Il fut un temps où la France produisait parmi les plus réputées des voitures de luxe avec des constructeurs de haut niveau bien aidés par un tissu de carrossiers véritables maîtres de la haute couture automobile. Dans les années 50 et 60, ces grands constructeurs et les grands carrossiers ont tous disparu, non sans se battre. Après vous avoir parlé des Bugatti de l’après-guerre, on vous propose de vous replonger dans l’histoire des derniers modèles des grandes marques. Pour ce premier épisode, on se place au milieu des années 50 avec les Hotchkiss Monceau et Agay.
Hotchkiss à la relance après-guerre
Comme beaucoup de marques françaises, au moins celles qui n’ont pas été oubliées, Hotchkiss est touchée par le Plan Pons après-guerre. Né pour relancer l’industrie automobile, il se concentre notamment sur les poids lourds et utilitaires, voire des petites voitures. Hotchkiss est à la fois une marque de voitures prestigieuses produit aussi des camions et se voit regroupé avec Peugeot, Latil et Saurer en Janvier 1946. Pourtant, dès le milieu de l’année 1946 on autorise la marque à relancer sa production de voitures. On parle de la gamme des 13, 17 et 20CV, les mêmes voitures que la marque produisait en 1939.
Il faut attendre le salon de Paris 1948 pour que la marque ne relance des voitures « nouvelles ». Les phares sont (semi)encastrés dans les ailes, les surfaces vitrées sont agrandies, les roues avant deviennent indépendantes et les freins délaissent enfin les câbles pour des circuits hydrauliques. Les Artois (13CV), Gascogne et Champagne sont nouvelles et reçoivent des 4 (2312cm³) ou 6 cylindres (3485cm³). On note qu’en Janvier 1949 une Champagne remporte le Monte-Carlo !


Ce ne sont cependant que des modèles de remplacement… qui permettent d’attendre des modèles vraiment modernes. C’est cela que trouve Hotchkiss avec la proposition de Jean-Albert Grégoire. La Grégoire 2 litres est quasiment prête et en fin d’année 1949 la nouvelle Hotchkiss 2 litres est annoncée… mais cela ne se fera pas sans douleur.
En attendant la production de la Grégoire, c’est l’Anjou qui débarque en se déclinant en 13 et 20CV, reprenant les moteurs des Artois et Gascogne mais avec de nouvelles carrosseries. En plus des Berlines, un Cabriolet Anthéor est proposé. Très cher, il est produit chez Chapron.
Ces autos deviennent vite les seuls espoirs de Hotchkiss devant la catastrophe industrielle que représente la Grégoire. Les ventes plongent. On vend moins de 1000 voitures en 1952 (910), on arrive à 237 en 1953 et seulement 5 voitures en 1954… mais on a une idée derrière la tête.


Les Hotchkiss Monceau et Agay
La trop moderne Grégoire a vacciné Hotchkiss qui va se lancer dans l’étude d’un nouveau modèle. En fait, dès 1952 on a activé diverses options pour redynamiser les modèles en production. On aurait même contacté Facel Métallon pour dessiner (et pourquoi par réaliser) une nouvelle berline au look bien plus moderne avec caisse autoporteuse tout acier… et pouvant se greffer sur les mécaniques des Hotchkiss existantes.
Finalement, on va faire « plus simple » et c’est ce qui va donner naissance aux Hotchkiss Monceau et Agay. La marque n’est pas connue pour être avoir produit des châssis nus destinés aux carrossiers, hormis l’Anthéor. Ce sont des carrosseries dessinées et assemblées dans les usines qui habillaient les voitures. Cette fois, on va faire appel à un grand nom de la carrosserie : Chapron. Le styliste maison, Carlo Delaisse va alors créer une carrosserie qui va marquer les esprits.
Pensez bien, les Hotchkiss ont toujours eu une calandre haute. Si les phares se sont progressivement intégrés aux ailes, on est loin des lignes Ponton qui commencent à se généraliser dans l’automobile des années 50, ces lignes qui placent les phares aux bout des ailes avant. La Hotchkiss Monceau sera la berline et l’Agay sera le coach à 6 glaces. Les deux voitures partageront un avant où la calandre prend toute la place. Le pare-brise est (enfin) en une seule partie et on dessine tout de même des ailes arrières musculeuses.
La voiture possède un vrai coffre, abandonnant les bicorps précédents, tandis que le pavillon est très arrondi. En tout cas, c’est bien plus moderne que les Anjou… mais ce n’est pas vraiment original puisque le dessin est en grande parti repris d’un prototype réalisée pour la Salmson 2300 L.



