La R8 Gordini de François, histoire d’une belle au regard signé Autobleu

Publié le par Benjamin

La R8 Gordini de François, histoire d’une belle au regard signé Autobleu

Ce n’est pas d’un modèle qu’on vous parle aujourd’hui mais d’une voiture en particulier. Tout simplement parce qu’elle est probablement unique en son genre. La R8 Gordini n’est pas vraiment une rareté. Si elle n’a pas été produite en grès grand nombre, elle reste très visible sur les événements de voitures anciennes, bien aidée par des répliques. Le fait est que notre auto du jour a un regard bien particulier créé non pas par la marque mais par un accessoiriste jamais à court d’idées à l’époque. On vous raconte donc la rencontre entre une R8 Gordini et Autobleu, une rencontre qui ne se limite pas au moteur !

Autobleu, des échappements et des coupés

Avant de nous pencher sur la R8 Gordini, il faut rappeler ce qu’est Autobleu. Les passionnés des Renault sportives connaissent forcément. Les autres, moins. Il faut dire que la société eut une existence brève, entre 1950 et 1971. Tout part de l’AGACI, l’association des pilotes indépendants née en 1935. À la fin des années 40 elle est présidée par Maurice Mestivier et Roger Lepeytre en est le secrétaire. Les deux ont des envies de développements techniques.

Ils vont notamment développer une monoplace Simca 8 Sport en 1948 qui court au Bol d’Or en 1949 avec Vernet qui remporte sa catégorie et finit 3e au général.

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En 1950, ils lancent leur société, ce sera donc Autobleu. Leur idée première est de donner du peps à la Renault 4CV et son petit moteur Billancourt. Ils conçoivent une tubulure spécifique et installent différents carburateurs. La voiture est bien plus performante et on la demande est là. Ils vendent quelques tubulures à droite et à gauche… jusqu’à ce que la régie ne vienne frapper à leur porte. Pour doper la 4CV et la vendre aux USA, ils ont besoin des tubulures Autobleu. L’atelier ne peut produire qu’une pièce par jour… il va grossir et fournir les 80 prévues dans le contrat. Le chiffre montera même à 120 !

Les rêves de développement sont alors nombreux. Autobleu veut construire sa voiture et ils vont approcher Segre et Boano qui officient chez Ghia. Le but : construire un coupé sur la base de la Renault 4CV. L’auto est présentée au salon de Paris 1953 et plaît suffisamment à la régie pour que le réseau la commercialise directement. Il faut encore la fabriquer. Francis Guérin, un ami carrossier, se propose mais la fabrication est lente et la qualité mauvaise. En 1956, le coupé commence à être assemblé par Chapron qui en tire même un cabriolet.

Ce n’est pas leur seul « occupation ». En 1954 Autobleu s’est associé à l’ingénieur Marcel Riffard qui a préparé un châssis tubulaire et une carrosserie très aérodynamique qui accueille un moteur Billancourt préparé chez Autobleu. La 750 MM atteint 170km/h à Montlhéry. Engagée aux Mille Miglia, elle abandonne en 1954 et 1955 et on la verra ensuite en course en 1956.

À la même période, la Renault 4CV est remplacée par la Dauphine et Autobleu se penche sur les 1093 avec un énorme succès autant d’estime que commercial. En dehors des Renault Autobleu réalise également des tubulures pour les 203, 403, les Simca Aronde, produit des échappements Abarth sous licence et réalise ceux des Tracteurs Renault (3000 pièces par mois) et même des moteurs marins.

Autobleu et la R8 Gordini

En 1964 sort la Renault 8 Gordini. On parle ici de la méconnue 1100, celle qui a finalement un peu de mal à lancer sa carrière.

La voiture est performante, de base, mais avec un kit Autobleu, elle l’est encore plus. Filtre à air, carbu Weber, culasse, arbre à came, allumeur et évidemment tubulure et échappement permettent de gagner en performance. Le kit qui se monte sur le moteur Cléon 1108cm³ sera par la suite adapté aux 1300. Bien évidemment, il concerne les R8 mais aussi les Alpine. Entre 1964 et 1971, date de la fermeture d’Autobleu, ce sont des milliers tubulures qui sont vendues (le chiffre de 200.000 vu sur internet est semble exagéré même si le kit se montait aussi sur des R8 classiques).

C’est également avec la sortie de ces Gord’ qu’Autobleu réfléchit à d’autres améliorations. On commercialise par exemple des enjoliveurs qui font penser que la voiture est dotée d’un écrou central papillon ! Surtout, la voiture est donnée pour 170 km/h mais son éclairage de base est faiblard. Il ne faut pas oublier qu’il faut attendre la 1300 pour la voire se parer de 4 phares à l’avant. À partir de 1965 Autobleu va proposer un autre accessoire, celui qui nous intéresse. Il s’agit d’une face avant complète dans laquelle les optiques sont doublées !

