Les livrées qui ont fait le sport auto, EP2, Martini

Publié le par Arthur Legrand

Les livrées qui ont fait le sport auto, EP2, Martini

Marlboro, Rothmans, Jägermeister : ces noms, dans l’automobile, ne riment pas tant avec des marques de cigarettes ou d’alcool. Dans le monde des sports mécaniques, ces noms font écho à des victoires, des voitures, toute une époque où les voitures étaient reconnaissables au premier coup d’œil. Parmi ces marques, une a touché à toutes les disciplines et est entrée dans la légende : Martini.

En bref :
– Martini, pour les fans d’automobile est passée d’une marque d’alcool à un concepteur de livrées intemporelles
– Les livrées sont devenues iconiques en sports mécaniques, notamment en rallye et en endurance
– Les livrées Martini ne sont pas restées que sur des voitures !

La marque Martini

À l’origine, Martini n’a pas réellement de lien avec l’automobile. Fondée en 1847, ce n’est qu’une petite distillerie de vins et spiritueux de la région du Piémont, en Italie. L’entreprise va au fur et à mesure évoluer et grandir grâce à l’essor notamment du vermouth, un vin fortifié et aromatisé aux plantes amères.

Les fondateurs sont Alessandro Martini, Luigi Rossi et Teofilo Sola. En 1879, à la suite du décès de Sola, l’entreprise sera renommée Martini & Rossi. Pour le moment, aucun lien avec l’automobile : celle-ci en est à peine à ses débuts. Mais très rapidement, la marque va s’exporter et devenir ce qu’on lui connaît, puis à partir de 1930 la famille Rossi prend le contrôle de l’entreprise.

Luigi Rossi va alors faire de Martini une marque typée « lifestyle » dans le but de démocratiser encore plus l’entreprise et d’en faire un empire financier. En 1960, ce sont les petits-enfants de la famille Rossi, dont le comte Metello, qui reprennent l’entreprise. Le comte va décider de faire rayonner le vin italien à l’international et quoi de mieux que d’utiliser le sport automobile, alors en vogue, pour dynamiser la marque et lui donner un côté plus jeune ! C’est chose faite et la naissance de Martini Racing est en route.

De Martini à Martini Racing

En 1968, la FIA accepte que les sponsors ne soient plus forcément en lien avec l’automobile : on assiste alors à l’explosion des sponsors privés. La première livrée fut appliquée sur une Lotus en monoplace, c’est la fin des couleurs nationales et le début des livrées.

Martini fait partie de ces précurseurs : un peu avant 1968 déjà, on a retrouvé le sponsor sur des voitures de course. Ce n’était pas tout à fait une livrée puisqu’en 1963, lors des trois heures de Daytona, deux Alfa Romeo Giulietta SZ avaient Martini en tant que sponsor, mais le sponsoring se limitait à une inscription en lettres blanches sur les carrosseries des italiennes. C’est à partir de 1968 que Martini devient pour la première fois un sponsor titre et qu’une voiture de compétition arbore une livrée aux couleurs de la marque d’alcool.

Cette année-là, le vermouth italien et la compétition automobile se rencontrent pour la première fois. C’est par le biais de trois passionnés de compétition allemands que la première livrée Martini voit le jour : Hans-Dieter Dechent, concessionnaire Opel et pilote, Paul Goppert, responsable des relations publiques et de la publicité chez Martini Allemagne, et Robert Huhn, directeur exécutif de la compagnie aérienne Lufthansa et gentleman driver, se rencontrent.

Tous trois sont passionnés par le sport automobile et l’endurance et courent en duo avec Dechent, jusqu’à ce qu’ils débutent un partenariat en trio. Pour le Grand Prix de Dijon 1968, la Porsche 910 se voit apposer quelques stickers de l’alcoolier par Goppert, en échange d’une combinaison et de quelques équipements de compétition pour Dechent. Le partenariat sera reconduit pour le Grand Prix de Paris quelques jours plus tard.

