Casting d’Anciennes : La Buick Roadmaster 1949 dans Rain Man en 1988

Publié le par Gilles Chaput

Casting d’Anciennes : La Buick Roadmaster 1949 dans Rain Man en 1988

Après The Big Lebowski, on reste du côté des USA pour ce film. Ici on parle d’un film émouvant, abordant des thématiques pas faciles, porté par un casting 5 étoiles et dans lequel les voitures anciennes ont un beau rôle… puisque Rain Man est avant tout un road-movie !

Rain Man en Bref :

Réalisé par Barry Levinson en 1988
Couleur – Durée : 2h13
Genre : comédie dramatique
Scénario : Ronald Bass et Barry Morrow
Acteurs : Dustin Hoffman, Tom Cruise, Valeria Golino.
Film récompensé par 4 oscars (Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur Scénario Original et Meilleur Acteur pour Dustin Hoffman)

Synopsis :

Gérant d’une entreprise d’import-export située à Los Angeles, Charlie Babbitt doit s’absenter quelques jours. Jeune homme ambitieux, les affaires lucratives sont prioritaires et il se donne 72 heures pour se rendre à Cincinnati : le leg de son père doit être réglé rapidement suite à son décès, alors que les deux hommes en conflit depuis plusieurs années ne s’étaient pas vus depuis leurs désaccords. Pensant disposer légitimement de liquidités pour rééquilibrer le budget de son négoce, Charlie Babbitt apprend sur place que son héritage est sous condition de tutelle d’un frère handicapé, placé en institution spécialisée, dont il ignore l’existence.

La voiture vedette : la Buick Roadmaster

La calandre démesurée, avec ses lames verticales, lui donne des allures de bête d’acier prête à avaler l’asphalte. Planté sur le haut du capot, le «bombsight» (viseur de bombardier) souligne l’emblème réservé aux grandes berlines, symbolisant une cible fictive que le conducteur doit atteindre. En 1949, au lendemain du second conflit mondial, la référence n’est pas anodine puisque la marque Buick stoppa ses productions pour participer à l’effort de guerre.

Animé d’un 8 cylindres en ligne de 5,2 litres de cylindrée, le roadster délivre une puissance de 110 à 140ch selon les versions. Les carrosseries sont nombreuses, cabriolet, fastback sedan ou berline à quatre portes. Il faut attendre les améliorations apportées au bloc moteur en 1950 pour faire culminer la puissance à 188ch.

Disponible avec une boite de vitesse classique en H, le cabriolet propose aussi la version Dynaflow, première transmission à amortisseur de couple. La sélection automatique des rapports et ses performances placent la Buick Roadmaster parmi les bestsellers de l’époque.

Vaisseau amiral de la marque, les ingénieurs se doivent de défier la concurrence : les vitres, les sièges et le toit sont électriques, options rapidement intégrées au catalogue. Originalité pratique, le capot est équipé d’une double charnière côté droit et gauche, afin de le faire basculer latéralement en libérant ainsi l’ensemble du compartiment moteur. Le parebrise en deux parties séparées d’une large baguette chromée répond, quant à lui, à la mode du moment autant qu’à la technique puisque les parebrises panoramique arriveront bientôt.

Marque de prestige, Buick affiche son logo sur les deux ailes avant où figure fièrement le blason de la famille : un cerf sur fond de croix percée et coupée d’un bandeau en damier, sigle qui restera inchangé durant plus d’une décennie.

Reprenons les caractéristiques techniques : longueur 5,43m, largeur 2,02m. Le poids oscille entre 1900 et 2100kg. Cela signifie clairement que l’auto offre un agrément de conduite qu’on apprécie surtout sur les «highway». Lors des trajets qui suivent des routes secondaires enchaînant les virages, les transferts de masse sont tels que la puissance du moteur demande à être maîtrisée : ce ne sont pas les suspensions volontairement souples qui améliorent une tenue de route vite aléatoire !

