30e Randonnée du Pays de Fougères, une échappée belle en terre Normande

Publié le par Hugues Desoize

30e Randonnée du Pays de Fougères, une échappée belle en terre Normande

Il n’est pas si aisé que ça de vous rapporter la 30e Randonnée du Pays de Fougères, sans être soit obséquieux, soit bien loin d’être à la hauteur de l’évènement. Je tacherai donc à travers ces quelques lignes et clichés, de vous faire saisir ce subtil parfum d’une époque aujourd’hui révolue, dignement illustrée par le lieu et les autos d’exceptions qui participaient à l’aventure du 29 Mai au 1er Juin.

Un samedi sur les routes

Je vais donc vous parler de Bagnoles mais aussi d’automobiles, de petite et de la grande histoire, de gastronomie et même d’architecture. Comme à chaque année paire, la randonnée du pays de Fougères nous entraîne hors des frontières Fougeraises. Après le Cotentin en 2024, qu’on vous a compté avec Vincent (c’est ici), et donc la région Fougeraise en 2025 (c’est par là), nous voici pour la 30e randonnée du pays de Fougères à Bagnoles de l’Orne.

160 Véhicules d’exception et leurs équipages ont fait étape et sillonné cette région pleine de surprises et riche en histoire qu’est la Normandie.

Ville thermale, réputée dans le Grand Ouest depuis le 19e siècle, au charme très « Belle époque » elle est aujourd’hui toujours fréquentée par les curistes (baigneurs). Ses thermes, son lac, son jardin, ses villas de charme en font un terrain de jeux idéal pour les automobiles d’autrefois. Sa labellisation « Ville d’Accueil des Véhicules d’Époque » depuis 2025 illustre sa volonté de recevoir dignement les belles mécaniques.

Le format de la 30e randonnée du Pays de Fougères reste identique aux éditions précédentes. Du vendredi au lundi, circuits quotidiens ponctués de visites sauf le dimanche où une présentation fut détaillée par le maître de cérémonie Patrick Rollet accompagné par Guillaume Nédélec

Je ne vous conterai ici que les journées du samedi et du dimanche, car il faut bien financer les croquettes du Golden par une activité professionnelle.

Le charme d’autrefois

Après avoir avalé les 150 kilomètres de trajet sans souci mais sous une chaleur écrasante, je décidai de mettre au repos BB ma monture du jour dans le petit parking du petit hôtel bien sympathique.

A peine pénétré sur ce dernier, je basculai immédiatement dans une autre dimension où les parkings sont peuplés de fantasmes automobiles, comme entre autres ici une Bugatti « Ventoux » Type 57 de 1935, Lancia Aurelia B24S de 1958, DeSoto Airflow (déjà rencontrée par le passé), Alvis TE21 Cabriolet 1964 et TD21 Coupé 1963, Volvo P1800 1970, Salmson S4 61 Coupé 1939, Jaguar MK2 1961 de couleur singulière pour ce modèle.

Vu que je ne vis pas d’amour et d’eau fraîche, quoi que l’eau vu la température c’est a discuter. Un petit tour en ville m’a parut pertinent pour me sustenter.

Le spectacle du lac et de son jardin, du casino et des hôtels fin 19ième au style typique bien Normand, m’ont immédiatement plongé dans ce que devait être l’ambiance d’une ville de villégiature au début de 20ième siècle. Les participants à la 30ième Randonnée du Pays de Fougères étant logés pour beaucoup en centre-ville, les beautés que j’allais rencontrer le lendemain n’étaient pas difficiles à repérer. Une Ferrari 365 GT 2+2 1969 et son moteur V12 de 4,4l ou bien une Facel III 1963 attirent immédiatement un œil motivé.

Que la 30e Randonnée du Pays de Fougères commence

Qu’il est doux d’ouvrir les yeux au son d’un six cylindres qui s’éveille. Les premiers véhicules arpentent déjà les rues désertes de Bagnoles, il faut donc hâter l’allure pour ne pas louper les premiers arrivants à l’hippodrome. Toute l’équipe de l’APPF est déjà a pied d’œuvre depuis Potron-minet pour recevoir les équipages et placer, autant que faire se peut, les véhicules.

