Le week-end prochain, ce sera Le Mans Classic Legend, la version qui regroupe les voitures les plus « récentes » du Mans Classic et cette bavaroise sera sur la piste. De la série E9, la BMW 3.0 CSL est incontestablement la plus connue. Elle incarne la sportive de la gamme avec son palmarès envié par bien des prototypes et son design l’a fait devenir une icône, voire une œuvre d’art quand les art-cars ont été lancées. On vous replonge dans son histoire originale.
Au programme
Au sommet de la gamme, la E9
En 1968, BMW lance sa gamme E9. Ce sont des coupés dont le premier modèle est la 2800 CS qui développe déjà 170 ch. Une belle auto qui adopte une gueule de requin pour allonger le capot et y loger le 6 cylindres en ligne M30. L’auto est grande, 4.66 m de long, 1.67 m de large et 1.37 m de haut. Les trains roulants sont des classiques (désormais) roues indépendantes, mais encore des freins à tambours. Le tout est assemblé chez Karmann, comme sa devancière la la 2000 C/CS. Il en sort près de 10.000 exemplaires en 3 ans.
En 1971, la E9 gagne déjà en cylindrée avec l’arrivée de la 3.0 CS. Le 6 cylindres passe à 2985cm³ et monte à 180ch. Surtout, elle reçoit enfin les freins à disques qui manquaient tant à sa devancière. Elle aussi va atteindre les 10.000 exemplaires, mais elle aussi va se faire « coiffer » par une version plus musclée qui est d’abord la 3.0 CSi qui passe à 200ch et se vendra à 8359 exemplaires.
Ces premières versions se font déjà remarqué en course, avec des équipes aux noms évocateurs comme Alpina ou Schnitzer, mais on n’est pas encore arrivé au bout de l’évolution.




La BMW 3.0 CSL, la sportive de la gamme
C’est la BMW 3.0 CSL qui est dévoilée en Mai 1971. La voiture en quelques années va changer de visage et va surtout évoluer. Sous le capot, les premières versions (1971-1972) étaient équipées du M30, mais à carburateur. Avec 2,9 L de cylindrée, le bloc plus petit était équipé de deux carburateurs double corps Zenith permettant d’atteindre les 180 chevaux. En plus de cela, le « L » de Leicht, pour léger, offre à la voiture toute une cure d’amaigrissement : capot en aluminium, vitres arrière en plexiglas, pare-chocs arrière supprimé, plus de 130 kilos sont gagnés pour cette version d’homologation !



En 1972, le six-cylindres grossit : la phase deux est disponible (1972-1973) et la motorisation se modernise. Le M30 passe désormais de 2 986 cm³ à 3 003 cm³. Cette étrange cylindrée est due au fait que pour homologuer le moteur en compétition, celui-ci devait faire plus de 3 litres : BMW s’est alors attaché à respecter à la lettre cette réglementation. En plus de cela, terminés les carburateurs, on passe à l’injection directe Bosch pour une puissance de 200 chevaux. Esthétiquement, la 3.0 CSL reste pure, pas d’aileron ni d’ailes élargies, nous aurait-on menti à propos de la Batmobile ?
Pas vraiment, il faut attendre la dernière évolution de la BMW 3.0 CSL datant de 1973. La version 3.2 litres est disponible et avec elle le plus attendu, ce kit esthétique ! Mais ici ce n’est pas juste une version légèrement revue, cette dernière version est l’aboutissement ultime de la BMW 3.0 CSL.
Côté moteur, le bloc passe à 3.2 lires de cylindrée, il garde la fiabilité qu’a apporté la phase 2 mais augmente en puissance car trop léger par rapport à la concurrente Ford Capri. On passe alors à 206 chevaux pour 286 Nm de couple de quoi rendre la voiture plus vive. Esthétiquement on voit bien que la voiture change de visage aussi.
Terminé le côté épuré, la 3.0 CSL se muscle légèrement, la cause ? l’aérodynamique. Les ingénieurs et clients ont remarqué que sur les versions précédentes, une fois passé les 200 km/h la voiture avant une tendance à devenir très (voir trop) légère et à dandiner du train arrière. Le choix a alors été fait d’ajouter des appendices aérodynamiques à la voiture.
Le spoiler avant descend plus bas avant de bloquer l’air et d’éviter que le nez ne se soulève, sur le capot on ajoute deux boudins sur les ailes avant afin de guider le flux d’air vers l’arrière de la voiture et un becquet de toi ainsi qu’un aileron sont ajouté afin d’appuyer définitivement le train arrière et coller la voiture au sol. Mais toujours pas de batmobile en vue.
Bien évidemment, quand on évoque la 3.0 CSL, on pense directement à la version racée, avec les ailes extra-larges, l’aileron massif et les dérives d’ailes, le tout avec la peinture blanche ou noire et les bandes « M ». Pourtant, officiellement, BMW n’a jamais commercialisé de 3.0 CSL avec tous ces éléments. L’administration allemande refusait la commercialisation de ce kit esthétique, jugé trop dangereux et illégal.
La parade a alors été simple : lorsqu’un client commandait la voiture avec le kit, BMW plaçait dans le coffre l’aileron et les dérives, et le client avait la possibilité d’installer ces éléments à sa guise. De plus, des renforts de coffre étaient disponibles car l’aileron, avec la charge aérodynamique qu’il produisait, avait tendance à écraser le coffre en aluminium.
Après quelques années de développement, la voiture est fin prête. Les 1 000 versions d’homologation ont été produites, le kit esthétique dit Batmobile fait déjà saliver les passionnés, il n’y a plus qu’à envoyer la voiture sur les pistes !






