Essai d’une Fiat-FSM 126p Gr. 2 : puce dopée

Publié le par Benjamin

Essai d’une Fiat-FSM 126p Gr. 2 : puce dopée

Il y a comme un parfum dans l’air, celui du Monte-Carlo Historique. Cette première grosse épreuve de la saison des rallyes historiques (de régularité) approche et battra son plein dans deux semaines. Notre voiture est totalement d’actualité puisque cette Fiat-FSM 126p Gr. 2 a participé à l’épreuve en 2008. Une voiture étonnante qui nous permet à la fois d’évoquer ces « Fiat de l’Est » mais aussi les incursions des constructeurs situés de l’autre côté du rideau de fer dans des courses occidentales. Au final, c’est aussi un sacré moment qui s’annonce avec la conduite d’une puce de 3m de long mais prévue pour la course. Rien que ça, ça étonne.

De la 126 à notre Fiat-FSM 126p Gr. 2

Contrairement à nos habitudes récentes, là, il faut bien replacer le contexte avec une partie histoire. Elle commence au Salon de Turin 1972 quand Fiat dévoile sa 126, celle qui doit remplacer la Fiat « Nuova » 500. Comme beaucoup de Fiat à travers l’histoire, elle va être construite par d’autres constructeurs, sous licence. Alors que les Fiat précédentes produites en Pologne, dès les années 30, sont des Fiat-Polski, pour produire la 126, le constructeur turinois et l’état polonais lancent une nouvelle société la FSM (Fabryka Samochodów Małolitrażowych) qui va fabriquer les voitures sur place mais aussi largement les exporter dans tout le bloc de l’est.

Le succès va être réel. Un chiffre le montre bien : 1.352 million de 126 seront produites en Italie mais on atteindra 3.318 millions dans la seule usine de FSM. La voiture est d’ailleurs renommée 126p (comme les précédentes Fiat) pour la différencier des 126 italiennes bien qu’il n’y ait pas de différence technique (les premières seront fabriquées en CKD). Le premier exemplaire sort de l’usine le 6 Juillet 1973 et la n°3.318.674, issue d’une série limitée jaune de 1000 voitures, sort en 2000 !

Dès 1975, une 126p se rend sur le Monte-Carlo, hors compétition. Dès la sortie des premières voitures, certaines sont engagées dans des compétitions mais ce sont des préparations faites par les clients. L’usine prépare alors un département compétition et la voiture est homologuée en Groupe 1 puis arrivent les Fiat-FSM 126p Gr. 2. En 1976 les premiers podiums sont accrochés. Les voitures sortent alors une cinquantaine de chevaux (le double de la 126p de base) et s’aventurent souvent dans des rallyes occidentaux, le Monte-Carlo fait ainsi partie de l’aventure. Le programme continuera jusqu’en 1989 quand les finances sont épuisées, juste avant que Fiat ne rachète FSM.

Notre Fiat-FSM 126p Gr. 2 du jour n’est pas une des voitures d’usine de l’époque. Par contre, c’est bien l’équipe d’époque qui a décidé de se reformer pour la fabriquer. On voulait en produire toute une série mais seules 3 verront finalement le jour. Notre auto du jour sera même engagée au Monte-Carlo Historique 2008 avec Lubiak et Zaleski, un équipage d’époque. L’objectif n’était pas la victoire mais bien de terminer et ça a été fait ! Depuis, l’auto est arrivée en France, a vécu une belle carrière dans l’ouest et est arrivée dans l’Aube récemment.

Notre Fiat-FSM 126p Gr. 2 du jour

Pas de doute : la Fiat-FSM 126p Gr. 2 se reconnaît. Déjà on reconnaît tout simplement la Fiat 126. Il faut dire qu’au niveau des formats de poche, elle se distingue. Pas aussi minuscule qu’une voiture sans permis, plus moderne dans ses formes que la Fiat 500 dont elle reprend la base technique, la puce est vraiment petite avec ses 3,05m de long, et ses 1,33m de large et de haut.

Pour autant, on ne se pose pas de question longtemps par rapport à la destination de notre Fiat-FSM 126p Gr. 2. C’est une voiture de course. La livrée ne parle pas à tous mais le numéro de course et les feux supplémentaires assument le côté sportif.

Dès l’avant, on retrouve une voiture qui n’a pas besoin de marquer qu’elle vient des années 70, ça se voit. La 500 était rondouillarde avec ses feux ronds… et des rondeurs partout en fait. Mais elle datait du milieu des années 50. Pas étonnant que la 126 soit plus carrée. Les rondeurs, c’est plus à la mode et il faut marquer le coup.

