Au côtés de la Mustang ou de la Corvette, la Ford Thunderbird est une des voitures américaines mythiques et, surtout, symboliques. D’ailleurs, son histoire est intimement liée à celle de la Chevrolet. Les deux voitures n’ont rien à voir… mais ont été créées avec la même idée et les mêmes ambitions. Notre voiture du jour va parfaitement l’illustrer puisque c’est une voiture de la première année, 1955. Avant qu’elle ne passe sous le marteau d’Osenat, on la détaille et on se met à son volant.
En bref :
– La Ford Thunderbird est un parfait exemple du cabriolet à l’américaine
– Cependant, cette première série avait des idées différentes et avait des ambitions bien différentes des cabriolets « full size »
– Elle lance une famille de voiture qui a perduré jusqu’il y a une vingtaine d’années
– Sur la route, elle est à la fois étonnante et accuse son âge
Au programme
Notre Ford Thunderbird du jour
Elle a un physique bien à elle, on la reconnaît vite… et pourtant elle n’a cessé de changer. En bonne américaine, un millésime = une nouveauté et une retouche qui permet de ringardiser la voiture du voisin qui a déjà un an, rendez-vous compte ! En tout cas, on reconnaît vite le dessin de George W. Walker, sorte de synthèse des concept-cars badgés de l’ovale au début des années 50 et qui misaient tous plus ou moins sur une idée à cheval entre l’automobile et la soucoupe volante.
Ce dessin, il habille une voiture qui est énorme pour nos yeux d’européens. Parce qu’avec 4,7m de long, c’est une voiture plutôt petite en son temps aux USA. Mieux, elle a été conçue comme ça ! L’idée de base est la même dans les états-majors du Big Three : construire des voitures petites et puissantes qui concurrencent les européennes. Si Chrysler n’ira pas au bout, GM sortira sa Corvette… et Ford reverra finalement ses ambitions en positionnant sa Ford Thunderbird comme une voiture placée entre la Corvette et un cabriolet américain classique de l’époque.

La ligne de la Ford Thuderbird n’est pas si futuriste que ça… en 2026. Certes, on retrouve les fameuses références aéronautiques symbolisées par ces butoirs de pare-chocs ronds qui reprennent donc la forme des entrées des réacteurs de l’époque. Le pare-chocs ? Il symbolise aussi la voiture américaine par sa taille et sa forme. La calandre ? Chromée mais finalement presque discrète. Enfin, les phares arborent un sourcil prononcé qui dynamise la ligne… et qui n’est pas chromé, tiens !
Cet avant, il est finalement assez classique mais sait aussi montrer un peu les ambitions de la Ford Thunderbird. Le capot long, plat, bas avec cette entrée d’air sur le dessus en montre juste ce qu’il faut. Une chose est étonnante : tout à l’avant, pas d’ovale bleu mais c’était courant à l’époque. Le nom Ford est tout de même inscrit et son emblème surmonte deux drapeaux à damiers. Est-ce une preuve des ambitions sportives de ce gros cabriolet ? On le verra plus tard.




Le profil de la Ford Thunderbird confirme l’impression laissée par l’avant. La ligne est fluide et pas tant surchargée. On remercie d’ailleurs l’équipe d’avoir abandonné la baguette chromée placée sur le flanc de la voiture dévoilée en 1953. Oui, la T-Bird la joue sobre, pour une américaine en tout cas. Sur l’aile avant, on retrouve de petites barrettes à la façon des évents de certaines sportives, juste à côté d’un monogramme qui annonce la couleur, enfin surtout l’architecture moteur. À l’arrière, le nom Thunderbird s’affiche sur l’aile. Enfin, on trouve un sabot chromé devant l’enjoliveur qui recouvre en partie la roue. En parlant d’enjoliveurs, la Ford Thunderbird parvient à les faires paraître presque discrets malgré leur dessin.
On ajoutera que la fluidité de la ligne est aussi due aux nombreuses lignes tendues, de la ligne de caisse qui se termine sur l’aile arrière au pli de carrosserie qui ceinture la caisse. Enfin, la forme du pare-brise panoramique, bien incliné et bas contribue au dessin général.






