Pourquoi les françaises sont-elles mal aimées à l’international ?

Pourquoi les françaises sont-elles mal aimées à l'international ?
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Pourquoi les françaises sont-elles mal aimées à l'international ?
Thibaut Perezhttps://retroencheres.fr/
Thibaut est un des fondateurs de Rétroenchères et contribue à News d'Anciennes depuis l'automne 2020. Acteur du monde de la vente d'anciennes, il nous propose de nous intéresser au marché du véhicule de collection dans notre rubrique Acheter une Ancienne.

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Pourquoi les françaises sont-elles mal aimées à l'international ?

Il y a une certaine part de frustration à suivre les enchères des voitures anciennes les plus prestigieuses. On y retrouve rarement nos belles petites françaises. Certains modèles d’après guerre se sont fait leur place, les Alpine A110, Renault 5 turbo et autres DS carrossées par Chapron notamment, mais dans l’ensemble le monde semble accorder un intérêt limité aux voitures anciennes françaises. Les regards semblent toujours tourner vers les purs sangs italiens, les belles mécaniques teutonnes ou les prestigieuses anglaises.

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Regardons les faits

En doutez-vous ? Regardons la cote. Schématiquement, à part les 3 modèles précédemment mentionnés, et quelques vestiges d’avant guerre (les cabriolet Delahaye 135 et 148 par exemple) aucune de nos voitures de série post 1945 ne dépassent les 100.000€ à la cote. Vous me direz que cela n’importe guère, puisque la cote n’est qu’une indication parmi d’autres. Que cela n’enlève rien à l’intérêt intrinsèque des automobiles françaises.

Sauf que ce déficit de reconnaissance n’a pas véritablement de fondement rationnel. Et qu’il a des répercussions sur l’entretien de nos voitures (une cote faible ne pousse pas à investir dans une voiture). Il y a donc là un mystère à percer.

De la difficulté d’être après avoir été

L’histoire de l’industrie automobile française est riche et contrastée. Avant guerre, il n’y a pas plus beau, plus luxueux ni plus puissant que le haut de gamme français. Souvent propulsées par des moteurs issus de l’aviation, les Bugatti, Delahaye, et autre Delage forment le fer de lance de l’industrie automobile européenne. Une Bugatti type 57 de 1936 pouvait par exemple délivrer plus de 200 CV et offrait une mécanique aussi rare que sophistiquée. Ces voitures sont parmi les plus recherchées aujoud’hui.

La seconde guerre mondiale va conduire à une restructuration massive du secteur. Ne subsisteront que les constructeurs «grand public », laissant aux amateurs de belles autos l’impression que l’excellence française d’avant guerre a laissé la place à une certaine banalité. C’est peut-être ce souvenir si brillant qui jette une ombre sur la production d’après 1945.

Surtout que dans le même temps, les constructeurs allemands (avec Mercedes), italiens (avec Lancia et Alfa Romeo) et anglais (avec Rolls, Bentley ou encore Jaguar…) ont maintenu vivant le lien avec leur histoire prestigieuse d’avant guerre.

La différence ? Le fameux plan Pons ! Quand les étrangers visaient l’exports pour rentrer des devises, et obtenir ainsi une part du si rare acier d’après-guerre (avec par exemple 60 à 80% des petits roadsters anglais), la France ne pensait que motorisation de la population. Résultat des petites autos qui étaient bien pensées pour nos routes et nos villes… mais pas pour séduire la jeune clientèle américaine au portefeuille pourtant bien rempli.

Des choix industriels frileux

Autre élément qui contribue à ternir la réputation des françaises après 1945 : les motorisations. Essentiellement tournés vers le marché intérieur, Renault, Citroën, Peugeot et Simca se laissent distancer sur le plan technologique dès les années 60. Ainsi la DS, modèle phare de l’industrie française, plafonnera aux alentours des 100 ch DIN jusque l’introduction d’une injection électronique Bosch en 1969. À la même époque, une Jaguar Type E 3.8 série 1 (1961-64) délivrait 265 chevaux pour un couple de 36.0 mkg à 4000 tr/min.

Positionnés sur le moyen de gamme, nos constructeurs tentent quelques incursions au fur et à mesure des années vers le haut. En rachetant Maserati, Citroën se dote d’un moteur puissant (V6 de 2,7 puis 3 litres) qu’il accouplera à sa SM (1970-75). Surtout, Renault et Peugeot vont développer en partenariat avec Volvo le fameux V6 PRV entre 1971 et 1974. Celui-ci donnera un regain de puissance et de prestige au haut de gamme français jusqu’au début des années 2000, mais sans jamais parvenir à rattraper totalement la puissance des moteurs les plus performants en Europe.

