Si la Monterey Car Week s’est imposée comme étant le 1er évènement automobile au monde ce n’est pas par le fait du hasard mais pour une raison simple : l’addition de Personnalités qui va de paire avec les magnifiques machines présentées. Personnalités avec un P majuscule tant elles sont hautes en couleur… et en passion. Parmi celles-ci il en est une qui cultive une certaine discrétion mais n’en est pas moins le « Parrain » de la Monterey Car Week tant il est omniprésent : Bruce Canepa.
Qui est Bruce Canepa ?
L’homme a toujours été fasciné par les automobiles, les motos et les camions depuis sa plus tendre enfance. Né et élevé à Santa Cruz, en Californie, Bruce a grandi comme un garçon californien typique, passionné de hot rods, de voitures de sport et de course automobile. À douze ans, son père lui avait appris à conduire presque tout, de sa première voiture, une Ford Modèle « A » de 1929, à un camion diesel à dix roues. Il travaillait dans la concession familiale dès ses moments libres, apprenant la mécanique, la fabrication de pièces, la carrosserie et la peinture.
Comme tout ce qu’il fait il s’est lancé à fond dans la compétition. Il a commencé dès que le règlement l’a permis, d’abord en quarter Midgets et en Kart puis en Super Modified et en Sprint Cars. Outre de nombreuses victoires dans toutes les catégories il a été élu consécutivement « Rookie de l’année » et « pilote ayant le plus progressé dans trois catégories : Sportsman, Modified et Sprint Cars.
Aujourd’hui, il s’implique avec passion dans tous les aspects de ses entreprises, de la conception et du développement de véhicules à la vente de voitures historiques et de collection, en passant par la restauration et la compétition.
En 1978 il se lance dans le très haut niveau en participant aux courses IMSA et TRANS-AM. En 1979 il participe aux 24 Heures de Daytona avec sa propre équipe et sa Porsche 934. Associé à Rick Mears et Monte Shelton ils terminent à une superbe 3ème place au scratch. Porsche est tellement impressionné par cette performance qu’ils lui fournissent une 935 usine flambant neuve pour le reste de la saison.
Au début des années 1980 Bruce se retrouve copilote avec Gianpiero Moretti au volant de la célèbre Porsche 935 de l’écurie MOMO à Daytona, Mid Ohio et Riverside. 1982 il est de retour aux 24h de Daytona avec Bobby Rahal et Jim Truman au volant du premier prototype March GTP « Ground Effects ». Il pilote ensuite la Lola T600 Electrodyne aux 6h de Riverside en 1984. Bruce termine la décennie avec succès au volant de sa propre Porsche 962 lors des épreuves IMSA de la côte Ouest.
Toujours prêt à relever de nouveaux défis Bruce décida de participer à la Pikes Peak international Hill Climb en 1981. Il prend sa monoplace Porsche conçue sur mesure. A la surprise générale il se qualifia premier et termina à une incroyable seconde place au classement général. Il y retourna 19 ans plus tard établissant le record du parcours pour les poids lords double essieu en 2000 et 2001, il franchit la ligne d’arrivée en 13m57s 800 en 2002. Le record tient toujours.


