Essai d’une Honda CRX Del Sol, changement de philosophie

Publié le par Arthur Legrand

Essai d’une Honda CRX Del Sol, changement de philosophie

Des courbes arrondies, deux places et pas de toit : pour cette troisième génération de CRX, Honda change de philosophie. La CRX passe d’un petit coupé à un cabriolet deux places ; pourtant, sous cette robe moins tendue, la mécanique est bien celle de la Civic. Alors, que nous offre cette troisième génération ?

En bref :
– Elle est la concurrente de la MX5
– Elle tranche avec la CRX originale mais reste très sympathique
– Le toit en dur escamotable offre un plus

Notre Honda CRX Del Sol du jour

Jusqu’en 1993, la CRX est un petit coupé japonais qui reprend une bonne partie des éléments de la Civic. La voiture est compacte, avec deux sièges à l’arrière, et a une vocation typée sportive. Mais au début des années 90, Honda décide de revoir sa stratégie et la CRX devient la CRX Del Sol.

Terminée la vocation sportive : Honda vient chasser sur les terres de la MX5, mais dans une autre philosophie. La Mazda est un cabriolet deux places, propulsion, à l’allure sportive. La réponse de Honda : la CRX Del Sol.

Notre version fait partie des derniers modèles produits et de la série 25e anniversaire. Pour fêter les 25 ans de la marque en France, Honda avait présenté ce modèle avec plusieurs options, comme la couleur spécifique. En tout cas, côté design, on garde le trait de la CRX Del Sol, rien ne change du côté du design.

Avec à peine plus de quatre mètres de long, le gabarit est contenu. On retrouve un design très fluide avec une face avant très arrondie, tout en courbes. Les deux phares centraux viennent donner un look un peu plus sportif à la voiture, cassant un côté qui aurait pu être un peu trop rond et qui aurait probablement moins bien vieilli.

La ligne continue de façon harmonieuse à remonter vers le toit. Et là où les designers ont réussi à garder une voiture homogène, c’est dans la façon d’amener la ligne du coffre. La voiture n’étant qu’un cabriolet deux places, derrière les sièges se trouve une vitre verticale ; pourtant, quand on la regarde de profil, la CRX Del Sol garde une ligne tout en finesse, tout en courbes. On remarque une arche qui entoure le centre de la voiture et descend jusqu’au becquet.

Cette grande arche permet, en plus de garder un design épuré qui ne casse pas ses lignes, de rigidifier le châssis et surtout de protéger les occupants en cas de tonneau. La partie arrière, elle, est composée de ce grand coffre abritant le toit quand celui-ci est rangé. Si sur certaines versions le toit est électrique (avec une cinématique impressionnante que vous pouvez voir ici), lorsque celui-ci est manuel, il se range dans le coffre.

Là où les designers ont réussi un superbe tour de passe-passe, c’est dans la ligne de la voiture, qui n’est pas dénaturée qu’elle soit avec ou sans le toit. Là où sa rivale MX5 devait se targuer d’un hard-top ou d’une capote en toile venant changer l’aspect de la voiture, la CRX Del Sol, elle, ne voit qu’une infime partie de sa carrosserie apparaître ou disparaître.

Le reste de la voiture est quant à lui très japonais. Un design épuré, rien d’ostentatoire : on est réellement sur un petit roadster discret qui n’est pas fait pour prouver quoi que ce soit. Seul un petit becquet trahit un aspect légèrement sportif. D’ailleurs, on ne retrouve aucun badge CRX ou Del Sol. Seul le logo Honda est présent sur la calandre avant et sur le coffre, sous le becquet.

Sous le capot, un petit moteur mais rageur

Sous le petit capot, on retrouve donc sans surprise un quatre-cylindres atmosphérique. Si les puissances vont de 110 à 160 chevaux avec le VTEC de la Civic, notre modèle du jour a une motorisation spécifique. L’édition anniversaire reçoit un moteur VTEC dans sa déclinaison simple arbre à cames de 1,6 litre, développant 125 chevaux à 6 500 tr/min. Tout ceci permet à la voiture d’offrir quelques sensations tout en gardant une consommation contenue.

