parat réalise donc les premières carrosserie et enseigne aux équipes de Vélizy comment carrosser les suivantes.

On note aussi des voitures de cinéma sorties de Pichon Parat dans les années 60. D’abord l’auto star de “La Belle Américaine” epuis la Jaguar Type E rallongée du “Petit Baigneur” deux films de Robert Dhéry, également sennonais.

En 1971 André Parat est appelé par Ligier. Il faut donner un coffre à bagage à la JS2. La solution est adoptée à Vichy et on retient aussi la modification qu’il apporte à l’avant signé Frua.

Le dernier coup d’éclat de Pichon Parat sera la création d’un break sur base Peugeot 604 ! Réalisé à la demande de Bernard Consten, un ami de Bernard Pichon, ce break est basé sur une auto accidentée. Remarquée elle restera sans suite.

Deux ans plus tard, le 19 Juin 1979 Bernard Pichon décède. La société Pichon et Parat ferme définitivement en 1983 et André Parat décèdera le 24 Novembre 1995.

Pour aller plus loin on vous recommande la lecture du livre “Pichon & Parat, Maîtres-carrossiers à Sens“, disponible ici.

Source principale : André Leroux, photos additionnelles : Bonhams, Artcurial, Barret Jackson, Conceptcarz

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