Les feux sont donc rectangulaires. Comme sur la 500, pas de calandre à l’avant, puisque le moteur est à l’arrière. Comme sur la 500, on a quand même conçu un grand capot (proportionnellement à la taille de la voiture) mais il sert à la fois au coffre (ou au réservoir additionnel dans le cas de notre Fiat-FSM 126p Gr. 2) et à pouvoir caser les jambes des occupants.

Notre Fiat-FSM 126p Gr. 2 n’affiche pas d’appendice aéro, pas d’entrée d’air. Non, le côté course est sobre avec ce blanc et ses bandes blanches. La marque Fiat s’affiche bien au centre de la face avant. On ne peut pas rater les feux additionnels qui sont des Cibié, comme à l’époque (mais des Carello ont également été utilisés) et on remarque qu’ils sont fixés sur le pare-chocs. Oui, l’élément est encore présent et il l’était souvent dans la carrière des Fiat-FSM 126p Gr. 2 des années 80, contrairement à de nombreuses voitures qui voyaient en eux un des premiers éléments à supprimer pour gagner du poids.

L’ambiance est complétée par le sticker-plaque de Rallye du Monte-Carlo Historique 2008 ou encore la flèche rouge indiquant l’emplacement du crochet de remorquage.

C’est de profil qu’on regarde maintenant notre Fiat-FSM 126p Gr. 2. Ce qui est étonnant c’est que sans référence visuelle, on a bien du mal à juger de sa taille puisque ses proportions n’ont rien de caricaturales. Bon, on se rend vite compte qu’elle est haute et pas très longue. Comme la Fiat 500 en fait. Par contre, elle semble plonger vers l’avant, signe distinctif de la 126.

Si on réfléchit une seconde, pas plus, on identifie évidemment une 126, le numéro de course généreusement accordé par l’Automobile Club de Monaco fait le travail. La fiche affichant le pilote et le copilote datent du même rallye tout comme l’autocollant Turin qui n’est pas un hommage mais qui était la ville de départ de la Fiat-FSM 126p Gr. 2 pour le parcours de concentration du Monte-Carlo Historique 2008.

La livrée blanche et bleue est sympathique et bien dessinée. On note quelques détails supplémentaires qui nous plongent dans la course. Les roues déjà, avec leur largeur assumée (voie plus large de 35mm autorisée en Groupe 2), les sculptures résolument racing et le fait que les arches de roue ait été un peu tordus pour ne pas gêner.

L’arrière confirme dans les avis sur les proportion de notre puce du jour. Il suffit de regarder les feux pour les trouver disproportionnés et avoir notre réponse. Le capot est ajouré pour faire respirer le moteur et le bleu se retrouve également. Le monogramme affiche Fiat 126, sans notion du P et le pare-chocs est toujours là.

On retrouve également deux autocollants intrigants sur la lunette arrière et le côté droit : FSM Raylle Team. Non, pas de faute de frappe, de la part de votre serviteur en tout cas. Par contre, la personne qui a créé le sticker dans les années 80 en a bien fait une et c’est resté depuis, même sur les rééditions.

En bref : la Fiat-FSM 126p Gr. 2 affiche la couleur alors même qu’elle affiche ses dimensions. C’est une toute petite voiture mais qui vous signale tout de suite qu’elle a d’autres arguments à faire valoir que la facilité de faire un créneau.

Technique : ça rigole moins !

Les premières 126 préparées par FSM utilisaient un moteur de 600, le moteur d’origine mais savamment retravaillé pour sortir 50ch à 7800 tours ! Oui, une sacrée cavalerie qui a même été poussée à 60ch dans certaines voitures qui avaient du mal à terminer leurs rallyes. Notre Fiat-FSM 126p Gr. 2 du jour en est l’évolution, avec son moteur 650.

Sur cette version, le carburateur Weber est remplacé par un Bing, un carbu venant du motocross ! La culasse a été rabotée (compression 10,3:1 quand même), les soupapes sont agrandies (38mm à l’admission et 33 à l’échappement), les pistons fraisés, les bielles modifiées et les chambres polies.

On atteint alors 50ch à 7600 tours et un couple de 49Nm mais à 5600 tours. C’est bien mieux que les 24ch et 41,2Nm d’origine non ? Avec ça, la voiture dont le poids reste sous les 550kg, peut filer à 150km/h en fonction des rapports de boîte. Par contre, ça consomme : 15 à 17 litres au 100 !

