La Ferrari 250 GT Berlinetta « Tour de France », 70 ans après sa légende

Publié le par Benjamin

La Ferrari 250 GT Berlinetta « Tour de France », 70 ans après sa légende

Cette année, cette légende fête officiellement son 70e anniversaire. Cette année, et même dès la semaine prochaine lors de la semaine de Rétromobile, la plus célèbre d’entre elle sera à Paris. On vous replonge donc dans l’histoire des Ferrari 250 GT Berlinetta « Tour de France » des autos mythiques, point de départ d’une superbe lignée de GT au Cheval Cabré.

Les premières Ferrari 250 GT

Tout part de la saison 1955 quand la catégorie GT est ajourée au calendrier des courses internationales. Jusque là, aucune distinction n’était faite entre les voitures de route, aussi performantes soient-elles et les voitures de pure compétition. Le nom GT est utilisé chez Ferrari au moment de remplacer la 250 Europa qui devient GT Europa en 1954.

Techniquement, on note aussi des changements. Si les 250 Europa utilisaient le Lampredi, il est remplacé sur les GT par le moteur Colombo à course courte, plus léger car construit en alu, plus compact, qui permet de sortir 220ch à 7000 tours et qui transmet le tout aux roues arrières via une boîte aux synchros « Porsche ». Côté châssis, le changement est là aussi puisqu’on utilise le châssis tubulaire de 2600mm d’empattement, utilisé sur les 250 GT Boano, 200mm plus court. Enfin, la suspension avant troque ses ressorts à lame contre des ressorts hélicoïdaux.

La base technique est alors posée. Cependant, on décide de passer la seconde et de proposer une version complètement dédiée à la compétition devant les performances de la concurrence, y compris la victoire de Zampiero en Championnat Italien au volant d’une Mercedes !

D’abord avec la 250 GT Berlinetta Competizione qui reprend le dessin Pinin Farina des 250MM et 375MM et qui sera produite en six exemplaires. Au salon de Paris 1955 on présente ainsi 0393 GT, une voiture dont la ligne se différencie, notamment au niveau des ailes arrières. Sur le papier, c’est Berlinetta Tipo MM mais techniquement, les bases sont là.

La Ferrari 250 GT Berlinetta « LWB »

Au salon de Genève, à l’hiver 1956, le style a encore évolué. C’est le point de départ de la véritable série. La voiture, 0425GT présente un style qui la différencie nettement des MM précédentes. Les ailes arrières sont plus effilées et une nouvelle série débute avec des autos construites par Scaglietti.

On est allé encore plus loin. Le moteur, gavé par ses trois Weber peut sortir 260ch. Les freins restent confiés à des tambours mais ils sont énormes. De plus, on a fait subir à la 250 GT Berlinetta une vraie cure d’amaigrissement avec un intérieur dépouillé et des sièges en perspex. Résultat : 1180kg. La voiture est homologuée rapidement : même s’il faut 100 exemplaires, l’utilisation par Boano et Ellena du même empattement permet de franchir ce cap.

Une première série de voiture est alors construite, 14, que l’on appelle les « non-louvre », avec la lunette arrière qui déborde sur le montant de custode. Elles arrivent très vite sur les lignes de départ. En Avril 1956 Gendebien et Washer remportent le Giro di Sicilia.

Surtout, il faut parler d’Alfonso de Portago. Ce pilote issu d’une célèbre lignée de la noblesse espagnole, se fait repérer en 1954 et 1955 en course, au volant de voitures de sport 4 cylindres mais aussi des Lancia D50 rachetée par Ferrari. En 1956, il achète 0557GT, une Berlinetta bleue avec laquelle il remporte le Tour de France Automobile.

Comme pour les Monza et autre MM, à l’époque on peut baptiser son auto avec le nom d’une grande épreuve remportée. Le prestige de cette victoire permet à l’auto de se faire un nom et elle devient la Ferrari 250 GT Berlinetta Tour de France.

Les évolutions de la Ferrari 250 GT Berlinetta Tour de France

Au moment où l’auto écrit les premières lignes de son palmarès, côté production, on lance une nouvelle série de voitures. Celle-ci sont reconnaissables à leurs 14 louvres sur le montant de custode et un dessin qui les différencie toujours plus des MM, notamment au niveau des ailes arrières, plus prononcées et plus effilées, se terminant par des feux verticaux. L’avant, lui, est légèrement modifié avec une calandre moins arrondie et des prises d’air font leur apparition sur le capot.

Côté dessin, on trouve d’ailleurs entre 1956 et 1957 des Ferrari 250 GT Berlinetta Tour de France qui se différencie encore plus. Normal, c’est Ugo Zagato qui est alors au dessin et ces voitures adoptent un style résolument maison avec, notamment, le double bossage caractéristique.

