La Matra Murena, carrière éclair pour un coupé original

La Matra Murena, carrière éclair pour un coupé original
La Matra Murena, carrière éclair pour un coupé original
Benjaminhttps://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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À la fin des années 70 chez Matra on surfe sur les succès. La Bagheera se vend toujours bien tandis que l’original baroudeur Rancho a explosé ses objectifs. Il est temps de développer un nouveau coupé, qu’on veut plus sportif sans pourtant enterrer les bonnes idées de la Bagheera. Ce sera la Matra Murena.

De belles innovations techniques

L’étude de l’auto va se révéler plutôt rapide. En même temps Matra dispose d’un important choix de pièces de série issues du groupe PSA. Ce dernier a absorbé Chrysler France, gardant l’accord qui liait la marque à Simca. Par contre, la future auto ne sera pas une Matra-Simca mais une Talbot-Matra.

On va reprendre ce qui a fait le succès de la Bagheera. Déjà le moteur central arrière, un sacré atout quand on parle de dynamisme. Ensuite la disposition des trois sièges dans l’habitacle est également retenue, toujours plus pratique qu’une 2+2 aux places arrières anecdotiques. Pour le reste on va changer beaucoup de choses.

Le châssis va ainsi inaugurer une technique bénéfique à tout point de vue. Constitué de tôles en acier embouties et soudées, il subit ensuite une galvanisation à chaud. On le trempe dans du zinc en fusion. Si on dépose au final très peu de matière, on renforce ainsi sa structure : la rigidité gagne 45%. Mais l’avantage est également à voir dans le temps. Ainsi protégé il va mieux résister à la corrosion.

Il reçoit à l’avant des roues indépendantes avec triangles transversaux, barres de torsion et barre antiroulis. L’arrière utilise des bras tirés et des combinés ressorts-amortisseurs.

La Matra Murena, carrière éclair pour un coupé original

Du côté de la carrosserie, le dessin ne reprend rien de la Bagheera. Antoine Volanis et Aimé Saugues dessinent un coupé très aérodynamique. C’est particulièrement visible dans la partie avant avec un capot et un pare-brise (très incliné) qui ne dessinent pas de cassure. L’avant est très fin et emporte les phares pop-up. L’arrière est plus classique avec une énorme vitre comme surface principale et une face verticale. Le Cx est de 0,328, une vraie prouesse.

Pour la fabriquer on utilisera majoritairement de la résine renforcée avec de la fibre de verre. Certains éléments plus petits seront réalisés en SMC qui utilise de petites fibres noyées dans le plastique plutôt qu’un mat de verre. Le tout est riveté ou collé au châssis.

La motorisation va être plus problématique. Matra veut vraiment faire de son nouveau coupé une auto sportive, ce que la Bagheera n’a jamais réussi à être. On veut récupérer le 2 litres Douvrin, une motorisation qui est utilisée par PSA et Renault. Problème : Renault veut le mettre sous le capot de sa future Fuego et la Matra pourrait lui faire de l’ombre. Il est donc refusé. Pour le gros moteur on se tournera donc vers une autre mécanique disponible : le 2.2 litres “Chrysler” apparu sur les 160 et 180 et proposé ici dans sa version la plus grosse. Le sport par contre… 118 ch, c’est juste.

Et puis du côté de Talbot, pour encore plus lier le coupé au reste de la gamme, on impose un Poissy. Pour le coup c’est le plus gros, le 1592 cm³. Avec 92 ch il sera l’entrée de gamme.

Les débuts de la Matra Murena

En Septembre 1980 on présente la Matra Murena. Mais uniquement la plus petite, la 1.6. Ses 92ch sont peut-être justes mais l’auto ne pèse qu’une tonne. La finition est dépouillée, même si on compare à la Bagheera.

En fait on a réservé les meilleurs équipements et finitions pour la 2.2 qui apparaît plus tard, histoire de résoudre quelques problèmes apparus à haute vitesse. Extérieurement on la reconnaît à ses badges 2.2 ou ses jantes alu 14″ quand la 1.6 se contente de 13″ à enjoliveur extérieurs inox.