Si le capot tout de même relativement haut, c’est parce que les Hotchkiss Monceau et Agay doivent abriter des mécaniques bien moins modernes que leur carrosserie. Le châssis est repris de l’Anjou 20CV. S’il est plus moderne que les voitures de l’immédiat après-guerre, ce n’est pas non plus le plus moderne de la production française mais l’ensemble roues indépendantes, suspensions à ressorts hélicoïdaux et freins hydrauliques à tambours est robuste et fera le travail.
Côté moteur, on oublie évidemment le moteur révolutionnaire des Grégoire. La Hotchkiss Monceau reprend le 6 cylindres de 3,5 litres. Il est retravaillé totalement, et alimenté par des carburateurs Solex si bien qu’il promet 135ch, une dizaine de chevaux de plus que l’Anjou et est associé à une boîte 4 vitesses.
Les Hotchkiss Monceau et Agay sont prêtes pour le salon de Paris 1954. Elles côtoient une Delahaye 235 sur le stand commun que les deux marques formes, elles ont fusionné en Juillet de cette même année.


Des plaquettes publicitaires sont éditées. La Hotchkiss Monceau est la Berline Grand Luxe, l’Agay le Coach Grand Luxe. Les deux voitures sont données pour 6 places et promettent un grand coffre pour leurs bagages. Ce sont les Hotchkiss 1955 et les clients peuvent les commander.

Seul souci : le prix ! La Hotchkiss Monceau est affichée à 2.900.000 francs et le coach Agay grimpe même à 2.975.000 francs avec leurs moteurs 6 cylindres. Des versions 4 cylindres sont aussi au catalogue, même si elles n’ont pas été produites. À ce prix-là, les autos ne trouvent aucun acheteur. Le design intéressant n’est pas assez révolutionnaire et la technique est clairement dépassée… dites vous que nous sommes alors à moins d’un an de l’apparition de la DS !
Les Hotchkiss Monceau et Agay ne seront pas exposées au Salon de Genève 1955. On est résigné. Trois voitures ont été réalisées et seront finalement vendues en 1956 alors même que l’homologation n’a pas été demandée (le type 2053 existe cependant). Le coach Agay va totalement disparaître. Concernant les Hotchkiss Monceau, une berline en boîte manuelle est arrivée dans le sud de la France, la seconde, avec une boîte Cotal, qui illustre en grande partie cet article est plus souvent visible et vient de région parisienne.





La marque après les Hotchkiss Monceau et Agay
Ce sont donc les dernières tentatives d’Hotchkiss pour des voitures… de grand tourisme ! Hotchkiss-Delahaye produit des Jeep américaines sous licence pour l’armée. Un marché que Hotchkiss a remporté… face à la Delahaye VLR (et au VSP Peugeot).
C’est d’ailleurs au travers du matériel militaire qu’Hotchkiss, qui revient en fait à ses origines sans abandonner tout de suite les camions, va continuer au sein de Hotchkiss-Brandt à partir de 1956. Elle construira des armes et des blindés avant de fusionner avec la Compagnie Française Thomson Houston pour donner Thomson Brandt. Le nom Hotchkiss perdurera uniquement avec les Jeep, les M201, dont les dernières sont réformées au début des années 2000.
Photos complémentaire : Club Hotchkiss et André Leroux


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