Il est des noms qui ramènent à quelques souvenirs mais guère plus. En France, c’est le cas pour Ginetta. Allez, on peut y associer l’image classique de l’artisan anglais avec des voitures sportives et légères, aux petits moteurs et aux assemblages parfois limites. Sauf que la Ginetta G33 qu’on nous propose à l’essai est différente. Déjà parce qu’elle n’est pas carrée comme les autres productions de la marque de l’époque… et puis parce que ce n’est pas vraiment un petit moteur qu’on retrouve sous le capot. Il va falloir découvrir tout ça !
Notre Ginetta G33 du jour
Une chose est sûre, notre anglaise ne cache pas son jeu. Avec sa couleur, on la voit de loin, on y reviendra. Et puis avec sa forme, on la remarque. Oh, pas tout de suite quand elle placée sur un parking entre deux voitures « normales », parce qu’on ne la voit pas ! Par contre, quand elle est toute seule devant l’objectif, on jauge vite la voiture originale, très originale.
La forme ne laisse aucune place au doute. La Ginetta G33 est une voiture prévue pour la perf, sans compromis, avec une carrosserie (polyester et fibre de verre) prévue pour habiller la mécanique et la faire pénétrer au mieux dans l’air, plus que pour en faire un vrai canon de beauté. Par contre, difficile de la situer chronologiquement et c’est assez normal. Les lignes sont directement héritées de la G4 révélée en 1961 et reprises dans les années 80 par la G27 dont la G33 est une grosse évolution.

Les rondeurs typiques des années 60 sont bien visibles sur l’avant. La petite bouche qui fait office de calandre n’a pas été agrandie pour faire respirer le V8. Autour, pas de fioritures, pas de lame en bas, pas de pare-chocs, juste de minuscules clignotants situés juste en dessous des phares pop-up qui changent tout à l’aspect de l’auto lorsqu’on les ouvre. Ces détails là pourraient faire penser à une Mazda MX-5 NA mais notre Ginetta G33 est encore plus ronde.
Surtout, les ailes sont bien dessinées, rebondies, elles montrent les muscles. Le capot en rajoute niveau muscle puisque celui de la G27 a quand même récupéré une entrée d’air en plein milieu, il en fallait bien une.





Le profil de la Ginetta G33 est intéressant. Il permet de voir que les roues avant sont vraiment tout à l’avant. La séparation entre le capot et l’habitacle est bien visible, tout comme l’ouverture de porte. Niveau ajustement des panneaux, on voit bien que c’est une voiture artisanale.
L’habitacle s’ouvre derrière un pare-brise très incliné. Sa forme est très particulière, en forme de trapèze, et permet de différencier une Ginetta G33 d’une G27 dont les coins sont carrés. L’arrière de l’auto est haut avec une aile arrière pas franchement située au-dessus du passage de roue mais particulièrement musclée et les appuie-tête dépassent à peine. Le tout se termine en un fuseau très fin.



Vue de l’arrière, la Ginetta G33 fait très massive et haute. Le coffre se résume à une malle placée à plat entre les ailes arrières, décidemment musculeuses et derrière les appuie-tête. Les feux sont issus de la grande série, la plaque paraît énorme mais moins que le gros panneau qui descend vers le bas. Vue la taille du panneau de carrosserie, mieux vaut ne pas se rater dans les manœuvres. On notera enfin deux feux situés tout en bas, la petite flèche indiquant l’anneau de remorquage et une petite lame dont on se demande si elle une quelconque influence sur l’aérodynamisme.
Dernier mot concernant la couleur de notre Ginetta G33 du jour, les fameuses couleurs Gulf, elles ne sont évidemment pas d’origines. Néanmoins, chacun ses goûts en matière de peinture auto et ça ne fait que renforcer le côté vintage d’une voiture qui ne date finalement que des années 90.



Technique : bases sûres
Si on vous parle de V8 anglais, on n’a pas eu besoin de vous faire un dessin, vous avez deviné qu’on parle du « Buick » récupéré par Rover. Par contre, oubliez le 3,5 litres d’origine. Ici c’est son évolution qui est utilisée, le 3.9 (c’est marqué dessus), le moteur qui remplace le 3,5 litres sous les capots des Land Rover (et des TVR) dans les années 90.