Le palmarès de la BMW 3.0 CSL : tout simplement impressionnant
La BMW E9 n’a pas attendu la 3.0 CSL pour se forger un beau palmarès. La 2800 CS s’impose aux 24h de Spa 1970 avec Huber et Kelleners ainsi qu’aux 24h du Nürburgring 1972 avec encore Kelleners associé à Pankl. Déjà c’est Alpina qui est derrière ces deux victoires.
Débuts en course en 1973
La BMW 3.0 CSL apparaît en course bien après sa première présentation. Elle va être engagée dans différents championnats dès cette première année. En Championnat d’Europe des Voitures de Tourisme, avec BMW, Alpina et Schnitzer, mais aussi en endurance et sur certaines épreuves allemandes du DRM, le championnat national de tourisme.
Au final, l’année 1973 va être pleine de succès. La BMW 3.0 CSL gagnera à Monza (Lauda et Muir), double podium à Salzburg (2e et 3e), 2e à Mantorp, triplé sur le Nürburgring (Amon et Stuck vainqueurs), victoire aux 24h de Spa, à Zandvoort , au Paul Ricard (Quester et Hezemans)et pour finir à Silverstone (Bell et Ertl) !
Une razzia qui offre le titre constructeur à la marque à l’hélice, et le titre pilote au Hollandais Toine Hezemans.
En plus de cela, en DRM, la BMW 3.0 CSL gagne 4 courses et offre la 4e place du championnat à Harald Menzel. Devant lui notamment Dieter Basche avec une 2002 Ti !
Enfin en endurance, les succès sont d’estime. Aux 24h du Mans, remportées par la Matra MS670 pour la seconde fois, deux des trois autos engagés abandonnent. Mais Quester et Hezemans réussissent à prendre la 11e place, gagnant la classe tourisme… ce sont aussi et surtout les seuls à l’arrivée ! Sur les autres courses du championnat, un doublé en Tourisme aux 1000km de Spa, une victoire à la Targa Florio, aux 1000km du Nürburgring !
En plus de cela on ajoute la victoire de Lauda et Joisten aux 24h du Nürburgring ! Carton plein pour une première année !



1974, Ford se rebiffe
La Bataille avec Ford repart de plus belle en 1974 en Championnat d’Europe de Tourisme. BMW gagne successivement à Monza (triplé avec Peltier et Lafosse devant), Salzburg (Stuck et Ickx) et Vallelunga (Peltier et Lafosse). Aucun point n’est marqué au Nürburgring, et c’est Ford qui va remporter les courses suivantes, remportant titre pilote et constructeur.
Aux 24h de Spa, nouvelle victoire avec une 3.0 CSi emmenée par Peltier, Xhenceval et Dieudonné. L’équipe officielle n’est pas venue, la course étant en dehors de tout championnat. Toujours en Belgique, la BMW 3.0 CSL est championne au niveau national.
A côté de cela, deux victoires en DRM sont à mettre au crédit de Stuck. En endurance, nouveaux succès avec une nouvelle victoire en tourisme aux 24h du Mans (Aubriet et Depnic 15e), aux 1000km de Spa (Finotto et Mohr).