Pour le reste de la technique, on l’a dit, les voies sont élargies. La boîte a été évidemment modifiée et l’embrayage provient d’une 127. Niveau allègement ? Ça se passe surtout à l’intérieur.

Un habitacle évidemment dépouillé

On ouvre les fines portes de la Fiat-FSM 126p Gr. 2 pour regarder l’intérieur. Plus encore qu’à l’extérieur, on est dans l’ambiance.

Impossible de rater le gros arceau boulonné de notre voiture du jour qui prend évidemment toute la place à l’arrière, la banquette ayant été supprimée. Même chose pour les baquets qui annoncent la couleur. Face au conducteur on retrouvera un volant Momo qui met lui aussi dans l’ambiance. Derrière, seul un tachymètre est présent. On a conservé la planche de bord avec les boutons classiques d’une 126 et une platine supplémentaire pour les feux additionnels.

L’instrumentation se dévoile en fait face au passager puisque des compte-tours ont été ajoutés (au cas où l’un d’eux flancherait). On retrouve aussi le chrono, un tripmaster Brantz ou encore une boussole située sous la planche de bord. Pour bien lire le roadbook, une liseuse est installée au-dessus du passager et on pourra transmettre les informations via un intercom.

Forcément, on ne va pas s’attarder sur les finitions ou la sellerie. La Fiat-FSM 126p Gr. 2 est une voiture de course et c’est dépouillé au possible. On remarque simplement la finesse de ses commandes, des pédales au levier de vitesse.

Au volant de la Fiat-FSM 126p Gr. 2

Première épreuve, avant même celle du chrono : celle de l’installation à bord. J’espère que le chauffage est opérant parce qu’enlever le manteau est une étape bien utile. Ensuite, je me glisse dans le baquet… prévu pour une carrure qui n’est vraiment pas la mienne. Je ne vais pas bouger, c’est certain. Pas de position de conduite à régler. Je suis vraiment assis, c’est souvent le cas avec un baquet et je suis même assis plutôt haut. Je boucle comme je peux le harnais et… y’a plus qu’à !

Le moteur démarre. Oui, ça fait un barouf d’enfer. Même sans monter dans les tours. Après, il fallait bien se douter que la Fiat-FSM 126p Gr. 2 n’avait pas une ligne d’origine. En tout cas, ça réveille les voisins, c’est certain, et ça fait écarquiller les yeux de beaucoup, surtout lorsqu’ils comprennent que c’est cette toute petite voiture qui produit ce vacarme. Vincent est sanglé à mes côtés, c’est parti.

Conduire dans un village ? Ce n’est pas une horreur absolue mais ça s’en approche. Plusieurs raisons à cela. D’abord l’amortissement qui n’est pas du tout prévu pour bouffer des ralentisseurs. Comme les sièges ont le moelleux d’un caillou, on le sent bien dans le dos, même en les abordant lentement. Et puis, la mécanique montre aussi son impatience. La première, la seconde et même la troisième sont hyper courtes. Du coup on se retrouve en 4e assez rapidement. Sauf que le couple est placé haut… donc toute reprise nécessite de repasser en 2e ! Évidemment, le gabarit de poche et la facilité de se faufiler au volant de la Fiat-FSM 126p Gr. 2 compensent un peu.

Heureusement, dans notre campagne française, le panneau de sortie de village finit par arriver. C’est alors que la Fiat-FSM 126p Gr. 2 peut s’exprimer. J’ai bien compris que relancer en 4e ne servirait à rien. Même en troisième ce n’est pas folichon. Allez, on passe la seconde. Là, ça reprend. En tout cas le moteur prend des tours et montre ses muscles. Très vite d’ailleurs.

La boîte est courte donc la fin de la relance se fait en troisième. Je passe la 4e pour stabiliser la vitesse (et abaisser le niveau sonore) mais je sens bien que même le 4e rapport est court et que les 150km/h annoncés ne seront pas atteints avec ce rapport. Si la Fiat-FSM 126p Gr. 2 accroche les 110, ce sera déjà une performance.

Même à cette vitesse stabilisée, le bicylindre mouline. J’ai dit à Vincent qu’on se passerait d’intercom mais tout échange nécessite de hausser la voix. La petite puce semble filer bien plus vite que ce que n’indique le tachymètre (confirmé par un GPS). On est dans l’ambiance, c’est certain.