Entre les deux générations de moteur, on a gardé la course de 71mm mais on est passé sur un alésage de 94mm. Si TVR en sortait jusque 240ch, sur la Ginetta G33 on va utiliser une version plus sage avec 205ch en plus des 298Nm de couple. Des chiffres qui peuvent paraître faibles pour un V8 mais qui sont plus conséquents que les 145ch de la G27. Ce n’est pas le premier V8 utilisé par Ginetta mais, contrairement au 289ci Ford notamment, le fait que ce moteur soit en alliage est un plus, il se « limite » à 170kg.
Le poids est évidemment important quand on parle de ce genre de voiture. La Ginetta G33 possède un châssis tubulaire en acier, emprunté à la G27 mais élargi pour loger le V8. Les trains roulants montrent bien qu’on parle d’une voiture dont les racines, même si elles sont anciennes, sont celles de la compétition. On retrouve donc des doubles triangles à l’avant comme à l’arrière, ressorts hélicoïdaux réglables et amortisseurs à gaz avec des barres anti-roulis. Les freins sont ventilés et sont inboard à l’arrière et plus classiques à l’avant.
Avec tout ça, la Ginetta G33 accuse moins d’une tonne sur la balance, les pleins faits, et affiche des performances intéressantes avec 5,5s pour accrocher les 100km/h et 222 km/h en pointe. Des chiffres énormes et potentiellement terrifiants une fois le volant en main.



Intérieur : faut bien économiser quelque part !
L’industrie automobile anglaise est fabuleuse. Elle est capable de réaliser des intérieurs superbes et luxueux sur certaines autos… et des intérieurs on ne peu plus dépouillés sur les voitures plus artisanales et sportives. Forcément, la Ginetta G33 est à ranger dans la deuxième catégorie.

La seule touche de luxe ? Le bois du pommeau de levier de vitesse, frappé du logo Ginetta. Cet habitacle est noir et étriqué. La raison est assez simple : les seuils de porte sont larges pour garder un minimum de rigidité. Le volant est évidemment placé à droite et il n’est pas rond histoire de ne pas gêner le conducteur. Derrière on retrouve une instrumentation plutôt complète avec jauge de carburant, compte-tours, pression d’huile et température d’eau, tachymètre en mph et témoin de charge.
Comme les compteurs, les commandes de la console centrale sont fixées sur des platines revêtues de carbone (pas d’origine évidemment). Ces commandes, comme les commodos, sont en bon plastique noir et proviennent de la grande série. La sellerie ? Les sièges ont l’air épais comme du papier à cigarette et l’appui-tête est collé à la carrosserie ! La seule concession au confort viendra des petites plaques en plexi fixées en haut des portières.
En tout cas, c’est spartiate, sans fioritures et ça inspire avant d’aller d’installer à bord.



Au volant de la Ginetta G33
L’installation n’est pas des plus simples malgré le fait qu’il n’y ait pas de toit. La porte est large mais une bonne part est située sous le pare-brise et même avec la forme du volant, il faut viser pour bien s’installer. On met les pieds sur le plancher, entre siège et volant et on essaye de se tenir autour de l’appui-tête avant de se laisser glisser. Fermer la portière n’est pas forcément très facile, la faute à l’assemblage de notre barquette du jour, mais une fois que c’est fait, on est prêts.
Le V8 démarre avec un coup d’accélérateur. Oui, il fait du bruit mais on a connu des voitures autrement plus démonstratives. La Ginetta G33 laisse à son look le soin de faire la première impression. Première et c’est parti.
On commence par conduire notre voiture en ville. Ce n’est clairement pas son terrain de jeu favori mais c’est un passage obligé et elle ne s’y montre pas plus désagréable qu’une autre. La garde au sol n’est pas ridiculement basse et les suspensions ne sont pas réglées pour le circuit, ça permet d’aborder sereinement les ralentisseurs. Même si on est assis bas, la tête est au niveau du haut du pare-brise et on voit plutôt bien les alentours et les autres voitures. La boîte est bien adaptée et le V8 coupleux, les changement de rapport sont assez rares. Bref, la ville n’est pas une torture.

