Casting d’Anciennes : la Sunbeam Alpine de la Main au Collet

Publié le par Gilles Chaput

Casting d’Anciennes : la Sunbeam Alpine de la Main au Collet

Après la côte Atlantique et la Citroën CX de Camping, on change totalement d’ambiance. Direction la côté d’Azur, Monaco et ses hauteurs avec une production légendaire pour une future reine qui va donner ses lettres de noblesse à un roadster anglais : la Sunbeam Alpine MkI.

Le film en bref :

Titre original : To catch a thief
Réalisateur : Alfred Hitchcock
Production : Etats Unis 1955
Couleur
Acteurs principaux : Cary Grant, Grace Kelly, Brigitte Auber, Charles Vanel.

Synopsis :

De nouveaux vols de bijoux sont commis en pleine nuit dans les somptueux palaces Niçois. Le mode opératoire du cambrioleur guide les policiers locaux vers un ex-bandit pourtant rangé des coups spectaculaires depuis plusieurs années. Persuadés de la culpabilité de l’ancien voleur, les inspecteurs traquent celui qui veut défendre son honneur et surtout démasquer le véritable imposteur. La tâche se complique lorsqu’une riche américaine, victime du légendaire monte en l’air, se mêle de l’affaire en pensant pouvoir user de ses charmes…

La voiture vedette :

Lorsque le nom Alpine est évoqué, il s’associe très souvent à l’aventure mécanique légendaire de Jean Rédélé, passionné de performances et de compétitions. Mais avant lui, les Anglais proposèrent de baptiser une auto sportive du même qualificatif, issue des constructions Sunbeam Talbot : propriétaire de la marque suite à une série de victoires aux rallyes des Alpes, la Sunbeam Alpine était proposée à la vente avec ce gage de prouesses techniques mises au point et testées sur les routes de montagnes… comme les créations de Rédélé en fait !

Ironie du sort ou illustration des rapports historiques complexes avec nos amis d’outre-manche, le nom Alpine ne put être exploité pour la vente d’une certaine Renault 5 qui s’appela finalement R5… Gordini !

Le décapotable, quant à lui, ouvrait la voie d’une production régulière jusqu’aux années soixante-dix, c’est le modèle MK1 dont il est question ici. Peu connu, l’intérêt de ce roadster réside dans la place qu’il occupe sur la période de 1953 à 1955.

Ce cabriolet est issu de la berline Sunbeam-Talbot 90. Le cahier des charges n’avait rien laissé au hasard : strict bi-place, Thrupp et Maberly, carrossiers inspirés, dessinèrent une ligne typique, fluide et toujours proche de la berline. Son châssis est rigidifié par des traverses supplémentaires. Le moteur voit son taux de compression augmenter pour déplacer le plus sportivement sportive une masse de 1330 kilos. Il culmine donc à 94ch.

Sa construction artisanale avec un assemblage manuel ne permet pas de répondre à une cadence industrielle, peu importe car le carnet de commande affiche les vœux de quelques milliers d’initiés.

Son palmarès, auréolé de plusieurs titres dans des rallyes internationaux (coupe des Alpes en 1950 remportée par les premières versions ) devait séduire les amateurs de roadsters anglais. La Sunbeam Alpine visait tout simplement le marché américain avide de petits bolides premium et c’est au salon de New York que le modèle de production est dévoilé.

Sur le papier, tout prédisposait à une carrière fulgurante. Mais dans l’industrie automobile, il ne faut pas dédaigner la concurrence : les Triumph TR2, Austin Healey et les redoutables MG anglais ne lâchèrent rien de leurs parts de marché…

Alors, il fut facile de dresser la liste des défauts d’un cabriolet qui ne dépassa pas les 1582 exemplaires de 1953 à 1955. Coupé trop lourd, châssis pas assez rigide, tarif trop gourmand, bref la belle resta drapée dans sa dignité de star, sans séduire le grand public ! La Sunbeam Alpine sera intégralement revue en 1959 avec une nouvelle version plus sportive et encore plus désirable.

Néanmoins, la Sunbeam Alpine, elle se montre digne de ce casting envoûtant : photogénique, le temps d’une séquence elle semble presque voler la vedette aux comédiens. Les routes escarpées sont faites pour elle, sans parler d’une scène à l’humour très « british » où une Citroën Traction de la police s’époumone dans une course poursuite pour terminer par une magistrale sortie de route.

La place de l’auto dans le film

En 1955 Alfred Hitchcock choisit comme cadre de son long métrage les joyaux architecturaux de la Riviera. Il filme en technicolor l’arrière-pays niçois, les routes qui serpentent jusqu’aux pointes rocheuses du mont Boron et offrent un des plus beaux panoramas de la Côte D’Azur. Le charme opère à chaque séquence de « La main au collet ». Pour illustrer l’art de la séduction, de la manipulation et des faux semblants, le maître du suspense use de tous les artifices. Alors pourquoi ne pas mettre en vedette une voiture de sport dont l’élégance des lignes, l’agilité provocante sur les lacets de la Corniche, symbolisent parfaitement le charisme de son actrice principale ?

La Sunbeam Alpine de 1953 ne pouvait rêver mieux comme agent de promotion.

