Peugeot 205 GTX : la GTI espagnole

Peugeot 205 GTX : la GTI espagnole
Benjaminhttps://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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Peugeot 205 GTX ? Kesako ? Un hybride de 205 GT et de 305 GTX ? Pas du tout ! Jean-Jacques, un fidèle lecteur qui aime bien les Young vitaminées ibériques (voir son récit de l’achat de sa Golf, par ici), vous propose ici de découvrir cette version vitaminée ibérique, loin des sentiers battus des GTI… Prêts ?

Villaverde, de Chrysler España à PSA

Avant de rentrer plus en détail dans la présentation de cette 205 inconnue en France, il est nécessaire de revenir un peu en arrière, au cœur des années 70, dans une Espagne très protectionniste et Franquiste jusqu’à la mort de celui qui était surnommé el Caudillo.

Chrysler Europe voit l’opportunité de prendre des parts dans la société Barreiros, qui produit alors des automobiles et camions, en passant par des tracteurs. Pour l’Américain, il s’agit de s’implanter dans la péninsule de façon rapide via l’usine de Villaverde, qui produira dès 1965 des Dodge, puis l’année suivante, des Simca (la marque à l’Hirondelle étant dans l’escarcelle de l’américain).

Chrysler, à l’image de ce qu’il fait en France pour le constructeur de Poissy, monte peu à peu au capital de Barreiros, jusqu’à pouvoir renommer sa filiale Chrysler España. Ainsi, des Simca 1000 ou des Chrysler 180 (dont certaines furent équipées de moteur Diesel) sortirent des chaines de l’usine de Villaverde, dans la banlieue de Madrid.

Las, les difficultés sur son propre marché ont obligé le constructeur au Pentastar à se recentrer sur les Etats-Unis, vendant ainsi l’ensemble de ses filiales européennes en août 1978 à PSA, qui deviendra de façon bien éphémère le Général Motors à la Française.

Le constructeur Sochalien se retrouve alors avec un réseau hétéroclite, allant de l’Ecosse à l’Espagne, et des modèles cachant plus ou moins bien leurs rides (Sunbeam, 1307/1308 ou Chrysler 2 Litres). Par ailleurs, il n’est évidemment pas question que les voitures continuent à porter le nom de Chrysler. Il est donc décidé d’uniformiser l’archipel de marques sous la bannière Talbot, dont l’emblème au T cerclé ornera peu à peu les autos. Ainsi, la grande usine de Villaverde produira des modèles Talbot !

De la fin de Talbot à la renaissance Peugeot, Acte II

Si les premières années de la nouvelle marque Talbot ressuscitée sont plutôt encourageantes sur le marché espagnol, progressant à 13,1% de part de marché en 1979, l’érosion sera brutale dès 1984, tombant à 5,1% de parts de marché.

Les modèles Talbot vieillissent face à une concurrence plus moderne, malgré l’arrivée en 1985 des Solara Escorial, dont il est possible de commander une inédite version équipée du moteur XUD PSA. Par ailleurs, les modèles Peugeot entrent en force dans le réseau Talbot, qui doit en assurer la diffusion. La fin de la marque au T cerclé ressemblera à une longue agonie, jusqu’en 1987 et la production de quelques Horizon GT réservée à la Police Espagnole.

Entre temps, Villaverde est intégré au dispositif de production Peugeot, notamment pour faire face au succès éclair du modèle ayant permis de sauver la marque au Lion, à savoir la 205, introduite sur la péninsule dès 1984.

Des moteurs Talbot sous le capot (bombé !)

On l’a vu plus haut, Villaverde produisait donc des Talbot, équipées du fameux moteur « Poissy » apparu avec la Simca 1100 en 1967. Un bloc rustique mais solide, à arbre à cames latéral, qui montera jusqu’à une cylindrée de 1592 cm3 en 1978 et la sortie des Simca/Chrysler 1309 SX, puis leur évolution 1510/Solara, équipant par la suite les Talbot Horizon GT, d’abord en 88 chevaux puis 90 à partir de 1982 et l’apparition de l’évolution J2A.

L’outil de production étant plus ou moins déjà amorti, il est possible d’équiper la 205 de ces blocs, via modification du berceau moteur en lieu et place des moteurs « X » que l’on trouve en France.

Ainsi, une gamme complète de motorisation essence ira du 1118 sur les XL/GL (55cv), 1294 sur les XR/GR/SR (65cv) et 1442 sur la GT (83cv). A noter que les 205 à moteurs Talbot ont le même capot que les Automatiques, ceci afin de laisser la place au carburateur.

Peugeot 205 GTX : le meilleur des deux mondes

Les modèles d’entrée et de moyenne gamme étant assurés par ces blocs, manquait encore une arme pour concurrencer les petites sportives accessibles du type Ford Fiesta XR2 (qui connaitra un fort succès en Espagne), Opel Corsa GT notamment, sans toutefois se frotter aux Renault 5 Copa Turbo (appellation espagnole des GT Turbo), FIAT Uno Turbo et Golf GTI : il y a une place pour une alternative plus abordable de la version GTI.