Cette version VTEC n’offre pas l’effet « coup de pied aux fesses » qu’offre la version VTi plus puissante, mais permet d’avoir un moteur extrêmement souple. À bas régime, le quatre cylindres est rond, sans à-coups lorsque l’on est en sous-régime, et offre des relances correctes sans avoir besoin d’aller chercher la zone rouge. Puis, lorsqu’on lui demande de monter dans les tours, l’effet VTEC est tout de même présent et les 7 200 tr/min sont atteints sans aucun problème.

Côté châssis, c’est le second atout de la CRX Del Sol. Hérité de la Civic, il offre un poids contenu (moins de 1 100 kilos) et surtout des capacités sportives intéressantes. Le 0 à 100 km/h est abattu en un peu plus de huit secondes et la vitesse de pointe est fixée à 190 km/h. Toutefois, on regrettera le fait qu’à la différence de sa cousine Miata, la CRX Del Sol soit une pure traction.

À l’intérieur, il ne faut pas être grand

Le gabarit de la voiture est assez contenu extérieurement ; à l’intérieur, pas de magie, la place est elle aussi restreinte. Toutefois, pas d’inquiétude : la place est correcte, nous ne sommes pas dans une Ligier JS6, que nous avions trouvée vraiment petite.

Une fois installé, la place est correcte : le volant, bien qu’assez imposant, est en accord avec le reste de l’habitacle et tout est accessible. Certes, la console centrale est un peu, comment dire, simple. Seuls les réglages de chauffage et de ventilation sont apparents sur le tableau de bord. L’autoradio, lui, est caché derrière une trappe.

Derrière le volant, c’est de même, rien de superflu : les compteurs affichent la vitesse et les tours/minute, on retrouve une jauge de température et d’essence ainsi qu’un original dessin de la voiture indiquant par un voyant si le coffre, les portes ou le toit sont mal refermés.

Les commodos servent à gérer clignotants, phares et essuie-glaces. Seuls deux boutons se retrouvent sur la casquette du tableau de bord : un allumant les feux de brouillard et l’autre servant à ranger ou déployer le toit lorsque celui-ci est électrique.

Enfin, sur la porte, on retrouve de quoi ouvrir les trois fenêtres. Trois ? Eh bien oui, puisque la petite fenêtre se trouvant derrière les passagers s’ouvre, de quoi profiter de l’air encore un peu plus si le toit escamotable ne vous suffisait pas.

Au final, malgré un intérieur assez simple et des rangements limités, hormis la boîte à gants et les deux rangements derrière les sièges, l’habitacle de la CRX Del Sol s’avère être confortable, sobre mais efficace.

Au volant de la CRX Del Sol

Quel meilleur moment pour essayer ce petit cabriolet qu’une belle fin de journée d’été dans le Sud-Ouest ? C’est la première question que je me pose en m’installant à bord de la petite japonaise. La seconde étant : « Où diable est le réglage en hauteur du volant ? » Malheureusement pour moi, le volant était déjà au plus haut ; les japonaises ont cette réputation de voiture de « petits » et la CRX Del Sol n’y échappe pas.

Toutefois, les genoux passés sous le volant, la position de conduite est plutôt agréable. On voit bien la route, le volant tombe bien dans les mains et tout est à portée de bras. L’intérieur est sobre, peut-être même un peu trop : impossible de trouver un vide-poche. Il faudra soit garder téléphone et clefs dans les poches, soit se contorsionner pour atteindre les rangements situés derrière les sièges passager et conducteur.

Une fois débarrassé de tout cela, il est temps de démarrer. Bien sûr, le toit n’était pas de mise pour cet essai, la météo était clémente avec nous. Le petit quatre-cylindres s’anime dans un léger ronronnement, rien d’ostentatoire. La prise en main est aisée, l’embrayage est doux, la commande de boîte de vitesses est directe et verrouille bien : rien de difficile, la philosophie ne se veut vraiment pas sportive pour le moment.

