Salmson S4 D

Salmson S4 D, une conduite (de) musclé

Après une série de Youngtimers, de la BMW 735i à la Volvo 343 en passant par la Maserati Biturbo, la Salmson S4 D marque une sacré différence ! On se replonge ici avant-guerre, avec une auto qui nous renvoie dans un autre temps… et des plaisirs bien différents !

L’histoire de la Salmson S4

La Salmson S4 occupe une large place dans l’histoire du constructeur français. Elle est le trait d’union entre les autos d’avant-guerre et les dernières années de Salmson. La S4 apparaît en 1929 avec un moteur 1300. Une 7cv qui permet à Salmson de garder le cap pendant la crise.Elle évolue en 1932 avec avec la Salmson S4 C qui embarque un 1465 cm³ qui l’oppose aux Peugeot 301 et autres Monaquatre. C’est une 8CV mais elle est clairement plus haut de gamme, que ce soit au niveau de ses équipements… ou de son prix.
Technologiquement, elle est également en avance. Son système électrique est en 12 volts, son moteur est un double arbre à came en tête (en 1932 !) et il sort 41 chevaux. Signalons aussi que la culasse adopte des chambres hémisphériques. C’est une vraie gamme qui est proposée, allant de la Berline au Faux Cabriolet en passant par les roadsters et cabriolets.

En 1934, elle peut recevoir en option une boîte Cotal au lieu de la classique boîte manuelle. Cette année-là elle évolue également en S4 D avec un moteur de 1596 cm³ qui la fait passer dans la catégorie des 9cv. Cette version est produite jusqu’en 1938.
En 1936 la S4-DA dont le moteur est porté à 1731 cm³ prend le relais. La boîte Cotal est montée en série, la boite mécanique reste une option. Mais les suspensions avant deviennent indépendantes et la direction est confiée à une crémaillère.

En 1937 la S4 E apparaît. C’est alors une 13CV et le moteur est entièrement revu. C’est l’apparition du 2312 cm³ qui fera école chez Salmson puisqu’on le retrouvera jusque sur la 2300… L’empattement gagne 15 cm, le train avant des barres de torsion, et les freins sont commandés par l’hydraulique. La boite Cotal est toujours montée en série mais une ZF manuelle reste disponible.

Dès l’année suivante apparaît la S4-61 et remplace la DA. Son capot est moins volumineux et plus aérodynamique. Bien évidemment la guerre, et un bombardement, interrompent la production en 1942, bien qu’elle ait déjà été réduite avant. Mais en 1946, les S4 reprendront du service. Ainsi la S4 61 sera produite de 1946 à 1952 et la E de 1946 à 1951. D’ailleurs Vincent avait déjà fait un tour en cabriolet S4 61, c’est à voir ici.

Notre Salmson S4 D du jour

Un faux cabriolet

La Salmson S4 D n’est pas un coupé ! C’est un faux cabriolet ! Bon l’appellation sera changée par la suite et le nom coupé intégrera la gamme Salmson. Là ce n’est pas un coach comme le sera la “demi-berline” plus tard puisqu’on retrouve sur notre auto du jour une seule glace latérale de chaque côté. Il aura été produit 374 exemplaires de cette carrosserie “M64”.

La ligne est résolument des années 30. Notre auto de 1936 présente une carrosserie bi-ton du plus bel effet. Les chromes soulignent cette auto qui peut paraître massive mais ne l’était pas tant que cela à l’époque. Elle n’est au final pas si longue et ses proportions sont bonnes. La calandre légèrement inclinée lui offre un dynamisme certain et ses gros phares qui l’encadre renforcent sa présence.

Elle est garnie de petits détails, chromés ou non. Le dessin des feux arrière est une véritable oeuvre d’art. L’arrière d’ailleurs pourrait faire massif car il retombe nettement mais cette courbe presque commune au pavillon et à la malle est bien intégrée.

Un intérieur cossu

Le constructeur visait le haut de gamme et cela se ressent à l’intérieur. Le tableau de bord est en bois, et les baguettes du haut de portière l’imitent (avec un coup de peinture appliquée par un spécialiste). Le volant paraît énorme et il est à droite. Oui le haut de gamme français chez Salmson, c’est à droite qu’il se vit. Un seul compteur rassemble les informations, et il est lui placé au centre, des fois que vous laissiez le copilote l’étudier.

