Concepts et Études, ép. 18 : Aston Martin Bulldog, supercar avant l’heure

Concepts et Études, ép. 18 : Aston Martin Bulldog, supercar avant l'heure
Concepts et Études, ép. 18 : Aston Martin Bulldog, supercar avant l'heure
Pierre
Tombé dans la marmite automobile quand il était petit, il a rejoint l'équipe de News d'Anciennes en 2015. Expatrié en Angleterre depuis Mai 2016, il nous partage les évènements de là-bas. En dehors de ça, il partage une bonne partie de son temps sur la route entre une Opel Ascona et une Mazda RX-8.

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Parce que toutes les autos anciennes ne sont pas arrivées sur nos routes, on va vous proposer d’en découvrir régulièrement. Rendez-vous pour cela le 3e dimanche de chaque mois (les autres sont là). Aujourd’hui abordons l’Aston Martin Bulldog.

A la fin des années 1970, Aston Martin rompt radicalement avec son classicisme. Après une sulfureuse Lagonda au design très carré, la marque, installée à l’époque à Newport-Pagnell, se lance dans la conception d’une supercar, la Bulldog, au dessin encore plus radical.

David Brown à bout de souffle

Malgré toute la flamboyance du fabricant de tracteurs (entre autres), les liquidités d’Aston Martin s’étiolent dès le milieu des années 60. En même temps, ce n’est pas tout à fait une surprise. Les différents programmes ont couté une véritable fortune. Pour la production, les DB et les moteurs dessinés par Tadek Marek ont demandé un investissement pour le moins conséquent, pour la compétition, c’est un puits quasi sans fond qui a avalé des livres sterling à n’en plus finir, donnant naissance aux DB3S et DP, avec un certain succès, et aux DBR4 et DBR5, sans aucune réussite.

Newport-Pagnell est loin d’être au mieux de sa forme. Preuve en est, au lieu de continuer avec Touring, Aston fait appel un de ses designers internes, William Towns, pour dessiner celle qui remplacera la DB6, enterrant au passage toute chance de voir la DBSC sur la route (Benjamin vous en parlait dans un des tous premiers Concept et Études), afin de réduire les coûts. La DBS, qui devait accueillir le nouveau V8, n’en profitera qu’en 1969, soit deux ans après sa sortie.

Newport-Pagnell devient une patate chaude

En 1972, David Brown arrête les frais, soldant une dette estimée à 5 millions de livres, et vend Aston Martin pour 101 livres (non il n’y a pas d’erreur, il ne manque pas de zéros derrière) à Company Developments. Timing parfait s’il en est.

Avec le premier choc pétrolier, les comptes passent une nouvelle fois dans le rouge, et ce n’est pas la nouvelle Aston Martin V8 qui aide à la manœuvre car elle ne passe pas les normes de pollution américaines. En décembre 1974, la production s’arrête, et l’entreprise est déclarée en faillite.

En 1975, la firme est rachetée par un groupe d’investisseurs : l’américain Peter Sprague, le canadien George Minden et l’anglais Jeremy Turner. Ils mettent à la tête de l’entreprise Alan Curtis qui décide moderniser l’image d’Aston Martin. Sous son management, la V8 voit apparaitre ses versions Volante et Vantage. La rupture avec le passé devient flagrante avec l’apparition de la Lagonda, au style radical.

De la Lagonda à la Bulldog

Le vent nouveau insufflé par Alan Curtis ne s’arrête pas là. Il faut frapper fort, très fort. En 1978, Curtis donne à William Towns toute latitude pour réaliser rien de moins que la voiture la plus performante du monde, avec l’aide de l’ingénieur en chef maison, Mike Loasby.

Malheureusement, ce dernier quitte l’entreprise en 1979 pour DeLorean. Towns se retrouve seul avec “une maquette en argile, un châssis inachevé, un moteur, une boite de vitesses et quelques dessins” pour achever le projet. De plus, la Lagonda s’avère bien plus compliquée à industrialiser que prévu. Tout le monde est sur le pont pour assurer la mise en production de la berline, face à la pression de la clientèle, et le projet (alors appelé K9, comme le robot chien dans Docteur Who, lui aussi aux lignes cunéiformes) reste remisé jusqu’à nouvel ordre.

Une fois l’écueil passé, tout le monde se remet au travail sur la voiture. Elle prend enfin son nom définitif, Bulldog, qui n’est pas en lien direct avec le chien, mais avec l’avion du même nom qu’Alan Curtis utilisait pour ses déplacements privés. Elle fait enfin son apparition en 1980 et, damned!, elle est pour le moins unique.

La ligne tout en coin remise la Lotus Esprit au rang de voiture au design fluide et gracieux. Le détail le plus étonnant reste la rangée de 5 phares, habilement masquée derrière un volet qui s’abaisse pour la laisser apparaître. Cet avant plat permet une bonne pénétration dans l’air, et associé à l’arrière tronqué de la Bulldog (ou Kamm back), la voiture est dessinée pour être stable à haute vitesse.

Coté mécanique on ne fait pas dans la dentelle non plus. Le célèbre V8 5.3 litres se voit affublé de deux turbos Garrett, rien que ça ! La puissance annoncée est de 700 chevaux, des chiffres qu’on ne croisera que bien des années plus tard sous le capot de celles que l’on appelle désormais supercars.

Ce cocktail explosif donne une vitesse de pointe annoncée de 380 km/h. Rappelez-vous que nous sommes en 1980, la McLaren F1 n’atteindra cette vitesse qu’en 1998 ! Dans les faits, la Bulldog n’atteindra “que” 307 km/h lors d’essais au MIRA, avec un moteur “dégonflé” à 600 chevaux.

Alan Curtis prévoit une production limitée, destinée à une clientèle triée sur le volet. Newport-Pagnell doit lâcher entre 15 et 25 de ces monstres sur la route.

Malheureusement pour la Bulldog, Aston Martin change de mains une fois de plus. En 1981, Victor Gauntlett prend la direction de l’entreprise, et c’en est fini du projet. Les coûts sont estimés bien trop élevés, surtout pour une entreprise aux liquidités vacillantes. La Bulldog rentre à la niche, pour ne plus jamais en sortir.

L’Aston Martin Bulldog de nos jours

La seconde vie de la Bulldog a été comme sa gestation, mouvementée. En 1984, elle est vendue au prince Mohammed ben Saud pour 130.000 livres. Il équipe la voiture de rétros extérieurs ainsi que d’une camera de recul. Il fait changer la livrée grise par une peinture en deux tons de vert. De même, le cuir brun laisse place au beige pour habiller l’intérieur, avec quelques insert en or.

Par la suite, elle finit entre les mains d’un collectionneur américain, qui lui fera faire le tour du monde (et surtout celui des boxes fermés). On verra la Bulldog notamment au Festival of Speed 2009 ou lors des célébrations du centenaire d’Aston Martin en 2013.

Elle disparaît des radars pendant quelques années, avant d’être retrouvée au Moyen-Orient. Elle est mise aux enchères en Angleterre en 2020, et c’est à nouveau un collectionneur américain qui en prend possession.

Ce dernier décide d’entreprendre une restauration complète. Ironie de l’histoire, la personne en charge de la remise à neuf de la Bulldog est Richard Gauntlett, le fils de celui qui enterra le projet. Plus étonnant encore, le nouveau propriétaire souhaite que la Bulldog fasse un nouvel essai en vue d’atteindre 320 km/h. On vous tiendra au courant des résultats.

Crédits Photo : Aston Martin, Evo

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