La frimousse d’une R4, ses mécaniques aussi, mais dans un gabarit bien plus contenu quel est donc ce modèle surprenant, sorti de nulle part en 1965 ? On vous plonge dans l’histoire de l’ancêtre de la Smart, la Renault 4 Bertin alors que vous pourriez en acheter une très prochainement !
Au sommaire :
Son créateur ? Un véritable touche à tout !
Avant la voiture, il y a un homme, un homme bien connu pour ses inventions, ses tentatives et ses idées révolutionnaires. Ce nom n’est inconnu de personne, puisque Jean Bertin fait partie des grands inventeurs français aux idées révolutionnaires. Diplômé de Polytechnique, il est passé par l’École nationale supérieure de l’aéronautique où il s’est spécialisé dans ce domaine.
Parmi ses créations, on peut noter l’inverseur de poussée sur les réacteurs, un système encore aujourd’hui utilisé sur les avions de ligne, ou encore le Turboclair, une invention qui visait à dissiper le brouillard sur les pistes d’aéroport.

Une invention va le propulser sur le devant de la scène : l’Aérotrain. C’est cette invention, plus que toute autre, qui gravera le nom de Jean Bertin dans les mémoires et incarnera le mieux ce qu’il était profondément : un visionnaire.
Le but était de relier les villes entre elles à grande vitesse, plus de 400 km/h, tout en maintenant un certain niveau de confort et surtout en allégeant la circulation. C’est en 1965 que les premiers prototypes voient le jour et commencent à être testés. Le projet avance bien et les résultats sont concluants jusqu’à ce que les pouvoirs publics financent cette idée. Mais un coup de massue tombe à l’aube de l’été 1974. La première ligne allait être construite, et en juillet de cette même année, sous pression de la SNCF qui voyait ses intérêts menacés, l’État retire ses financements : le projet d’Aérotrain est enterré et ne verra jamais le jour.
Une chose est sûre : l’ingénieur français était visionnaire. Quelques années plus tard, c’est la SNCF qui obtiendra ce monopole et le TGV viendra remplacer le concept fabuleux qu’était l’Aérotrain. Mais on l’a dit, Jean Bertin était visionnaire, et pas seulement dans le domaine aéronautique.



Et l’automobile dans tout ça ?
Même si l’automobile n’a été qu’une courte partie de sa carrière, Jean Bertin s’y est intéressé, et visionnaire qu’il était, il avait anticipé dès 1965 les problèmes d’espace en ville dus à l’accroissement de la production automobile et à la pénurie de place qui se profilait.
Il va alors proposer une idée novatrice avec quasiment 30 ans d’avance : créer une voiture adaptée à la ville, plus compacte, mais qui ne sacrifie pas les performances. Certes il y avait la BMW Isetta et d’autres microcars plus confidentielles mais celle-ci était bien trop peu utilisable en dehors des centres-villes. En somme, il allait proposer une Smart avec 28 ans d’avance.