À l’intérieur la 2.2 reçoit du velours capitonné (au lieu du tissu pied de poule). Mais surtout elle a, de base, des vitrages teintés, des vitres électriques, une console centrale et un repose-pied pour les passagers. En fait ces équipements sont aussi disponibles sur la Matra Murena 1.6, mais en option.

Les retours de la presse, qui prend surtout en main la 2.2, sont bons. Le châssis est loué, par contre le manque de puissance est relevé.

Les débuts commerciaux sont timides. 1375 autos sont produites, la majeure partie est vendue en France. Les 2.2 sont bien rares et seront surtout disponibles au millésime 1981. Là on vend 6141 Matra Murena et la 2.2 représente près de la moitié des ventes. Si le marché français en absorbe une bonne partie, ce n’est que le second marché, derrière l’Allemagne !

Pour autant le manque de sportivité est décrié et Matra va attaquer un nouveau chantier.

On note aussi la présence d’une Matra Murena particulière au salon de Paris : Chapron, alors tout proche de la fin, a proposé une version Targa qui ne sera pas produite.

La Matra Murena 4S

La Matra Murena est moins chère que la Porsche 924 mais cette dernière est plus puissante, surtout dans sa version Turbo. Matra veut alors doper son coupé et prépare une nouvelle version : la 4S.

Le bloc Chrysler est coiffé par une culasse ROC, 16 soupapes, directement issue de la compétition. Avec son double arbre à cames en tête il sort alors 178 ch et 21,5 m.kg de couple contre 118 et 18,4 pour la version de base. L’auto passerait de 199 à près de 230 km/h et gagnerait plus de 2,5 secondes sur le 0 à 100. En fait on s’approche des valeurs de la Porsche.

On pousse aussi son aéro avec des ailes gonflées ou un becquet.

Malgré les efforts de Philippe Guédon, PSA ne donne pas son aval pour sa production. Matra lance donc le développement d’une autre version.

La Matra Murena muscle son jeu… pas ses ventes

Le millésime 1982 a vu ses ventes dévisser. Ce n’est rien de le dire on est passé à 2164 autos. Le réseau PSA n’est pas forcément très motivé pour vendre l’auto et ça se sent.

En Juin 1982 on présente une évolution : la Préparation 142. En fait on s’est inspiré de ce que faisaient certains “sorciers” qui préparaient le moteur 2.2 pour le rendre plus performant. L’arbre à cames est retaillé, le collecteur d’admission est spécifique, et deux carbus double corps Solex horizontaux alimentent un moteur qui passe donc à 142ch.

En outre la Préparation 142 dote la Matra Murena de sièges noirs à coutures rouges et une planche de bord également rouge. À l’extérieur on les reconnaît à ses bas de caisses plus larges, peints dans la couleur de la carrosserie et un becquet spécifique en plastique qui améliore la stabilité à haute vitesse. La Matra Murena Préparation 142 file en effet à 210 km/h et atteint les 100 en 8,4 secondes. Près d’une de gagnée !

Problème : si l’idée de base est bonne, sa mise en œuvre est plus problématique. En fait c’est un kit qui peut être monté sur un véhicule neuf ou un ancien. Il coûte 15.245 francs faisant passer l’auto au dessus des 100.000 ! Il est installé uniquement en concession et demande 25 heures de main d’œuvre.

Pour autant la presse est unanime et trouve enfin ce qui manquait dans la Matra Murena. Nouveau départ ? Pas vraiment. Les ventes du millésime 1983 plongent.

La Matra Murena S

On se rend vite compte qu’on ne relancera pas la Matra Murena. Et puis les relations entre la firme de Romorantin et PSA se sont détériorées. Le Rancho, stoppé suite à l’arrêt de la production de la Simca VF2 Pick-Up, est encore disponible mais il vit ses dernières heures. L’Espace, le concept novateur de monospace a été refusé par PSA et s’apprête à être présenté… pour Renault !