Par contre, vous l’aurez compris, cette Fiat-FSM 126p Gr. 2 est une pure voiture de rallye. Alors les virages, on les attend de pied ferme. Le pied est d’ailleurs ferme sur le freinage. La pédale est parfaite dans son toucher et avec les deux gaillards à bord, ça freine très bien, même si le frein moteur n’est d’aucun secours, quel que soit le nombre de rapports tombés. Le volant est grand et on le tourne finalement facilement. On aurait pu craindre l’inverse en observant la monte pneumatique mais tout se passe bien. La précision est bonne. La voiture est légère, très. L’arrière surtout. Attention au survirage.

Ne reste qu’à relancer. Le carburateur Bing se gave et le moteur repart. Le couple est vraiment situé haut et il faut tirer tous les rapports. Nouveaux virages, pas de fatigue en vue côté mécanique. La Fiat-FSM 126p Gr. 2 enchaîne. Sa conduite est très intuitive. En fait, il ne faut surveiller qu’une chose ou presque : ne pas descendre trop bas en régime. Si on reste dans les tours, les relances sont bonnes. Si on se rate, on se retrouve à l’arrêt (façon de parler).

Vincent m’avait mis en garde contre la commande de boîte. Rien à redire pourtant sur les trois premiers rapports, si ce n’est que le guidage est moyen et le verrouillage quasi imperceptible. Par contre, passer la 4e demande une certaine habitude, on ne la trouve pas pile en face de la 4e. Sur le Monte-Carlo Historique, ça doit demander pas mal de concentration, même pour tenir la moyenne basse.

Allez, encore quelques kilomètres pour boucler ce galop d’essai. Pas de gros changement dans le comportement de la Fiat-FSM 126p Gr. 2. Par contre, comme souvent avec ces autos de course, même si on s’est éclaté… on est content quand ça s’arrête !

Conclusion

L’exotisme extrême de la Fiat-FSM 126p Gr. 2 ne fait pas tout oublier. C’est une voiture originale par sa forme mais encore plus par sa vocation. Une 126 de course, ça se pose là. Une 126 polonaise préparée, c’est pire. Impossible de dissocier, cependant, la voiture de course de sa base. En effet, les choix techniques d’origine dictent la conduite et, encore plus que sur une autre voiture de rallye, la façon dont on doit l’emmener en étant toujours dans les tours.

D’accord, les amateurs de deuche ou de Panhard connaissent le principe pour atteindre une certaine performance. Sauf que là, on ne peut pas relâcher. C’est donc physique et surtout très bruyant. Enfin, comme beaucoup de voitures de rallye, la Fiat-FSM 126p Gr. 2 a tout sacrifié ou presque à la performance. Le parcours de liaison ? Une possible torture. Heureusement qu’on s’éclate en spéciale !

Les plus de la Fiat-FSM 126p Gr. 2Les moins de la Fiat-FSM 126p Gr. 2
Son originalité absolueLe bruit
Son histoireLe confort absent
Son agilité
Ses perfs étonnantes

Cette voiture ancienne étant une voiture de course, elle n’est pas notée.

Fiche techniqueFiat-FSM 126p Gr. 2
Années1976-1988 (en course)
Mécanique
Architecture2 cylindres en ligne
Cylindrée652 cm³
AlimentationCarburateur
Soupapes4
Puissance Max±50ch à 7600 trs/min
Couple Max±49Nm à 5600 trs/min
Boîte de VitesseManuelle 4 rapports
TransmissionPropulsion
Châssis
Position MoteurLongitudinale arrière
FreinageTambours AV et AR
VoiesAV 1177 mm / AR 1248 mm
Empattement1840 mm
Dimensions L x l x h3054 x 1377 x 1335 mm
Poids (estimé)550 kg
Performances
Vmax estimée±110 km/h
0 à 100 km/hNC
400m d.aNC
1000m d.aNC
Poids/Puissance11 kg/ch
Conso Sportive± 17 litres / 100 km

Rouler en Fiat-FSM 126p Gr. 2

Oubliez l’idée ou montrez vous patients. Cette voiture, la première des trois construites en 2006, a été récemment achetée et ne sera certainement pas sur le marché avant plusieurs années. Pour les autres, il faudra prendre votre ticket de réservation. Après, rien ne vous empêche de vous lancer dans l’aventure pour en créer une réplique mais vous perdrez l’authenticité de notre voiture du jour, elle même une réplique.

Du coup, pas de conseils d’achat à vous donner, ni de prix puisqu’il n’y a tout simplement pas de marché.

On remercie Vincent (fan de Fiat 500 et dérivés et membre de ce même club) pour sa confiance lors de cet essai et sa passion. Notez que le précédent propriétaire avait donc créé le site 126Groupe2.com qu’on vous invite à consulter pour plus d’histoire et d’où sont tirées les images de la partie histoire.

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

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