Pour les mêmes raisons économiques que pour les modèles 1.1, 1.3 ou 1.4, c’est ici la déclinaison 1592cm3 qui est retenue, la version la plus puissante de cette famille (en droite ligne des Horizon GT), poussée à 94 chevaux, toujours associé à la boite BE-1/5.

La présentation de la Peugeot 205 GTX se veut sportive comme luxueuse. Jugez-en plutôt, à l’extérieur, jantes alu (en 13 pouces !), antibrouillards, jupe avant (qui provient des versions GTI), insert rouge dans les baguettes latérales et même un petit béquet sur le haut du hayon : presqu’une GTI !

L’intérieur de la Peugeot 205 GTX n’est pas en reste : sièges baquets, volant sport, compte-tour. La touche « popu luxe » est apportée par les vitres teintées, le verrouillage centralisé et les vitres électriques. On est loin de l’ascétisme proposé par les premières 205 GTI !

C’est ainsi parée que la GTX fait ses premiers pas sur le marché espagnol en 1986, coiffant la gamme 205, et sera uniquement commercialisée dans ce pays.

Contigo al fin del mundo ?

Pour la petite histoire, je suis allé chercher cette auto le 6 mai 2021 à Vigo, à l’extrême ouest de l’Espagne, en Galice. Elle appartenait au même propriétaire depuis 10 ans, dont l’épouse tient un petit atelier mécanique.

Lorsque j’étais adolescent, nous passions une journée chaque année en Andorre, presqu’un pèlerinage, où j’ai vu pour la première fois ces fameuses versions GTX, que l’on croisaient énormément à la fin des années 80. J’étais intrigué par ces autos totalement inconnues en France, puisque nous connaissions cette appellation GTX plutôt sur les Renault, mais aussi sur la 305.

Au regard de leur badge « 1.6 » sur leurs custodes, je pensais, à tort, qu’elles étaient équipées du moteur XU, le son de leur mécanique s’en rapprochant par ailleurs. C’était pour moi un ravissement de les admirer tant j’appréciais déjà la petite Sochalienne en particulier, mais aussi les automobiles exotiques des voitures en général.

35 ans après, je me retrouve devant cette superbe Peugeot 205 GTX Gris Winchester de novembre 1987 (pour les spécialistes, il s’agit donc d’une phase « 2.1 »), avec encore ses clignotants avants oranges, mais déjà son joli tableau de bord de seconde génération, au dessin plus harmonieux.

En ouvrant la large porte (c’est même un argument de la brochure commerciale), j’accède au baquet en essayant de ne pas accentuer l’écrasement du bourrelet gauche. Une fois installé, on retrouve le combiné instrument identique aux XT/XS/GT, à savoir un cadran de température d’eau, un compte-tour en plus des informations habituelles et rien d’autres : c’est bien connu, un moteur Talbot ne tombe jamais en panne !

Au démarrage, le son du moteur se fait relativement plus sourd que sur les Solara ou Horizon, et on n’a pas ici le bruit caractéristique rencontré sur les Simca 1100, souvent surnommé « de machine à coudre ». En effet, il est à noter que la distribution a été modifiée afin d’être moins bruyante. On a presque l’impression d’être en présence d’une mécanique Peugeot !

Les premières impressions au volant montre une voiture extrêmement agile sur les premiers rapports, nerveuse et volontaire, bien aidée par une boite très courte. On lit souvent que les 205 au train avant non triangulés ont des problèmes de motricité, c’est probablement vrai, mais à l’heure où vous lirez ces lignes, est-ce bien le plus important pour se faire plaisir sans pour autant prendre les virages « à fond » ?

Car la Peugeot 205 GTX saura vous en apporter par ses relances franches, la bonne volonté de sa mécanique dès les plus bas régimes Elle vous permettra même de cruiser en 5eme dès 50 km/h le coude à la portière, dans les « calles » andalouses comme dans les rues de Roubaix ou de La Baule ! En effet, le couple maximum est de 14,1 mkg, alors que la XS plafonne à 11,8 mkg.

Concernant ma Peugeot 205 GTX, j’ai déjà changé les bras de suspension, installé un autoradio « radio cassette » d’époque (Pioneer), et fait l’entretien courant (bougies, filtres et vidange moteur). Reste à changer les amortisseurs avants, qui fuient, et faire un équilibrage pour le contrôle technique.

Alors, conquis ?

Vous souhaitez accueillir dans votre garage l’un des exemplaires survivants ? Bonne idée ! Sachez simplement qu’il vous faudra immatriculer la Peugeot 205 GTX en carte grise Collection, le type mine n’existant pas en France. Pour les plus courageux, il existe aussi la possibilité de faire un passage au Mines, mais cela est évidemment plus contraignant.

Concernant les démarches administratives en Espagne, je ne peux que vous conseiller de faire appel à un « gestor » local (une personne assermentée qui vous accompagnera).
Le prix à payer pour rouler dans une 205 originale et sympathique.

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