Il est de ces artisans français qui ont marqué l’histoire de l’automobile sans pour autant que leur nom n’arrive aux oreilles du grand public. Jean Rondeau ou encore Jean Bertin : ces noms évoquent des époques où tout était permis. À cette liste de noms, nous pouvons ajouter Xavier de La Chapelle et ses automobiles au nom éponyme. Retour sur l’histoire d’un personnage haut en couleurs et de ses créations.
Au sommaire :
La passion Bugatti
En 1975, Xavier de La Chapelle se lance dans un projet fou : renouer avec son passé en faisant renaître la marque familiale de construction d’automobiles, les « Automobiles Stimula De La Chapelle ». Cette entreprise familiale avait vu le jour au début du siècle et faisait partie de ces nombreux constructeurs français d’avant-guerre.
Lorsque Xavier reprend cette idée, il a un objectif simple : reproduire des voitures de collection équipées des technologies modernes. Sa passion pour Bugatti va l’amener à créer des répliques des mythiques voitures de course des années 30. Lors du Salon international de Genève en 1978, Xavier de La Chapelle présente officiellement son premier modèle, la De La Chapelle Stimula 55.



Sur base de six cylindres BMW, la voiture est une réplique largement inspirée des Bugatti Type 55 Roadster produites au début des années 30. Le succès est au rendez-vous et la marque est relancée. En parallèle de la création de ces « répliques », l’idée émerge de créer des versions miniatures de ces voitures pour les enfants. De La Chapelle crée alors des versions dites « junior » de modèles iconiques comme la Type 55, la BMW 328 et même certains modèles d’endurance comme des Ferrari 330 P2. Ce sont plus de 1 000 unités qui sont produites de ces modèles.
Entre 1980 et 1990, la marque est en pleine effervescence. À l’aube de l’année 1982, BMW homologue les De La Chapelle, permettant aux propriétaires de bénéficier d’un service après-vente sur les voitures de la marque équipées de moteurs de la firme de Munich. En 1990, plusieurs modèles voient le jour, dont une version un peu spéciale de la Type 55. À la demande d’un client, De La Chapelle crée une Type 55 Tourer 2+2 : une Type 55 quatre places pour qu’un des clients de la marque puisse profiter de sa passion en famille.
La même année, c’est pour Xavier de La Chapelle l’aboutissement d’une vie. La firme Messier-Bugatti, spécialisée dans l’aéronautique et héritière de la famille de Molsheim, passe un accord avec la marque lyonnaise et autorise Xavier de La Chapelle à utiliser la marque Bugatti sur ses modèles, la qualité de travail étant au niveau attendu.

Un passage par Venturi
En 1989, il est nommé directeur de Venturi et reprend en main la marque française. Durant son passage de 1989 à 1992, il va notamment participer au développement du constructeur en sport automobile, dont un engagement en Formule 1. Le département sportif de la marque va aussi être chargé de préparer le Gentleman Trophy et de développer un peu plus de 70 modèles de la Venturi 400 dédiés à la compétition.





Côté production, Venturi sous Xavier de La Chapelle va développer la nouvelle Venturi 260, que nous avons essayé il y a quelques années. En 1989, le nom Venturi est officiellement adopté, délaissant le nom MVS, et succède donc aux MVS Coupé et 2.80 SPC. Développée dans le but de concurrencer les Porsche 944 Turbo et autres Ferrari 348, la Française est équipée d’un V6 PRV gavé par un turbo et développant désormais 260 chevaux.



Toutefois, Xavier n’abandonne pas sa marque pour autant, et si sous Venturi il décide de s’orienter vers le sport automobile, pour De La Chapelle c’est un autre secteur qui est étudié : celui du… monospace sportif.
Un V12, oui, mais dans un monospace : le De La Chapelle Parcours
En parallèle de son parcours chez Venturi, Xavier de La Chapelle imagine avec près de 20 ans d’avance le premier super-monospace. On n’est pas sur un véhicule qui recherche la performance mais plutôt sur un grand véhicule de luxe. Il imagine alors un véhicule de plus de 5,35 m de long, équipé des meilleures technologies du moment nommé Parcours.

En 1990, De La Chapelle présente donc au Salon de Paris, parmi ses voitures, ce grand véhicule. D’apparence, il reprend des traits issus du monde ferroviaire et notamment du TGV, avec cette face avant plongeante. Il apparaît ainsi très aérodynamique, ce qui pourrait sembler superflu sur un monospace. Mais la raison de ce design, ce sont ses capacités, puisque le modèle présenté à Paris cache en réalité un V12 Jaguar.
Au total, trois modèles du Parcours seront produits. La maquette, équipée du V12 britannique, n’est pas roulante. Le second prototype, lui, sera roulant : une transmission quatre roues motrices est installée et sous le capot, c’est un V8 d’origine Mercedes. Le prototype revendique alors 326 chevaux et une vitesse de pointe fixée à 240 km/h. Le monospace est roulant mais n’est pas homologué. C’est ainsi que l’on se retrouve avec un troisième et dernier prototype, en tout point similaire au second, mais cette fois bien homologué en France. Pour faire passer cette puissance au sol, la boîte automatique envoyait la puissance aux quatre roues, équipées de jantes OZ spécifiques.



Même avec plus de deux tonnes sur la balance, le 0 à 100 km/h était abattu en un peu plus de sept secondes. La suspension, quant à elle, était pneumatique et pouvait se réguler automatiquement pour ajuster le confort à bord.
À l’intérieur, c’est le grand luxe. Deux configurations possibles ont été testées respectivement sur les deux modèles : une première avec quatre places qui se font face à l’arrière, et une seconde plus conventionnelle avec six places faisant face à la route. On retrouvait un équipement riche avec climatisation, régulateur, sièges électriques Recaro et surtout télévision embarquée et mini-frigo.
La clientèle visée se composait de chefs d’entreprise et grands patrons qui avaient besoin d’un bureau personnel roulant. Le troisième exemplaire, roulant et homologué, aurait servi pendant quelques années aux cadres du groupe Primwest, propriétaire de De La Chapelle et Venturi.
Qu’en est-il aujourd’hui du Parcours ?
Pour ce qui est du prototype roulant, c’est Xavier de La Chapelle lui-même qui l’a gardé après la fermeture de Primwest. À son volant, plusieurs milliers de kilomètres ont été parcourus, tout en conservant au mieux le véhicule. Il serait aujourd’hui en Suisse, immatriculé et roulant. Le second exemplaire, non homologué, aurait traversé la Manche et se trouverait près de Londres chez un collectionneur.
Enfin, le premier exemplaire, celui équipé du moteur V12 Jaguar, est entre les mains d’un passionné qui, bien entouré, a avancé dans sa restauration. Le moteur Jaguar a été refait à neuf et installé dans la voiture. Le prototype est roulant mais n’est pas encore terminé. Il reste un gros travail à effectuer dessus. Malheureusement, le propriétaire du véhicule est récemment décédé ; ce sont ses enfants qui ont repris le compte Facebook relatant les avancées du projet.



Le 25 juillet dernier, un post a été publié. Dans celui-ci, ils expliquent que cette restauration n’est pas dans leur domaine et qu’ils ne souhaitent pas conserver le Parcours. À la place, ils préfèrent passer la main à un passionné, comme l’était leur papa, afin que ce projet aboutisse. Si vous êtes intéressés, il vous suffit de leur écrire un mail, dont l’adresse est jointe dans le post juste ici. Bien évidemment, seules les personnes réellement intéressées et en mesure de reprendre le projet sont invitées à les contacter !






Commentaires