La Main au Collet 2-

Les rôles sont confiés à Cary Grant et Grace Kelly : si les locataires des hôtels prestigieux de la promenade des Anglais réclament un certain standing, les deux acteurs, auréolés de succès cinématographiques répétés, sont bien à leur place. Le côté glamour n’est pas en reste : Hitchcock construit un scénario autour d’un ancien cambrioleur qui s’est acheté une ligne de conduite et d’une riche américaine en villégiature. Cherchant à séduire celui qui nie les vols, elle se prête au jeu de le faire avouer.

Alfred Hitchcock a réalisé un film tenant une place importante dans l’ensemble de son œuvre. Le judicieux choix des acteurs sert magnifiquement une histoire basée sur le jeu du paraître, de la duperie et des richesses trompeuses. Le récit d’une conquête amoureuse mêlée d’une intrigue à rebondissement dans la haute société, est d’une maîtrise dont les années n’ont pas altéré la qualité.

À deux reprises, l’automobile est utilisée comme moyen de persuasion pour affirmer une sorte de supériorité. Lorsque le couple vedette quitte Nice en direction de la corniche, Grace Kelly use de sa Sunbeam Alpine avec l’intention de montrer à son passager qu’elle maîtrise une conduite rapide, mais surtout pour signifier qu’elle n’est pas dupe des agissements du célèbre voleur de bijoux.

La voiture devient le symbole d’une tentative de séduction : à travers une promenade et un pique-nique anodins, se dessinent les enjeux d’une relation ambigüe faite d’attirance mutuelle et de désir d’emprise.

main au collet 14-

Au cours d’une autre scène où Cary Grant essaye d’échapper à la police qui le surveille de près, il leurre ses poursuivants avec sa propre voiture : le véhicule quitte sa villa à pleine vitesse, ce qui incite les inspecteurs à débuter une filature. Après quelques virages serrés, le savoir-faire du réalisateur opère avec un plan rapproché qui dévoile le conducteur… la servante de Cary Grant !

On dit souvent que le propre d’une star, c’est d’être photogénique et dans ce film culte, les autos jouent parfaitement les seconds rôles.

Le cinéaste, maître du suspense, exploite les moyens techniques disponibles dans les années cinquante : vues aériennes, caméras embarquées dans les véhicules et tournage en studio pour assurer la sécurité des acteurs (méthode de la transparence ou « back projection »). La voiture est immobile, oscillant de manière artificielle, alors qu’un écran en arrière-plan projette les images filmées du décor.

Concernant les gros plans, parfois un mini échafaudage métallique doit être fixé à l’avant de l’automobile afin de suspendre les caméras : l’auto circule véritablement sur route mais à faible allure. Enfin le train avant peut être totalement supprimé : le châssis, posé sur un autre engin tracteur, donne l’illusion d’une véritable conduite insérée dans le trafic routier.

Au volant avec Grace Kelly

La première impression est mitigée. Stationnée aux côtés de grosses berlines luxueuses, le roadster anglais évoque plus un jouet de parvenu. La couleur pimpante bleue de mer, ajoute à ce préjugé, raccord avec le front méditerranéen comme peut l’être un sac à main dernier cri avec le tissu d’une robe.

Au démarrage, tout change : le bruit rauque de la motorisation marque une volonté des ingénieurs d’optimiser le collecteur et la ligne d’échappement. Les premiers tours de roue en quittant Nice, confirment le caractère sportif de la Sunbeam Alpine. L’accélération est franche, les 4 mètres du cabriolet et ses courbes tendues le plaquent au sol. Pour l’instant Cary Grant s’amuse de l’assurance affichée par sa partenaire, puisque c’est elle qui officie aux commandes !

Dès que les grandes avenues se rétrécissent pour l’ascension des premiers reliefs en direction de Saint Jeannet, la tension devient palpable. Le comédien presse le haut de sa cuisse, malgré sa maîtrise du vide de prince de monte en l’air, le vertige n’est pas loin ! La Sunbeam Alpine reste, quant à elle, aguerrie aux disciplines de rallyes. Sa suspension à triangulation absorbe le sous-virage et son freinage ne faiblit pas à l’assaut des massifs rocheux. Et puis il faut compter avec le son envoûtant du moteur thermique qui résonnera dans les salles obscures pendant de nombreuses années !

Cette séquence de plusieurs minutes décrit la volonté de filmer en extérieur : le procédé utilisé avec des outils modernes vise à installer une tension que le spectateur doit ressentir. Une voiture qui circule vite sur des routes escarpées fait naître une sensation de danger, matérialisant l’ambiance crispante subie par les personnages. La position de passager symbolise la situation vécue par le personnage principal : embarqué dans des évènements qui lui échappent, il est confronté à un rythme imposé par les autres. Qui ballade qui, résume le cœur de l’intrigue et une confiance mise à l’épreuve !

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Notez que la Collection de Voitures de S.A.S Le Prince de Monaco comprend depuis 2012 une Sunbeam Alpine MkI remise dans la configuration de celle du film.

Pour visionner le film, vous pouvez vous rendre sur Prime Vidéo en cliquant ici.

Gilles Chaput

Passionné de véhicules anciens et de Cinéma, Gilles vous propose régulièrement ses chroniques "Casting d'Anciennes"

Commentaires

  1. JULLIAN

    Comme toujours ces articles sont détaillés et bien illustrés .
    Bravo à l’auteur

    Répondre · · 23 août 2025 à 11 h 38 min

  2. Alain Boulet

    On pourrait parler des différentes voitures dans les films et de retracer leurs histoires. en somme une voiture et un film.

    Répondre · · 23 août 2025 à 19 h 23 min

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