Aston Martin DB Mk III : essai d’une sportive qui ne fait pas son âge

Publié le par Benjamin

Aston Martin DB Mk III : essai d’une sportive qui ne fait pas son âge

Ce n’est pas parce qu’une Aston s’appelle « DB » qu’elle fait forcément de la même famille de modèles. Notre voiture du jour fait finalement partie de la première génération, celle de la relance. L’Aston Martin DB Mk III est même la dernière de cette première famille, avant le passage aux DB4, DB5 et DB6. Ce modèle, de transition a fait évoluer sa ligne, mais sa technique est restée peu ou prou la même. On s’attend donc à une Aston façon rustique mais superbe. Sauf que la voiture qui nous est proposée par Osenat a quelques particularité… et réserve quelques surprises.

En bref :
– L’Aston Martin DB Mk III apporte de la finesse en évoluant peu par rapport à la DB2/4
– Notre voiture du jour embarque un moteur DBB sportif, monté sur seulement 10 voitures.
– Au volant, elle ne fait clairement pas son âge !

Notre Aston Martin DB Mk III du jour

Histoire d’être précis, il faut parler du nom. Notre voiture du jour est appelée Aston Martin DB Mk III mais son nom de baptême est en réalité Aston Martin DB2/4 Mk IIIB à contrario des A apparues en 1957 et remplacées par ces B dès l’année suivante. Sur ce point, on va noter une différence esthétique et une différence technique qu’on vous expliquera plus bas. En tout cas, niveau nom, on n’a pas trouvé de dénomination miracle et plus vendeuse.

Niveau physique, pas de surprise, on reconnaît une Aston Martin en la voyant. La calandre est un sacré indice et il est même trompeur puisqu’en la regardant de loin on lui trouve plus de ressemblance avec une DB4 qu’avec une DB2/4.

Cette calandre affinée, qui naît sur cette auto et deviendra pour quelques années la signature d’Aston Martin n’est pourtant pas inédite. Le dessin de celle qui deviendra la DB4 est déjà à l’étude. Au moment de préparer l’évolution de la DB2/4 qui est notre Aston Martin DB Mk III, c’est John Turner, un designer âgé de 17 ans qui trouve la solution pour rajeunir la ligne : utiliser l’avant de la DB3S de course sur une caisse de DB2/4. Le verdict ? Il n’y a pas de rejet et le greffon est très bien intégré.

Après, il faut bien signaler que notre voiture du jour n’est pas l’exemple qu’il faudra garder en tête de l’Aston Martin DB Mk III. Elle sort d’usine le 27 Mars 1958 avec un avant classique qu’elle gardera jusqu’en 1961 quand son nouveau propriétaire décide de modifier cet avant. C’est le jeu des 7 erreurs mais on note quelques différences. Le but n’est pas stylistique que technique puisqu’il veut améliorer le refroidissement.

Si on retrouve bien l’arrondi du capot des Aston Martin DB Mk III sur notre voiture du jour, la calandre est un poil plus imposante tout en conservant le même dessin. On note aussi qu’elle passe d’une grille carrée à une grille rectangulaire plus ouverte. Le logo Aston Martin est prolongé par une baguette chromée, ce qu’on ne retrouve pas sur les autres Aston Martin DB Mk III.

Surtout, le capot lui-même est différent. Normalement, tout l’avant s’ouvre. Là, une ouverture est pratiquée au centre tandis qu’une entrée d’air est aménagée, une caractéristique reprise de la DB4 (qui était sortie au moment de la fabrication de cette face avant). Sinon, les phares sont bien fixés sur une sorte de méplat, là, pas de changement.

Le profil de l’Aston Martin DB Mk III montre bien sa parenté directe avec la DB2/4. Oh oui, le pavillon haut, la vitre de custode étirée, ça ne trompe pas. Rappelons, si vous avez manqué l’histoire (qui est à lire ici) se démarquait de la DB2 en offrant plus d’espace intérieur et 4 places, d’où le 2/4.

On remarque donc une certaine différence de finesse entre l’avant et l’arrière. Celui-ci fait tout de suite plus ancien. Néanmoins, la ligne générale n’est pas trop lourde, pas déséquilibrée et nous renvoie juste à la fin des années 50.

On note sur notre Aston Martin DB Mk III quelques différences avec les autres voitures de la série. La plus visible c’est la grosse grille d’extraction d’air située derrière la roue arrière. D’ailleurs, elle ne supprime pas l’aération de l’habitacle, toujours située juste derrière. Le blason Tickford est également repris. On ajoute comme différence la baguette chromée. Elle se place là où les autres Aston Martin DB Mk III présentent un pli de carrosserie entre le haut du passage de roue et la porte.

