Quand il s’agit de parler de V8 américain on pense forcément aux Ford Mustang, Pontiac Firebird ou autre Dodge Challenger. Il y a une marque toutefois, qui dans les années 60 était elle aussi douée dans le développement de gros V8 badass : Oldsmobile. Et à cette époque quand on laissait champ libre à certains ingénieurs, des choses incongrues se passaient. C’est ainsi qu’en 1965, la marque a présenté la traction, quasi-innovation locale, la plus puissante du monde : c’est la Oldsmobile Toronado. On l’approche, mais surtout, on l’essaye.
En bref :
– Son physique ou son moteur suffisent à classer la Toronado parmi les américaines musclées mais sans se douter de la subtilité qu’apporte sa mécanique.
– Si la traction n’était pas une architecture totalement nouvelle aux USA quand est sortie cette auto, elle n’était que peu employée et jamais avec un tel moteur.
– La traction ne suffit pas à métamorphoser une auto et la Toronado est également très américaine dans sa conduite.
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Notre Oldsmobile Toronado du jour
Plus de 5.30 mètres de long, deux de large et cet immense capot, la Toronado est tout simplement inratable sur nos routes françaises. Son look typique des années 60, son gabarit et surtout son V8 font que la Toronado s’insère parfaitement dans une ère où les voitures américaines jouent sur l’avalanche de détails originaux, de chromes et où des dimensions imposantes (vu de chez nous en tout cas).

Mais avant d’en arriver là, il faut comprendre la genèse de cette voiture. Dès 1958, les ingénieurs de la firme américaine planchaient au développement d’une traction. Cette architecture faisait son petit bonhomme de chemin en Europe et commençait à se démocratiser quel que soit le niveau de gamme. Oldsmobile décide alors de développer cela sur une future voiture de « taille moyenne » destinée aux villes et surtout en étant en avance technologique sur sa concurrence.
Le problème, c’est qu’à cette époque l’architecture traction est complexe et donc coûteuse. L’idée de développer une voiture destinée à tous qui couterait assez peu cher est alors vite abandonnée et la première traction de chez Oldsmobile, sera une voiture de grand luxe.



La Toronado connait d’ailleurs un certains succès commercial, dès sa sortie plus de 40.000 unités seront produites, signe que la voiture plaît. Elle remporte d’ailleurs le prix de voiture de l’année 1966 aux Etats-Unis et la troisième place en Europe, plutôt surprenant mais preuve de sa qualité de fabrication. Toutefois Oldsmobile commet une erreur en acceptant de partager son châssis avec la future Cadillac Eldorado, et dès lors, l’année 1967 voit les ventes de la Toronado baisser, seuls 21.000 exemplaires seront vendus.
Les années suivantes les ventes remonteront un peu et ce sont entre 23 et 26 000 Toronado qui seront vendues de 1968 à 1970. Les designs évolueront un peu amenant des lignes plus arrondies avant de revenir sur un style plus tendu, laissant les phares apparents. Mais notre version du jour elle est bien du premier millésime.



Côté design, la voiture reprend les grands traits du moment, un coupé deux places très profilé, une face avant tout en angles avec des feux escamotables, et un ligne arrière fuyant. Elle ne ressemble toutefois à aucune autre et est reconnaissable au premier coup d’œil. Rien hormis la réputation de ce genre de voiture ne présage qu’un V8 de plus de 300 chevaux se cache sous le capot… en entraînant les roues avant.
Et c’est justement la partie mécanique qui est intéressante sur cette voiture. Si, oui, l’extérieur a été réfléchi, a connu différentes propositions et est issu d’un concours interne au sein du studio de design, c’est la partie mécanique qui fait tout le charme atypique de la Toronado.



