Il y a les livrées qui ont marqué le sport auto par le passé… et celles qui continuent à le faire ! Contrairement aux cigarettiers et alcooliers (dans une moindre mesure), les pétroliers sont moins impactés. Ainsi, les couleurs Gulf n’ont pas changé et continuent de s’afficher alors même que la marque elle-même est devenue plus une légende qu’un gros financeur du sport automobile. En même temps, quelle livrée peut se targuer d’être devenue une référence grâce au cinéma ?
En bref :
– C’est probablement la livrée de sport automobile la plus connue, d’une courte tête devant Martini (déjà évoquée dans cet article).
– Le bleu et le orange du pétrolier sont arrivés sur la piste à la fin des années 60 et ont fait leur grand retour ces dernières années.
– Cette présence en piste sur des voitures mythiques, Ford GT40, Porsche 917 ou Formule 1 a notamment permis de voir ces voitures en tant que stars du film Le Mans.
Au sommaire







La compagnie Gulf Oil
En France, Gulf n’est pas une marque très connue. Elle est lancée par la famille Mellon après la découverte d’un gisement pétrolier à Spindletop, en 1901. Ce gisement fut tout simplement le plus gros des USA ! Gulf Oil se diversifia vite avec les infrastructures pétrolières (pipeline, raffinage) avant de mettre en place un important réseau de distribution facilement reconnaissable avec ses pompes oranges. Investissant à l’étranger, notamment au Koweit, la marque grandit jusqu’à un premier coup d’arrêt lors de la révélation de versement de pots de vins importants suite au Watergate.
En 1984, Gulf est absorbé par Chevron pour éviter une OPA. Les marques fusionnèrent, les réseaux aussi. Une fois la marque abandonnée, une nouvelle société, Gulf Oil International, racheta le nom pour l’exploiter. On trouve ainsi des lubrifiants, huiles et graisses badgées Gulf tandis que la licence a été achetée dans plusieurs pays (Royaume-Uni, Belgique, Suisse, etc) et des stations services continuent de garnir les bords de route.


L’arrivée de la livrée Gulf en sport automobile
Historiquement, Gulf est rompu au marketing mais ça se passe loin des pistes automobiles. Ainsi dans les années 30, le pétrolier, via sa branche aviation, commande un Grumman qui entame un tour d’Europe promotionnel. On sponsorise aussi des Miller, les Gulf-Miller, qui ne brillent pas à Indianapolis mais enlèvent des records de vitesse à Bonneville tandis que la Morman Meteor, basée sur une Duesenbert et équipée d’un V12 Curtiss d’aviation en a déjà enlevé plusieurs les années précédentes.
Au début des années 60, on prend de l’altitude puisque c’est autour du programme spatial américain que Gulf communique, notamment en s’appuyant sur l’énorme réseau de NBC news. Autocollants, maquettes de vaisseaux, livres sont offerts et la marque est particulièrement active en 1969 au moment de l’alunissage d’Apollo 11. Cependant, cette année a une autre signification pour les fans de sport automobile.
Les débuts avec John Wyer
Petit retour en arrière. En 1966, Grady Davis, vice-président de la Gulf Oil rencontre John Wyer. L’homme était le « team principal » d’Aston Martin quand la marque anglaise remporte Le Mans en 1959 avec un certain Shelby au volant. Le même Shelby qui s’est vu réattribuer le programme GT40 après des débuts calamiteux sous le commandement de… Wyer. Davis s’achète une Ford GT40, une voiture qu’il utilise sur la route mais qui court aussi avec Dick Thompson et des autocollants Gulf.
Associé à Ickx sur les plus grandes courses du début 1967 (Daytona et Sebring) et supervisé par la structure de John Wyer et John Wolment, le J. W. Automotive Engineering, la voiture fait 6e à Daytona. Pour le reste de la saison, les couleurs Gulf se verront surtout sur les Mirage M1, des dérivés de la GT40 engagées par JWAE avec des performances encourageantes (victoire à Spa et 4e place au championnat).