Pour ceux qui n’étaient pas là le vendredi, le kit de bienvenue est distribué. Il faut préciser et cela est très malin qu’il est possible d’adapter votre présence en fonction de votre disponibilité. Tandis que les co-pilotes étudient déjà le roadbook du jour, certains (souvent Britanniques) préfèrent la traditionnelle carte routière.

DSC 8113-

Les pilotes de leur côté, chiffon microfibre en mains sont affairés à supprimer les traces de la veille sur les carrosseries.

Autre occupation pour les propriétaires d’avant-guerre, refixer le bouchon de radiateur sur l’auto. En effet, ce sont de véritable objet d’orfèvrerie très convoités. Les véhicules ayant passé la nuit sur les parkings, il était plus pertinent de les remplacer par un bouchon basique.

On échange, on discute, on plaisante avec les nombreux curieux venus admirer les belles. Les anecdotes fusent, certains souvenirs refont surface.

Les voitures anciennes sur la route

Mais le temps passe et il est temps de se mettre à cheval pour devancer les premiers départ. Les arrêts photos sont repérés par Thierry, photographe du club l’AVIV, qui a préparé avec soin l’itinéraire du jour. Je lui emboîte le pas.

90 km sont à parcourir dans la matinée entre l’hippodrome de Bagnoles de l’Orne et les halles médiévales de Saint Pierre sur Dives.

Les véhicules circulent en grappes. Les vitesses très différentes d’un véhicule à l’autre et les longues lignes droites peu fréquentées, nous permettent d’assister à de beaux dépassements.

DSC 8209-

Arrêt bien sympathique près du viaduc du Mesnil-Villement où le viaduc ferroviaire nous fournis un arrière-plan sympathique. Mis en service en 1874 sur la ligne Falaise-Berjou, il permettait d’alimenter la filature spécialisée un temps dans la production des tissus Vichy et fournit le tissu nécessaire à la robe de Brigitte Bardot pour son mariage avec jacques Charrier.

L’arrivée à Saint Pierre sur Dive se fait sous une chaleur torride, une pause déjeuner particulièrement appréciée des équipages et de leur monture. Les places à l’ombre sont très recherchées évidemment.

Gastronomie et histoire

Le déjeuner avalé, les niveaux vérifiés, quelques équipages prennent de l’avance. Je les suis dans cette démarche car le programme est chargé. Pas moins de trois visites sont possible sur l’après-midi. Pour les lecteurs régionaux de l’étape, il n’aura pas échappé que nous sommes là au cœur du pays Normand, réputé pour la qualité de son lait. Le pays aux mille fromages compte parmi ses célébrités deux stars produits sur notre chemin, le Livarot et le Camembert.

Sont donc au programme les visites de deux laiteries.

La troisième visite proposée se situe sur un site où a eu lieu, une des plus sanglantes batailles de chars en août 1944.

Réjoui de pouvoir me cultiver, tout en poursuivant la mission de vous distraire, je fût victime de mon enthousiasme. En effet subjugué par la croupe enchanteresse d’une CG 1200S 1969 qui avait des velléités à se dégourdir les pistons, j’ai entrainé mon roadster teuton au-delà des limites légales de vitesse et fut pris le doigt dans la confiture par la maréchaussée.

L’homme de la pampa que je suis, est parfois rude et resta tout de même courtois, mais la vérité m’oblige à vous le dire cela me les brisa menu. Il fallait faire un choix, ce fût la cavalerie.

Et je n’ai pas regretté car sur le chemin, j’ai trouvé de bien beaux endroits pour faire quelques photos et échangea quelques mots aimables avec des photographes passionnés amateurs de belles autos

Le Mont-Ormel

Dernière visite de la journée, le site du Mont-Ornel permet aux équipages et à leur véhicule de faire une pause salvatrice. La chaleur est éprouvante.

Du 19 au 22 Août 1944 eut lieu à cet endroit un combat terrifiant, les 2000 hommes de la 1ière division blindée Polonaise du général Maczek résistèrent à la pression des unités Allemandes qui voulaient se dégager à tout prix de la poche de Falaise dans laquelle elles étaient prises au piège.

Outre un panorama exceptionnel, le site est intéressant car quelques pièces d’artillerie illustrées par des panneaux explicatifs nous raconte le contexte.

Pour les les personnes souhaitant approfondir leurs connaissances, n’hésitez pas à passer la porte du musée. Le tarif est abordable et les pièces présentées et les films sont remarquables. Et par température caniculaire, la salle de projection est climatisée !