Sous le capot : la démesure !
On commence à avoir l’habitude chez News d’Anciennes, quant on essaie une américaine, c’est un bon gros V8 qu’on retrouve sous le capot. Et la Toronado n’y réchappe pas, ce qui devait être une petite voiture se retrouve finalement équipé d’un V8 « Super Rocket » atmosphérique de 7 litres de cylindrée.
En soit ce n’est pas si inhabituel pour les américaines, ce qui change sur la Toronado c’est son architecture. Parce qu’il s’agit ici ni plus, ni moins que de la traction la plus puissante jamais produite. Avec près de 385 chevaux à sa sortie aucune autre traction ne pouvait rivaliser

Résultat, sous le capot c’est une véritable usine à gaz. Eh oui faire rentrer un énorme bloc moteur couplé à une grosse boite automatique et ajouter l’ensemble des composants de la traction ce n’est pas le plus facile. Pour faire tout rentrer les ingénieurs de chez Oldsmobile ont décidé de séparer la boite automatique en deux. A la sortie du vilebrequin on retrouve le convertisseur de couple et la puissance est ensuite transmise aux rapports de vitesse et différentiel cachés sous les cylindres gauches par le biais d’une chaîne située à l’arrière du moteur et qui fût complexe à développer.
Pour le reste, les carburateurs, collecteurs d’échappements et d’admission sont revus et redessinés afin de réussir à rentrer dans la baie moteur. Parce qu’en plus de l’ensemble moteur-boite il faut intégrer les suspensions. C’est un ensemble barre de torsion et barre anti-roulis renforcées qui s’occupe d’amortir la voiture, une solution peu commune aux USA mais qui permet de tout caser dans l’espace déjà bien occupé. Enfin le différentiel lui est glissé sous le moteur et le tour est joué.


À l’arrière, il y a donc moins de difficultés, l’essieu est rigide mais la suspension à lames est tout de même supportée par quatre amortisseurs, de quoi bien amortir notre américaine. D’ailleurs, et de façon assez étonnante avec le poids sur le train avant, l’équilibre des masses est correct avec 54% du poids à l’avant et 46 à l’arrière.
Pour ce qui est des performances, les premières versions abattent le 0 à 100 en à peine 9 secondes pour une vitesse de pointe de plus de 210 km/h et les versions à partir de 1968 équipées du V8 montant à 7.5L de cylindrées l’abattent en 8.5 secondes. Des chiffres plutôt corrects pour une voiture de 2.1 tonnes toujours emmenée par une boite 3 rapports automatique.
Toutefois pour ce qui est d’arrêter la voiture, au moment de l’achat il devait être conseillé de croire en une divinité. Peut importe laquelle mais au moins une, puisque Oldsmobile ne proposait d’origine que des freins à tambours, sur une voiture de deux tonnes et capable de dépasser les 200 km/h. Heureusement, des freins à disque à l’avant, en option à partir de 1968 existaient permettant de freiner plus efficacement.


L’intérieur ? Typiquement américain
À bord, on retrouve l’ambiance typiquement américaine, malgré sa forme de coupé deux portes, les passagers, qu’ils soient sur la banquette avant ou arrière, ont plus de place qu’il n’en faut. À la sortie de la voiture deux versions existaient, notre version du jour dite standard mais déjà bien équipée avec banquette avant trois places, horloge électrique, intérieur cuir ou encore essuies glaces deux vitesses. La version Deluxe, elle, était équipée des sièges baquet avec un accoudoir central et du chrome à différents endroits.



Derrière le volant on retrouve trois compteurs, juste ce qu’il faut. La jauge d’essence (qui descend plutôt vite), celle de température et le compteur qui n’est pas un classique cadran à aiguilles mais un rouleau.
Le reste de la voiture est de bonne qualité, les finitions sont faites de cuir et d’aluminium, on ne retrouve quasiment pas de plastique. Un autoradio ainsi que le chauffage et la climatisation viennent compléter l’ensemble de l’habitacle, des équipements courants sur ce genre de voitures américaines.



Bien évidemment la Toronado n’échappe pas à ce confort presque princier en offrant des assises confortables façon canapé de salon accompagné d’une place plus que correcte que ce soit au niveau des jambes ou de l’espace à bord. Il faut bien justifier ces plus 5 mètres de long autrement qu’avec l’énorme bloc moteur.
Il est temps désormais de tester ces assises royales et de prendre en main la traction la plus puissante de son époque !


Au volant de la Oldsmobile Toronado
L’installation à bord est ce qu’il y a de plus courant dans une de ses grandes américaines. On abaisse le siège pour laisser entrer les passagers, puis on se glisse à bord en passant bien les jambes sous le grand volant. Comme souvent, on s’enfonce dans les imposants sièges matelassé, un régal pour les longs trajets.