Quand on passe à l’arrière, on recapote brièvement. L’oiseau-tonnerre ne se fait pas encore entendre mais la pluie est là. On remarque d’ailleurs un dessin soigné pour cette capote et on note que la Ford Thunderbird était livrée avec son hard-top (qui n’avait pas de hublot rond en 1955) mais que la capote n’était qu’une option !
Le côté aéronautique et américain de la ligne est bien plus visible qu’à l’avant. Les ailes sont prononcées même si elles ne se terminent pas en pointe. Le côté réacteur est repris sauf qu’à l’arrière de la Ford Thunderbird, ce ne sont pas des butoirs de pare-chocs… mais les protections autour des sorties d’échappement ! Seules les voitures de 1955 proposeront cette solution.
Le blason Ford est toujours aussi discret à l’arrière et il est posé sur la trappe à essence. Le coffre est de bonne taille, cet arrière est bien plus dans l’ambiance US que l’avant, sans qu’il ne dénote pour autant.




Là où le dessin de la Ford Thunderbird est particulièrement réussi, finalement, ce n’est pas tant par son originalité, mais c’est en réussissant à réduire la taille de l’engin. La ligne parvient à gommer les dimensions réelles de l’auto. Comme l’objectif était de créer une voiture « petite » pour le marché local, on peut dire qu’avec cet artifice, l’ovale (même s’il ne se montre pas) a réussi son pari. Vous voulez une preuve supplémentaire de la réussite ? Et bien vous l’avez reconnue de suite non ?


Intérieur : sublime tout simplement !
On ne le dira jamais assez : la configuration, c’est ultra important sur une voiture ancienne. Les couleurs de l’intérieur et de l’extérieur doivent bien aller ensemble. Et puis, il faut aussi que l’intérieur soit simplement beau. Dans le cas de notre voiture de 1955, il changera dès 1956 en devenant plus classique, l’intérieur est bien dessiné et recèle de détails parfaitement mis en valeur par les couleurs.

D’abord, on se concentre sur l’instrumentation. Le tachymètre de notre Ford Thunderbird est étonnant puisqu’il est transparent ! C’est la lumière du jour qui le « rétro-éclaire ». S’il avait été légèrement plus haut, on aurait pu le qualifier de tête haute ! L’odomètre est également présent sous cette casquette et, évidemment, tout est gradué en miles. Juste en dessous on retrouve la jauge de carburant, deux « voyants » et la température. Deux autres cadrans sont présents, un compte-tours à droite et une montre à gauche.



Pour le reste, l’habitacle est assez classique. Le volant, télescopique s’il vous plaît, est énorme et les différentes commandes, de la ventilation à l’autoradio sont placés sur la planche de bord traitée façon aluminium. Le tunnel de transmission accueille le levier de vitesse.
Pas de détour par les places arrières. Malgré sa taille respectable, la Ford Thunderbird assume son positionnement : pour deux personnes exclusivement et, contrairement à beaucoup d’autres voitures deux places vendues sur le marché à l’époque, on ne manque pas de place !



Sous le capot : un V8 s’il vous plaît !
Les caractéristiques mécaniques de la Ford Thunderbird permettent également de replacer la voiture dans son époque et de mieux comprendre le positionnement de l’auto. On vous l’a dit, ce cabriolet deux places voulait concurrencer, philosophiquement en tout cas, les roadsters anglais… tout comme la Chevrolet Corvette C1. Cette dernière était plus petite mais elle est motorisée à ses débuts par un 6 cylindres ! En fait, l’arrivée du V8 265ci sous son capot qui permet à la ‘vette d’enfin décoller commercialement parlant, date de 1955, l’année d’apparition de la Ford Thunderbird.

Par contre, la Ford Thunderbird laisse la Corvette derrière quand il s’agit de montrer les muscles. Ici le Y-Block, aussi appelé Interceptor, cube 292ci soit 4,8 litres. Suffisant pour sortir 200ch à 4400 tours/minutes et proposer un couple maxi de 386Nm à 2500 tours. Si vous aviez un doute, rien que ces chiffres différencient définitivement une Ford Thunderbird de n’importe quelle anglaise de l’époque.
Notez que la Ford Thunderbird évolue trèèès vite au niveau mécanique. Un moteur 5,1 litres est proposé dès 1956 et en 1957 débarquent des versions sportives à carbus Holley 4 corps et compresseurs permettant de passer à 345ch sur les versions les plus affutées. De quoi faire de la T-Bird une vraie sportive ?
On va voir car niveau châssis, ça n’a pas beaucoup évolué et c’est quand même du très rustique et pas forcément léger. La Ford Thunderbird accuse 1700kg sur la balance… et quand on voit le dimensionnement de certaines pièces, comme la colonne de direction dont le diamètre ferait pâlir les cardans d’une citadine actuelle, on comprend que la chasse aux kilos n’a même pas été abordée dans le cahier des charges.