Heureusement on finit par en sortir. C’est une belle montée qui nous attend. Sans trop de surprise, pas besoin de se cracher dans les mains pour l’escalader. Pas besoin non plus de tomber un rapport, le couple du V8 permet de relancer et d’accélérer. En fait, il faut vraiment surveiller le compteur pour éviter de dépasser les limitations de vitesse, le tout sans appuyer sur la pédale ou presque.
On continue sur notre lancée. La Ginetta G33 n’est pas une routière dans sa définition mais n’est pas mal à l’aise au moment d’avaler les bornes. Il faut juste faire attention à son couvre-chef. Le pare-brise bas lui offre une prise au vent qui pourrait le faire s’envoler. Par contre l’air ne rentre pas trop dans l’habitacle, pas besoin de filet anti remous, l’arrière haut suffit. Cela permet de discuter sereinement, calé en 4e ou en 5e avec un petit feulement du V8 pour nous bercer tandis que l’anglaise ne subit pas trop la route et que les aspérités de la route ne sont pas de vrais obstacles.



C’est bien beau tout ça mais la Ginetta G33 nous a fait de belles promesses avec sa fiche technique. Alors c’est bien d’avaler les bornes sur une large départementales, c’est toujours utile, mais ce n’est pas vraiment ce qu’on voulait faire. Alors quand une route paraît plus viroleuse, en sortie de ville, on passe la seconde.
Ce n’est pas une image, on tombe vraiment un rapport et on appuie sur l’accélérateur, franchement. Le couple tord les arbres et la Ginetta G33 détale. La mise en vitesse est vraiment impressionnante et l’anglaise la joue dragster. On se concentre mais elle ne louvoie pas dans l’effort. Le V8 ne monte pas si haut dans les tours mais commence enfin à se faire présent. Sans être « italiennes » ses vocalises accompagnent bien l’accélération. Alors on met la troisième assez vite… mais on roule alors carrément vite ! Il faut calmer mais les virages vont s’en charger.
En fait, les premières courbes sont bien larges et calmer le jeu n’est vraiment pas utile. Après avoir été prudent dans les premières courbes, on se rend vite compte que ça passe « à fond » en tout cas en étant proche des limites de vitesse. Quand ça resserre, et bien ça passe toujours très fort. La légèreté de la Ginetta G33 est un vrai atout et elle vire, évidemment, à plat. C’est d’autant plus remarquable qu’on a réussi à préserver le confort. Direction et freinage sont au diapason. Les relances sont bonnes et les enchainements se font en troisième, le couple n’imposant pas franchement de tomber un rapport à moins de vouloir absolument signer un chrono.



Notre barquette est vive, amusante. Si le V8 sait se montrer discret, il se réveille quand on a besoin de lui, à la fois côté muscle et côté sono. Si certains peuvent lui reprocher de ne proposer « que » 200ch, le rapport poids/puissance est bon mais c’est surtout son couple qui marque les esprits. Dans une voiture si légère, il permet une vivacité réelle.
Allez, encore quelques kilomètres et un retour en ville qui n’est toujours pas désagréable. La petite anglaise rentre au garage, en attendant la prochaine balade. Tant que le soleil est là, c’est une monture de choix en été.
Conclusion
Avec son physique atypique, la Ginetta G33 est marquante, c’est certain. On s’attendait à une voiture sportive et dynamique, de ce côté on n’a pas été déçus. Quasiment irréprochable dans les enchaînements de virage et dans les accélérations, en tout cas sur route car en mode full attaque elle peut apparemment se montrer piégeuse. En tout cas, ce qu’on n’aurait pas pu deviner, c’est qu’elle ne soit pas si radicale sur la route. Ce n’est pas une pure voyageuse mais elle ne se montre pas désagréable dans la circulation du quotidien.
Un vrai bon point qui la démarque de la concurrence. Si certains la comparent à une Cobra moderne, il lui manque quand même de la « violence » mécanique mais on comprend le cheminement philosophique. En tout cas, on peut aisément la comparer à une Morgan Plus 8 et à quelques TVR de la même époque… et utilisant le même moteur !
| Les plus la Ginetta G33 | Les moins la Ginetta G33 |
|---|---|
| Ses performances pures | La taille de l’habitacle |
| Son dynamisme | Son manque d’image |
| Son compromis perfs/confort | Sa fabrication artisanale |
| Bon rapport prix/perfs |