C’est lors des 1 000 kilomètres du Nürburgring que le trio collabore pour la première fois. Huhn fournit la Porsche 910, qui court déjà depuis quelque temps sous ses couleurs, la Scuderia Lufthansa. Dechent pilotera avec ses compères et Goppert fournit le sponsor pour la première fois. La Porsche 910 sera floquée des couleurs de la compagnie aérienne allemande, mais aussi et surtout des couleurs du vermouth italien. Un accord est signé et un budget de 5 000 Deutsche Marks est alloué aux trois amis qui disputeront la course allemande. Malheureusement, le duo Huhn/Dechent ne verra pas l’arrivée suite à une panne d’essence, mais le Martini Racing venait de naître sur les flancs de cette Porsche 910/023.

Cette première apparition de en compétition n’était pas seulement faite sur la Porsche des trois amis, dans sa volonté de rajeunir son image et d’en faire une marque lifestyle, avait accepté de sponsoriser deux Porsche 906.

Les premières livrées en endurance

En endurance, Martini a surtout collaboré avec deux grands constructeurs : Porsche et Lancia. C’est avec eux que l’histoire des livrées italiennes a marqué des générations de passionnés. Et cette histoire débute le 27 décembre 1970, lorsque l’équipe Martini International Racing Team dévoile les livrées de ses Porsche 917, qui courront en championnat du monde des voitures de sport. L’iconique robe blanche aux bandes bleu foncé, bleu clair et rouge était née.

L’équipe n’était toutefois pas à son coup d’essai puisque l’année 1970 connut un premier succès pour le Martini Racing. Au Mans, l’écurie décroche un superbe doublé au terme des 24 Heures avec une deuxième et une troisième place au général. Leurs Porsche 917 LH et 908/2 terminent la course, mais leur victoire ne réside pas tant dans la position à l’arrivée que dans l’impact que la 917 LH a eu. En effet, la voiture n’a pas remporté la course, pourtant c’est elle que les spectateurs ont retenue.

La raison ? La n°3 était la Porsche courutpar Anatole Lapine, la 917 LH dite « Psychédélique ». Ses ondulations vertes et bleu nuit ont attiré l’attention des spectateurs, et Martini venait de faire son premier coup d’éclat avec une livrée qui traversera le temps et parlera à chaque personne qui s’intéresse à Porsche et son histoire.

Mais revenons à la fin de l’année 1970, où les 917 arborent désormais les couleurs officielles du team. La saison 1971 est lancée et la 917 engagée par Martini brille. Le championnat est remporté par l’équipe italienne, la livrée entre elle aussi dans la légende, et plus particulièrement au cours du mois de juin 1971.

Martini frappe fort à nouveau en engageant la 917 d’usine, mais aussi et surtout en développant une nouvelle livrée qui sera iconique. La fameuse « Pink Pig » prend le départ des 24 Heures du Mans 1971. Cette 917/20 aux formes plus arrondies a reçu les critiques du comte de Rossi, qui refusait qu’elle arbore la nouvelle livrée de l’équipe. Une solution est trouvée à nouveau par Anatole Lapine : la voiture sera engagée tout de même par Martini, mais peinte en rose avec des découpes en pointillés rappelant le nom des différentes pièces du porc en boucherie.

La même année, l’écurie soutenue par l’équipe remportait les 24 Heures du Mans, les 12 Heures de Sebring, le championnat du monde et créait au passage deux des livrées les plus iconiques du sport automobile : le blanc, bleu, rouge et la livrée Pink Pig, qui traversera les générations et s’illustrera en 2016 aux 24 Heures du Mans sur une Porsche à nouveau.

On peut notifier, que l’année 1971 est marquée par les 917 qui dominent les courses mais aussi et surtout par les 908/3 qui aident Porsche et Martini à remporter de nombreuses victoire et podiums. Le blanc pour certaines livrées était parfois remplacé par un fond gris et Martini fût associé à ces deux livrées pour ses voitures.

L’histoire entre les Italiens et les Allemands ne s’est pas arrêtée là, puisqu’à partir de 1973, le moteur 5 L est arrêté et les 917 se retirent des championnats. Mais Martini continue son partenariat avec Porsche et notamment avec les nouvelles 911 Turbo. En 1973, la dernière Targa Florio est remportée par une 911 RSR 3.0 aux couleurs du team italien. L’année d’après, ce sont les 911 RSR Turbo 2.1 qui sont alignées au Mans. Martini, cette fois, garde les bandes de couleurs mais la robe arbore un gris clair, et la Porsche termine deuxième au général.