Malgré ce constat et des prix destinés aux classes américaines supérieures, la Buick Roadmaster représente 27% des ventes de la marque en 1949 : celle-ci retrouve sa place de 4ème constructeur derrière Chevrolet, Ford et Plymouth. La 5ème génération du modèle doit probablement son succès à une subtile évolution de la ligne de carrosserie, parvenue à maturité. Le dessin initial du designer Harley Earl est conservé mais les proportions, les formes adoucies modernisent l’ensemble en améliorant nettement l’aérodynamisme et l’esthétique de la Buick.

Par exemple, ces roues arrières visibles de moitié sous des ailes intégrées à la carrosserie : la fluidité obtenue influencera d’ailleurs les européens qui sauront exploiter un style futuriste. L’effort de modernité est observable également avec la ligne chromée qui court sur toute la longueur du véhicule : l’aspect fuselage est accentué et rappelle une référence indirecte faite à l’aviation.

De manière subtile, les ouïes latérales correspondent au nombre de cylindres, quatre sur chaque aile ! Le chrome est omniprésent, soulignant par l’éclat de la matière, les lignes harmonieuses et séduisantes du cabriolet. Quelle élégance ! A l’approche de l’auto, la main est attirée pour suivre le galbe des ailes arrières, l’arrondi des parties de carrosseries qui accentue la fluidité d’une auto pourtant imposante. Il est intéressant de constater que les stylistes des années cinquante développaient un design en courbes gracieuses. Cependant, quelques décennies plus tard, les voitures perdront en esthétique sous une mode faite de cubisme et d’angles acérés.

La voiture dans le film

En poussant les portes du garage d’une somptueuse villa, la vieille automobile laisse apparaître l’éclat de quelques chromes malgré une belle couche de poussière plaquée sur l’ensemble de la carrosserie. Le jeune homme qui vient de bousculer la quiétude d’une remise à l’abandon, réveille les souvenirs d’une enfance enfouie dans les limbes d’une mémoire trop vite refoulée.

Cette Buick Roadmaster 1949, longtemps convoitée, représente également un des litiges qui l’opposait régulièrement à son père et à l’origine d’une séparation alors qu’il était encore adolescent. Mais Charlie Babbitt ne vient pas de passer six heures dans un avion pour se laisser submerger par la nostalgie. S’il revient à Cincinnati, c’est pour régler le leg de son père disparu, car d’autres affaires plus pressantes l’attendent à Los Angeles.

Ses mains s’attardent cependant sur les rondeurs du cabriolet : dans la pénombre du garage entrouvert, l’auto conserve toute son aura. C’est à travers le véhicule hérité de son père que Charlie va retrouver une forme de temporalité : celle de son histoire familiale, de son enfance. En perpétuel mouvement physique pour répondre aux exigences de son entreprise, il ne montre pas d’autre préoccupation que l’acquisition de biens matérialistes. Mais la vieille voiture vient rappeler les choix et les vœux du père récemment disparu : elle devient le vecteur d’une filiation et surtout de la relation avec son frère atteint d’un handicap, dont il ne connaissait pas l’existence.

Le périple de Cincinnati, dans l’état de l’Ohio, jusqu’à Los Angeles sur la côte Ouest débute par une frustration de taille. Pas question de prendre l’avion, Raymond Babbitt développe des phobies appuyées sur les statistiques des catastrophes aériennes dont il a mémorisé les moindres détails. Le voyage s’effectuera en Buick Roadmaster puisque c’est la seule part d’héritage qui revient au fils cadet. Soit 30 heures au volant pour 3500 kilomètres. Si l’automobile ne s’oppose pas à reprendre du service, la cohabitation des deux frères opère un rapprochement hasardeux, entre des milliers de kilomètres sur la même banquette et la promiscuité des motels.

Contre son gré Charlie Babbitt, homme pressé et affairiste, se voit imposer un rythme qui perturbe son propre mouvement. D’abord celui de l’auto, transformant quelques heures d’avion en un voyage de plusieurs jours ; puis celui des rapports avec les autres puisque le handicap de son frère réclame patience et empathie, ce qui ne caractérise guère le tempérament du jeune commercial.

« Je suis un excellent chauffeur ! » Au cours des innombrables kilomètres défilent quelques souvenirs. Le père de Raymond l’autorisait à prendre le volant, secondé par l’assistance d’une boite de vitesse automatique. Quelques tours dans l’allée de la propriété redonnaient confiance et bercé par le ronronnement régulier des 8 cylindres coupleux, Raymond oubliait l’isolement et les rituels de son autisme. Durant quelques minutes il se découvrait conducteur de voiture, comme les autres.

