Pour tout passionné, apercevoir une Porsche 917 est déjà un moment rare : ces voitures se croisent surtout dans les musées ou lors d’événements, en nombre limité et souvent derrière des barrières de protection. Alors quand l’occasion se présente d’admirer une dizaine de Porsche 917, 908 ou 910 réunies au même endroit, impossible de laisser passer ça. On vous emmène à l’exposition Global Reunion, organisée chez Mathieu Lustrerie.
En bref :
– L’exposition était ouverte depuis le 10 Juillet et jusqu’à ce Lundi 10 Août. Si vous l’avez ratée, on vous emmène.
– Les Porsche 917 exposées sont des monstres sacrés de la course et certaines étaient exposées lors de Le Mans Classic avant le début de cette exposition.
– Les 917 n’étaient pas seules dans le Lubéron, d’autres superbes autos étaient également de la partie.
Au programme de l’exposition :
L’exposition temporaire
Gargas, dans le Luberon : ce village de Provence ne vous dit probablement rien, pourtant le bourg accueille une bâtisse du XIXe siècle qui abrite la Lustrerie Mathieu. Fondée par Henri Mathieu en 1948 à Marseille, cette entreprise familiale, les Ateliers Mathieu Lustrerie, est spécialisée dans l’art de la lumière. Passionné d’histoire de l’art, Régis Mathieu a acquis une collection de 600 lustres, allant du XVe siècle à nos jours.


Outre les lustres, notre hôte est aussi un collectionneur passionné de la marque de Stuttgart qu’on peut voir lors de divers événements allant des concours d’élégance locaux au Tour Auto. Et c’est ça qui nous intéresse !



La lustrerie avait déjà été le lieu d’une exposition consacrée à la Porsche 911 et ses dérivées il y a un peu plus de trois ans. Cette année, en prolongement du Mans Classic Legend, la Global 917 Reunion établissait ses quartiers dans le sud de la France pour les 55 ans de ce monument du sport automobile qu’est la Porsche 917.
On ne vous présentera pas le modèle à nouveau, surtout que Jacques vous l’a fait dans ce super article disponible ici.
Avant la 917
L’exposition met en lumière la Porsche 917, mais pas seulement. Le modèle n’est pas né aussi facilement et, avant elle, il y a eu de nombreux essais pour aller chercher des victoires prestigieuses. L’exposition est faite de façon à ce que l’on s’en souvienne. On est accueilli en haut du bâtiment avec une vue sur une grande partie de la lustrerie et… les Porsche.
Pour commencer, la genèse de la 917 remonte aux débuts de Porsche en compétition. Si les 356 et autres 550 se sont déjà illustrées, Porsche souhaitait développer un modèle plus spécifique. On commence donc par la Porsche 904 GTS. Le modèle exposé ici (904-063) a couru aux Coupes de Paris en 1964 et aux 500 kilomètres de Spa l’année suivante.



Juste devant elle, son évolution directe était présente. Dans un parfait état et surtout matching numbers, cette Porsche 906 de 1966 a couru au Japon au Fuji Speedway en 1967 et s’est hissée à la septième place du classement général. Elle se retrouve aujourd’hui dans le Luberon pour cette exposition.



On continue de descendre et on tombe sur un modèle unique. Une Porsche 907 qui fut la première équipée du flat-8 de 2 200 cc développant 270 chevaux, et qui surtout fut la seule 907 transformée par l’usine Porsche en 907 LH (Lang Heck ou queue longue).



De la même année, on retrouve juste devant une 910-08 avec cette fois un flat-6 de 235 chevaux. Enfin, la descente se termine par la présence d’une 908 LH. Sortie de l’usine en 1969, elle est engagée la même année aux 24 Heures de Daytona et a participé à la saison d’endurance 1970 avec, entre autres, Gérard Larrousse, Helmut Marko, Willy Kauhsen comme pilotes.
Par la suite, la voiture aurait participé à la Targa Florio et a couru en course de côte entre 1972 et 1974 pour courir une dernière fois aux 24 Heures du Mans 1975, pilotée par Christian Poirot, Guillermo Ortega et Gérard Cuynet.





Les 917 présentes
Arrivé en bas, il est temps d’entrer dans le vif du programme et de découvrir les modèles phares de l’exposition : les nombreuses Porsche 917 et leurs variantes !
Il n’y a pas à dire, la pièce centrale est impressionnante : lors de notre venue, on retrouve près de huit Porsche 917 avec quelques variantes du modèle de base. En plus des voitures, on retrouve une exposition de différentes affiches en lien avec la voiture et quelques modèles miniatures, de quoi agrémenter l’exposition, embellie par les différents lustres surplombant les voitures.




Parmi les différentes 917, on retrouve la 917-008 : si la voiture a débuté sa vie en version queue longue, en 1969, elle a couru au Mans mais doit abandonner à la 18e heure sur problème de boîte de vitesses. Après cela, elle est ramenée à l’usine et sert de base au premier châssis Kurzheck (queue courte). Elle va par la suite servir de châssis de réserve pour le team Gulf avant d’être démontée par l’usine en 1971. Elle sera reconstruite quelques années plus tard.



De la même façon, on retrouve une autre 917 LH convertie en 917 K, la 917-029/014 : le châssis de réserve 917-029, construit en 1970, a été utilisé en 1971 pour moderniser le châssis 917-014, qui, selon une pratique courante à l’époque, a repris l’identité du 917-014 pour des questions administratives. Le moteur en 1970 a été porté à 4900cm³ et a couru dans différentes épreuves, notamment en Amérique, avant de monter à 5000cm³ à partir de mai 1970 pour courir en Europe. Le châssis a souvent accroché des podiums au long de sa carrière et court aujourd’hui en courses historiques.