À la vue de la consommation digne des plus grands navires marchands, le voyage peut vite devenir un casse tête sur de longues distance, on se limitera à moins afin de profiter du V8 et de ses vocalisent. En parlant de moteur, il est temps de démarrer la Toronado.
On insère la clef et c’est parti, le V8 7 litres « Super Rocket » s’anime dans une vocalise plutôt timide pour ce qui est du son de l’échappement. Puisque sous le capot, l’énorme cylindrée, elle, se fait entendre. Comme toujours c’est un doux ronronnement qui s’amuse à faire trembler la voiture de son inertie, promettant un couple plus que suffisant pour déplacer les plus de deux tonnes de la Toronado.
Assez parlé, il est temps de voir ce que font 385 chevaux sur les roues avant ! On enclenche la boite automatique et c’est parti. Il faut déjà sortir la voiture de son emplacement et avec un capot de plus d’1m50 de long, mieux vaut ne pas se précipiter. On quitte les lieux doucement, sur le couple et comme d’habitude sur ce genre de voitures, on ne ressent pas de secousses, et la direction démultipliée est tout aussi délicate.


Quittons les chemins et direction la route, là la Toronado est impressionnante et occupe une grande partie de l’asphalte, premier croisement, il est temps de freiner, et de comprendre qu’il va falloir anticiper les phases de freinage. En effet, les freins à tambours sur une voiture aussi lourde, ce n’est pas ce qu’il y a de plus performant.
Profitons toutefois du fait que la route soit dégagée pour voir ce que la voiture a sous le capot. Allez, le moteur est en température et l’espace libre, on appuie, étonnamment la puissance passe au sol, pas de patinage et ce malgré le couple et la puissance effarante, la Toronado accélère. Comme la Thunderbird, on ne sent pas vraiment l’effet de vitesse, mais quant on met les yeux sur le compteur, celui-ci affiche très vite la vitesse réglementaire.
Après cette accélération étonnante, il est temps d’aborder la série de virage qui se profile, ill faut bien ralentir la Toronado, puis l’engager. Au premier abord, la suspension plutôt molle n’offre pas une réelle sensation de sportivité et de confiance. On ajoute à cela une direction top démultipliée qui ne transmet pas d’informations et on se retrouve avec un immense flou directionnel. Mais étonnamment et c’est ce qui avait surpris la presse de l’époque, malgré le poids et la puissance la voiture n’a pas un caractère trop sous-vireur. Nous n’irions pas dire qu’elle se comporte comme ses consœurs propulsion mais son comportement est surprenant.


Oldsmobile a réussi et ce malgré une fiche technique compliqué à faire de sa Toronado une voiture complète et qui ne décide pas de vous envoyer dans le fossé au premier virage. Après cet essai un peu dynamique, on comprend vite que la Toronado n’est pas vraiment une voiture sportive.
Direction donc le village voisin pour remettre un peu de carburant. Les dos d’ânes et autres aspérités de notre réseau s’approchent et cette fois pas d’inquiétude. La suspension absorbe sans la moindre difficulté les dommages de la route épargnant les occupants de la Toronado et nous offrant un trajet digne d’Aladin sur son tapis volant.
Seul la douce sonorité du V8 vient se faire entendre en fond, ici pas de craquement ou de bruit de plastique, tout est à sa place et malgré l’âge, ça ne bouge pas. Arrivé dans le centre du village, il faut toutefois se méfier de la longueur et la largeur de la voiture au moment de s’engager dans les ruelles, toutefois entre les murs le V8 résonne et les enfants, eux, arborent un large sourire.

Certains passants lèvent le pouce tandis que d’autres se demandent ce qu’est cet engin roulant non identifié aux dimensions imposantes. Mais ce qui est sûr c’est que la Toronado plaît et chacun la regarde avec une certaine sympathie.
Après avoir remis un peu d’essence direction la route retour avec toujours autant de regards différents, entre sympathie et questionnement sur le fait que quatre jeunes soient à bord d’une si imposante voiture quasiment inconnue chez nous. Et c’est après ces réactions en tout genre que je me rend compte de ce que représente ces américaines.