Un déficit d’image

Il ressort de cette histoire tourmentée et de ces choix industriels timorés que notre industrie automobile souffre historiquement d’un déficit d’image qui se répercute aujourd’hui sur le marché des anciennes. Ce déficit est associé à l’échec de nos constructeurs sur le marché nord-américain, qui constitue aujourd’hui un marché de référence pour les voitures anciennes.

Alors que les allemands (encore eux) triomphent aux Etats Unis depuis près d’un demi-siècle, entretenant aujourd’hui la passion des collectionneurs outre-atlantique, nos quatre constructeurs ont tous échoués à s’y faire connaitre.

Si bien que les (riches) investisseurs américains considèrent nos voitures davantage comme des objets folkloriques – ces Français ne font décidément jamais comme les autres – que des comme des engins dignes de passion.

Le vent pourrait-il tourner ?

On l’espère naturellement car nos anciennes ont besoin de l’intérêt des investisseurs pour ne pas disparaitre. Certes, une Renault 18 (même turbo !) n’a peut-être pas vocation à coter autant qu’une 911 Carrera de la même période. Mais la faiblesse de la cote de la Renault 18 devrait tous nous alarmer (si, si). Car bientôt nous ne verrons plus ces drôles de voitures qui ont accompagné notre jeunesse (si vous avez plus de quarante ans bien sur).

Notre pays a produit une foultitude de petites et moyennes automobiles ingénieuses et charmantes (le coupé LNA par exemple sans parler de nos bombinettes). Il y a là un potentiel passionnant pour les collectionneurs internationaux qui voudraient s’y intéresser.

Thibaut Perez est un économiste amoureux des belles automobiles. Lui-même collectionneur il restaure ses autos et il est à l’origine, avec deux amis, de Rétroenchères, une marketplace européenne dédiée aux véhicules de collection.

Photos complémentaires :

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12 Commentaires

  1. Vous avez tout dit : “foultitude” d’engins anémiques pour papys en chaussettes et sandales. Navrant. Ils ont raison ceux qui en rient quand il faudrait en pleurer !

  2. Il faut se rendre à l’évidence, la production française d’après guerre n’a jamais engendrée de voitures de sport ou de luxe (Facel mis à part).

    Ce n’était pas le cas de la production d’avant guerre et les investisseurs ne s’y sont pas trompés.

    On peut être tranquille, les investisseurs ne vont pas venir récupérer le patrimoine auto français d’après guerre ! Oui, on vit toujours sur la lancée du plan Pons !

  3. Bonsoir
    j’ai commencé la collection il y a bien 35 ans, et à l’époque, une seule maison de vente aux enchères s’intéressait aux voitures anciennes (d’exception, bien sûr). J’ai fait partie de ceux qui ont lancé des clubs de marque, afin de mettre à disposition des membres les pièces nécessaires, et je considère qu’une bonne partie du marché qui s’est créée au fil du temps, n’est d’aucun intérêt pour les amateurs, notamment par la multiplication d’acteurs “parasites”, qui, tout en vivant sur ce “marché”, ne lui amènent rien..

  4. Il y a quand même quelques beaux spécimen français comme les Facel Vega , les Venturi , les René Bonnet et Matra Djet , les DB coach HBR…

  5. Euh pas tout à fait on a quand même certaines Facel Vega et la très confidentielle Venturi 400 GT qui sont largement au-dessus des 100k€.

