Essai d’une Citroën DSpécial, les saveurs de DS, le raffinement en moins

Publié le par Benjamin

Essai d’une Citroën DSpécial, les saveurs de DS, le raffinement en moins

Cette année, ça ne vous aura pas échappé, c’est la DS qui est fêtée dans nombre d’événements. Par extension on fête toute la famille et des autos comme notre Citroën DSpécial du jour se retrouvent aussi sous le feu des projecteurs. La DSpécial… n’est pourtant pas une DS Spécial. En fait, sa lignée est celle des petites sœurs, les ID. On va donc vous expliquer tout cela en détail avant de se mettre au volant pour savoir si la DSpécial a de la DS en elle… ou pas. C’est parti.
Version refondue et enrichie de l’article du 9 Septembre 2019

Notre DSpécial du jour

Le design de la DS

Le design de base de la Citroën DS, signé Flaminio Bertoni est un chef d’œuvre que beaucoup lui envient. De loin, on reconnait facilement une DS tant cette voiture est devenue mythique et est entrée dans l’esprit des français. Pourtant, notre voiture du jour n’est pas 100% Bertoni. La DSpécial remplace l’ID19 en 1970 (quand l’ID20 devient la DSuper). Nous sommes donc après 1967 (millésime 68 pour les pointilleux) et la DS comme l’ID a été revue avec ce nouvel avant aux phares carénés. Ce style là, qui n’est qu’une mis à jour finalement, est signé par l’équipe de Robert Opron.

Ce nouvel avant est finalement le plus connu pour les DS. Certains pourraient croire que les DS et ID l’ont toujours eu et pourtant elles ne l’ont affiché que pendant 8 ans quand les phares ronds ont duré 12 ans ! En tout cas, les formes ne laissent aucun doute, notre DSpécial est bien apparentée à la DS.

L’avant de la DSpécial est plutôt massif. Le capot est très long et plongeant, c’est une grosse pièce de tôle mais il n’abrite pas que le moteur, il y a largement assez de place pour loger bien d’autres choses, on y reviendra. Côté pare-brise, beaucoup de courbes se rejoignent mais de façon très fluide.

Les grands yeux de la DSpécial sont évidemment quelque chose de remarqué. Les fameux phares carénés sont définitivement plus modernes que les feux ronds. « En plus ils tournent » diront certains, mais il fallait encore que la voiture soit dotée de la direction assistée… donc ce n’est pas si automatique que ça ! Avec leur arrivée, les ailes se sont « empattées », elles sont plus larges et moins dessinées. Ce qui n’a pas changé, c’est cette impression qu’il n’y a pas de calandre. Mais comme sur les premières DS, c’est par la jupe avant, simple, que l’air arrive au moteur, bien plus que par la petite fente située entre le pare-chocs et la moustache qui termine le capot.

Les changements arrivés en 1967 sur la ligne de la DS sont bien moins visibles sur le profil de la voiture. Du coup, si on se replace en 1955, au moment où la DS a été révélée, effectivement elle mettait une sacrée claque stylistique à tout ce qui existait. Les concurrentes de l’époque ? Une Simca Vedette, une Peugeot 403 ou une Renault Frégate. Ce n’est pas une autre monde, c’est une autre dimension.

On retrouve donc un habitacle assez haut au-dessus de la ligne de caisse avec un pavillon de plus en plus plongeant quand on regarde vers l’arrière. Caractéristique de la DS et donc encore de notre DSpécial, la roue arrière est partiellement cachée. Enfin, est-ce qu’on peut parler d’un tri-corps quand on voit notre auto du jour ? Certes, ce n’est pas un hayon, mais le coffre est tellement intégré à la courbure du pavillon qu’il ne s’en distingue pas.

Dernier point : le porte-à-faux avant est plus long que l’arrière. Souvent, la ligne s’en trouve déséquilibrée. Sur la chevronnée, ça donne juste l’impression qu’elle est prête à bondir !

On arrive donc à cet arrière. La DSpécial ne s’annonce pas par un quelconque monogramme (sur notre voiture du jour), il faudra chercher pour savoir de quoi modèle on parle. On retrouve toutes les caractéristiques de la DS ici, y compris sa signature lumineuse très étonnante entre petits catadioptres au bout du semblant d’ailes arrières, les feux serrés autour de la plaque et les clignotants dans leurs « cornets » qui épousent la ligne du toit.

Le tout est très fin. Et oui, autre point que la DS n’a pas changé au cours de sa carrière : la voie arrière est restée 20cm plus étroite que la voie avant.