Entre 1976 et 1977, c’est l’ère des Porsche 935 et 936 : Porsche et Martini font à nouveau association, et non sans succès. La 935 remporte les titres mondiaux 76 et 77 et les 936, elles, s’illustrent au Mans les mêmes années. Le duo Porsche/Martini en endurance fonctionne, et il fonctionne plus que bien.

La dernière année de ce partenariat avec Martini est marquée par une des Porsche les plus mythiques. Porsche dévoile la 935/78 « Moby Dick ». Avec sa forme ultra-allongée et sa vitesse de pointe mesurée à plus de 366 km/h, cette 935 a marqué les esprits et sa livrée est elle aussi entrée dans l’histoire.

Martini, après cela, se retire du partenariat d’usine avec Porsche. On retrouvera officiellement des voitures sous le giron italien quelques années plus tard avec un constructeur cette fois italien : Lancia.

En 1980, Lancia renoue avec la victoire en remportant le championnat du monde des marques avec Martini. La Beta Montecarlo Turbo domine les Porsche 935 privées et l’équipe Lancia/Martini s’impose sur les années 1980-81. La suite logique est la montée en puissance avec une entrée en Groupe C.

Lancia, toujours soutenue par Martini, développe la LC1 : un prototype dépourvu de toit, ultra-léger, d’à peine 700 kilos. Les résultats sont au rendez-vous avec plusieurs podiums. En 1983, c’est l’apparition de la LC2. Face aux Porsche 956 surpuissantes, Lancia n’a d’autre choix que de développer une voiture avec un V8 Ferrari suralimenté. Pendant plus de deux ans, Lancia va s’acharner à développer cette voiture. Elle est rapide et la livrée Martini est souvent aux avant-postes, mais le manque de fiabilité et la surconsommation n’apportent pas les résultats attendus. Martini se retire alors de l’endurance après plusieurs années de réussite et de création de livrées toutes aussi iconiques les unes que les autres.

Un autre terrain de prédilection : les livrées Martini en rallye

Les débuts de Martini en rallye ne se font pas tout à fait directement en Groupe B. En 1978 déjà, les couleurs de la marque étaient sorties de l’endurance pour aller faire un tour en Afrique. Lors du Safari Rallye, Martini avait sponsorisé plusieurs Porsche 911 qui arboraient les célèbres couleurs du vermouth italien.

Mais en rallye, c’est bien avec des Lancia que Martini s’est illustré et est resté gravé dans les mémoires. À commencer par la 037. Aux débuts du Groupe B, Lancia faisait la loi avec sa 037, les couleurs Martini étaient signe de victoire assurée et la publicité pour le fabricant italien était de niveau mondial.

Mais très vite les choses se gâtent : Audi développe sa Quattro et les 037 sont mises à mal. Lancia ne recule pas et, toujours avec l’aide de Martini, qui permet au constructeur italien de débloquer plus de fonds, à l’aube de l’année 1985, la riposte italienne est prête.

Les années 1985 et 1986 voient alors se battre des voitures toujours plus puissantes, dont les nouvelles Lancia Delta S4 floquées du blanc aux bandes colorées Martini. Les voitures retrouvent le devant de la scène jusqu’à l’accident de 1986 sur le Tour de Corse, où une Lancia sponsorisée Martini sort de la route et emporte dans les flammes son pilote et son copilote.

À partir de là, le Groupe B voit sa fin arriver et on pourrait s’inquiéter du sort de Martini, qui voyait à nouveau ses voitures et sa livrée tout remporter. Pourtant, de 1987 à 1992, Lancia connaît ses plus grandes heures de gloire. Le Groupe A voit le jour, Lancia développe sur base de S4 la nouvelle Delta Integrale (ce n’est pas la version rallye mais nous en avons essayé une ici tout de même !) et c’est une réussite.

Martini fait à nouveau partie intégrante du projet : les voitures remportent six titres constructeurs consécutifs, dont quatre titres pilotes. Le record est absolu, les Lancia entrent dans la légende des rallyes et Martini voit sa livrée affichée absolument partout. Désormais, le monde entier connaît la marque italienne.