  6. Je pense que nos principaux problèmes viennent :
    > Désintérêt pendant de nombreuses décennies de nos constructeurs nationaux vis à vis de leur histoire et du maintien du parc.
    > Juppette, balladurette et autres primes à la casse qui ont dévasté notre parc auto et notamment toutes ces fameuses voitures banales.
    > Autophobie inepte dans le pays qui a vu naître l’automobile.
    Le tout automobile est stupide mais mener des politiques visant à éradiquer cette industrie qui fait vivre un grand nombre de familles françaises, cette façon de vivre est totalement folle. Autant scier la branche sur laquelle nous sommes assis.
    Mal aimées à l’international ? Je ne crois pas mais je pense que nous regardons trop notre nombril.
    Une Aronde est aussi connue en Angleterre qu’une Alvis en France…
    Les hollandais, les anglais adorent nos voitures. Comme nous, ils adorent les voitures qu’ils ont connu enfants : Peugeot 404, Citroën tractions, DS, SM… et que dire des Facel qui font l’unanimité outre manche.
    Beaucoup de voitures françaises ont été des échecs à l’international : la 2 pattes par exemple au Royaume Uni.
    Pour valoriser notre patrimoine automobile, il faut un tissu industriel et commercial qui en assure l’entretien et le devenir.
    Nos clubs se démènent souvent seuls.
    Voyez ce qui se passe en Angleterre, en Allemagne.
    En Angleterre, les constructeurs disparus ont laissé place à une myriade de clubs et autres professionnels qui permettent de faire rouler quasiment tout ce qui a pu être assemblé chez eux.
    En Allemagne, ce sont les constructeurs qui ont assurer la disponibilité des pièces en allant parfois chercher très loin des stocks d’invendus – VW en Amérique du Sud.
    J’espère que les dernières orientations de PSA, à travers le musée de l’aventure Peugeot, ne sont pas seulement là pour profiter de la culture Vintage pour glorifier l’image de ses marques mais aussi pour assurer le devenir de toutes ces autos, toutes ces marques que nous aimons tant.

  7. Nous recoltons ce que nous semons
    Depuis 1936 la France est engluée dans l’idéologie socialo communiste
    Le patron est un salaud, le riche un voleur.
    À partir de 36 et ensuite après guerre avec la prise du pouvoir par les communistes tout signe extérieur de richesse devait être banni
    Résultat pas de marché pour voiture de luxe ou de sport donc les industriels ne s’y sont pas intéressés
    Au même moment que le plan pons les allemands fabriquaient des isetta pour le marché domestique et des mercedes pour les américains
    Bref comme d’habitude la France et les français veulent donner des leçons au monde et ne retiennent rien de l’histoire
    Ils ne peuvent que chanter les 2 pieds dans leur M….e. Cela ne vous rappelle pas un certain emblème ?

  8. pour mettre les points vraiment sur les “i” et les barres vraiment sur les “t”:
    Paul Marie Pons,(communiste ???), haut fonctionnaire français, était chargé pendant l’occupation allemande, donc sous Pétain (communiste???) de rationaliser la production des gazogènes.Dès 1944, sous les ordres de Robert Lacoste, (communiste???) ministre de la production industrielle du gouvernement provisoire de De Gaulle ( ???) ,, il met en oeuvre le plan de rationalisation de la production automobile.les marques de luxe survivantes devant prioritairement faire rentrer des devises à l’exportation, Ces marques techniquement dépassées, et sous financées par leurs actionnaires (capitalistes !!!) couleront les unes après les autres. les Anglais s’en tireront mieux car leurs industries n’avaient pas été aussi détruites et leurs débouchés, notamment avec leurs colonies, plus importants. l’industrie allemande, elle, sera remontée en un temps record,massivement financée par les américains qui voulaient étendre leur influence contre les soviets. l’installation définitive dans le haut de gamme de mercedes aura lieu dans les des années 60, les 300, “Adenauer” ou “papillon” des années 50 par exemple représentant des chiffres de production faible, mais créant une image très forte. Quand aux anglais, pays qui a “inventé le libéralisme”, il coulera magnifiquement son industrie automobile dans les 70/80, y compris pendant la gouvernance de Tatcher (communiste ???) !

  9. Nous, Français sommes les premiers fautifs quant à la disparition de nos autos. Nous ne nous intéressons à elles que lorsque leur côte commence de remonter !
    Les Hollandais (mais ils ne sont pas les seuls) achètent à bas prix des autos sans valeur actuelle à nos yeux (exemple la BX) . Ce phénomène ne date pas d’hier ! ils ont toujours su acheter nos autos quand elle sont au creux de leur côte. Ajoutez à ces autos qui partent à l’étranger, la destruction massive de leurs sœurs via les Balladurettes, Jupettes et autres primes à la casse et on arrive toujours à un moment où, les années aidant, nos populaires devenue rares retrouvent de l’intérêt …mais en attendant, on en a perdu un sacré paquet en route, et pas toujours celles en plus mauvais état ! Les politiques actuelles sont de plus en plus “autophobes” et ce qui était un objet-passion pour nous devient un objet ayant tous les défauts aux yeux de notre jeunesse. A nous passionnés de lutter à contre-courant de la bienséance pensante pour défendre celles qui nous font vibrer.

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