Petite Histoire des Chocs Pétroliers

Petite Histoire des Chocs Pétroliers

Si vous êtes un amateur de voitures anciennes et de leur histoire, vous savez que leur conception, leur vente et leur utilisation ont été plusieurs fois impactés par ce qu’on a appelé les chocs pétroliers. On vous propose donc de revenir brièvement sur trois d’entre eux pour mieux comprendre les mutations (obligatoires) qui ont frappé l’automobile des années 50 et 70.


1956 : le premier des Chocs Pétroliers

C’est certainement le moins connu mondialement parlant. En même temps il n’a frappé que deux pays : la France et l’Angleterre !

Le contexte : la crise de Suez

On ne va pas vous refaire un cours d’histoire complet. Dans les grandes lignes tout part de la création même du Canal de Suez. Construit sur des fonds franco-egyptiens, il est dans les années 50 franco-anglais. Mais l’abolition de la monarchie en Egypte change la donne. Nasser qui est aux commandes du pays veut affirmer son indépendance vis à vis des grandes puissances étrangères. Il décide alors de nationaliser le canal ce qui entraîne une intervention militaire anglo-française. Si les forces européennes reprennent le contrôle, les USA pèseront diplomatiquement pour leur retrait… afin d’éviter une escalade car l’Egypte est soutenue par l’URSS.

L’impact sur le pétrole

Petite Histoire des Chocs Pétroliers

Ce premier des chocs pétroliers sera moins grave que les suivants. En fait on retrouvera surtout un impact en France. La Syrie, qui soutient l’Egypte va couper l’oléoduc venant d’Irak qui permet à la France de se ravitailler en pétrole irakien (et iranien). Qui plus est, le pays achète ce pétrole en partie en Francs.

Pour arriver à se fournir suffisamment la France doit alors acheter du pétrole autre part… et en dollars. L’approvisionnement chute alors avec 80% des besoins seulement en Novembre et Décembre 1956. Heureusement l’hiver est doux et le chauffage n’est pas trop impacté. Cependant au niveau automobile, c’est différent. Pour faire face aux besoins on met en place des tickets de rationnement et on arrête la production du super tandis qu’on fait appel au civisme pour limiter la consommation.

En bref :

Ce choc pétrolier franco-français continue de conforter dans la France dans un domaine : la production de petites automobiles, sobres si possible. Ça tombe bien, les haut de gamme se font rares, merci le Plan Pons !

1973 : le premier des chocs pétroliers mondiaux

C’est certainement le plus connu de tous les chocs pétroliers. Et celui-là va faire mal à toute l’automobile mondiale.

Le contexte

Phase 1 : côté américain

En 1971 les Etats-Unis sont le premier producteur mondial de pétrole. Les pays arabes notamment sont en progression mais restent derrière les USA. Par contre le pays ne cesse d’augmenter ses besoins. Et il importe donc de plus en plus de brut du moyen-orient.

La même année la fin des accords de Bretton-Woods met à mal le dollar. Celui-ci devient plus volatile et il est déprécié. Le montant du pétrole brut, qui se négocie en dollars, reste le même… mais rapporte beaucoup moins aux pays producteurs.

Phase 2 : côté OPEP

La dépréciation du dollar fait donc mal. On tente d’indexer le pétrole sur l’or mais finalement c’est une guerre qui va précipiter le début du choc pétrolier.

L’Egypte et la Syrie attaquent Israël en Octobre 1973, c’est la guerre du Kippour. L’état hébreu est alors soutenu militairement par les USA qui envoient des armes à défaut d’intervenir directement.
En réponse, les états arabes, dont le mastodonte de l’OPEP, l’Arabie Saoudite, décident d’augmenter les prix du baril de 70% et de lancer un embargo de livraison vers les USA et les Pays-Bas. De plus, tant que les USA ne reconnaîtront pas la Palestine, la production baissera de 5% par an… ce qui augmentera encore plus les prix !

L’impact sur lé pétrole

Bien que peu dépendante des livraisons de l’Arabie Saoudite, les USA sont confrontés au même problème que le reste du monde : le baril passe de 3 à 18 $ avant de se stabiliser autour des 12$.

Les prix à la pompe s’en ressentent. Les automobilistes voient leurs factures exploser. Tandis qu’aux Etats Unis on organise la pénurie pour éviter de siphonner les stocks. Et cela va nuire aux autos les plus gloutonnes, surtout dans les pays qui importent massivement le liquide noir. Les effets seront sur le long terme puisque le baril ne redescendra plus vraiment. Les monarchies du Golfe trouveront une vraie manne financière tandis que la plupart des pays “du nord” chercheront de nouvelles sources d’approvisionnement et surtout

Là encore la réponse passera par une réflexion à long terme sur l’efficacité énergétique, tant pour le chauffage que pour les véhicules… et dissuadera certains constructeurs de se lancer dans la fabrication de moteurs de “grosse” cylindrée. En France on pense au V8 PRV ou encore à la Citroën SM.

En bref :

Parmi les chocs pétroliers, s’il ne faut en retenir qu’un, c’est celui-là.

1979 : le derniers des chocs pétroliers historiques

6 ans seulement et le revoilà ! Le second choc pétrolier reprend tous les ingrédients des précédents et c’est encore l’essence qui en prend un coup.

Le contexte

L’origine de ce choc pétrolier est directement à retrouver dans l’issue du précédent. Les USA ont cru trouver en l’Iran un parfait allié et en faire le gendarme du Golfe… sauf que le 8 Septembre 1978 commence la révolution iranienne qui va entraîner la fuite du Shah. Ce choc pétrolier sera également affecté par la guerre Iran-Irak qui débute en 1980.

L’impact sur le pétrole :

On est plus ici dans des impacts de pression mais dans des impacts dus aux courts du pétrole. L’instabilité de la région fait peur, en particulier à propos de l’approvisionnement. Les cours flambent et en un an le baril “Arabe Léger” passe de 13 à 40 dollars ! Forcément les prix à la pompe suivent et là encore on organise la pénurie, principalement aux Etats-Unis, pour ne pas vider les stocks.

Même si on essaye d’endiguer cette hausse des courts par l’augmentation de la production, le prix de l’or noir s’est envolé… et ne redescendra plus, hors événements spéciaux comme la crise de 2008 ou celle du covid en 2020.

Les politiques d’austérité énergétique repartent de plus belle. Les grosses cylindrées se limitent de plus en plus aux modèles haut de gamme. Finis les V8 de 5 litres pour 150 ch. On cherche à faire des économies et diversifier encore plus ses approvisionnements.

En bref :

Le premier coup de massue était déjà tombé. Là c’était une simple piqûre de rappel dont les effets ne s’estomperont jamais.

En attendant le prochain ?

Le pétrole est toujours aussi volatile, et on ne vous parle pas de chimie. Les événements sociétaux, sanitaires, belliqueux ou climatiques peuvent faire s’envoler ou s’écrouler les cours.

Espérons pour nos anciennes qu’aucun gros choc pétrolier ne se produite à l’avenir… et qu’on puisse rouler, même si les principales menaces sont certainement ailleurs.

Petite Histoire des Chocs Pétroliers
Les prix du baril depuis 1861 en $ constant

Photo : Total et Wikimedia


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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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