Pour base, Bertin choisit la Renault 4, en vogue, avec une taille déjà modeste et facile à travailler, elle s’avère être une base parfaite. Côté mécanique, on garde le même moteur : le petit quatre cylindres de 32 chevaux reste pratique et peu cher. Côté performances, le but étant de garder une voiture qui ne tombe pas dans la catégorie micro-car ou la voiture sans permis, la vitesse maximale de la Renault 4 Bertin est de 110 km/h, de quoi se déplacer un peu plus loin que les centres-villes.
Côté intérieur, la base est la même que la Renault 4. Cette version marquait clairement son terrain de jeu : la ville et ses habitants. Bertin avait visé juste, utiliser une voiture à la mode et à l’intérieur soigné ne pouvait qu’être bon signe.
Si la mécanique et l’intérieur restent similaires, c’est à l’extérieur que le changement est marqué. La Renault 4 Bertin a en effet un air plus cartoonesque, avec ce long capot et cet arrière s’arrêtant très tôt.
La raison ? La Renault 4 Bertin a perdu près de 70 cm de longueur, réduisant son empattement de 2,40 m à 1,66 m, pour une longueur totale de 2,93 m. De face, rien ne change : jusqu’au pare-brise, c’est une R4, ce qu’il y a de plus normal. Mais à partir de celui-ci, la banquette avant reste, pas l’arrière. Afin de faciliter les manœuvres et de réduire l’empattement, la partie arrière a été raccourcie, la banquette supprimée et le coffre rapproché des places avant.
Jean Bertin s’est toutefois attaché à ce que le volume du coffre reste identique à celui de la 4L d’origine. Les places et portes arrières ayant disparu, la 4L a donc perdu 62 centimètres tout en conservant son aspect bien connu, simplement raccourci et rendu plus compact qu’elle ne l’était déjà, avec un style qui paraît plus déséquilibré, mais aussi plus proche du dessin animé, attirant forcément la sympathie.



Notez que la Renault 4 Bertin est vraiment poussée par Bertin et Cie pour une commercialisation. Jean Bertin connaissant bien Yves Georges, directeur technique de la régie, on envoie la voiture au centre technique de Rueil pour une étude approfondie.
Las, la voiture, bien qu’intéressante, demandera un outillage spécifique. En fait, son prix de vente ne pourrait être vendue moins chère qu’une R4 de base et que l’esthétique finale pourrait être un frein à la vente.
La Renault 4 Bertin aujourd’hui
Vous vous en doutez, la Renault 4 Bertin est restée à l’état de concept, bien qu’elle soit homologuée et munie de plaques d’immatriculation, ce qui est rare. Après sa présentation, la voiture a été utilisée par des membres de l’entreprise de Jean Bertin puis par un responsable du ministère de l’environnement qui l’utilise comme voiture de tous les jours !
Après cela, la Renault 4 Bertin a été récupérée par EDF pour des études sur les voitures électriques puis rangée dans un entrepôt où elle a subi de nombreux dommages lors de déplacements, et c’est en 1984 que le musée de l’automobile de Mulhouse la rachète pour un franc symbolique. Son sort n’allait pas s’arranger puisque, jusqu’en 2007, la Renault 4 Bertin fut oubliée, jusqu’à ce qu’un journaliste venu visiter la réserve tombe dessus. De là, une rénovation complète a été entreprise et s’est terminée quatre ans plus tard, livrant une Renault 4 Bertin complètement restaurée et roulante.
Depuis, la Renault 4 Bertin séjourne entre le musée de l’automobile et certains rassemblements de 4L, pour le plus grand bonheur des amateurs de la petite Française. Elle restera un prototype tout droit sorti de l’esprit de Jean Bertin, qui voyait déjà en cette voiture une idée précurseur qui, quelques années plus tard, allait devenir la norme.



Une Renault 4 Bertin à vendre !
Les amateurs de Renault 4 sont nombreux en France (et pas que) et cette voiture quasi inaccessible dans son Musée a suscité bien des convoitises.
Ainsi, avant même que la Renault 4 Bertin ne soit restaurée, un collectionneur décida, au début des années 2000 de créer sa propre réplique. C’est cette voiture que nous avons pu approcher puisqu’elle sera proposée à la vente le 29 Juin par la maison Osenat.
Le raccourcissement était évidemment au programme ainsi que la peinture noire, comme la « vraie ». On notera des vitres en plexi, plus simples à travailler, mais globalement les modifications sont restées aussi proches que possible de l’originale.
Cette réplique de Renault 4 Bertin a même été dûment immatriculée, comme une 2 places ! Roulante, elle devra recevoir quelques soins mécaniques et esthétiques pour être totalement pimpante. Elle est estimée entre 15 et 20.000€ et vous aurez toutes les informations complémentaires par ici.





Photos complémentaires : Les Amis de Jean Bertin et Osenat
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