Au volant de la Ford Thunderbird
L’installation à bord de notre américaine va mériter à elle seule un roman. Quand on se dit « américaine » on pense à une voiture spacieuse et c’est effectivement l’impression que renvoie l’habitacle. Pourtant, ce n’est pas si évident d’y prendre place ! Le siège est en effet près du volant et il faut glisser sa jambe entre les deux pour s’installer. Pour ma part, je me dis que je vais pouvoir régler la position par la suite… mais c’est finalement la meilleure position ! Le grand volant est à bonne distance et je peux enfoncer les pédales comme il faut, même si mes jambes ne sont pas tendues. C’est déroutant de prime abord mais je vais voir sur la route.
Le V8 de la T-Bird démarre au premier coup de clé. Ah, c’est sûr que ça fait du bruit. Un gros V8 avec de sacrées gamelles, ça se remarque. Quand on est à l’extérieur de la voiture, se rendre compte que les échappements sont situés si haut étonne aussi.
Allez, c’est parti. J’appuie sur le haut du levier de vitesse, car c’est bien un bouton de verrouillage et pas une décoration et je relâche le frein. La Ford Thunderbird s’ébroue paisiblement. On va commencer par la conduire en ville. Certes, personne n’a jamais dit que c’était son terrain de jeu favoris en dehors des larges avenues du midwest, mais chez nous c’est un passage obligé.
Vous sentez venir des galères ? Tout faux. Le gabarit ? Finalement la Ford Thunderbird est à peine plus longue qu’un SUV moyen actuel et un poil moins large. L’avantage c’est qu’ici on peut voir le bout des ailes avant ! Le moteur et la boîte se montrent très doux, pleins de couples, donc parfaits pour une évolution urbaine sans à-coups. Le freinage ? C’est certainement la partie la plus datée. Les tambours sont mis à contribution et m’obligent à anticiper au maximum toute priorité à droite, stop ou rond-point. Les ralentisseurs ? Pareil, on anticipe mais la T-Bird n’est pas spécialement basse et l’amortissement ne nuira pas à vos précieuses vertèbres.


Arrive le fameux rond-point de l’obélisque à Fontainebleau. Un endroit où la réactivité du conducteur doit être optimale tandis que la voiture doit réagir promptement. Là, j’ai un autre doute. La fiche technique c’est une chose, la réactivité une autre. Pourtant, la boîte auto comprend qu’il faut accélérer entre une Micra et un Berlingo et reste sur le premier rapport suffisamment longtemps pour qu’on ait le temps de s’extraire. Le V8 démontre qu’il a de la poigne et on se retrouve vite sur une longue ligne droite.
Là, on cruise. En fait on arrive très vite à la limitation de vitesse et le V8 est coupé dans son élan. La boîte se cale sur le dernier rapport et… on a plus grand chose à faire. Donc on cruise. Coude à la portière, on peut déjà débriefer quelques petites choses, notamment par rapport à la vie à bord. Si la position de conduite est peu académique, elle ne me gêne finalement pas. Le pare-brise est assez bas et on sent vite le vent dans les cheveux sans pour autant que ce ne soit gênant. Et puis il y a plein de détails amusants, notamment la position des rappels de clignotant.
Forcément, à ces vitesses, la Ford Thunderbird est impériale. Une VSP ne sera pas un problème tant que la ligne n’est pas blanche et que vous avez de la place en face. Le moteur reprend et dispose d’une bonne réserve de puissance pour dépasser. Par contre, il faut s’énerver sur l’accélérateur pour que la boîte comprenne le message et tombe un rapport pour offrir une meilleure reprise.



Voilà qu’arrivent les grandes courbes. Le freinage se montre à niveau et ralentit bien l’américaine. La direction, assistée et « d’époque » n’est pas d’une précision chirurgicale mais fait largement le job. La courbe suivante est attaquée à plus vive allure et j’augment peu à peu le rythme sauf que la physique vient me rappeler que l’ensemble est lourd en amorçant, mollement, un sous-virage disuasif.
Dans des virages plus serrés, ça se corse. Là, le freinage est plus méchant. Ce n’est toujours pas la panacée mais c’est suffisant. La direction enroule, la caisse prend de l’angle mais le moteur se montre prompt à la relance pour envoyer jusqu’au point de freinage suivant, loin de la corde il est vrai. Sans être sportive, la Ford Thunderbird se montre plutôt à l’aise. En tout cas, moins mal à l’aise que ce que j’aurai pu craindre. Est-ce que ça suffit pour un bon point ? Oui !