Pour ce qui est du gabarit, aucune appréhension à avoir : la voiture n’est pas bien longue (4,01 m) ni large (1,7 m), les manœuvres sont aisées, on voit bien où s’arrête le capot et où est l’arrière. Le toit en moins donne en plus cette impression d’espace. Le premier rapport est engagé et c’est parti : la voiture s’élance et, étonnamment, le quatre-cylindres est coupleux. À bas régime, pas de vibration, pas d’à-coups, la voiture se comporte bien ; on pourrait presque croire qu’il y a deux cylindres de plus.

La première chose qui frappe au volant de la CRX Del Sol, c’est cette facilité de conduite : les freins ont un bon répondant et en roulant en ville, les 125 chevaux offrent des relances franches. La direction, quant à elle, est légère, très légère même, c’est plutôt agréable pour le moment. Le moteur, quant à lui, en restant bas dans les tours, est discret : pas de quoi déranger le calme de cette fin de journée.

Hors de la ville, profiter est le maître mot : la voiture donne envie de conduire coude à la portière, d’admirer le soleil qui se couche tout en profitant de l’air frais. À l’intérieur, pas de remous d’air, même une fois les trois fenêtres baissées (toujours sans le toit); on s’entend parler, les cheveux ne volent pas dans tous les sens, c’est agréable. Lorsque les vitres sont remontées, c’est d’autant plus flagrant de voir que le vent est absent de l’habitacle, et pourtant pas de saute-vent ou autre filet anti-remous : les ingénieurs japonais ont fait un travail remarquable.

Forcément, et malgré ce côté apaisant qu’offre la CRX, l’envie d’écraser la pédale de droite se fait ressentir. Le châssis est quand même tiré de sa grande sœur Civic et, même si nous n’avons pas le gros VTEC sous le capot, le moteur ne demande qu’à prendre des tours.

À l’approche d’une route déserte, la seconde est enclenchée et c’est parti : l’aiguille monte, le quatre-cylindres s’éveille et hurle dans les tours, les 7 000 tr/min sont atteints et il est temps de passer la troisième. Certes, on ne change pas de dimension, mais avec à peine plus de 1 000 kilos sur la balance, les 125 chevaux sont suffisants.

La ligne droite passée, des virages se profilent. Avec le châssis de la Civic et la réputation que s’est forgée Honda, les virages devraient être un plaisir en conduite dynamique. Pourtant, c’est à ce moment-là que la CRX Del Sol nous fait sentir qu’elle n’a rien d’une Civic. L’amortissement, plutôt doux et agréable jusqu’alors, manque ici de fermeté : en courbe, on sent un roulis marqué. Pour ne pas arranger les choses, la direction est soudain un peu trop légère : on ne sait pas vraiment où se place la voiture ni ce qu’elle fait.

Toutefois, si les liaisons au sol ne sont en effet pas issues de la Civic, le châssis lui en a récupéré les attributs. Le comportement de la CRX Del Sol est sain : il faut vraiment pousser la voiture dans ses retranchements pour trouver les limites en termes de sous-virage. On sent que la CRX est bien équilibrée et que, derrière ces suspensions un peu trop molles, le châssis est rassurant et hérite du savoir-faire Honda.

Toutefois, contrairement à la Mazda, sa principale rivale, la CRX Del Sol est une traction. Se prendre pour un pilote de drift n’est pas au programme, mais le châssis et l’équilibre de la japonaise vous permettront sans aucun doute de placer la voiture comme bon vous semble et de vous amuser.

Après avoir joué du châssis Honda et du petit moteur rageur, on profite encore un peu de l’absence de toit et des dernières lueurs de la journée. C’est dans cet exercice que la CRX Del Sol est la plus à l’aise : profiter de cette ambiance sereine et apaisée tout en appréciant les paysages qui défilent. La seule épreuve au moment de rendre la voiture est de réussir à rendre la clé de ce petit cabriolet parfaitement adapté à l’été et aux balades au coucher du soleil.