Ford quitte le championnat après la victoire de la MkIV en 1967. Les MkII et MkIV n’ont d’ailleurs pas été assez produites pour continuer à rouler dans un championnat qui veut faire la part belle aux protos 3 litres. Mais la Ford GT40 MkI est toujours homologuée, en sport puisque son 289ci fait moins de 5 litres. Le JWAE s’engage, avec les couleurs Gulf et remporte les 24h du Mans 1968 avant de remporter le titre. Même si les Mirage se développent, ce sont encore les GT40 bleu et orange qui brillent aux 24h du Mans 1969.
Le programme Mirage stoppe en 1970 mais le JWAE est passé chez Porsche et n’a pas changé de couleurs. Les 917 « courtes » remportent Daytona puis c’est une 908 aux mêmes couleurs qui gagne la Targa Florio mais Le Mans ne voit pas la victoire des 917 Gulf, pourtant favorites, mais des 917 soeurs de Piëch.



Ces 24h ont pourtant un goût particulier grâce à la présence de Solar Production. Le film « Le Mans » est en partie mis dans la boîte pendant la course puis pendant plusieurs semaines sur place. C’est bien une des 917 de John Wyer que conduit le héros, Michael Delaney, campé par Steve McQueen. Le film ne sort qu’un an plus tard, en 1971, mais fait une belle pub au pétrolier.




Par ailleurs, l’année 1971 n’apporte toujours pas de succès (réel) au Mans pour Gulf. Les Porsche 917 interdites à partir de 1972, John Wyer redevient constructeur, toujours soutenu par Gulf. Ses Mirage ne brillent pas, jusqu’en 1975 (après le retrait de Matra) quand la GR8 de Ickx et Bell remporte à nouveau les 24h du Mans. L’équipe s’arrêt juste après… mais ce n’est pas la fin de la présence de Gulf en championnat.


McLaren et Gulf, une histoire qui dure !
McLaren fonde sa propre écurie en 1963. Il ne faut pas la limiter à la F1 puisque le constructeur court aussi en CanAm, série américaine qui permet d’asseoir l’image sur le marché national du pétrolier. Le partenariat est conclu en 1968 et durera jusqu’en 1974.
Dans la « catégorie reine », on en est encore aux tous débuts de McLaren et le partenariat continue même après le décès de Bruce McLaren. Gulf sera ainsi associé à 7 victoires et aux titres constructeur et pilotes (Fittipaldi) de 1974.







Néanmoins, ce partenariat reste anecdotique face aux victoires américaines en CanAm. McLaren s’adjuge les titres 1968, 1969, 1970 et 1971… avant que les 917 modifiées, exclues du Championnat du Monde des voitures de sport, ne débarquent. Au total ce sont 35 courses, dont 20 doublés qui sont accrochés par les McLaren M6 puis M8 à moteur Chevrolet.


La fin de ce premier partenariat n’est pas la fin de l’histoire. En 1995, McLaren revient en endurance avec sa mythique McLaren F1. Durant trois saisons, ces supercars de course vont remporter 9 victoires et le titre en Global GT avec Ray Bellm et James Weaver.


Un nouveau partenariat est créé en 2020. C’est un partenariat global qui permet aux voitures de route de recevoir la livrée Gulf (une fois le chèque fait à MSO) mais aussi aux F1 de porter de nouveau les couleurs du pétrolier. Dans la catégorie reine, c’est en 2021 qu’on voit les logos revenir. Mieux, à Monaco, les monoplaces et les combinaisons sont au couleur du pétrolier… et Norris et Ricciardo terminent sur le podium !



On a aussi vu…
Les couleurs Gulf ont aussi été apposées sur des aventures plus discrètes mais aussi lors de très grosses compétitions.
Ainsi, il n’y a pas que McLaren qui porte les couleurs de Gulf en F1 en 1969. Brabham est également soutenu et va même se classer 2e du championnat en engageant Brabham, Ickx et Gurney. C’est le pilote Belge qui s’en tire le mieux avec deux « triplés » (pôle, meilleur tour et victoire) sur le Nürburgring puis à Mosport (Canada).


En 1994, avant que Gulf ne renoue avec McLaren, le pétrolier renoue avec Derek Bell. Le pilote veut égaler son ancien compère Ickx au niveau des victoires mancelles. Le britannique courra sur une Kremer K8, une voiture qui est en fait une Porsche 962 améliorée et transformée en barquette. Manque de chance, c’est une Dauer-Porsche 962, la version « de route » qui remporte la victoire, la Kremer arrivant 6e.

