Dans la famille Jaguar, on connaît bien les mythiques coupés, la série des XK et la Type E bien entendu. Les berlines ? Elles sont un peu (beaucoup ?) dans l’ombre. Pourtant, elles représentaient une part importante de la production… et une part encore plus grande des différents modèles au catalogue, tellement, qu’on peut se mélanger les crayons dans les versions et évolutions. On a déjà essayé une Mark 2 et certains vont nous dire que la 420 n’en est finalement qu’une évolution. Sauf que ce n’est pas vrai, notre essai du jour, c’est encore une autre berline qui s’appelle d’ailleurs différemment : la Jaguar 420G. Avant de prendre le volant, on va tenter de s’y retrouver.
Notre Jaguar 420G du jour
En gros, chez Jaguar on a deux familles de berlines. D’un côté on a les berlines compactes et c’est dans cette catégorie qu’on va ranger la Mark 2 (certainement la plus connue de la bande) sortie en 1959 et son évolution technique et stylistique la Type-S sortie en 1963. Cette dernière évoluera au moment d’adopter le moteur 4,2 litres et deviendra la 420 à partir de 1966. C’est cette même année que sort la Jaguar 420G. Sauf que ce n’est pas la même famille de berlines.
Vous l’avez certainement remarqué, notre Jaguar 420G ne ressemble pas à une Mark 2. C’est tout à fait normal parce qu’elle descend d’une gamme supérieure lancée avec la Mark X en 1961. La Jaguar 420G en est une évolution et stylistiquement parlant, ça va se jouer sur des détails puisqu’on garde globalement la même forme et les mêmes dimensions (très) généreuses avec un longueur de 5,13m et 1,94m de large ! Oui, c’est un beau bébé.

Quand on parle d’évolution stylistique, il va falloir entrer dans le détail et ça peut d’ailleurs créer encore plus de confusion entre les modèles. La Mark X a toujours présenté cette face avant légèrement inclinée avec quatre phares et deux ouvertures encadrant une calandre plutôt carrée. Cette inspiration est plus à chercher du côté de Daimler que de Jaguar mais ça donne à l’auto une vraie gueule caractéristique, différente de celle des Mark 1, Mark 2 et autres Type-S et déjà vue sur la XK150 également.
La Jaguar 420G évolue cependant sur cet avant par rapport à la Mark X. Pour le coup, il faudra attendre que la belle limousine soit arrêtée devant vous pour avoir le temps de bien noter les différences. En fait, sur la face avant on retrouvera les même quatre projecteurs, les mêmes ouvertures rondes quasiment collées à la calandre et le même pare-chocs chromé rectiligne combiné à deux butoirs. Par contre, on différenciera les deux à la calandre puisque la Jaguar 420G y intègre une barre verticale en plein milieu.





Le profil de la Jaguar 420G montre bien sa longueur. Là, on retrouve une autre différence avec la Mark X puisque la nouvelle berline adopte des répéteurs de clignotants sur les flancs, juste derrière les phares, qui démarrent un jonc chromé qui court sur toute la longueur de l’auto en formant un léger arc. En fait, on souligne un pli de carrosserie déjà présent.
Le design semble simple mais inspire le luxe. Déjà avec les dimensions généreuses, tant du capot que de la malle arrière qui semble s’étirer démesurément. Les portes présentent de larges ouvertures et les vitrages sont entourés de larges baguettes chromées. Dans ce tableau, les roues paraissent presque trop simple avec leur enjoliveur plein mais ça colle bien avec la notion de luxe à l’anglaise non ?



À l’arrière, le seul moyen de différencier une Jaguar 420G d’une Mark X sera la lecture du monogramme présent sur la grosse malle. Le dessin ne change pas d’un poil avec des feux terminant deux ailes verticales qui se dessinent bien de chaque côté de la malle et un pare-chocs tout aussi massif que celui de l’avant. L’encadrement de la plaque ajoute un peu de chrome tandis que la lunette arrière semble vraiment être très loin. Enfin, les deux échappements annoncent que notre anglaise n’est pas motorisée par n’importe quelle mécanique mais on y reviendra.
Ce design, il colle bien à la limousine que veut être la Jaguar 420G. D’ailleurs, finalement, ce dessin lui va plutôt bien. Et c’est là qu’elle diffère avec la Jaguar 420 « tout court » qui a reprise cette calandre et cette grande malle mais sur les dimensions d’une Mark 2… ce qui déséquilibrait l’ensemble. En tout cas, la détailler nous prévient : on est dans le massif !





