Attention rareté ! Oui, c’est étonnant quand on parle d’une 1100, une voiture qui fut quand même la dernière auto à se hisser en tête des ventes en France sans afficher un lion ou un losange sur sa calandre (en 1972). Mais la 1100 fut une gamme complète allant de la petite 5CV jusqu’aux puissantes Ti avec plusieurs variantes de carrosserie. Ça tombe bien, notre visite au Garage Clément nous permet de tâter à la fois d’une carrosserie et d’un moteur qu’on n’a jamais essayé avec cette Simca 1100 break Spécial. En route.
Notre Simca 1100 break Spécial
La Simca 1100 c’est donc la voiture à tout faire de Poissy. Compacte moderne avec son architecture finalement peu répandue à l’époque, elle va connaître différentes formes. Si elle doit son nom à la cylindrée du moteur Poissy des premières versions, on va la décliner à toutes les sauces pendant une carrière qui l’emmène de la fin de l’année 1967 jusqu’en 1981.
Parmi ces modèles, on note des versions utilitaires et des versions breaks apparues dès Mars 1968 et qui seront parmi les dernières produites (l’Horizon ne proposant pas cette carrosserie). On retrouve aussi des versions pêchues. Si la Ti parle à tout le monde, elle vient renforcer l’offre proposée avec la Spécial dès 1970. En 1974, quand la Ti sort, on décide d’ailleurs de muscler toute la gamme. C’est à ce moment qu’apparaît notre voiture du jour, la Simca 1100 break Spécial, une version qui mixe un peu tout et qui est donc une rareté puisqu’elle n’est produite que pendant deux années !

Esthétiquement, l’avant de la Simca 1100 break Spécial est bien celui d’une 1100, mais d’une Simca 1100 sportive ! À l’époque on ne dynamise pas une voiture en ajoutant un spoiler ou des entrées d’air. Non, il « suffit » de lui ajouter des phares longue portée. Certains le font en les rajoutant sur les pare-chocs, sur la 1100 Spécial, on les intègre (très bien) dans la calandre.
Les phares ronds sont de chaque côté, créant toujours de légères ailes qui sculptent le capot. Ce capot est dépourvu des lettres SIMCA qui ont été remplacées par un cartouche. Si à son introduction en 1971 il était complété par le nom du modèle, celui-ci a disparu peu de temps après. En fait, ce n’est pas à l’avant qu’on va reconnaître les spécificités de notre Simca 1100 break Spécial.




Le profil est plus intéressant au niveau des particularités. Incontestablement, on voit ici un break. Si on reconnaît bien la cellule avant d’une Simca 1100, l’arrière est donc différent. Ne pensez pas qu’il est agrandi, la 1100 break est étonnante car elle est en fait quelques centimètres plus courte que la version berline 5 portes ! La différence vient du pavillon qui se prolonge et qui donne sur un hayon résolument plat au lieu de celui « cassé » des 3 et 5 portes. Sous cet angle, on pourrait lui trouver une ressemblance avec la Renault 6, sa concurrente directe.
La Simca 1100 break Spécial comporte encore du chrome, visible avec les baguettes présentes sur tout le flanc et sur les poignées de porte. Celles-ci permettent de dater notre auto du jour. La Simca 1100 break Spécial est apparue au millésime 1974 et a disparu après le millésime 1975. Ces poignées de porte ne sont apparues que sur le millésime 1975, voilà l’année de notre belle rouge.
Dernière particularité de la Simca 1100 break Spécial : ses roues. Elles reprennent le dessin de celles des autres spécial, plus larges que les 1100 du reste de la gamme mais la monte pneumatique est différente sur le break puisqu’il chausse du 155 au lieu du 145.

Enfin, on passe à l’arrière. La Simca 1100 break Spécial propose donc un hayon bien plus sobre que celui des autres autos de la marque. Une simple poignée est située au milieu tandis que le monogramme affiche bien deux cartouches qui permettent d’identifier le modèle. Les feux de notre break sont évidemment verticaux… et font eux aussi penser à ceux des Renault 6. On note également que les break perdaient leur butoirs à l’arrière, tout simplement pour pouvoir ouvrir le hayon qui descend plus bas que sur les 3 et 5 portes.
En bref, la Simca 1100 break Spécial ne se fait quasiment pas remarquer. Sa plastique est simple et fonctionnelle et seuls quelques détails permettent de se douter que ce n’est pas une LS et que, potentiellement, ça peut envoyer ! Au passage, on note le superbe Rouge Amarante de notre Simca 1100 break Spécial du jour, une couleur qui, elle, se remarque.