Dans les années 2000, Gulf reprend des couleurs. Le retour au Mans se fait avec une Audi R8 en 2001, celle du pilote Stefan Johansson. Si cette voiture abandonne, elle s’adjuge les deux titres en ELMS.

C’est dans la catégorie inférieure que s’engage ensuite le pétrolier en soutenant le Paul Belmondo Racing qui engage des Courage en LMP2. Trois podiums, dont un au Mans, sont réalisés en 2005 tandis que les pilotes terminent 3e du championnat. Le partenariat s’étend d’ailleurs au Dakar où l’ex-pilote de F1 est engagé sur Nissan. En 2007, Gulf est toujours en LMP2, sur la carrosserie des Zytek de l’équipe Barazi-Epsilon.
L’année 2008 voit l’ouverture d’une nouvelle belle histoire. Cette fois on parle de GT. Aston Martin Racing arbore les fameuses couleurs et remporte le GT1 aux 24h du Mans. Les protos DBR 1-2 qui s’engagent en 2009 remportent deux victoires et les titres équipe, constructeur et pilote en fin de saison ! La saison 2010 verra moins de succès.
À partir de 2011, l’écurie Gulf AMR Middle East voit le jour via les gentlemen drivers Mike Wainwright et Roald Goethe. Ce dernier est le fondateur de la collection Rofgo dont on parlera plus bas. Cette écurie s’engage en WEC de 2012 à 2016 avec plusieurs belles victoires en GTE Pro. L’écurie quittera Aston Martin par la suite pour passer chez Porsche.



Gulf de nos jours
L’écurie est toujours présente sur les pistes. Depuis 2023, c’est Williams qui porte les couleurs de Gulf en F1 avec des livrées spéciales qui font réagir.


Évidemment, les couleurs parlent aux fans de mécaniques anciennes. Des voitures (et pas que des voitures) de route se sont parées des couleurs mythiques tandis les couleurs se posent sur des lignes de vêtements et d’accessoires surfant sur la gloire de McQueen et du film Le Mans.


Surtout, les voitures Gulf sont souvent visibles lors des courses historiques. Roald Goethe et la collection Rofgo en sont de parfaits exemples (même si ce ne sont pas les plus visibles). Leur pilote Stuart Hall est ainsi régulièrement au volant de divers machines. La collection pourrait même être labellisée « Musée Gulf » puisqu’elle comprend de nombreuses autos vues plus haut. La liste complète :
- La Porsche 917 031/026 récemment vue dans le Lubéron (2e au Mans en 1971)
- La Porsche 908/3 n°12
- Une Porsche 911 2.7 Carrera RS
- La Ford GT40 P1084, devenue Mirage M1 et devenue GT40
- L’Aston Martin DBR9/8
- L’Aston Martin Vantage GT2 009
- L’Aston Martin DBR 1-2 B09-62
- L’Aston Martin Vantage GTE 009
- L’Aston Martin AMR-One de 2011
- La Tyrrell 007 de 1974, engagée par Alessandro Pesenti-Rossi en 1976 aux couleurs Gulf
- La Lamborghini Gallardo GT3 de 2010
- La McLaren M8B de 1970
- La McLaren M8D de 1970
- La McLaren M20 de 1970
- La McLaren F1 M14 de 1970
- La McLaren F1 M16 de 1972
- La McLaren F1 M23 de 1973, souvent vue en courses historiques
- La McLaren F1 GTR Short Tail de 1996 (15R)
- La Mirage M1 de 1967
- La Mirage M2 de 1969
- La monoplace Mirage M5 de 1970
- La Mirage M6 Coupé de 1973
- La Kremer K8 de 1994
- La Brabham BT25 d’Indycar de 1968
- La Brabham BT26 de F1 de 1969
- La Howmet TX de 1968
- Une Ralt F3 de 1983
- Une Mercedes AMG GT3
- Une BMW S1000RR Superstock !
Le tout est agrémenté d’un transporteur Mercedes-Benz utilisé à l’époque par le JWAE.





En tout cas, que ce soit en courses historiques ou à la télé lors des Grand Prix, on n’a pas fini de voir les couleurs Gulf sur des voitures de course.
Photos Complémentaires : Gulf Oil, Porsche AG, Collection Rofgo, Dave Friedman – The Henry Ford Collection























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