Technique : raffinée
Jaguar c’est une marque sportive dans l’imaginaire de beaucoup. Mais la Jaguar 420G est une limousine, pas un mix de luxe et de sport comme peut l’être la gamme de berline inférieure. La taille va beaucoup jouer dans l’équation, vous allez comprendre.
La Mark X est lancée avec le moteur XK de 3,8 litres de 259ch. Dès 1964, elle passe, en même temps que la Type E d’ailleurs, au moteur 4,2 litres proposant 269ch. La différence avec la précédente version est ténue niveau puissance mais le couple passe de 346 à 384Nm.

C’est une puissance bienvenue pour emmener les 2 tonnes de la bête. Et cette puissance est d’autant plus grande qu’on a de la place dans le compartiment moteur de la Jaguar 420G. On peut donc doter le moteur de trois carburateurs. Les Mk 2 (en 3,8 litres) et les 420 (en 4,2 litres) se contentaient de deux carburateurs et voyaient donc la puissance plafonner à 245ch. La différence est ténue mais vu les masses en mouvement, ça joue certainement !
Le passage au moteur 4,2 litres a aussi permis à Jaguar de proposer une nouvelle boîte manuelle à 4 rapports sur sa Mark X, reconduite ensuite sur la Jaguar 420G. Sauf que la limousine visait le marché américain, une boîte auto Borg Warner était donc au programme et, finalement, collait bien mieux au tempérament de la Jaguar 420G. La plupart des autos sont donc sorties avec cette transmission.
Pour le reste de la technique, il faut noter que la Mark X était la première Jaguar à roues arrières indépendantes, en complément des roues avant dotées de doubles triangles. La masse de la Jaguar 420G exige aussi un système de freinage adéquat. Les disques sont de taille généreuse et assistés, notez que les freins arrière sont directement accolés au différentiel. Niveau direction, là aussi la masse se ressent et la direction assistée est donc de série.
En bref, on a misé sur la souplesse et le raffinement. Cela n’empêche pas la Jaguar 420G de monter à 197km/h et d’atteindre les 100 en 10s, une belle performance.


Intérieur : une vraie limousine anglaise
Si, pour vous, l’intérieur d’une anglaise luxueuse se traduit avec du cuir et du bois à profusion, vous n’allez pas être déçu avec la Jaguar 420G : on en trouve partout ! Côté dessin, les différences existent avec la Mark X mais elles sont aussi ténues que sur la carrosserie.

Ainsi, on va regarder le haut de la planche de bord. La montre a été placée au centre et un bourrelet a été placé autour, une façon d’améliorer la sécurité. Oui, on est clairement sur une solution d’une autre époque. L’instrumentation est tout à fait correcte avec compte-tours et tachymètre derrière le volant et l’indicateur du rapport de boîte tandis que les autres jauges (température d’eau, pression d’huile ou jauge de carburant) sont situées au centre.
Revenons à l’ambiance à bord. On a donc une large présence de bois dans l’habitacle de la Jaguar 420G. Les montants et les hauts de porte adoptent des boiseries en plus de la planche de bord. Le cuir est également très présent et les larges sièges le font bien apparaître tout comme les portes ou le tunnel de transmission qui n’accueille que quelques boutons, l’autoradio (d’époque) et ses enceintes.





Dans une limousine comme la Jaguar 420G, ce serait un vrai oubli de ne pas s’installer à l’arrière. On y a de la place… et pourtant, les têtes couronnées pouvaient commander une version encore plus longue, à 8 places, produite sous le nom Daimler DS420, dont le style changeait et qui restera en production jusqu’en 1992 ! La place ne fait pas tout, on retrouve donc des sièges moelleux, deux tablettes (éclairées) en bois surmontées par un cendrier et un large accoudoir. Même le système d’ouverture de la vitre de custode est soigné.
Le vrai luxe de l’époque est complété par l’équipement qui comprend les vitres électriques mais aussi une climatisation optionnelle.