Ce qu’on a oublié ? Comment reconnaître une DSpécial ! Alors ce n’est pas évident puisque la « Gamme D » qui intègre les DSpécial et DSuper dans la même famille que les DS après 1970 joue l’uniformisation. C’est encore plus le cas avec notre auto qui adopte la finition Administration. Le noir est alors étendu de la caisse au toit en passant par les panneaux de custodes lisses. Les cornets de clignotants sont passés au chromé… autant de spécificités de la DSpécial qui s’envolent.

On retrouve cependant deux petites différences avec une DS : les enjoliveurs qui n’occupent toujours que le centre de la roue tandis que les chevrons sur le coffre sont bien argentés et pas dorés comme sur les DS.

Un intérieur bien doté !

En ouvrant une des portes de notre DSpécial, on se retrouve dans un intérieur plutôt accueillant. En tout cas, même si ce n’est pas une DS mais une DSpécial, rien ne fait cheap là-dedans. L’uniformisation dont on vous parlait plus haut, arrivée en 1970, fait que notre « petite-soeur » adopte le tableau de bord de la grande. Pour autant, niveau équipement, ce n’est pas bizance.

On pourrait se dire que notre DSpécial de 1972 aurait gagné à être choisie en finition administration. Et bien non, cette finition n’avait rien du Palace (vous l’avez ?). On retrouve bien les trois compteurs ronds avec diverses indications à fauche, un tachymètre-odomètre et un compte-tours à droite. À défaut de console centrale, c’est la planche de bord qui se barde de boutons en tous genres.

Les panneaux de porte sont ceux des DS Confort d’avant mais le cuir n’est pas du tout au programme. Par contre, l’intérieur en tissu Grenat est une trouvaille car il n’est mentionné dans aucun nuancier (même pas la ref des refs dont on s’est servi pour cet article).

Enfin, c’est une auto de la famille DS. Et il faut donc regarder du côté des commandes… avant d’embarquer. Côté levier de vitesse, ça se passe à droite du volant. Et puisque c’est une DSpécial, cela veut dire qu’on retrouve un embrayage classique. D’ailleurs, les pédales sont 4. Celle tout à gauche, c’est le frein de stationnement. Celle de droite, c’est bien l’accélérateur. Le frein ? Et bien ce n’est pas un champignon mais une pédale très classique.

On ajoutera enfin la présence de deux manettes sur la gauche. La première sert à bloquer ou débloquer le frein de stationnement tandis que l’autre, c’est celle qui permet de choisir la hauteur de caisse.

Technique : ça se complique

Si la DSpécial ne se distingue pas énormément d’une DS dans son style, elle le fait un peu plus dans sa technique. Et encore, on peut vraiment dire qu’elle le fait « un peu » mais offre tout de même un des arguments de vente principaux. Oui, les sphères sont de la partie. Oui, la DSpécial peut bénéficier du grand confort de sa suspension et de sa hauteur de caisse invariable. Mais pour l’actionner, le moteur n’est pas vraiment celui de la DS.

Si la forme a peu changée, les motorisations de la DS ont bien varié. On récapitule ? Le moteur D est dérivé du moteur de la Traction ! D’abord il a été utilisé avec 1911cm³, d’où le DS19 et le ID19, la différence venant alors du fait que la grande DS avait un carburateur double-corps (et donc des chevaux en plus).

Ensuite sont arrivés d’autres moteurs et la DS a reçu un 2,1 et 2,3 litres. Les DSpécial et DSuper (mais pas la DSuper 5) se sont contentés du 2 litres, 1985cm³. Ce qui difficile à vraiment comprendre c’est que ce moteur, malgré sa cylindrée, a équipé les ID19… et ID20, celles qui deviendront les DSpécial et DSuper et qui conservaient des puissances et couples différent, sans changer de carbu ! Tout ça pour dire que notre auto du jour est équipée du moteur 1985cm³ qui sortait 98ch dans cette configuration.

On vous l’a dit, la transmission se faisait avec une boîte à 4 vitesses, manuelle, et entrainait les roues avant. Les freins ? Disques à l’avant et tambours à l’arrière, normalement suffisant pour arrêter une bête que ses dimensions rendent forcément assez lourde.

On note enfin que cet énorme pièce qu’est le capot de la DS permet de loger beaucoup de monde. Batterie et réservoir de LHM, c’est assez logique. Par contre, la roue de secours placée non pas au-dessus du moteur comme dans certaines autres Citroën mais devant le radiateur, là c’est original.