Technique : une spécial
Notre voiture du jour n’est donc pas une auto « bas de gamme ». C’est tout simplement le break le plus puissant de la gamme puisque la Ti n’a pas eu droit à sa déclinaison break. Attention, on parle de puissance d’une française des années 70, n’espérez pas un break survitaminé façon dévoreur d’autobahn. La Simca 1100 break Spécial se contente de 75ch et c’est déjà quelque chose.

Sous le capot on retrouve donc le moteur Poissy. Au moment d’appliquer le nom « Spécial » sur sa 1100 (un nom inauguré sur les Aronde et remis au goût du jour par les 1501), Simca va reprendre une version plus musclée que le 1118cm³ qui équipe la majorité de la gamme. On utilise d’abord un 1204cm³ gavé par deux Weber double corps de 36 qui sort 75ch.
Ce moteur évolue en 1972. Celui qui équipe notre Simca 1100 break Spécial du jour est passé à 1294cm³, la même cylindrée que la Ti, qui sort toujours la même puissance. Néanmoins, le couple maxi est disponible plus bas tandis qu’il ne fait appel qu’à un seul carburateur, plus facile à régler.
La puissance est envoyée aux roues avant via une boîte 4 vitesses, rappelons que la 1100 est la première traction chez Simca. Comme sur les autres 1100, les freins avant sont des disques tandis que des tambours se chargent de l’arrière, le tout étant assisté d’un mastervac (de série sur les Spécial). Le poids est de 940kg, à peine plus que la berline et la Simca 1100 break Spécial file à plus de 150km/h, pas mal !


Intérieur : traitement de faveur
La Simca 1100 break Spécial apparaît en 1974 avec les quatre compteurs ronds. Mais notre auto est donc de 1975 et c’est pour cela qu’elle reçoit le nouveau tableau de bord apparu cette année là. Il est marron sur notre auto du jour et pouvait être disponible en noir avec d’autres coloris extérieurs. S’il est d’un dessin plus moderne, on regrette tout de même les 4 compteurs ronds et le « bois » des précédents millésimes.

L’instrumentation est donc réduite mais suffisante. Montre et température d’eau à gauche avant de passer au tachymètre et au compte-tours. À droite, place à la jauge de carburant et au témoin de charge. Le tout est bien abrité sous le plastique qui forme une casquette mais est placé sur une platine largement inclinée. Le volant à trois branche, introduit avec les premières Spécial est toujours à sa place. L’emplacement de l’auto-radio est vide et surmonte les commandes de ventilation. Peu de boutons s’offrent à bord, tant mieux pour la prise en main.
La sellerie est en parfait état sur notre Simca 1100 break Spécial avec une couleur beige plutôt bienvenue, même si le rouge de la tôle se fait rare à l’intérieur pour apporter du contraste. De base, c’est un assemblage drap-vinyle qui orne les sièges mais sur notre auto du jour on a droit au tout vinyle disponible en option. Notons que les sièges disposent d’un appuie-tête, la Spécial étant la première 1100 à les proposer à son lancement. À l’arrière on est tout aussi bien accueilli. Signe de leur temps, des cendriers sont à disposition !




Au volant de la Simca 1100 break Spécial
La belle est à température ambiante, c’est à dire chaude. En tant que propriétaire de Simca 1100, je retrouve vite la position de conduite que je connais, même si les sièges de la Simca 1100 break Spécial sont moins affaissés que les miens et même si la présentation à bord a changé. La grosse différence, c’est quand je démarre le moteur. Habitué au 944cm³ de ma 5cv, c’est forcément une autre mélodie qui sort de ce 1294cm³. Néanmoins, on reconnaît le timbre général mais avec un grondement un peu plus suggestif qui différenciera déjà la Simca 1100 break Spécial d’une GLS.