Une fois l’enchainement terminé, la ligne droit incite mon pied droit à se faire lourd. La Ford Thunderbird accélère dans un râle très américain. Le V8 se fait entendre et sort les muscles. Sans que l’accélération ne soit démente, elle est largement au niveau de beaucoup d’autos plus légères… mais beaucoup moins puissantes.
De toute façon, on l’a dit, les limitations de vitesse castrent vite toute velléité trop sportive, bien loin des capacités de la voiture en tout cas, et je me retrouve à cruiser. Et c’est bien là que la Ford Thunderbird est la plus agréable. Les kilomètres s’enchaînent sans jamais que notre auto de plus de 70 ans ne paraissent trop âgée pour la circulation actuelle. A bord, pas de fatigue puisque le confort n’a pas été rogné pour faire de ce gros cabriolet une sportive. Alors on roule, on roule… mais on surveille quand même la jauge de carburant.
Conclusion
La Ford Thunderbird propose vraiment des prestations intéressantes. Pas dépassée malgré son âge, elle s’insère totalement dans la circulation actuelle. Confortable et performante, elle a de sacrés arguments à faire valoir par rapport à la concurrence. Par contre, il ne faut vraiment pas confondre les performances pures et le sport. Ça n’a rien à voir !
On vous a parlé à de nombreuses reprises du positionnement de notre auto du jour et pour la comprendre, il faudra bien le faire. La Ford Thunderbird ne s’oppose à un roadster anglais qu’au niveau philosophique dans son rôle de cabriolet deux places. Même la Corvette n’est pas vraiment une concurrente. En fait, la Ford Thunderbird sera une alternative à ces autos, une alternative très marquée par un vrai côté américain. Elle s’oppose plutôt à d’autres cabriolets US de la même période comme une Cadillac Serie 62, et, dans ce cas précis, elle montre en effet un bien meilleur dynamisme.
| Les plus de la Ford Thunderbird | Les moins de la Ford Thunderbird |
|---|---|
| Performances pas si agées | Dynamisme très limité |
| Confort indéniable | Stricte 2 places |
| Vraie gueule | |
| Modèle mythique |







| Fiche technique | Ford Thunderbird |
| Années | 1955-1956 |
| Mécanique | |
| Architecture | 8 cylindres en V |
| Cylindrée | 4778cm³ |
| Alimentation | Carburateur |
| Soupapes | 16 |
| Puissance Max | 200ch à 4400 trs/min |
| Couple Max | 386Nm à 2500 trs/min |
| Boîte de Vitesse | Fordomatic 3 rapports |
| Transmission | Propulsion |
| Châssis | |
| Position Moteur | Longitudinale avant |
| Freinage | Tambours AV et AR |
| Voies | AV 1422 mm / AR 1422 mm |
| Empattement | 2591 mm |
| Dimensions L x l x h | 4704 x 1811 x 1326 mm |
| Poids (relevé) | 1710 kg |
| Performances | |
| Vmax Mesurée | 180 km/h |
| 0 à 100 km/h | 11s |
| 400m d.a | 17,5s |
| Poids/Puissance | 8,55 kg/ch |
| Conso Mixte | ± 13 litres / 100km |
| Conso Sportive | ± 19 litres / 100 km |
| Prix | ± 30.000 € |
Rouler en Ford Thunderbird
La Ford Thunderbird n’est pas une voiture courante. Si son nom résonne comme celui d’une Mustang ou d’une Corvette dans les têtes, elle n’est pas présente en très grand nombre en France. Après… c’est assez logique quand on regarde les chiffres de diffusion. La première itération, celle qui nous intéresse puisque la T-Bird va beaucoup changer avant sa deuxième version, est peu répandue : 53.116 exemplaires dont 16.155 du millésime 1955 qui nous intéresse.
Les prix ? Comptez entre 25 et 35.000€. Notre voiture du jour sera proposée aux enchères chez Osenat le 29 Juin. Elle est estimée entre 27 et 30.000€, un prix dans la fourchette pour une voiture qui fonctionne et présente bien, vous aurez toutes les infos ici dans les prochains jours.
Sinon, la Ford Thunderbird est une voiture à inspecter scrupuleusement. La quasi totalité des exemplaires a été restaurée et il faudra vérifier que la configuration est la bonne, en particulier que le moteur (endurant) n’a pas été changé pour installer une mécanique plus performante. L’inspection devra être poussée car une voiture qui présente bien peut cacher des dessous en très mauvais état. Il faudra aussi faire attention aux voitures incomplètes. Certaines pièces sont particulières à un seul millésime et ne se trouvent qu’à force de recherches très précises.
On remercie Guillaume, Patrice et le département automobile d’Osenat pour cet essai.








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