Une troisième série de voiture est lancée au cours de l’année 1957 avec trois louvres. Les phares étaient carénés sur la plupart des autos, mais les Ferrari 250 GT Berlinetta Tour de France vendues en Italie devaient par exemple s’en passer à cause de la législation locale. Certaines autos furent d’ailleurs vues avec ou sans bulles de phares en fonction des épreuves… et des accidents éventuels !

Enfin, les dernières voitures, produites en 1958 et 1959 passaient à une seule louvre. L’avant est redessiné avec une nouvelle calandre et un avant qui intègre mieux les ailes. Les phares étaient également plus haut, majoritairement sous bulle. On s’éloigne définitivement du dessin des premières autos et donc des MM.

Enfin, en 1959, la série s’arrête… mais en douceur. C’est l’apparition de la série des Interim. Le dessin est de nouveau signé Pinin Farina et se dévoile sur les autos qu’on peut voir aux 24h du Mans. En fait ces autos préparent la série qui va remplacer les Ferrari 250 GT Berlinetta Tour de France. Tout le style a changé et préfigure donc celui des GT SWB « Passo Corto ».

Celles-ci adopteront le châssis raccourci dont l’empattement est de 2400mm qui est déjà installé sur les Interim. D’ailleurs, c’est l’arrivée de cette série qui fera ajouter, à posteriori, un LWB (Long WheelBase) au nom des Ferrari 250 GT Berlinetta Tour de France. Le passage de relai est inéluctable et on arrête la série après 72 voitures (77 en comptant les Zagato).

L’énorme palmarès des Ferrari 250 GT Berlinetta Tour de France

Si on a évoqué le palmarès de l’année 1956, évidemment, il ne s’est pas arrêté là puisque les Ferrari 250 GT Berlinetta Tour de France se sont vite imposées comme les références des GT. D’ailleurs, De Portago a également remporté les Coupes du Salon à Montlhéry en fin d’année 56.

En 1957, le printemps est funeste puisque De Portago se tue aux Mille Miglia, un accident qui marque la course au point de signer sa disparition. Gendebien et Washer montent sur le podium à la troisième place, un mois après leur victoire au Giro di Sicilia, à chaque fois avec 250 GT Berlinetta Tour de France #0677GT de l’Ecurie Francorchamps.

Gendebien remporte également les 12h de Reims en Juillet avec Paul Frère, Gino Munaron prenant la 3e place. C’est vraiment lui qui signe les plus belles victoires de la 250 GT Berlinetta Tour de France en 1957 puisqu’il s’impose avec Bianchi au Tour de France et remporte aussi les Coupes du Salon en Octobre.

Beaucoup de voitures sont parties aux USA et on les retrouve donc dans de nombreuses épreuves de SCCA à partir de 1958. Cette année là, les italiennes font le triplé aux Coupes de Vitesse à Montlhéry en Avril (Guelfi, Noblet et Péron). Gendebien et Frère remportent de nouveau les 12h de Reims devant de nombreuses autres 250 GT Berlinetta Tour de France : Mairesse et Beurlys sont 2e tandis que Péron Noblet sont 3e, Seidel et Von Trips se classent 4e, Picard et Burggraff 5e, Guichet et Fraissinet 7e et enfin Da Silva Ramos et Hill sont 10e !

Surtout, Gendebien et Bianchi remportent de nouveau le Tour de France, premier d’un quintuplé composé des équipages Trintignant et Picard, Da Silva Ramos et Estager, Péron et Schell, Schild et Delageneste.

L’année 1959 voit les voitures laisser peu à peu leurs places aux Interim. Si ce sont des parentes des 250 GT Berlinetta Tour de France, elles permettent aussi au modèle de s’engager pour la première fois aux 24h du Mans. Beurly et Eldé s’y classent 3e et remportent la classe GT. Ce sera d’ailleurs sur une autre « Interim » que Gendebien et Bianchi accrochent un nouveau Tour de France en fin d’année !

La Ferrari 250 GT Berlinetta Tour de France de nos jours

La voiture est rare et on n’en voit pas tous les jours. Le confrère Nicolas de Arthomobiles tient d’ailleurs un registre avec toutes les 250 GT qu’il a croisé, il est visible ici.

Forcément c’est une voiture très chère. Si on a choisi de vous en reparler juste avant Rétromobile c’est parce que la semaine parisienne en proposera une… et pas des moindres. RM Sotheby’s proposera en effet à la vente (une seconde fois après 2015) 0557 GT, la voiture bleue de De Portago qui a donné son surnom à la 250 GT Berlinetta Tour de France. Elle avait été vendue 13,2 millions de dollars en 2015 et vise encore plus haut la semaine prochaine (aperçu du catalogue ici).

Les autres 250 GT Berlinetta Tour de France ? Elles sont toutes aussi légendaires mais les prix sont moindres, généralement autour des 6 millions d’euros. Oui, quand même !

Photos : RM Auctions, News d’Anciennes.

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

Commentaires

  1. Gougnard

    magnifique ce modèle merci Benjamin

    Répondre · · 26 janvier 2026 à 17 h 47 min

Laisser un commentaire

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.