On a de la place en tout cas, même à l’arrière où le plancher est creusé pour laisser plus de place aux jambes.

La salle des moteurs est grande

Sous le capot de notre Salmson S4 D se loge en fait un moteur de S4 DA, avec plus de cylindrée. Cela laisse quand même de la place car il fallait aussi loger le réservoir d’essence, au-dessus des jambes des passagers.

Tout est beau et on retrouve des éléments oubliés. Que ce soit le Dynastar ou le carburateur horizontal. Le lieu de fabrication du moteur est inscrit sur le couvre-culasse. Il n’y avait pas que Renault qui produisait des autos à Billancourt !

Enfin, on aura pas peur d’érafler la carrosserie, les coins du capot qui se relève en deux parties dans l’axe de la voiture, sont revêtus de cuir.

Au volant de la Salmson S4 D

Hissez-haut

Fini d’admirer la belle, il faut maintenant en prendre le volant. Premièrement on se dirige du bon côté. A droite messieurs, en 1936, en encore après-guerre d’ailleurs, Salmson plaçait le conducteur côté trottoir. Pas forcément une mauvaise idée, on en reparle plus loin.

L’installation n’est en fait pas si facile. Les sièges ont été refaits et sont peut-être un peu bombés. Du coup la place entre l’énooooorme volant et le siège n’est pas immense. On se glisse malgré tout en retenant la porte vu que rien n’est prévu pour. Pas de ceinture à boucler. Allumage, démarrage. Au quart de tour, elle est déjà chaude. Bon maintenant… heureusement que le propriétaire est là pour indiquer comment ça marche.

Notre Salmson S4 D est équipée d’une boîte Cotal. Depuis le temps que je voulais en essayer une ! Par contre, pas de moutardier, mais un levier qui est articulé autour d’une colonne. Petite précision : ce n’est pas la colonne de direction. Premièrement, il faut pousser un premier bouton pour que la marche avant s’enclenche. Ensuite on appuie de toute nos forces (et il en faut) sur l’embrayage. On tourne ensuite la manette de commande de boîte sur la première vitesse et on embraye. Le moteur de 1700 cm³ de notre modèle du jour (réalésage dû à sa restauration) est assez coupleux pour lancer l’auto. Et c’est parti, je cherche encore un peu pour passer la seconde puis la troisième. Il faut en effet passer la main sous le volant… et à vrai dire il prend toute la place devant moi.

En ville : sortez les muscles et soyez attentifs

Non, on ne conduit pas une avant-guerre comme sa Simca 1100 de tous les jours. Le premier dos d’âne n’est pas forcément le bon exemple, la garde au sol relativement haute permet de l’avaler sans arrière-pensée. Voilà un rond point sur lequel on fait demi-tour. Je rentre la seconde, le maniement de la boite commence à rentrer. Freinage appuyé, pas le choix, et l’auto… ralentit. Et encore, c’est pas franc… Il faut vraiment être attentif, le moindre piéton vous donnera des sueurs froides.
Maintenant faut tourner. Je sais que le vélo est un bon sport, mais il ne muscle pas les bras… j’aurais pas dû arrêter le rugby… Il faut de la force pour tourner l’énorme volant et faire pivoter l’auto. Et heureusement qu’il est grand ce volant !

La sortie de la ville est plus tranquille. La Salmson S4 D roule en 3e sans aucun problème. Le moteur a une course longue : 98 mm pour 72 d’alésage. Du coup il y a quand même du couple malgré une cylindrée raisonnable. La ville est terminée, j’accélère franchement. Je ne vais pas dire que la voiture détale. Elle n’est pas très lourde mais 50 chevaux, ce n’est pas bien puissant. J’arrive cependant à la caler à 80 km/h assez vite. Je passe alors la 4e. Le maniement de la boîte s’acquiert en fait assez vite et au bout d’un moment ça se fait du bout des doigts.