Depuis 1980, Bruce a non seulement piloté de puissantes voitures de course mais également ses entreprises Canepa, Canepa Racing, Canepa Restauration et Concept Transporters. Bruce est un PDG très impliqué alliant sens des affaires intensité en course et souci du détail. Aujourd’hui cela lui vaut une réputation mondiale de qualité et de performance.
Quelques questions à Bruce Canepa :
PH : Bruce Canepa et la 959 : Il y a des rencontres qui changent une vie !
J’ai eu la chance de pouvoir acheter la première Porsche 959 en 1987, c’était la toute première aux Etats-Unis. Je l’ai faite venir avec un visa de touriste, Rudi Henley propriétaire de Liqui Moly résidait en Europe et l’a mise à son nom. Peter Schutz et Helmut Bott ( les dirigeants de Porsche à l’ époque) voulaient voir si la 911 avait un futur, ils ont donc décidé de faire une sorte de «911 ultime» pour le groupe B, transmission intégrale à répartition variable paramétrable selon 4 modes au tableau de bord, moteur bi-turbo de 444ch, boite 6, culasses refroidies par eau du fait des 4 soupapes.
Cette auto fut présentée lors du salon de Francfort en 1983 sous forme de « concept-car ». Peu de temps avant la FIA avait changé ses règlements pour encourager les constructeurs à faire de la compétition : il ne fallait plus commercialiser « que » 200 exemplaires pour prendre part aux compétitions du groupe B. Porsche avait deux objectifs en tête : tester l’avenir de la 911 par rapport aux Porsche moteur avant watercooled et faire de cette auto une vitrine technologique assommant la concurrence.
Nous étions plusieurs à être tombés amoureux de cette voiture : Bill Gates, Paul Allen (son associé) et moi-même. Dès leur arrivée en Californie les voitures ont été immédiatement saisies par les douanes américaines. Il était impossible pour nous de les immatriculer et encore moins de rouler sur le sol américain. Ainsi, les Porsche 959 étaient condamnées à rester dans un entrepôt à moins de trouver une faille dans la loi. C’est donc ce que j’ai entrepris. Bill Gates m’a mis en contact avec Warren Dean, un avocat influent de Washington. Nous avons donc travaillé sur une nouvelle loi permettant l’importation de voitures rares.
La loi «Show & display» fut adaptée en 1988 . Cette loi permettait l’ importation de voitures répondant à des critères «pointus». Déjà il fallait une production inférieure à 500 exemplaires. Elles devaient aussi ne pas être commercialisées aux USA. Enfin, ces voitures devaient respecter les normes environnementales américaines. Je les ai modifiées pour leur faire respecter les normes antipollution US. Je n’ai pas voulu réduire la puissance et ai optimisé ECU ainsi que les catalyseurs. La 959 était alors homologable et délivrait 575 ch ! Dernier point, la voiture ne doit pas parcourir plus de 2000 miles/an.
Grace à cette «CANEPA LAW» d’autres voitures d’exception telles que la Jaguar XJ220, la Bugatti DIVO et la Nissan SkylineR34 GT-R ont pu être homologuées.
On pourrait croire que l’histoire avec la 959 venait de connaître un épilogue heureux à travers son homologation. En fait, pour moi elle venait tout juste de commencer. Cette auto avait 20, 30 ans d’avance sur son temps : j’ai donc entrepris de la faire évoluer et aujourd’hui, presque 40 ans plus tard, une 959 SC (NDLR : Revue par Canepa, voir plus bas) développe 800 ch, freine mieux, tient mieux la route et conserve cette facilité d’usage qui la caractérise. Cette voiture et notre histoire à CANEPA RACING sont intimement liées. Un peu comme un coup de foudre qui se transforme en mariage heureux et dure toute la vie.
Canepa 959SC – La Porsche 959, réimaginée par Canepa
La base est donc première « supercar » de Porsche. Mais elle a été profondément revue.
On parle de 50 voitures produites au total. La première a été achevée en 2023. C’est l’aboutissement de plus de 30 ans de développement et d’ingénierie de Canepa sur la Porsche 959. Résultat : le moteur 2,85 L biturbo , 4 soupapes/cylindre développe 850 chevaux, 861Nm de couple.
La transmission se fait via une boîte manuelle à 6 vitesses, et la transmission intégrale avancée Canepa « PTS ». La suspension est spécifique, le freinage a été revu, les roues 18″ sont en magnésium et chaussent des pneus hautes performances Michelin Pilot Sport 4.
L’intérieur n’est pas oublié avec cuir intégral et la mise à niveau de l’éclairage et de la stéréo. Plus de 400 heures sont consacrées à chaque intérieur.
Les Porsche 959 étaient à l’origine dotées d’un choix très limité de couleurs, la majeure partie de la production étant rouge, argent et blanc. Pendant le processus de construction d’une 959 SC Canepa, le propriétaire peut choisir littéralement n’importe quelle couleur. Les couleurs sont choisies et optimisées par l’atelier de peinture interne de Canepa en utilisant la plus récente technologie de peinture. Une peinture de qualité « concours » est appliquée. Une fois terminé, le châssis 959SC paraît plus beau que neuf, rehaussé de couleurs jamais disponibles à l’origine.