Mais en rallye, ce n’est pas la fin, puisqu’à partir de 1999, Martini s’associe à Ford et M-Sport pour devenir le sponsor titre des nouvelles Focus WRC. Avec Colin McRae et Carlos Sainz au volant des voitures, l’équipe remporte quelques victoires, mais pas encore au niveau des Lancia. Le coup de publicité est tout de même présent et permet de maintenir les livrées iconiques aux couleurs de la boisson dans le paysage du sport automobile.

Martini dans toutes les disciplines des sports mécaniques

Si la livrée Martini est un incontournable du sport automobile grâce à l’endurance et au rallye, Martini a tout de même touché à toutes les disciplines.

On commence par la Formule 1. En 1972, en parallèle du succès en endurance, Martini souhaite se lancer en F1. Le sponsor s’associe à Tecno et cette fois la livrée est sur fond rouge, avec toujours les bandes qu’on lui connaît. Malheureusement, le succès n’est pas au rendez-vous et entre 1975 et 1977, les livrées italiennes vont se retrouver sur les Brabham. Les BT45 arborent un rouge avec les bandes de couleurs, délaissant la robe blanche, puis les BT44B ont droit au retour de la livrée déjà bien connue sur fond blanc. Les résultats sont déjà plus solides qu’avec l’écurie italienne, mais pas de titre de championnat.

En 1979, Martini s’élance cette fois avec Lotus en espérant plus de succès : la livrée est verte avec les bandes bleu et rouge seulement. Malheureusement, la Lotus 80, qui devait être révolutionnaire, ne l’est pas ; l’écurie ressort la Lotus 79 mais la concurrence a rattrapé son retard. Résultat, l’année de Lotus est un échec, les livrées aux bandes de couleurs ne restent pas très longtemps et le sponsor décide de se tourner vers les disciplines qu’il maîtrise.

Suite à cela, on ne reverra Martini en tant que sponsor titre qu’en 2014, lorsque la marque s’associe à Williams. La nouvelle livrée est dévoilée et les deux marques ont frappé fort. C’est le retour, pour quatre années, de la livrée blanche aux bandes bleu et rouge. Les résultats sont en dents de scie, mais les spectateurs retiennent la voiture grâce à sa livrée et tout ce qu’elle représente : pour l’entreprise, le pari a été gagnant.

En sport automobile, on retrouve brièvement Martini sur les flancs des Alfa Romeo 155 V6 Ti en DTM, avec à nouveau la livrée sur fond blanc pour les saisons 1995 et 1996.

Dans un autre domaine, Martini a massivement été sponsor en course d’offshore. Cette discipline, moins connue, repose sur des courses de bateaux propulsés par de monstrueux V8 et a longtemps été un terrain de jeu pour le sponsor, qui y remporte de nombreux titres de champion du monde. Cette offensive dans le monde marin provient du comte de Rossi, passionné par le monde nautique, qui pilotait parfois lui-même ces protos offshore. Bien évidemment, ces bateaux arboraient la mythique livrée blanche, reconnaissable même au milieu des mers.

La marque s’est également illustré en aviation avec le Martini Aerobatic Team. Des avions de voltige étaient floqués aux couleurs du sponsor, laissant dans le ciel les couleurs de Martini. On pouvait voir évoluer la patrouille dans les années 70-80 lors de départs de courses, qu’elles soient automobiles ou navales. Une preuve de plus que la livrée Martini touchait tous les niveaux des sports mécaniques.

En quelques années, Martini a su s’imposer comme un des sponsors les plus importants du sport automobile et a surtout réussi à créer parmi les livrées les plus iconiques. De la livrée blanche à bandes bleu et rouge à la Pink Pig en passant par la Psychédélique, la marque de vermouth a réussi un pari compliqué : créer une livrée qui traverse les époques et qui, encore aujourd’hui, est associée au sport automobile et à la victoire.

Arthur Legrand

https://www.carsandpaddocks.fr/

Arthur est un photographe passionné d'automobile. Il a rejoint l'équipe News d'Anciennes en tout début d'année 2025 et a contribué à de très nombreux articles dès sa première année.

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