Le long levier de vitesse n’a pas évolué et il est toujours aussi fin. La première est rentrée et la balade démarre. Pas le temps de pousser un quelconque rapport que nous arrivons à un stop sur la nationale. Heureusement que le moteur est déjà à température car ça va déjà être l’heure du test. Les camions ne laissent pas trop de marge, il faut accélérer ! Je pousse la première, puis la seconde. L’accélération est suffisante et je me stabilise tranquillement à la vitesse maximale autorisée en 4e.
La boîte de vitesse de notre Simca 1100 break Spécial est typée comme sur le reste de la gamme. Résultat, à 90 j’évolue déjà à 3000 tours. Oui, vous l’aurez deviné, ça fait un peu de bruit surtout que le soleil impose de rouler les fenêtre ouvertes pour ne pas fusionner avec les sièges en vinyle. Ceux-ci sont confortables et toute la voiture l’est. Les aspérité de la route ne martyrisent pas le dos et on roule, sereinement.



Voici qu’arrive un premier rond point. Jusqu’à présent je n’ai fait que monter les rapports. Maintenant va falloir descendre et, donc, tâter de la fameuse boîte et de ses synchros Porsche si fragiles. Celles de notre Simca 1100 break Spécial semblent en meilleur état que sur ma voiture, aucun craquement n’est entendu entre la 3e et la 2e.
Dans le rond point, j’y vais doucement. Oui, je conduis un break. Pourtant, le ressenti est exactement le même que la berline. La quasi absence d’embonpoint et la faible différence de position du centre de gravité font que la Simca 1100 break Spécial ne subit pas sa carrosserie originale. L’arrière semble même étonnamment léger. Au moment de sortir du rond-point, je tente une relance plus virile. Le moteur monte dans les tours, et il le faut puisque le couple maxi n’est atteint qu’à 4600 tours !
Pas le temps de trop pousser que me voilà en ville. Sans trop de surprise, la Simca 1100 break Spécial s’y sent à l’aise. Notre auto est une version plus performante d’une compacte déjà taillée pour les espaces urbains, pas une pure sportive. Son gabarit se faufile dans les chicanes et permet de croiser de gros SUV électriques sans avoir peur pour les rétros. En bonus, comme dans beaucoup d’anciennes, la visibilité vers l’extérieur n’est pas obstruée par les montants. Les ralentisseurs ? Il y en a mais ne posent pas de problèmes à notre voiture ancienne qui n’est pas rabaissée et ne propose pas d’amortissement durci, contrairement à la Ti.



En sortie de ville, voici qu’arrivent une route parfaite pour tester une telle voiture. Des virages, des lignes droites et personne à l’horizon si ce n’est quelques vaches assommées par la chaleur ambiante. Celles-ci voient passer une petite voiture rouge qui fait un certain bruit. Il faut vraiment cravacher pour tirer le meilleur du moteur. Oh oui, il aime les tours. Quand on s’y cale bien, il se montre vraiment performant et le fait avec un son qui évoque parfaitement une petite cylindrée en train de tout donner.
Les virages ? Pas de souci. La Simca 1100 break Spécial a beau avoir un physique d’utilitaire, le poids reste sous la tonne. Même en haussant le rythme, le freinage rassure. Oubliez le mordant d’une voiture moderne mais pour une voiture qui n’a pas cédé au « tout disque » c’est très correct même si on aurait aimé le sentir plus costaud. La direction n’a rien du scalpel mais permet de bien placer l’auto. Le train arrière est léger mais obéit au train avant, moteur. Il suffit de rester dans les tours pour lui faire appliquer ce qu’il faut de force et tout le reste de la voiture suit.
Non, la Simca 1100 break Spécial n’est pas une danseuse, ce n’est pas une ballerine ni même une authentique sportive. Si elle peut se faire décrocher par une Ti, ce sera uniquement dans les lignes droites car le reste du temps elle est tout à fait performante. On s’amuse sans avoir besoin de regarder le compteur, et en essayant plutôt de maintenir l’aiguille du compte-tours dans sa seconde partie.