Au volant de la Jaguar 420G
C’est parti pour la conduite. Comme tout bon chauffeur, la casquette est vissée sur le crâne. L’installation se fait facilement, bien aidé par la large portière alors que la hauteur du pavillon est finalement réduite. Je me vautre dans le siège, moelleux comme un pudding et règle comme je peux la position de conduite. Pas moyen de voir le bout du capot, d’autant qu’il est plongeant, mais ça fera l’affaire.
Le moteur XK démarre. Techniquement, c’est quasiment le même que sur une Type E mais auditivement parlant, ça n’a rien à voir. Du tout. Le son est suggestif, suffisamment pour ne pas confondre cette limousine ancienne avec une moteur diesel ou hybride tout en restant suffisamment feutré pour que les occupants n’aient pas à être dérangés par le son lors de leur trajet. Oui, c’est une Jaguar, mais avec la Jaguar 420G on est vraiment dans un autre monde.
Boîte auto sur drive et on décolle. Les premiers mètres sont déroutants. La grosse berline doit se faufiler pour évoluer dans un village où les voitures se garent sur la route, sa largeur étant celle d’une supercar. Heureusement, on voit bien vers l’extérieur et la placer est plutôt simple. La direction se montre elle aussi déroutante. Pour une direction assistée d’une soixantaine d’années, celle de la Jaguar 420G est douce et étonnamment précise, sans flou au milieu. Par contre, le rayon de braquage range notre limousine dans la catégorie des supertankers.

Dans cette même ville, on apprécie la douceur de l’auto. De la boîte auto, oui, on ne sent pas les rapports passer. Mais on apprécie aussi la souplesse du moteur. Rien à voir avec celui d’une Type E qu’on aurait préparée pour aller taper un chrono, ou alors c’est que la Borg Warner a vraiment réussi à l’anesthésier. On sent bien qu’il y a de la force mais surtout que le couple est « suffisant » comme diraient les concurrents de chez Rolls, car, oui, la Jaguar 420G visait rien de moins que les Rolls Royce sur le marché.
La ville permet également un premier aperçu de l’amortissement puisque les ralentisseurs sont devenus omniprésents. Le confort ressenti est bon, c’est certain mais on peut avoir de mauvaises surprises à partir du moment où le poids est conséquent. En arrivant prudemment sur un premier ralentisseur, les freins n’étant pas du tout mis en défaut, on sent bien la masse mais on sent aussi qu’il en faudra plus pour nous tasser les vertèbres.
Allez, les villes et villages, c’est marrant, mais notre Jaguar 420G est avant tout une routière. Une fois le panneau de fin d’agglomération franchi, le pied droit se fait insistant tout en gardant une dose de circonspection plus due aux réactions que peut avoir un supertanker lancé à pleine vitesse vers un récif qu’aux qualités ressenties jusqu’à présent. La lourde berline se met donc en vitesse et arrive plutôt vite à la vitesse règlementaire.



Maintenant, voilà qu’arrivent des virages. Le poids, j’en ai conscience. Le fait que les roues soient indépendantes joue moins dans l’équation que la masse de la Jaguar 420G. Pourtant, les freins sont bien au rendez-vous et je n’ai pas besoin d’écraser la pédale pour décélérer suffisamment. Au moment de tourner, la précision de la direction reste suffisante pour garantir une bonne trajectoire. Forcément, la caisse bouge un peu, se met en appui mais sans que ce ne soit caricatural. Au moment de sortir du virage, l’accélérateur remet tout le monde en ligne et c’est reparti.
Les premiers kilomètres sont donc rassurants. Même avec une masse élevée et un châssis qui vise le confort plus que le dynamisme, la Jaguar 420G n’a rien du veau. Il faut juste bien avoir tous les paramètres à l’esprit pour anticiper et tout se passe idéalement. Je tente même d’être plus insistant sur l’accélérateur. La boîte reçoit le message et le moteur aussi. L’accélération est franche et les performances de la Jaguar 420G se révèlent vraiment. Forcément, ça demande encore plus d’anticipation au moment de tourner mais on s’en tire sans mauvaise surprise.



Néanmoins, ce n’est clairement pas la tasse de thé de la Jaguar 420G. On s’était surpris à enchaîner les kilomètres à bon rythme avec la Mark 2, on se surprend ici à vouloir lever le pied. On profite alors des autres qualités de la limousine. Son confort évidemment puisqu’on ne peut pas le prendre en défaut. On ne se fatiguera pas en enchaînant les kilomètres au volant et ce n’est pas le moteur qui le fera non plus. Son ronronnement est présent mais il n’hurle à aucun moment, se contentant de jouer la carte de la force tranquille.
Sur un grand axe comme sur une plus petite route, l’agrément est présent. La paresse que peut faire ressentir la mécanique de la Jaguar 420G est en fait prévenante et au service de l’agrément. On enchaîne les bornes sans se fatiguer ni se faire peur. On peut aussi relancer énergiquement un coup de temps en temps pour rompre la monotonie mais on se recale bien vite à un train plus sénatorial qui nous amène à bon port.