Une question de nom

Première chose : comment ça se prononce. Non, ce n’est pas une « Déesse-pécial » mais bien une « Déspécial ». Ainsi, le nom de la DS est bien inscrit mais on ne l’entend pas, subtil.

Ensuite, Spécial, chez certains constructeurs (Alfa Romeo, beaucoup d’anglais), ça veut dire que c’est une auto particulière, sur la base d’une auto commune. Chez Citroën… pas vraiment. La DSpécial c’est comme la 2CV ou la GS, c’est la DS d’entrée de gamme. Notez que ce n’est plus une ID, mais que c’est toujours le même placement !

Au volant de la Citroën DSpécial

Allez, j’ouvre la grande porte et je prends place. Les sièges, d’origine et jamais changés, sont très moelleux. Rien à voir avec les planches de bois qu’on retrouve dans les berlines premium actuelles. S’enfoncer dedans, c’était ça le luxe il y a 50 ans. La clé de contact est à gauche (c’est certainement pour un démarrage type « Le Mans ») et le moteur se met en branle avec un bon coup de pied droit.

Rappel important : une DSpécial (ou une DS hein, on généralise) qui démarre au quart de tour pour une course poursuite hollywoodienne, c’est vraiment dans un film. Parce qu’en vérité, il faut patienter jusqu’à ce que la voiture ait atteint sa position de route. Sur la notre, il ne faut pas attendre trop longtemps mais quand le système de sphère est fatigué, ça peut tarder. Je tire ensuite sur la manette puis je la repousse vers l’avant en la tournant et j’ai libéré le frein de stationnement.

Première, en ramenant le levier vers moi avant de le diriger vers le haut, point de patinage classique avec le pied gauche… maintenant, c’est bien parti !

Les premiers tours de roue se font en ville. La voiture prend à peine de la vitesse, je passe la seconde et me voilà déjà à un stop. La classique appréhension arrive. Est-ce que je vais arriver à m’arrêter ? Non, pas celle-là puisque généralement ça marche très bien sur une DS. Non, la question est : est-ce que je vais éviter d’envoyer tout le monde dans le pare-brise ? Oui, la DSpécial n’a pas de champignon pour freiner mais une pédale assez classique. Pour autant, le dosage est typique et ce n’est pas sur ce premier freinage que je vais réussir à faire un arrêt doux. On va ressayer plus loin.

Première mise (pas du premier coup, j’avoue) et les autres vitesses arrivent facilement. Le moteur est assez coupleux pour qu’on évolue sur un filet de gaz. La majeure partie des rues sont avalées en troisième mais un coup de seconde ne fait pas de mal pour relancer. Relancer jusqu’à la terreur des cités de notre époque : le ralentisseur. Sauf qu’on a la carte Joker avec des Chevrons, du LHM et des sphères. Pour une première, je prends soin de ralentir mais le ralentisseur est avalé sans (trop) secouer. Quelques centaines de mètres plus loin et avec cette expérience enregistrée, le second passe bien plus fort sans qu’on ne bouge pour autant (ok, ils étaient presque aux normes ceux-ci).

On sort de cet enchainement de ville et de villages pour arriver face à une belle montée. On vous l’a dit, la DSpécial n’a pas le moteur d’une DS. Malgré tout, elle a 98ch… mais ce sont des SAE. En vérité, la puissance est plutôt autour des 90ch, une puissance confortable pour l’époque mais qu’il faut ramener au poids de notre grosse routière. Résultat : oui, ça monte, non ça ne ralentit pas mais pour la relance faudra repasser.

Au bout de la montée, ça tourne. Sur notre élan, on avale le virage et, sans surprise et en étant fidèle à sa réputation, la DSpécial enroule sans sourciller. Dire que la voiture vire à plat est exagéré mais en tout cas ça n’a rien à voir avec l’autre bout de la gamme aux chevrons (oui je parle de la deuche).

Nous voilà lancés. Je peux pinailler sur la puissance, les 80km/h réglementaires sont atteints sans forcer une seconde. La route est assez large mais elle n’est pas parfaite. Et bien vous savez quoi ? On s’en moque. L’impression de tapis volant est complète. Les suspensions magico-pneumatiques absorbent tout et le moelleux des sièges est toujours là. Le moteur n’a pas trop d’efforts à fournir et tient sa vitesse sans nous casser les oreilles, même fenêtres ouvertes (c’est une DSpécial, oubliez la clim’). Allez, on pinaille encore un peu en regrettant de gros débattements du levier de vitesse qui freinent un peu le dynamisme en courbe. Mais notre auto du jour n’est pas une sportive, donc ce n’est pas si important.