L’arrière de notre Aston Martin DB Mk III n’a pas été modifié. Là, on retrouve les traits de la DB2/4 mais aussi la différence stylistique entre une Mk IIIA et une MkI IIIB. La première utilisait de tous petits feux placés en haut des ailes. La seconde, dont vous avez l’exemple sous les yeux, propose des feux de Humber Hawk (et Alvis TD21) plus hauts et verticaux.

La lunette arrière et le large coffre sont toujours de la partie. Ne comptez pas sur ce côté de la voiture pour vous éclairer sur le modèle, seul l’insigne de la marque est présente. On retrouve une large plaque minéralogique et un pare-chocs costaud. Vous aurez quand même une indication sportive en lorgnant en dessous puisque la ligne d’échappement en deux partie n’indique pas vraiment un côté populaire et est même un indicateur de ce qui se cache sous le capot (puisque les Mk III classique ne proposent qu’une sortie).

En bref ? C’est un style qui nous renvoie pile dans l’époque de la voiture. Si vous avez un doute, regardez la hauteur de caisse qui fait plus 50s que 60s. Dans l’ensemble, sans qu’elle ne soit aussi fine qu’une DB4 mais en étant moins « lourde » que la DB2/4, cette auto est élégante. Une beauté… qui est avant tout sportive. On y vient.

Technique : le DBB fait la diff’

Si l’Aston Martin DB Mk III marque la fin de sa famille, ça se traduit aussi sous le capot. Notre voiture du jour est équipée du 6 cylindres en ligne « Lagonda ». Ce moteur étudié par W.O. Bentley (oui, le créateur de la marque) pour Lagonda fut utilisé dans les Aston Martin puisque les deux marques furent achetées par David Brown. En réalité, ce moteur diffère de celui de la DB2/4 puisque c’est celui de la DB3S civilisé.

Civilisé ? Au départ en tout cas. Les Mk IIIA utilisent une version 2,9 litres avec deux carbus SU H4 et 162ch (contre 210 dans la version de course). Au moment de sortir la Mk IIIB on va proposer toute une gamme de moteur en plus du moteur de base, le DBA.

Le plus « commun » est le DBD qui passe à trois carbus SU et 180ch (47 voitures). Ensuite on trouve notre moteur du jour qui troque ses SU pour trois Weber DCO 3 mais modifie également l’échappement et les arbres à cames pour atteindre 195ch (10 exemplaires dont 8 coupés). Enfin, l’ultra rare DBC ne fut monté que sur une voiture avec des Weber 45 et une puissance de 215ch !

Ce moteur DBB est donc bien plus sportif. En fait, notre Aston Martin DB Mk III du jour fut commandée par un pilote français. Celui-ci courut le Tour de France avec une première auto et celle-ci était dans la même configuration. Une voiture de réserve en quelque sorte.

Côté transmission, pas de gros changement, on utilise toujours la boîte 4 (une boîte auto apparaît en 1959) mais l’embrayage est désormais hydraulique. Côté châssis ? C’est le même que celui de la DB2/4, la seule différence étant la disponibilité sur la liste des options de freins Girling sur les Mk IIIA. Ils deviennent de série sur les MkIIIB. Pas de cure de jouvence, ni d’amaigrissement, le poids se situe donc aux alentours des 1400kg.

Intérieur : noir et classique

Si l’extérieur des Aston Martin DB Mk III marquait une nette évolution par rapport aux DB2/4, l’intérieur allait bien plus loin. Finie la planche (en bois) de bord regroupant tous les compteurs au centre. Place à un vrai tableau de bord au dessin… qui rappelle quelque chose. Oui, c’est bien le dessin de la calandre ! L’impression est totalement différente et c’est en fait le même intérieur que l’on retrouvera par la suite dans les DB4.

Si on perd la touche de luxe amenée par le bois, on y gagne en simplicité, en modernité et même en sportivité. Ce combiné respire beaucoup plus le sport avec son compte-tours à gauche et son tachymètre à droite. On complète à gauche avec l’ampèremètre et la température d’eau tandis qu’à droite on retrouve la température d’huile et la jauge de carburant. Au centre, c’est une belle montre qui est présente, juste au-dessus du cendrier tandis que différentes tirettes servent à actionner phares et starter.