Concernant la Porsche 959
Les restaurations Canepa
Une restauration CANEPA ? La culture de l’excellence et de l’absence de risque. Rien n’est fait à l’économie, tout ce qui serait conservé dans un autre établissement en espérant qu’il n’y ait pas de souci, ici on leremplace avec du neuf ! Pas d’états d’âme, on ne veut pas voir une auto revenir elle doit sortir des ateliers neuve voire « mieux que neuve ». Bruce Canepa a bâti ainsi ses succès en courses, avec rigueur et méthode, il en va de même pour les autos qui sortent de ses ateliers.
On assume d’être plus cher parce que « la qualité n’a pas de prix », le résultat est un long cheminement, c’est cette culture de l’excellence qui a mené Bruce à concentrer tous les corps de métiers en interne, carrosserie, peinture, sellerie, mécanique. La maîtrise de la qualité est à ce prix, on ne dépend pas de l’extérieur, on contrôle tout. En fait c’est un investissement gagnant : le client ne tombe pas en panne, il est content, on ne doit pas reprendre le travail et le client content revient pour acheter une, d’autres autos et en parle autour de lui. La phase d’investissement ce sont les premières années pour bâtir la réputation.




Méthode : Culture de l’Excellence avec tout ce que cela implique comme conséquences
Méthodes extrêmement modernes, il y a chaque semaine mise en ligne. une vidéo montrant les restaurations et nouveautés. C’est clean, c’est efficace, on voit que l’on a affaire à une entreprise extrêmement moderne et la volonté de transparence met en confiance les clients. On ne fait jamais mieux son propre éloge que soi-même…



La passion extrême ?
Rouler sur route ouverte avec une voiture de compétition a toujours été le fantasme ultime. Très peu ont eu le privilège de le réaliser. De nombreux passionnés roulent avec des voitures civiles «coursifiées», Bruce lui roule sur route avec une 917 et une 962 qu’ il a pris le soin de faire homologuer. Avouons que ce n’est pas banal et cela en dit long sur la passion de l’homme pour les Porsche



Demain GMA et…
Autre conséquence de cet « investissement qualité » cela a permis à Canepa de décrocher la prestigieuse distribution des Gordon Murray Automotive pour les Etats Unis. Tout client d’une GMA devra passer par Canepa Sport tant pour l’achat que pour l’entretien. C’est la conséquence du travail réalisé avec les premières restaurations puis la série des 50 959 SC.
Conclusion & Analyse
Le hasard n’existe pas…
CANEPA SPORT est aujourd’hui une entreprise de référence aux USA. Le travail est rigoureux et méthodique on veut que le client soit content car alors il reviendra, Dans un secteur où les déceptions sont fréquentes cette philosophie est une assurance vie pour l’entreprise et ses propriétaires. Bruce Canepa est une figure locale et jouit d’un certain pouvoir pour ne pas dire un pouvoir certain en Californie, à Laguna Seca et même sur le continent Nord-Américain.
Bon pilote sans être un champion c’est la 959 SC qui l’a fait accéder à la notoriété et qui restera comme « la » grande œuvre de sa vie. Aurait-il pu rejoindre les Dallara, les David Richards/Prodrive les De Chaunac/Oreca, les Nicolet/Ligier au Panthéon mondial des préparateurs de course ? Il a fait ce qui lui plaisait le plus. Choisir sa vie est un luxe. Maintenant son dernier challenge s’appelle Laguna Seca. Wait and see…
CANEPA SPORT
4900 SCOTTS VALLEY DRIVE
SCOTTS VALLEY
CALIFORNIE 95066
USA
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