La nationale est de retour. Allez, on calme le jeu et la Simca 1100 break Spécial redevient une voiture très classique. Sa polyvalence est certaine et il faut bien avouer que cette version si originale dans sa forme est très attachante. Au moment de laisser les clés… on en redemanderait bien une ration !
Conclusion
La Simca 1100 break Spécial n’a rien d’un placide break. Attention, elle n’a rien du sleeper façon break allemand des années 90 puisque ses performances restent modestes… mais bien supérieures à celles de nombreuses concurrentes de l’époque. La combinaison entre ce moteur performant et cette carrosserie utilitaire aurait pu être une manœuvre marketing mais le fait est que ça marche !
On n’ira pas gratter le chrono à son bord. Non, on laissera ça aux propriétaires de 1100 Ti (ou de 1000 Rallye) mais on s’amusera largement assez. Et puis on pourra jouer à l’assistance rapide en bénéficiant du (petit) surplus de place dans le coffre et ça c’est déjà pas mal !
| Les plus de la Simca 1100 break Spécial | Les moins de la Simca 1100 break Spécial |
|---|---|
| Son originalité | Sa rareté |
| Son rapport prix/perfs | Performances absolues |
| Ses équipements | |
| Sa polyvalence |











| Fiche technique | Simca 1100 break Spécial |
| Années | 1974-1976 |
| Mécanique | |
| Architecture | 4 cylindres en ligne |
| Cylindrée | 1294 cm³ |
| Alimentation | Carburateur double-corps |
| Soupapes | 8 |
| Puissance Max | 75ch à 5800 trs/min |
| Couple Max | 103Nm à 4600 trs/min |
| Boîte de Vitesse | Manuelle 4 rapports |
| Transmission | Traction |
| Châssis | |
| Position Moteur | Transversale avant |
| Freinage | Disques AV et Tambours AR |
| Voies | AV 1367 mm / AR 1310 mm |
| Empattement | 2520 mm |
| Dimensions L x l x h | 3929 x 1480 x 1588 mm |
| Poids (relevé) | 940 kg |
| Performances (Spécial berline) | |
| Vmax Mesurée | 156 km/h |
| 0 à 100 km/h | 13,1s |
| 400m d.a | 18,6s |
| 1000m d.a | 35,3s |
| Poids/Puissance | 12,53 kg/ch |
| Conso Mixte | ± 8,5 litres / 100km |
| Conso Sportive | ± 13 litres / 100 km |
| Prix | ± 8000 € |
Rouler en Simca 1100 break Spécial
À priori, ce n’est pas la version la plus rare de la gamme 1100, la version break 3 portes de 1968 semble encore plus rare (les chiffres trouvés montrent 2735 voitures vendues en 1973 et 1974, sans qu’on ait les chiffres de 1975 et au total 5686 break 7cv fabriqués mais jusqu’en 1977…) Néanmoins, avec deux millésimes et un placement plutôt haut de gamme (à peine moins chères qu’une Ti 3 portes) la Simca 1100 break Spécial est une vraie rareté.
En croiser une est déjà compliqué, en acheter une le sera encore plus. De fait, sa côte n’est pas vraiment établie et sera probablement légèrement supérieure à celle d’une Spécial classique. La différence viendra de l’état, une voiture parfaite comme celle que nous venons d’essayer étant très rare.
Que faut-il surveiller ? Comme sur toutes les 1100, la rouille sera un souci et pourra se loger à peu près partout. Surveillez en particulier les longerons et les joues d’aile. Côté moteur, le 1300 a été vendu sur de nombreuses autos, il est plutôt fiable s’il est bien entretenu, ses pièces sont assez courantes et le Garage Clément aura ce qu’il faut. Reste l’intérieur et l’accastillage général avec des pièces qui peuvent être compliquées à trouver.
Un énorme merci à Michael Clément du Garage Clément pour avoir permis cet essai.











Jean-Louis Martinetti
Bravo, reportage sympa, la 1100 était une voiture intelligente et l’essayeur a su se replacer dans le contexte de l’époque.
· · 17 novembre 2025 à 21 h 46 min
Wery
Super voiture très jolie aussi en Break
· · 18 novembre 2025 à 6 h 59 min