Le levier de vitesse est bien au plancher, la taille du volant est vintage elle aussi, tout comme l’autoradio. La couleur noire de la sellerie n’est pas des plus gaies mais la patine du cuir des sièges, qu’on a du mal à qualifier de baquets même si leur maintien est amélioré, est superbe.

Au volant de l’Aston Martin DB Mk III

C’est donc au volant d’une voiture de 1958 que je prends place. Au moment de faire les photos de l’intérieur, une chose ne m’avait pas frappé mais au moment de m’installer, la garde au sol haute et le seuil de porte large sont bien plus notables. Après, il ne faut pas faire la fine bouche, ça reste plus simple que de se glisser dans une berlinette. Le moteur DBB n’a pas besoin de deux essais pour se mettre en route. C’est notre première avec ce moteur « Lagonda » mais la sonorité n’est finalement pas si différente des Aston au moteur « Marek ». C’est bien celle d’un 6 en ligne de bonne cylindrée, mais surtout celle d’une voiture qui veut se montrer sportive.

Je me lance. Le gabarit de l’Aston Martin DB Mk III n’est pas énorme et la visibilité est bonne. Un bon point au moment d’évoluer en ville. Ce n’est pas le terrain de prédilection de notre voiture du jour mais elle s’en accommode. Le moteur est coupleux, loin de l’image « pointue » qu’on a pu se faire du DBB en lisant sa fiche technique, la commande de boîte douce et précise et on évolue tranquillement.

Même les ralentisseurs ne sont pas si problématiques, cette fois, merci la garde au sol haute. Bon, après, l’amortissement n’est pas celui d’une voiture de parade alors ça bouge un peu, mais en abordant ces dos d’âne doucement, on ne cassera ni l’auto ni une vertèbre.

Voilà qu’arrive un des test infaillibles quand on essaye une voiture chez Osenat : le giratoire qui sépare la N6 et la N7. Beaucoup de circulation, il faut pouvoir réagir promptement. En première, l’Aston Martin DB Mk III s’engage sans problème, avec une belle réactivité. Le moteur prend vite des tours et m’évite toute sueur froide. Je sors sans plus de soucis et m’engage pour de longues lignes droites dans la forêt de Fontainebleau.

L’accélération ? Je dois la contenir. Certes, l’Aston Martin DB Mk III date de 1958 mais le rapport poids/puissance est très intéressant et on se retrouve vite à la limite légale. La quatrième vitesse est engagée et la route défile. Le moteur est bien présent mais sa sonorité est plus évocatrice que fatigante. Je me plais à rêver d’envolées « lyriques » en l’écoutant. Je me doute bien qu’il peut donner plus mais sa température est encore basse alors j’attends.

Les grandes courbes qui arrivent ne sont pas un souci. Quand elles finissent par se resserrer, les freins répondent. Oh, certes, ce n’est pas le mordant d’une sportive plus récente mais ça n’a rien de dangereux. La direction est également d’époque. Ce n’est pas un scalpel mais un couteau bien aiguisé qui sait se montrer précis quand on manie correctement le grand volant. Pas de gros mouvements de caisse sur les appuis et le moteur relance vigoureusement.

L’Aston Martin DB Mk III étonne. Son comportement n’a rien à voir avec son âge. Sans aller jusqu’à lui prêter des aptitudes de pure voiture de course, elle sait se montrer performante, précise et rassurante. Le rythme est bien plus élevé qu’attendu, sans même que n’ai besoin de le chercher.

Les virages se resserrent. Il est temps de placer l’Aston Martin DB Mk III dans des enchaînements qui peuvent, eux aussi, être des juges de paix. Le freinage est toujours bon, la direction toujours précise. Le placement dans le virage est bon, même pas retardé par un rétrogradage qui s’avère précis. Le train avant prend ses appuis et enroule. J’avoue, le rythme est « dynamique » mais l’anglaise fait plus que tolérer.

À la relance, en seconde, je pousse le moteur. Et lui aussi il pousse. Impossible de compter les canassons mais les chiffres semblent respectés. Le son se fait plus présent quand on monte dans les tours. Certes, ce n’est pas une Ferrari puisque l’Aston Martin DB Mk III atteint sa puissance maxi à 5500 tours mais ce moteur se montre effectivement délicieux dans la deuxième partie du compte tours sans pour autant être anémique avant cela. Surtout, au-delà de l’impression, on mesure sa perf en jetant un coup d’œil au compteur. On n’aurait pas cru !