| Fiche technique | Ginetta G33 |
| Années | 1991-1992 |
| Mécanique | |
| Architecture | 8 cylindres en V |
| Cylindrée | 3947 cm³ |
| Alimentation | Injection Multipoints |
| Soupapes | 16 |
| Puissance Max | 205 ch à 5280 trs/min |
| Couple Max | 298 Nm à 3500 trs/min |
| Boîte de Vitesse | Manuelle 5 rapports |
| Transmission | Propulsion |
| Châssis | |
| Position Moteur | Longitudinale centrale |
| Freinage | Disques Ventilés AV et AR |
| Voies | AV 1382 mm / AR 1387 mm |
| Empattement | 2230 mm |
| Dimensions L x l x h | 3830 x 1620 x 1040 mm |
| Poids (relevé) | 950 kg |
| Performances | |
| Vmax Mesurée | 222 km/h |
| 0 à 100 km/h | 5,5s |
| 400m d.a | 14,0s |
| 1000m d.a | 25,8s |
| Poids/Puissance | 4,6 kg/ch |
| Conso Mixte | ± 12 litres / 100km |
| Conso Sportive | ± 20 litres / 100 km |
| Prix | ± 20.000 € |
Rouler en Ginetta G33
La Ginetta G33 a eu une toute petite période de production : entre 1991 et 1993. Elle fut proposée en voiture finie mais aussi en kit car. Sur la fin, elle fut proposée avec des feux classiques (empruntés à Mazda) et un 2 litres Cosworth… mais la société était en mauvaise posture. Les moules furent vendus et servirent à créer la G34, en Suède, avec un moteur Volvo. En tout cas, cela a joué sur le nombre de voitures produites et on estime qu’elles furent une centaine… mais pas plus.
De fait, cela joue grandement sur l’offre. Les Ginetta G33 disponibles à la vente sont bien rares. Heureusement, cela ne joue pas sur le prix et vous pourrez en trouver une autour des 20.000€ ! Notez aussi que la voiture a connu de petites améliorations durant sa carrière et qu’au final, il sera difficile d’en trouver deux identiques… il ne faudra pas être trop regardant sur la configuration.
Ce qu’il faut surveiller ? Le châssis acier n’a pas été galvanisé sur toutes les voitures, certaines se contentant d’une peinture noire. Donc il faut surveiller la corrosion. Si une partie des pièces mécaniques viennent de la Ford Sierra (Cosworth pour certains éléments), il faut surveiller également les joints au niveau des suspensions ainsi que les roulements qui n’apprécient pas forcément les jantes Fondmetal et leur déport important. Etonnamment pour une voiture si artisanale, le circuit électrique ne semble pas poser spécialement de problème. Enfin, il faut signaler que le moteur V8 et la boîte, qui proviennent tous deux de Land Rover sont réputés increvables.
Un grand merci à Bruno pour avoir permis cet essai, rapide mais intense.







Régis V
De temps en temps un article sur une auto rare (sous toutes latitudes vu le nombre produit), ce qui ajoute un peu de découverte par contraste à celles que l’on connaît plus. Bravo à Benjamin qui exploite une large palette au gré de ses rencontres et qui nous renseigne sur des détails que le plus passionné des passionnés (de la chose automobile) n’est pas certain de connaître, tellement la masse d’informations est sans fond.
J’ai côtoyé quelques propriétaires et même pilotes de Ginetta au travers des décennies, et cette lecture complète ma culture, d’autant plus que ce genre de « jouets » me stimule plus l’intellect que les « rouloirs » du quotidien.
· · 21 juillet 2025 à 21 h 48 min
Bernard Royer
Bonjour je suis possesseur d une ginetta G33 et je souhaiterais être mis en contact avec le le propriétaire de cette ginetta du reportage
Pour pouvoir échanger sur cette très jolie voiture
Cdlt
Bernard
· · 4 octobre 2025 à 8 h 30 min