Petites routes, grosse frayeur

Un nouveau tour de force, non de volant, plus tard, nous voilà sur de plus petites routes. J’alterne entre la 3e et la 4e. Je ne suis pas là pour faire un chrono et la Salmson S4 D est une bonne compagne de balade. Jean-Pierre et moi surveillons tout de même les thermomètres. Le ventilo électrique est à l’oeuvre vu qu’on a gardé les volets de capot fermés. Pourquoi LES thermomètres ? Et bien lui regarde celui qu’il a fait installer sur une platine dans l’habitacle, moi celui qui est au sommet du réservoir tout au bout de ce long capot.

La balade est agréable mais je me demande bien dans quel état je serais après 200 km ! C’est sportif, il faut l’emmener cette auto. Au loin, un piéton, juste avant le virage… d’où déboule un Captur qui n’avait pas envisagé qu’on arriverait en face. Debout sur le freins… bah ça freine pas mal. La répartition demandera encore 2/3 réglages puisque la roue arrière droite s’est bloquée. Mais en étant proche du bas-côté droit j’ai pu me rabattre suffisamment sans mordre. La conduite à droite a du bon.

Une fois la frayeur passée, je roule tranquillement et presque sereinement. Je suis hors du temps, au moins hors des cinquante dernières années. A une époque où un départ en vacances n’était pas un trajet, mais un voyage !

Rouler en Salmson S4 D

Un coupé haut de gamme des années 30, cela doit être cher ! Et bien pas tant que ça. Ces autos n’étaient ni des Delahaye ni des Bugatti. Leur prix d’achat est donc relativement abordable et n’a pas subi de hausse déraisonnable. Un faux cabriolet comme le nôtre, avec moteur d’origine cote aux alentours des 17.000 € mais peut monter bien plus haut.

En effet la restauration est chère et le vendeur peut vouloir récupérer ses billes. Nous ne sommes pas en présence d’une auto des années 60, là il faudra du temps et du savoir-faire pour restaurer ce type d’engin. Bien sûr on en trouve dans des états moins avouables, mais il faudra faire parler la passion plus que la raison.

Enfin il faut signaler que les Salmson S4 D ne courent pas les rues. Les S4 en général non plus.

Conclusion : respectons le temps

En fait il y a plusieurs temps à respecter quand on conduit une Salmson S4 D… ou toute auto de la même époque. Le temps de chauffe déjà. Ensuite le temps de réaction. Les commandes ne sont pas aussi vives que dans les autos d’après les années 60 et on se fait vite des frayeurs. Enfin le temps où l’auto a été construite. Non une Salmson S4 D n’est pas récente, et il faut se dire qu’à l’époque c’était la norme.

Alors on prend le temps, tout simplement.

 

Image
Entretien
Plaisir de Conduite
Ergonomie
Facilité de conduite

 

Les Plus Les Moins
Une ligne 30s Réapprendre à conduire
La facilité de la Cotal Des pièces difficiles à trouver
Rareté des avant-guerre

 

 Note Totale
Fiche Technique de la Salmson S4 D
Mécanique Performances
Architecture 4 Cylindres en ligne Vmax 115 km/h
Cylindrée 1596 cm³ 0 à 100 km/h
Soupapes 8 400m da
Puissance Max 50ch à 3200 tr/min 1000m da
Couple Max Poids / Puissance
Boîte de vitesse 4 rapports électromagnétique
Transmission Propulsion
Châssis
Position Moteur Longitudinale avant
Freinage Tambours AV et AR à cable
Dimensions Lxlxh Cote 1935 30.900 Frs
Poids 1110 kg Cote 2018 17.000 €
Benjamin on Email
Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !
Marc
Rédacteur et Photographe à News d'Anciennes
Jeune retraité, Marc, un ancien parmi les anciennes, ça ne dépareille pas trop, d'autant que sa deuxième matière grise, métallisée celle-ci, lui accorde de bonnes virées nostalgiques, une Renault R8 ragaillardie.

Il est sous le régime News d'Anciennes depuis depuis début 2016.

3 commentaires sur “Salmson S4 D, une conduite (de) musclé”

  1. sympa cette expérience originale, si ces voitures sont magnifiques, elles doivent nécessiter un sacré savoir conduire, que nous conducteurs béotiens de 2018 n’avons plus

  2. bravo, tres belle voiture et superbe reportage, rendez vous au rassemblement des avant guerre au camp US le 4 et 5 mai 2019 a casson devant ce tres beau chateau du plessis: bal américain, balade et expos . qu on se le dise

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.