Casting d’Anciennes : la Mercedes 300 SL dans Ascenseur pour l’échafaud (1958)

Publié le par Gilles Chaput

Casting d’Anciennes : la Mercedes 300 SL dans Ascenseur pour l’échafaud (1958)

Après une belle anglaise avec la Sunbeam Alpine de la Main au Collet, on enchaîne avec une allemande encore plus exclusive et magnifique : la Mercedes-Benz 300 SL dans sa version coupé dans un film français, Ascenseur pour l’échafaud.

Le film en bref

Réalisateur : Louis Malle
Genre : drame
Durée : 1h31
Noir et blanc
Production : NEF
Acteurs principaux : Maurice Ronet, Jeanne Moreau

Synopsis :

Florence Carala persuade son amant de vivre librement leur union. Mariée, sous tutelle d’un mari aisé et influent, elle n’envisage qu’une solution : un homicide, laissant entendre que la victime agissait pour le compte de sociétés nébuleuses, sans scrupules. Alors que le crime est minutieusement préparé, en théorie, l’imprévu surgit en bousculant la chronologie des actes. Sans possibilités de contacts et de communications, les amants errent dans une incompréhension complète des évènements.

La voiture modèle

Malgré le chaos du second conflit mondial, les ingénieurs de chez Mercedes Benz optimisent l’élan d’une industrie moderne, soutenus par l’aide financière des USA En 1953, au salon de Paris, le constructeur allemand innove en présentant la structure auto portante de la Mercedes Benz ponton. La première caisse monocoque de la marque marque les esprits : rigidité accrue puisque les panneaux métalliques du corps de l’auto sont solidement soudés à l’armature du plancher. En outre, l’ensemble unifié aide à la réduction du poids et des coûts de fabrication.

En 1954, la 220 A rencontre, elle aussi, un franc succès, déclinée en berline et en cabriolet. Le luxe affiché sur cette version la classe parmi les meilleures voitures produites dans la catégorie. Déjà l’association du raffinement avec des technologies performantes signent la particularité de la marque étoilée. Premières grandes réussites de l’après guerre, la voie est ouverte pour les futurs modèles…

Vient alors la Mercedes 300 SL. D’abord une voiture de course, l’importateur américain Max Hoffmann veut en faire une voiture de sport pour la route. C’est ce qui va se passer et déboucher sur la présentation de cette auto si particulière à portes papillon. C’est une auto très particulière, performante, qui sera par la suite déclinée dans une version roadster, également voulue par le marché américain.

La place de l’auto dans le film

Le film est construit de manière à exposer une montée en puissance du comportement tragique des personnages, eux-mêmes victimes de leurs obsessions. Un enchainement d’évènements les conduit vers un chassé-croisé mêlant des destinées où il devient impossible d’en maîtriser l’issue. Deux couples illustrent le sujet : opposés dans leurs cadres de vie, ils se rejoignent dans les transgressions et une forme de fatalisme incontournable.

Le premier, animé de relations passionnelles, ne peut aboutir à ses fins que par la planification minutieuse d’un homicide. Le second, mû par des fantasmes de conquêtes immatures et de réussites sociales, se heurte à des ambitions contrariées qui se transforment en une fureur de possession sans limites.

La Mercedes 300 SL vient symboliser ces objets de désirs, une richesse convoitée, une aisance matérielle affichée dont il est insupportable de penser qu’elle puisse être réservée à une poignée d’individus privilégiés.

Au moment du tournage, le modèle de série élitiste sort de sa vitrine pour s’insérer dans le milieu urbain, à portée de mains d’individus divers. Ainsi le couple de jeunes va se laisser leurrer par ce miroir aux alouettes : d’abord par défi de voler une voiture, puis en suivant de riches touristes, ce qui constituera un véritable piège !

Gratifié d’une bande son devenue célèbre, le film déroule sa noirceur et son envoutement. C’est d’abord le charme de Jeanne Moreau au service de son personnage déterminé, son errance nocturne dans une ville endormie va contribuer à l’originalité du long métrage. Ensuite, pour les amateurs du genre, la présence de la Mercedes sert le scénario, avec un réalisme préfigurant une véritable révolution, en 1958, de l’art de filmer. Avec une caméra légère et des décors naturels, Louis Malle capte les qualités dynamiques et routières d’un véhicule d’exception. Il annonce aussi les prémisses d’un bouleversement porté par les jeunes réalisateurs de la nouvelle vague.

Au volant avec Maurice Ronet

Lorsqu’un inspecteur de police tente de reconstituer un faisceau d’indices, le nom de Julien Tavernier figure sur le registre d’un motel. Selon les premières hypothèses, l’auteur du vol de la Mercedes a agi selon une proximité probable avec le propriétaire du véhicule : quelques coïncidences laissent à penser que l’amant de Me Carala s’est bien installé au volant de la 300 SL. Celle-ci, retrouvée abandonnée en plein Paris, révèle l’étrange itinéraire de Tavernier.

Une course folle le place alors en suspect numéro un aux yeux de la police. Toutes les suppositions étudiées lors d’une enquête frôlent des vérités, mais comment obtenir des aveux sincères lorsque les coupables se perdent eux même en contradictions multiples ?

En imaginant des inspecteurs inspirés, sont-ils en mesure de repérer les indices compromettant celui qui a au moins conduit une fois le bolide ? Sans gants, les deux poignées à hauteur des portes sont systématiquement agrippées pour s’extraire des sièges. Avant de prendre la route, une mesure de sécurité contre la levée intempestive des ouvertures, dicte de verrouiller le mécanisme avec une tirette spécifique. En cas d’empreintes digitales non décelables, le sol moquetté jusqu’au tunnel de transmission enferme toutes les poussières adhérentes à des semelles de chaussure…

Quelque soit le conducteur (laissons le film dévoiler le mystère), les séquences nocturnes captent l’élégance «d’une silhouette» faite pour la vitesse. Des bretelles d’autoroutes insérant le trafic dans la capitale jusqu’au métro aérien du pont de Bir Hakeim, le coupé démontre toutes ses aptitudes routières.

Le montage du film, inventif par l’alternance des séquences, présente deux histoires en une : ainsi dans le but d’accentuer la crédibilité du récit, l’auteur a besoin de l’adéquation des personnages avec leur environnement. Les accessoires sélectionnés doivent faciliter les comédiens pour jouer «vrai». La Mercedes 300 SL participe à cette synergie, objet qui cristallise la démesure et l’aveuglement : visionner ascenseur pour l’échafaud offre l’avantage d’approcher la créativité de Louis Malle qui signe son premier film. C’est également une façon de mesurer l’éclat d’un joyau rentré dans la légende de l’histoire automobile.

Ascenseur pour l’échafaud est disponible à la location sur Amazon Prime

Gilles Chaput

Passionné de véhicules anciens et de Cinéma, Gilles vous propose régulièrement ses chroniques "Casting d'Anciennes"

Commentaires

  1. Alain Boulet

    Magnifique pour votre article surtout que le film est sorti sur ARTE.
    Un film tourné il y a 60 ans, le Corniaud. Sur ce film est présent trois voitures aux couleurs du drapeau italien. La blanche américaine, la verte anglaise, et la petite en rouge. Peut-être un sujet pour un prochain article. Merci d’avance.
    Boulet Alain Belgique

    Répondre · · 21 septembre 2025 à 14 h 28 min

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