L’enchaînement se poursuit sans que l’Aston Martin DB Mk III ne fatigue. Certes, sur un Tour de France, au bout d’un moment quelques faiblesses doivent se révéler. Certes, j’ai connu plus franc à l’accélération et plus précis dans le placement, mais encore une fois il faut garder en tête l’âge de notre anglaise. Là, ça devient carrément impressionnant. Surtout, je ne peux pas minorer ce comportement en disant que l’Aston Martin DB Mk III est une « GT » performante. Non, elle est vraiment sportive sans pour autant être radicale et distille de très bonnes sensations sans que je n’ai l’impression d’approcher sa limite.

En calmant le jeu, je retrouve une bonne voyageuse. Je vais de surprises en surprise. Les différents rythmes sont acceptés sans broncher et le conducteur sera globalement moins fatigué à son volant que s’il avait eu une populaire entre les mains. Et on ne parle même pas d’une populaire de l’époque (qui serait par exemple une Dauphine). Allez, on rentre. Mais avec le sourire et une impression vraiment excellente.

Conclusion

Non, on ne s’y attendait pas. Évidemment, c’est une Aston. Évidemment, ça « marche ». Mais certaines voitures sportives de ces années là demandent un réel effort du conducteur pour tenir un rythme élevé. L’Aston Martin DB Mk III semble ne jamais trop poussée. Clairement, il faudra un circuit ou une route plus délicate pour parvenir à se faire peur. En conducteur dynamique, la prendre en défaut sera compliqué tandis qu’on s’amusera à son volant.

L’Aston Martin DB Mk III fait donc plus jeune que son âge. Si ça peut se rapporter à son physique, c’est surtout sa conduite qui va vous convaincre. Le résultat ? Une voiture dont on a bien du mal à trouver des défauts.

Les plus de l’Aston Martin DB Mk IIILes moins de l’Aston Martin DB Mk III
Son dynamismeSa rareté
Ses performancesSon prix
Sa facilité de conduite
Ses lignes 100% Aston
Les notes de l'Aston Martin DB Mk III
Fiche techniqueAston Martin DB Mk III
Années1957-1959
Mécanique
Architecture6 cylindres en ligne
Cylindrée2922 cm³
Alimentation3 Carbus Weber
Soupapes12
Puissance Max195ch à 5500 trs/min
Couple Max264Nm à 4000 trs/min
Boîte de VitesseManuelle 4 rapports
TransmissionPropulsion
Châssis
Position MoteurLongitudinale avant
FreinageDisques AV et Tambours AR
VoiesAV 1372 mm / AR 1372 mm
Empattement2521 mm
Dimensions L x l x h4356 x 1651 x 1372 mm
Poids (relevé)1400 kg
Performances
Vmax Mesurée196 km/h
0 à 100 km/h8,4s
400m d.a16,3s
1000m d.a29,3s
Poids/Puissance7,18 kg/ch
Conso Mixte± 12 litres / 100km
Conso Sportive± 22 litres / 100 km
Prix± 250.000 €

Conduire une Aston Martin DB Mk III

Attention : rareté ! L’Aston Martin DB Mk III est donc un modèle de transition entre la DB2/4 (1953/1957) et la DB4 (1958/1963). En seulement deux années et 551 exemplaires, notre voiture du jour s’est pourtant fait un nom, mais forcément, elle ne se trouve pas facilement.

Notre voiture du jour, vous l’aurez compris, est au catalogue de la prochaine vente Osenat qui aura lieu ce Lundi 23 Mars. Avec sa peinture et sa sellerie d’origine, un excellent état, elle a été restaurée il y a un peu plus de 10 ans et surtout son rarissime moteur DBB, elle est estimée entre 200 et 300.000€ (sans réserve). C’est dans la fourchette haute du modèle, mais c’est bien le moteur spécial (et son historique) qui font la valeur de cette anglaise. Pour plus d’informations, c’est par ici.

Sinon a beau être rare, elle n’est pas si différente d’une DB2/4 dont elle reprend quasiment tous les éléments mécaniques. Sans être facile d’entretien, on a connu plus difficile et sa fiabilité n’est pas spécialement pointée du doigt. Petit avantage : contrairement aux Aston suivantes, elle n’est pas construite selon la technique Superleggera, une bonne nouvelle si elle doit passer en carrosserie.

Un grand merci à l’équipe d’Osenat Automobiles d’avoir permis cet essai.

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

Commentaires

  1. Niels Niemann

    Très bon style de rédaction – le thème et le sujet y contribuent, mais le stylo du conducteur nous emmène bien dans les tours et les virages. Merci!!

    Répondre · · 20 mars 2026 à 21 h 07 min

Laisser un commentaire

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.