DSC 8753 2-

En apparté

Pour clôturer la journée, le hasard a bien fait les choses. Sur le chemin du retour, j’ai trouvé sur mon chemin, deux véhicules bien sympathiques.

Une Hotchkiss et une Simplex 50 HP de 1911 cheminaient ensemble.

L’allure générale de ces deux avant-guerre si singulières, le son et les pétarades de la Simplex lors des décélérations, la lumière du soleil déclinant m’étaient particulièrement agréable. Je décidais donc de les suivre dans un changement de cap qui me semblait assumé.

Bien m’en a pris, puisque cet équipage nous mena directement dans la forêt d’Ecouves où un char de la 2ième DB le « Valois du Bouillon », monument historique est visible. Celui-ci à été peint en rose par des olibrius dans un but qui m’échappe. Le nettoyage à déjà commencé et les deux auteurs identifiés.

Très attendue par les participants, la traditionnelle soirée de gala du samedi soir à réunis tout le monde pour la remise des différents prix.

De gauche à droite. L’équipe de Sébastien Brault, traiteur, est saluée pour la qualité de son travail. Le prix FIVA Aston Martin DB5 Volante 1965, Prix des Femmes pour la Simplex 50hp 1911, amusant quand on voit l’aspect « brut de fût » de l’auto. Prix – de 2l après-guerre pour la Triumph Itala 1961. Prix de la +2l après guerre Hotchkiss Monceau Chapron 1954, Prix +2l avant guerre Vauxhall 1924, Fougères de cristal Prix APPF pour l’Alfa Roméo 6C 2300B 1938 citée plus bas.

Photos Thierry Quédillac

Un Dimanche au temps jadis

Le dimanche, les véhicules vont à la rencontre du public. Exposés tout au long de la journée, ils défilent l’après-midi lors d’une présentation proche d’un concours d’élégance.

La ville de Bagnoles de l’Ornes était visiblement enthousiaste de recevoir la 30e randonnée du Pays de Fougères. Le jardin du Lac a été mis à disposition des participants pour exposition des véhicules. Idéalement situé au cœur de la ville, entourant un lac, le jardin rempli de véhicules aux couleurs bigarrées donne un charme particulier à la manifestation.

Retour à la belle époque

Une visite en Français et en Anglais, du quartier « belle époque » est organisé par l’office du tourisme de Bagnoles de l’Ormes. Notre guide nous promène le long de cette avenue où subsistent encore les villas construites selon des règles bien définies par l’architecte Albert Christophle.

Suite à l’arrivée du chemin de fer, Bagnoles devient à la fin du 19ième siècle lune ville et une destination thermale très prisée par les bourgeoisie de l’Ouest et Parisienne. Pour loger les baigneurs on construit ces hôtels remarqués à mon arrivée et ces villas. Dans ce quartier se concentre la population la plus aisée au milieu de jardins privées et d’espaces verts. L’église est même agrandie pour recevoir un nombre sans cesse plus important de fidèles.

Les restaurants voient affluer de nombreux clients, il est bien difficile de trouver une table pour qui n’avait pas réservé. On peut observer de nombreux véhicules extérieurs à la 30e randonnée du pays de Fougères, venue apporté leur concours à la fête.

Patrick Rollet et Guillaume Nédélec nous livrent détails et anecdotes concernant chaque véhicule avec beaucoup de talent comme à l’habitude.

Le cadre de l’esplanade de la gare de Bagnoles de l’Orne coche toute les cases. Situé en plein centre-ville à proximité du lieu de stationnement des véhicules au jardin du lac, le site permet au nombreux public de s’installer dans les gradins et de profiter du spectacle pleinement. L’accès, la présentation et le retour des véhicules tout est parfaitement accessible.

Mais voyons un peu les protagonistes de notre histoire. Les marques à l’honneur pour cette 30ième randonnée du pays de Fougères étaient Frazer-Nash et Alfa Romeo.

Frazer-Nash est une marque Anglaise fondée en 1922 par Archibald Frazer-Nash et Henry Godfrey. Reprise en 1929 par les frères Alindgton la société fabrique des véhicules mais importe également des BMW. Après guerre, ils produisent également des voitures de sport à moteur BMW/Bristol. L’aventure cessa en 1957.