On sort alors la dernière carte et on présente la Matra Murena S. En fait cette nouvelle appellation cache le montage d’un kit 142 mais directement à l’usine. On vise le marché allemand et on en réserve quelques unes pour la France. Elle sera la dernière Matra Murena disponible alors que les autres versions disparaissent. 480 autos seront produites pour le millésime 1984 avant que la production ne soit définitivement stoppée.

Politecnic et les Matra Murena

Si on trouve des Matra Murena originales au niveau de leur apparence notamment c’est parce que Politecnic s’est penché sur son sujet.

Ainsi, en plus des pièces pour faire Murena S et 142, on retrouve chez eux un capot arrière permettant de remplacer la grande vitre arrière. Dans ce cas on ajoute souvent des persiennes qui viennent se placer sur les vitres de custode. Et puis si vous voyez un aileron au lieu du becquet : c’est la même origine !

Le préparateur a également travaillé sur des versions courses de la Murena : une auto de Rallycross et une Groupe B avec une prépa moteur portant le 2.2 à 220 ch !
D’ailleurs ce kit est commercialisé. En plus de la carrosserie, on peut remplacer le siège central par une console et obtenir une meilleure installation hi-fi pour diffuser de la musique dans l’habitacle… si celle du moteur n’est pas à votre goût !

Les raisons d’un échec

Au total il s’est vendu 10680 Matra Murena : 5640 avec le moteur 1.6, 4560 avec le 2.2 et 480 S. En 4 ans, pour un véhicule si original c’est pas mal… Mais on est loin des scores de la Bagheera : 47.796 exemplaires en 7 ans.

En même temps le marché automobile a changé. Même les grands ont du mal : la Peugeot 504 Coupé se vend moins et il n’y aura pas de coupé 505. La Fuego n’atteindra pas non plus les ventes des R15 et R17. Les coupables : les GTI. Ces bombinettes ont accaparé les ventes auprès des jeunes avec des autos plus pratiques et souvent moins chères.

Les Matra Murena de nos jours

L’auto jouit encore d’une belle aura. Pour preuve les différents rassemblement fêtant ses anniversaires sont prisés.

La cote la rend en plus plutôt abordable : moins de 10.000 € pour un beau modèle avec le Poissy ou un 2.2 de base. Les 142 et les S sont plus recherchées et approchent plutôt des 12.000 €.

Les pièces mécaniques sont plutôt disponibles mais la galère viendra des interventions sur le moteur central. Le châssis galvanisé affranchit le collectionneur de soucis de corrosion.

Bref, un coupé original intéressant, relativement performant et abordable. Une bonne pioche ?

Source principale : Matradoc, d’ailleurs pour en savoir (beaucoup plus), son créateur André Dewael vient de sortir un livre dédié aux Éditions ETAI.

La Matra Murena, carrière éclair pour un coupé original

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3 Commentaires

  1. Matra Murena !!!!!!!!!!
    Le moteur n’est pas que……….central arrière ce qui est le cas du boxter porsche ,de la matra 530 , mais “”””TRANSVERSAL””””central arrière comme sur la
    dernière Alpine ., Dino Ferrari…..meilleure .répartition des masses entre essieux avant et arrière ..
    Un peu moins de bling bling dans vos articles serait le bienvenu au profit de
    description technique .
    Merci !!!!!!!!!

    • De bling bling ? On nous l’avais jamais faite celle là !
      Alors oui on a pas précisé transversal. Vous avez également raison c’est un net avantage pour la répartition des masses. Fin pour autant niveau technique on est pas trop mal non ? On ambitionne pas de faire une description complète de chaque élément mais de présenter une auto, son contexte, sa carrière.
      Pour être plus précis, vous avez le lien vers un livre qui est probablement excellent vu les infos qu’on trouve sur le site qui y est lié.

  2. Merci pour cet article sur l’histoire de cette étrange auto qui ne pouvait venir que de chez Matra. Pour ceux qui seraient intéressés, vous pouvez retrouver dans le magazine anglais Pratical Classic un article sur anglais fondu de Murena, qui en possède une avec un moteur Mi16…

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