Comme pour les moteurs, c’est un kit accessoire qu’il faut monter. Bien réalisé, il permet donc de posséder une R8 Gordini avec 4 phares à iode ! La ressemblance est frappante avec une voiture germanique sortie la même année : la NSU Prinz 1000 TT. Quelques pubs sortent alors et la voiture apparaît dans la presse.

Le gain est certainement conséquent en visibilité… mais la tentative va se révéler anecdotique car la diffusion semble avoir été très limitée.

La R8 Gordini Autobleu de François

Si la diffusion est confidentielle, une R8 Gordini avec les phares Autobleu est arrivée jusque nous. Cette voiture, c’est celle de François et l’on croisée à deux reprises au cours de l’année écoulée, à Lohéac en Octobre dernier pour les 60 ans de la R8 Gordini puis à l’Auto Passion 55 le 14 Juillet dernier.

Pour François, cette R8 Gordini est plus qu’une trouvaille, c’est une madeleine de Proust. Saumurois, il est bercé par les mécaniques sportives depuis l’enfance. Son père, carrossier, roule en rallye. Il débute en Dauphine Gordini, préparée par Ferry, pas par Autobleu, avant de rouler sur des R8 Gordini 1100 et 1300. Autant dire que les Gord’, il connaît.

Mais dans son enfance à Saumur, il y a une Gord’ particulière qu’il remarque. Cette voiture n’a pas la même face avant que les R8 Gordini paternelles, elle est équipée de la calandre Autobleu à quatre phares. Son propriétaire travaille au cadastre et la voiture est souvent présente près de la mairie. François tourne souvent autour… et va même jusqu’à la suivre à vélo !

Saut dans le temps.
François travaille du côté de Saint-Nazaire à la fin des années 90. Toujours piqué, il envisage de succomber à sa passion et de s’offrir une R8 Gordini. La chance lui sourit puisque dans Auto Passion n°130 (Juillet/Août 1999) apparaît une petite annonce, celle de LA R8 Gordini à calandre Autobleu, toujours du côté de Saumur. Mettant ses parents à l’œuvre, François envoie rapidement un chèque et achète celle qui a bercé son enfance.

La voiture est de 1965. Elle a au moins participé à une course de côte. Plus de 30 ans plus tard, elle n’est pas au mieux de sa forme. François entreprend donc une restauration qui va durer 4 longues années. La carrosserie sera le travail de son père, carrossier on le rappelle. Pour la mécanique, il s’adresse au « Sorcier Nazairien ». C’est Jacques Redois, reconnu pour faire des merveilles dans ses préparations mécaniques. La restauration est achevée en 2003. À l’Automne 2004, cette R8 Gordini au regard si particulier est de sortie pour les 40 ans de la Gord’ à Lohéac.

Elle vit une belle vie jusqu’en 2012 quand le vilebrequin casse. Retour chez Jacques Redois et la R8 Gordini pourra de nouveau être présente à Lohéac en 2014, cette fois pour les 50 ans du modèle. Depuis, l’auto a beaucoup roulé. Elle sert tous les week-end ou presque et même pour les vacances, avalant les kilomètres. Elle a ainsi été vue à La Remise à Antraigues, dans les Alpes, au Musée du Quercy…

Par contre, malgré toutes ces sorties, elle reste désespérément seule ! Jusqu’à présent, François n’a réussi à retrouver aucune autre voiture dotée de la fameuse calandre Autobleu. Le seul indice à se mettre sous la dent à propos de la fabrication d’autres R8 Gordini similaires vient d’une annonce trouvée qui ne proposait que la face avant à un prix que François jugea trop élevé.

En tout cas, cette voiture, vous devriez avoir l’occasion de la revoir, profitez en, ce n’est pas tous les jours !

Un énorme merci à François pour ces informations et documents.
Photos complémentaires : R8Gordini.com

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

Commentaires

  1. denis

    moi aussi j’ai 4 phares comme elle, mais je préfère ma 1200 TT nsu

    Répondre · · 29 août 2025 à 17 h 21 min

  2. MERIEAU Patrice

    Merci pour cet articles et ces commentaires très instructif.
    Quelqu’un a t il repris la production des pipes et autres accessoires Auto bleu ?
    J’aimerais équiper un 1100 sur une Caravelle de cela.
    Belle Journée

    Répondre · · 1 septembre 2025 à 11 h 36 min

  3. Benjamin G.

    Petite contribution de ma part: l’entourage chromé des phares de la version Autobleu n’est autre que celui des Citroën Ami 6 version Club!

    Répondre · · 9 septembre 2025 à 21 h 57 min

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