Ici une belle représentante de la marque, une Le Mans 1952. A l’origine en monoplace, elle participa au championat de F2 et Formule libre en 1952 et 1953 en Angleterre et en Irlande

Alfa Romeo est une marque que l’on ne présente plus. Les modèles présentés à la 30ième randonnée du pays de Fougères n’étaient évidemment pas les plus courants. 2 modèles 6C absolument superbes avaient fait le déplacement. Une 6C 2500 Touring 1939 et 2300 MM Touring 1938 que nous avions eu la chance de croiser. Vous l’aurez deviné 6C pour 6 cylindres.

Un peu plus courants, les autres modèles ne déméritaient pas. Gulietta Sprint 1962 actrice a part entière du film « Les choses de la vie » de Claude Sautet en 1970, 1900C Sprint Touring 1956, Giulia Spider Veloce 1961, Spider Duetto 1967, Montréal 1972.

Autres Italiennes de renom Maseratti Mistral 1968, Lamborghini Jarama 400 GT, Ferrari 365 GT 2+2 1969, Dino 246 GT 1971, Lancia Flamina Coupé, Aurelia B24 S 1958.

Pour terminer avec les Italiennes, un exemplaire avec un air très Britannique non ? Une Innocenti mini Cooper MK1 1966 fabriquée sous licence

Transition avec la précédente, les Anglaises étaient bien présentent Vauxhall, Jaguar, Aston Martin, Morgan et autres Austin.

Les autres marques Européennes Peugeot, CG, Citroën, Simca, Facel-Vega, Talbot Lago, Renault, Sandford, Volvo mais aussi Mercedes, BMW, étaient là elles aussi. Notez la similitude des optiques des Mercedes « Pagodes » et de la Facel Vega.

Traversons maintenant l’Atlantique en direction des USA. La surprenante Simplex 50hp 1911 et so 4 cylindres de 9783cm³, mais aussi une Nash Ambassador Eight Convertible 1940 sans oublier Ford A, Mustang et Chevrolet F3100

Enfin terminons ce tour d’horizon non exhaustif, par un modèle rare que je n’avais jamais croisé roulante. Vue au musée du Sanxet (ici), à l’état de « sortie de grange », la Cord 812 de 1937 est une auto décidément bien désirable. Issue des développements techniques de la L29 comme la traction aux roues avants, suspensions indépendantes, boîte 4 rapport BorgWarner et freinage hydraulique en font un ORNI en 1935 sous le nom 810. En 1937, elle devient 812 suite à quelques modifications. C’est une des voitures les plus rapides de l’époque. Nous la qualifierions d’hypercar aujourd’hui.

Son moteur 8 Cylindres en V8 4,3l Lycoming Engines développe une puissance de 170ch ce qui permettait, lorsque qu’elle était équipée d’un compresseur en option des vitesses de 170 km/h.

Son style si particulier fût dicté par l’aérodynamisme. Pas de gouttières, des feux escamotables et de subtils détails de carrosserie lui donne ce genre unique.

Pour conclure

La 30e randonnée du Pays Fougères a rempli sont principaux objectif : donner du plaisir à tous. Aux participants évidemment par un programme varié et enrichissant mais aussi au public qui a pu découvrir et admirer des véhicules précieux par leur histoire, leur intérêts historiques et leur rareté. Cela crée du lien entre les personnes présentes et ça n’a pas de prix.

En quelque chiffres, 160 équipages, soit plus de 300 personnes dont 29% de nouveaux venus. 49% des équipages viennent de France. 60 marques différentes impossible de toutes les évoquer et j’en suis sincèrement désolé car chacune était digne d’être présentée.

L’équipe APPF/AVIV bien épaulée par les membre du Bagnoles Moteurs Classiques ont réalisé une fois de plus un évènement hors du commun. Si vous croisez les magnifiques affiches annonçant la randonnée, signées Patrick Rollet, rendez-vous disponible, vous ne le regretterez pas.

Pour les plus curieux, le site de APPF présente les véhicules sur la 30ième randonnée du Pays de Fougères

Affiche Patrick Brunet Randonnee APPF 2026-

Encore un peu ?

 

Hugues Desoize

Breton et collectionneur, dans l'automobile au jour le jour, Hugues se rend sur les rassemblement en Simca ou en Solex et vous les fait vivre sur News d'Anciennes depuis l'été 2021.

Commentaires