Sur les départementales et nationales, la DSpécial est à l’aise. Mais si on passait à la vitesse supérieure ? Voilà qu’une rocade s’offre à nous. L’accélération est bonne et les 110 sont accrochés plutôt sereinement, en tout cas sans créer de bouchon. Bon, on s’est fait un peu distancé par la voiture de devant mais en poussant un peu la 3e (ou avec un moteur de DS), ça aurait pu le faire. Par contre, la différence sonore est grande avec les 80 km/h et vous pourrez chercher la 5e pendant longtemps, il fallait monter en gamme avec la DSuper 5 pour y voir droit (oui, elle n’a pas pioché ce nom à la loterie).

Je profite des kilomètre sui défilent pour jeter quelques coups d’œil au tableau de bord et y trouve le détail qui tue autant qu’il rassure. Au centre du compteur de vitesse, un anneau bouge et il est écrit dessus « distance d’arrêt sur sol sec ». À 110, il me faudra 150m pour m’arrêter. Là-dessus, pas de doute, on est à bord d’une voiture ancienne.

En tout cas les bornes ont effectivement défilé. La DSpécial n’a pas souffert une seconde et nous non plus. Nous voilà de retour au point de départ.

Conclusion

Non, ce n’est pas une DS. Oui, la reine de la route a quand même conservé quelques avantages par rapport aux DSpécial et DSuper au moment de les intégrer à sa gamme. Le dynamisme n’est pas le même mais la petite différence de confort, franchement, elle est si ténue qu’on l’oublie vite. Surtout, avec sa suspension la DSpécial est au-dessus de nombreuses concurrentes de son époque (et là on parle des années 70).

C’est donc une bonne routière, prête à faire des bornes et elle a des petits avantages : elle ressemble à une DS, on l’appelle DS… mais elle n’en a pas le prix. De nos jours c’est un énorme avantage même !

Les + de la Citroën DSpécialLes – de la Citroën DSpécial
Une DS dans l’œil de beaucoupCe n’est pas une DS
Un prix encore convenableManquent quelques chevaux et la 5e
Très très confortableMode d’emploi requis
Les notes de la Citroën DSpécial
Fiche techniqueCitroën DSpécial
Années1970-1975
Mécanique
Architecture4 cylindres en ligne
Cylindrée1985 cm³
AlimentationCarburateur Simple Corps
Soupapes8
Puissance Max98ch à 5500 trs/min
Couple Max149Nm à 3500 trs/min
Boîte de VitesseManuelle 4 rapports
TransmissionTraction
Châssis
Position MoteurLongitudinale Avant
FreinageDisques AV et Tambours AR
VoiesAV 1516 mm / AR 1316 mm
Empattement3125 mm
Dimensions L x l x h4874 x 1803 x 1470 mm
Poids (relevé)1400 kg
Performances
Vmax Mesurée160 km/h
0 à 100 km/h±14s
400m d.a±19s
1000m d.a±35s
Poids/Puissance14,1 kg/ch
Conso Mixte±7 litres / 100km
Conso Sportive±12 litres / 100 km
Prix± 25.000 €

Rouler en Citroën DSpécial

La cote de notre voiture du jour est donc une bonne surprise. Seulement, entre l’article d’origine en 2019 et cette refonte complète, la cote a explosé. Attention cependant : la proportion de voitures d’origine et de voitures restaurées était alors différente et ça jouait forcément sur la cote globale.

En 2019, on trouvait des DSpécial et DSuper sous les 15.000€ et c’était déjà une bonne affaire par rapport aux DS. Depuis, les DS ont monté et sont encore plus chères, mais les deux modèles qui nous intéressent sont montées encore plus ! La raison : les DS ont atteint leur maximum tandis que certains pensent qu’il y a encore de la marge avec nos descendantes d’ID. Le résultat : vous trouverez des DSpécial sous les 20.000€ mais beaucoup de voitures sont restaurées et tournent autour des 25.000€ !

Pour l’achat, on surveillera évidemment la rouille. Le moteur posera normalement aucun soucis s’il a été correctement entretenu car il est robuste. Au pire, les pièces se trouvent assez facilement. Le point noir viendra évidemment du système oléo-pneumatique. Tout doit fonctionner parfaitement, surtout quand on débourse plus de 20.000€. Vérifiez simplement en combien de temps la voiture redescend lorsque vous coupez le moteur et vous saurez si le système est fatigué. Si c’est le cas, passez par une réfection complète et confiez là à un vrai spécialiste, vous découvrirez une autre voiture !

Un énorme merci à Clémentine pour cet essai très sympathique.

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

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