Rain Man, dans les bribes de souvenirs liés à son enfance, Charlie associe ses peurs de l’orage et des nuits pluvieuses à un homme qui venait lui chanter des comptines pour le rassurer. Sans liens concrets et coupé de son histoire familiale (son frère est rapidement placé en institution), Charlie n’a pas pu partager cette relation avec Raymond, ayant toujours pensé que cette présence réconfortante était le fruit de son imagination.

Pour l’anecdote, la Buick Roadmaster fut achetée par Dustin Hoffman après le tournage. Elle fut vendue par Bonhams en 2022 à Scottsdale pour 335.000$ !

Au volant avec Dustin Hoffman

Pour Raymond, redécouvrir l’ancienne Buick Roadmaster, c’est stimuler une mémoire dont les capacités sont décuplées par rapport aux gens ordinaires. L’autisme a ceci de particulier : certaines fonctions cognitives sont hyper-développées, capables de stocker des informations et de traiter des opérations mathématiques rapidement. Par contre, sur le plan des affects, des émotions et de l’adaptabilité, il se caractérise par des déficits majeurs.

Ainsi, lorsque Raymond s’assoit sur le siège du conducteur, il ne peut refreiner le réflexe de conduire, de faire défiler les stations du poste de radio, comme si son apprentissage datait de la veille. Mais lorsqu’il s’agit d’effectuer un voyage de plus de 3000 kilomètres, l’amateurisme n’est pas de mise. Raymond reste sous la surveillance de son jeune frère et il faudra attendre les interminables lignes droites des terrains arides de l’Illinois pour passer enfin derrière le volant.

Les embardées du cabriolet, les phases d’accélération chaotiques résument le manque de maîtrise de Raymond. Cependant, dès lors que les sourires se dessinent sur le visage du conducteur, ouvrant son regard sur de vastes horizons, le spectateur lui-même se laisse emporter par la thématique du film et les différents aspects des pathologies mentales.

De manière assez discrète, les deux frères se lancent sur la route des pionniers. Aux USA, traverser les états jusqu’à la côte ouest, c’était l’ouverture d’un axe pour conquérir des territoires, d’abord avec des charriots attelés, puis avec des engins à moteur favorisant un commerce transversal et lucratif. « The mother road », la mythique route 66 reprend le tracé des pionniers à la recherche de terres fertiles, dépassant la barrière des montagnes et des déserts inhospitaliers.

Charlie et Raymond font la jonction de la 66 à hauteur de Saint louis dans le Missouri. Au volant de la Buick qui représente la figure paternelle, ils vont se découvrir en retrouvant leur véritable place dans le schéma familial.

Rain Man est devenu culte avec le premier road-movie traitant le sujet du syndrome Asperger : à son tour, le film ouvre la voie d’un univers méconnu mais riche de relations partagées malgré la barrière représentée par le handicap.

Rain Man est visible sur Amazon Prime, c’est par ici. En attendant, voici la bande annonce :

Gilles Chaput

Passionné de véhicules anciens et de Cinéma, Gilles vous propose régulièrement ses chroniques "Casting d'Anciennes"

Commentaires

  1. Ossola

    J ai vu rain man au cinéma et je suis tombé amoureux de la Buick roadmaster. J en ai acheté une/stictement la même/ aux States que je roule avec plaisir depuis maintenant dix années. Je suis un bon conducteur

    Répondre · · 20 décembre 2025 à 23 h 40 min

  2. Spenlehauer

    Pas de V8 chez Buick en 1949 mais un 8 cylindres en ligne constamment amélioré depuis 1931.
    Il faudra attendre 1953 pour voir un v8 remplacer ce fabuleux moteur.

    Répondre · · 22 décembre 2025 à 16 h 42 min

  3. Doronhay

    Pas de V8 en 49 juste un 8 cylindres en ligne de 150CH sur la roadmaster ….le V8 apparaitra en 53

    Répondre · · 22 décembre 2025 à 20 h 45 min

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