Parmi les autres 917 aux couleurs Gulf, on retrouve la 031/026. Initialement connue sous le numéro de châssis 917-026, elle participe aux 24 Heures du Mans 1970 sous les couleurs du John Wyer Gulf, avec à son volant David Hobbs et Mike Hailwood. Gravement accidentée durant la course, elle fut « reconstruite » par l’usine : sa reconstruction a consisté à intervertir la carrosserie et le châssis avec ceux du 917-026.
En 1971, elle prendra la deuxième place au Mans, pilotée par Richard « Dickie » Attwood et Herbert Müller, toujours sous les couleurs du John Wyer Automotive Engineering Ltd. Sa vie compétitive sera complète : elle courra notamment en Interseries avant d’être remise dans sa configuration de 1971, que l’on peut aujourd’hui admirer.



Parmi les voitures qui roulent aujourd’hui, on peut compter la 917-033. Initialement voiture de réserve pour John Wyer Automotive Engineering Ltd pour les saisons 1970-1971, celle-ci a été convertie en Spyder Interserie probablement en 1972, mais elle ne participera à aucune course dans sa carrière.
Aujourd’hui, la voiture a été restaurée dans sa version originale et fait le bonheur de son propriétaire, qui n’hésite pas à la faire rouler puisqu’on la retrouve régulièrement dans les événements Peter Auto !



Entre ces différentes 917 K trônait, au milieu de la pièce, la 917 LH la plus reconnaissable : il s’agissait de la 917 de chez Martini dite « Psychédélique ». Construite en 1970 en collaboration avec la société française SERA (Société d’Études et de Réalisations), cette Lang Heck à la carrosserie aérodynamique a été engagée aux 24 Heures du Mans 1970 par le Martini Racing pour Gérard Larrousse et Willi Kauhsen, avec cette livrée « Hippie »/« Psychédélique ». Elle est considérée comme la première Art Car vue en course.



Ce ne sont pas ses résultats qui ont retenu l’attention du public, malgré une deuxième place aux 24 Heures du Mans 1970, mais bien sa livrée iconique qui a su traverser le temps et qu’on a retrouvée en 2020 aux 10 000 Tours ainsi qu’au Mans Classic cette année.



L’exposition Global Reunion proposait aussi une 917 Spyder à l’histoire tumultueuse. Celle-ci ayant été déplacée au cours de l’exposition, nous ne l’avons pas immortalisé à l’arrêt mais bel et bien en piste !



Née 917-015 en 1969 et victorieuse des 24 Heures de Daytona 1970 en version K aux couleurs Gulf de John Wyer, avec Pedro Rodriguez, Leo Kinnunen et Brian Redman à son volant, la voiture durant l’intersaison sera entretenue par John Wyer. La maintenance du châssis 917-015 sera faite avec le châssis de réserve 917-035, auquel il attribuera, pour des questions administratives, le numéro 917-015. Pour être plus clair : le châssis 917-035 est devenu 917-015.



Au rang des Spyder, l’exposition comptait une impressionnante version Can-Am de la 917. La Porsche 917-10, construite en 1971 en configuration Interserie/Can-Am à partir de composants techniques du châssis 917-043, était initialement équipée d’un moteur de 5000cm³ atmosphérique, mais sera ultérieurement équipée d’un 5000cm³ turbo. Elle courra sous les couleurs Porsche-Audi en Can-Am avec de nombreux podiums. En 1972, elle est ramenée en Interseries en Europe, où elle ne quittera jamais les deux premières places, hors accidents.



Enfin, on retrouvait une des seules 917 road legal. Ce châssis de 1971 a été « échangé » par Porsche au Martini Racing pour remplacer le châssis magnésium 917-053, vainqueur des 24 Heures du Mans 1971. Elle ne participa qu’à une seule épreuve, les 1000 km de Zeltweg 1971, aux mains de Gérard Larrousse et Helmut Marko, qu’elle ne terminera pas. Restituée à Porsche, elle restera stockée jusqu’en 1974, date à laquelle elle fut reconditionnée en version routière pour le comte Gregorio Rossi di Montelera, propriétaire de Martini.
Si la 917 est déjà rare, cette version routière est une licorne parmi les exemplaires et se retrouve souvent sous le feu des projecteurs lorsque ses roues s’élancent sur les routes publiques.





Enfin, il y avait une autre 917 LH, enfin, à peu près, puisque celle-ci n’est pas vraiment une voiture, mais l’étude de la première carrosserie LH de Porsche pour son projet 917, telle que nous la verrons lors de la présentation aux officiels. Vous connaissez la suite, nous venons de vous la présenter !



Conclusion
Que dire de cette exposition ? Cela valait-il le coup de faire 800 kilomètres aller-retour pour la voir ? Nous sommes d’accord à la rédaction pour vous répondre par la positive !
Le cadre de cette exposition est véritablement unique : pas de rubalise pour cacher les prises de vue, un simple marquage au sol « ne pas franchir la ligne » et du personnel souriant pour vous rappeler à l’ordre le cas échéant, des lustres centenaires pour assurer l’éclairage et des modèles tout simplement uniques dans un seul et même endroit.
Bien sûr, on pourra toujours objecter que toutes les variantes n’étaient pas représentées, comme la 917-20-001 ou une 917-30, sans évoquer la 917 K81 des frères Kremer. Mais déjà voir ces modèles aussi mythiques dans un lieu les mettant en valeur, n’est-ce pas déjà unique ?
L’exposition n’étant pas la porte d’à côté, il est temps de quitter ces lieux remplis de magie, de passion et d’histoire, les yeux remplis d’étoiles et de Porsche !
À vous retrouver pour de prochaines aventures et on vous laisse avec quelques photos histoire de profiter encore un peu !























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