Au final la recette est simple, des amis, de la place à bord et un gros V8 que l’on couple à une météo digne de Californie et il suffit de profiter de la voiture, de son confort. Elle est là la liberté qu’offre ces voitures, se déplacer dans le plus grand des conforts avec de la place et quand il le faut la puissance nécessaire pour dépasser un des ces camions qui traversent le pays.
Conclusion
La Toronado, c’est un de ces projets un peu fou qui a vu le jour à une époque où les limites n’étaient pas celles d’aujourd’hui. Les ingénieurs de l’époque souhaitaient la traction la plus puissante jamais produite, ils l’ont eu et l’ont encore !
C’est au final réussi, à la conduite on ne ressent même pas la différence, au moment seulement de quelques fortes accélérations les roues avant peuvent patiner, mais c’est tout. Bien évidemment, la conception complexe et couteuse donnera raison aux propulsions et la majeure partie des américaines resteront avec cette classique architecture.
Mais la Toronado a prouvé que l’on pouvait combiner un monstrueux V8 et une architecture traction tout cela en gardant l’esprit de liberté américain et un look toujours aussi impressionnant qui fait retourner quelques têtes !
| Les plus de la Oldsmobile Toronado | Les moins de la Oldsmobile Toronado |
|---|---|
| Son look | Le gabarit |
| Un V8 purement américain | Absence de sportivité |
| Son architecture atypique | La consommation |







| Fiche technique | Oldsmobile Toronado |
| Années | 1965 |
| Mécanique | |
| Architecture | V8 Super Rocket refroidi par eau |
| Cylindrée | 6 965 cm³ (425 ci) |
| Alimentation | Carburateur quadruple corps Rochester Quadrajet |
| Soupapes | 16 |
| Puissance Max | 385 ch à 4 800 tr/min |
| Couple Max | 644 Nm à 3 200 tr/min |
| Boîte de Vitesse | Automatique 3 rapports |
| Transmission | Traction |
| Châssis | |
| Poisition Moteur | Longitudinal avant |
| Freinage | Tambours assistés aux 4 roues (disques avant en option) |
| Voies | AV 1 613 mm / AR 1 600 mm |
| Empattement | 3 023 mm |
| Dimensions L x l x h | 5360 x 1990 x 1340 mm |
| Poids (relevé) | 2100 kg |
| Performances | |
| Vmax Mesurée | 215 km/h |
| 0 à 100 km/h | 7,8s |
| 400m d.a | 15,8s |
| 1000m d.a | 28,5s |
| Poids/Puissance | 5,23 kg/ch |
| Conso Mixte | ± 22 litres / 100km |
| Conso Sportive | ± 35 litres / 100 km |
| Prix | ± 30.000 € |
Rouler en Oldsmobile Toronado
La première chose à savoir, c’est que la station totale du coin sera probablement votre nouveau lieu favori. La consommation qu’elle soit urbaine, extra-urbaine, sportive ou non est tout bonnement énorme (et à plus de 2,5€ le litre, aller chercher le pain devient un luxe). Il est difficile de tomber sous les 20 litres mais facile de monter au dessus des 30, un V8 7L, ça consomme sacrément.
Dans l’ensemble la voiture est fiable, à l’époque GM produisait des pièces surdimensionnées et Oldsmobile n’y a pas échappé. La Toronado malgré son système de transmission coupé en deux HY-VO ou encore son énorme V8 est fiable. Il faut bien évidemment surveiller ce genre d’éléments et il est conseillé d’installer un radiateur plus gros pour refroidir le compartiment moteur qui surchauffe assez vite vu la mécanique qui y est installée. Mais dans l’ensemble il n’y a rien à redire, la Toronado est une voiture robuste.
Il est toutefois compliqué aujourd’hui de trouver des pièces, que ce soit mécanique ou de carrosserie, il faut donc prendre cela en compte lors d’une restauration d’un de ces modèles ou lorsqu’il faut changer une pièce. Mais rouler à bord d’une voiture à la mécanique impressionnante et au look ravageur, peut valoir ce risque !
Si la voiture vous intéresse, elle est à vendre et vous pourrez retrouver l’annonce par ici !
Merci à Michel pour sa confiance à nouveau et de nous avoir permis d’essayer cet ORNI.









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