Conclusion

Au début des années 90, la CRX Del Sol soufflait un vent de nouveauté chez Honda. Le design était plus arrondi sans oublier les performances, qui restaient à la hauteur de la marque nippone. La voiture changeait radicalement de secteur, passant de la vraie petite sportive à un joli cabriolet fiable, économique mais désirable.

Malheureusement, la CRX Del Sol n’aura jamais trouvé son public, souvent éclipsée par sa rivale MX5. Pourtant, aujourd’hui, elle reste recherchée, de par sa rareté mais aussi sa cinématique de déploiement et de rangement du toit lorsque celui-ci est électrique. Au final, elle reste un super compromis pour qui souhaite une voiture de balade lors des beaux jours sans sacrifier le confort ou son portefeuille !

Notes de la CRX Del Sol
Les plus de la Honda CRX Del SolLes plus de la Honda CRX Del Sol
Un Look Original Direction un peu trop floue
Un toit en durCorrosion à surveiller
FiabilitéPeinture fragile
Moteur rageurComportement peu sportif
On aurait aimé une propulsion
Fiche techniqueHonda CRX Del Sol
Années1996
Mécanique
Architecture4 cylindres en ligne (SOHC VTECH)
Cylindrée1590 cm³
AlimentationInjection électronique multipoint
Soupapes16
Puissance Max125 ch à 6 500 tr/min
Couple Max142 Nm à 5 200 tr/min
Boîte de VitesseManuelle 5 rapports (Automatique 4 rapports en option)
TransmissionTraction
Châssis
Position MoteurTransversale centrale
FreinageDisques ventilés à l’avant / Disques pleins à l’arrière
VoiesAV 1475 mm / AR 1465 mm
Empattement2370 mm
Dimensions L x l x h4005 x 1695 x 1255 mm
Poids (relevé)1030 kg
Performances
Vmax Mesurée190 km/h
0 à 100 km/h8,4s
400m d.a16,5s
1000m d.a30,5s
Poids/Puissance8,24 kg/ch
Conso Mixte± 7 litres / 100km
Conso Sportive± 10 litres / 100 km
Prix± 8.000 €

Rouler en Honda CRX Del Sol

Le petit roadster japonais vous a tapé dans l’œil et vous souhaitez vous différencier de votre voisin qui a une MX5 ? Ça tombe bien : les CRX Del Sol restent nombreuses à la vente encore aujourd’hui. Avec quelques dizaines de milliers d’exemplaires produits, il est possible d’acheter une Del Sol sans se ruiner.

La voiture est dans l’ensemble fiable : il n’est pas rare de voir des modèles dépasser les 300 000 kilomètres. Notre modèle du jour dépasse ce kilométrage et, bien entretenu, la voiture n’a aucun problème. Il faut toutefois surveiller, comme pour toute bonne japonaise, la rouille au niveau du châssis. Sinon, dans l’ensemble, c’est une voiture fiable et solide que l’on retrouve en occasion.

Pour ce qui est du prix, ils sont variables : des modèles en état correct se trouvent autour de 7 000 à 8 000 euros, mais d’autres en meilleur état ou avec le toit amovible électrique se négocient autour de 10 000 €. Côté entretien, le moteur, quel qu’il soit, est solide et rien à craindre côté électronique. La troisième vitre (d’après certains propriétaires) ne tombe jamais en panne et le toit, qu’il soit électrique ou manuel, ne craint rien non plus. Alors, si un petit cabriolet fiable à la bouille sympathique vous intéresse, la CRX Del Sol est une bonne idée !

Un grand merci à Lucas pour cet essai d’un cabriolet fort sympathique !

Arthur Legrand

https://www.carsandpaddocks.fr/

Arthur est un photographe passionné d'automobile. Il a rejoint l'équipe News d'Anciennes en tout début d'année 2025 et a contribué à de très nombreux articles dès sa première année.

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