1975, la Grande offensive des BMW 3.0 CSL
Contrairement aux deux années précédentes, les BMW 3.0 CSL sont engagées de façon plus prononcées en championnat du monde d’endurance. Aux 24h de Daytona le succès n’est pas là. Même si les 12h de Sebring ne sont pas au championnat les BMW s’y engagent et remportent la course avec Redman, Moffat, Posey et Stuck !
Aux 1000km de Spa, derrière les Alfa Romeo T33, Peltier et Müller montent sur le podium, devant les Porsche Carrera RSR. Le même équipage gagne la classe tourisme aux 1000km du Nürburgring, et aux 6h de Watkins Glen.
Aux 24h du Mans, aucune auto n’est à l’arrivée. Mais l’auto de Posey, Poulain (le maître Poulain d’Artcurial) et Guichet sont engagés sur une auto peinte par Alexander Calder. La première Art Car de l’histoire.
En Championnat d’Europe de Tourisme, Peltier et Müller gagnent à Monza, à Brno, Zondler et Fitzpatrick à Salzburg. Au Nürburgring, triplé des BMW 3.0 CSL : Kellener et Grohs devant Peltier et Müller et Betzler et Bertrams. A Zandvoort c’est le doublé derrière les Porsche, et une nouvelle victoire est inscrite à Jarama.
Peltier et Müller sont champions, BMW gagne la division 2.
En bonus, toujours hors championnat l’auto gagne les 24h de Spa.



A partir de 1976, la BMW 3.0 CSL est installée !
Pour commencer l’année, la BMW 3.0 CSL va signer une victoire de prestige, hors championnat aux 24h de Daytona avec Gregg, Redman et Fitzpatrick. L’auto sera titrée en championnat d’Europe, amenant Xhenceval et Dieudonné au titre. Il faut y ajouter la victoire aux 24h de Spa, la victoire en championnat de France de Tourisme !
l’Art Car engagée aux 24h du Mans, peinte par Franck Stella ne terminera à nouveau pas la course mais restera dans les mémoires. On a d’ailleurs pu cette année l’admirer au salon Rétromobile de Paris.
En 1977, la BMW 3.0 CSL est encore championne d’europe de tourisme, c’est Dieter Quester qui est titré au championnat pilote. En Belgique, l’auto gagne à nouveau le championnat mais pas les 24h de Spa. Mais la voiture a désormais une concurrente en interne : la BMW 320i.
En 1978, nouveau titre en championnat d’Europe de Tourisme, cette fois c’est Umberto Grano qui est le pilote titré. L’auto remporte la classe IMSA aux 24h du Mans et une 8e place au général.
1979 marquera la dernière année de succès de la BMW 3.0 CSL. Elle est titrée en Europe, avec les italiens Finotto et Facetti au volant. Sur les autres courses et championnats, l’auto est peu à peu remplacée par la 320.





La BMW 3.0 CSL de nos jours
La BMW 3.0 CSL est devenue une voiture mythique. Sa déco avec les bases des couleurs de BMW Motorsport est connue et reconnue. Tout comme son profil exubérant de Batmobile.
On la voit sur de très nombreuses courses, et c’est logique, elle a couru partout, dans beaucoup de championnats. Par conséquent elle est éligible à de nombreux événements historiques et les propriétaires ne se privent pas.
La BMW 3.0 CSL est une auto qui vaut cher. En fonction de l’état et du palmarès, elle varie de 100.000 à 300.000 €. Par contre attention, de nombreuses répliques, sur base de 3.0 CSi ont été construites.
La version moderne de la BMW 3.0 CSL
La 3.0 CSL n’est pas morte, puisqu’en 2015 BMW décide de la ressusciter dans un concept-car au look exceptionnel : la BMW 3.0 CSL Hommage. Présentée à la Villa d’Este, la voiture avait fait forte impression et reprenait le design de la Batmobile de 1973. Quelques mois plus tard, à Pebble Beach, la marque à l’hélice présentait la version Hommage R, reprenant la robe blanche aux traits bleus et rouges : elle rendait hommage à la version de course qui s’était illustrée en 1975 aux États-Unis.





Pendant plus de 6 ans, les amateurs de BMW n’ont pu avoir accès à cette voiture que par les jeux vidéo. Tout le monde pensait que cet hommage resterait à l’état de concept. Pourtant, en 2022, BMW lance officiellement la production de 50 exemplaires de la BMW 3.0 CSL sur base de M4 CSL.
La voiture reprend la livrée Hommage, le moteur quant à lui est le six-cylindres maison gonflé à 560 chevaux, associé à une boîte manuelle. Et le look reprend les traits du concept-car mais aussi ceux de la première BMW 3.0 CSL. Avec 50 exemplaires vendus au prix de 750 000 €, elle est bien plus exclusive que la 3.0 CSL d’origine, mais le clin d’œil est réussi et les fans sont ravis !





On vous laisse sur quelques photos de la batmobile et rendez-vous dans quelques jours au Mans Classic Legend en plateau 6 pour voir en piste la BMW 3.0 CSL !





























Commentaires