Conclusion
La Jaguar 420G est une voiture imposante, dont la stature se mesure à sa taille et sa profusion de chromes. Son confort est indéniable et ses prestations routières sont directement en rapport avec cette image. Elle est, certes, performante (très), mais son châssis comme son moteur sont au service de l’agrément de conduite plus que de la sportivité. On peut hausser le ton si on le veut sans pour autant se faire trop peur mais on comprend vite qu’elle n’est pas faite pour ça.
La Jaguar 420G est donc une voiture d’agrément. On ajoutera d’ailleurs d’autres qualités apparues sur le marché de la collection avec un prix compétitif et une originalité réelle puisqu’on en voit très peu. Une Jaguar, certes, mais d’un genre à part qu’il ne faudrait pas oublier.
| Les plus de la Jaguar 420G | Les moins de la Jaguar 420G |
|---|---|
| Prestations au top | Sa masse |
| Confort royal | Sa rareté |
| Performances réelles | La fiabilité électrique |
| Comportement sain |






| Fiche technique | Jaguar 420G |
| Années | 1966-1970 |
| Mécanique | |
| Architecture | 6 cylindres en ligne |
| Cylindrée | 4235cm³ |
| Alimentation | Trois carburateurs |
| Soupapes | 12 |
| Puissance Max | 269ch à 5400 trs/min |
| Couple Max | 384Nm à 4000 trs/min |
| Boîte de Vitesse | Automatique 3 rapports |
| Transmission | Propulsion |
| Châssis | |
| Position Moteur | Longitudinale avant |
| Freinage | Disques AV et AR |
| Voies | AV 1473 mm / AR 1473 mm |
| Empattement | 3048 mm |
| Dimensions L x l x h | 5131 x 1930 x 1384 mm |
| Poids (relevé) | 2035 kg |
| Performances | |
| Vmax Mesurée | 197km/h |
| 0 à 100 km/h | 10,8s |
| 400m d.a | 17,3s |
| 1000m d.a | NC |
| Poids/Puissance | 7,6 kg/ch |
| Conso Mixte | ± 16 litres / 100km |
| Conso Sportive | ± 22 litres / 100 km |
| Prix | ± 25.000 € |
Conduire une Jaguar 420G
Une voiture ancienne peut avoir été produite par une marque comme Jaguar, être rare parce que ça a été un vrai flop commercial et pourtant rester sous les radars. C’est bien le cas de la Jaguar 420G, une auto qui ne vient pas vraiment à l’esprit quand on pense aux berlines de Coventry. Le gros avantage ? C’est évidemment le prix d’acquisition d’une telle auto. Attention, n’allez pas entendre qu’elle est bradée, ce n’est pas le cas, mais au vue de ses prestations, elle est très abordable.
La Jaguar 420G démarre sous les 20.000€. On trouve, pour ce prix, une voiture qui ne sera pas parfaite mais qui roulera sans aucun gros problème. Ensuite les prix montent et quand on dépasse les 30.000€ on doit retrouver une voiture en état concours, soit parfaitement préservée soit déjà restaurée. Notez aussi que les versions à boîte manuelle sont plus rares et plus chères. La pertinence de surpayer pour une boîte manuelle reste une affaire de choix personnel.
Que faut-il surveiller ? La corrosion évidemment, elle commence par les arches des roues arrières mais peut se loger à peu près partout. C’est un souci connu mais embêtant puisque les pièces de tôlerie sont les moins faciles à dénicher. À contrario, les pièces moteur sont disponibles facilement puisque le XK a eu une belle longévité. Il peut encaisser les kilomètres sans broncher tant que vous respectez son entretien (vidange tous les 5000km). Les suspensions doivent être surveillées, les freins également, ceux de l’arrière étant peu accessibles. N’oubliez pas les graissages réguliers.
Dans tous les cas, vous pouvez demander conseil à des personnes avisées. Le Jaguar Drivers’ Club France est particulièrement dynamique, ses membres nombreux et vous trouverez toujours de bons conseils pour l’achat ou l’entretien.
Un grand merci à Didier pour cet essai et un autre merci aux propriétaires du Château de Charmont pour leur accueil.





Commentaires