Au volant Aston Martin DB6, une beauté qui doit sortir de l’ombre

Publié le par Benjamin

Au volant Aston Martin DB6, une beauté qui doit sortir de l’ombre

Dans une semaine, elle sera sous le marteau d’Osenat (on en parlait ici). Il ne fallait donc pas tarder pour pouvoir accrocher une DB mythique à notre tableau de chasse. Parce que celle-ci, ça fait un bout de temps qu’on lui court après. Il y a quelques années (déjà) on avait été séduits par la DB4 et il fallait bien qu’on aille jusqu’au bout de la démarche. Alors on zappe la DB5 pour un temps et on se concentre sur notre auto du jour, l’Aston Martin DB6, la descendante directe de la DB4 et même plus que ça : la dernière de sa lignée.

En bref :
– L’Aston Martin DB6 n’est pas une DB5 : elle en gomme les défauts !
– Sa ligne, même modifiée, reste superbe
– Sa technique et son intérieur n’évoluent pas
– Pour une voiture qui a 60 ans, elle est très performante !

Notre Aston Martin DB6 du jour

Elle n’est pas grise mais Caribbean Blue, ça change pour une Aston Martin. James Bond est passé par là et le Silver Birch de la marque anglaise s’est retrouvé sur beaucoup d’autos… même des Aston Martin DB6. Hors, si la teinte est devenue mythique grâce au plus connu des agents secrets, elle n’était pas si commune à l’époque… et l’Aston Martin DB6 n’a même jamais été la monture de 007 ! Pourtant, elle aurait pu, puisqu’au final la raison d’être de notre auto du jour est justement de modifier la DB5 et ses défauts.

Attention, on ne change pas tout, loin de là. C’est d’ailleurs pour ça que les Aston Martin DB6 et DB5 sont si souvent confondues. Et c’est vrai, aussi, qu’on peut avoir du mal à les différencier… alors qu’une fois qu’on connaît les différences, elles sautent aux yeux.

À l’avant, on a l’impression d’avoir la même auto. En fait, la même que la DB4 Series V qui inaugurait déjà la ligne qui sera reprise par la DB5 (qui aurait dû être une Series VI si son avait fait un peu moins de changements techniques). Les feux sont évidemment sous bulle et on retrouve la calandre dont la forme remonte, elle, à la DB MkIII. Oui, vraiment, l’Aston Martin DB6 a reçu beaucoup d’héritages et certains remontent loin.

D’ailleurs, on retrouve un héritage inattendu. Notre Aston Martin DB6 du jour est une auto de 1966. Comme ses devancières, sa carrosserie est construite en Angleterre mais avec la technique Superleggera de Touring, sous licence. La carrozzeria disparaissant en 1967, il n’y a en fait que les toutes premières Aston Martin DB6 qui ont reçu ce badge.

Sinon, on ne vous a pas dit, mais il y a bien des indices pour différencier une DB5 et une DB6. Ces dernières ont en effet un pare-chocs séparé en deux parties, par la plaque, tandis qu’une prise d’air est apparue sous la plaque. Faut avoir l’œil mais ça peut servir.

Tant qu’à avoir l’œil, ouvrez le grand parce que le profil propose aussi des différences notables mais elles sont bien cachées. Alors, oui, l’Aston Martin DB6 affiche fièrement un badge identifiant le modèle tout en bas de l’aile avant et ça aide beaucoup.

Sinon, il faut savoir que c’est l’instabilité à haute vitesse de la DB5 qui a engendré l’Aston Martin DB6. Une des solutions a été d’augmenter l’empattement de 95mm. C’est d’autant plus difficile à voir que la nouvelle voiture sortie en 1965 n’est plus longue que de 53mm. Au passage, on améliore l’espace à bord et ça se complète avec un pavillon surélevé de 50mm qui entraîne que le pare-brise soit plus haut mais aussi plus incliné. Ah, et l’arrière change aussi, c’est certainement ça le plus visible.

Enfin, c’est à l’arrière qu’on se retrouve et, là, il faudra le faire exprès pour confondre une DB5 et une DB6. On est passé du Fastback au Kammback, toujours dans cette optique d’améliorer la stabilité à haute vitesse. Pour rappel, les travaux de l’aérodynamicien Wunibald Kamm ont en effet préconisé cet arrière tronqué. Oui, comme Coda Tronca chez Alfa Romeo mais ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

De fait, l’Aston Martin DB6 présente une face arrière d’abord fuyante à la Fastback avant de créer un béquet et se terminer de façon abrupte. C’est plus haut, moins fin, mais apparemment ça fait le job au niveau de la fameuse stabilité. On en profite pour loger, sur la partie verticale, les feux, la plaque et le monogramme DB6. En dessous ? Deux sorties d’échappement de bon diamètre qui donnent envie de se mettre au volant !

En bref, le design de l’Aston Martin DB6 peut effectivement rappeler celui de la DB5 et c’est tout à fait normal. Certains trouvent d’ailleurs que la DB5 était plus belle et plus fine… mais finalement, l’Aston Martin DB6 est également belle et fine, c’est juste qu’elle est restée dans l’ombre de son ancêtre directe.

Technique : rien de neuf ?

Si on avait essayé la DB5 avant l’Aston Martin DB6 on aurait pû faire un copier-coller. Certes, l’empattement change, mais sinon on ne change vraiment pas grand chose. Même 6 cylindres en ligne, mêmes trains roulants, on s’est en fait contenté de ce qui existait et qui était déjà largement au niveau.

Si on était passé d’une éventuelle DB4 Series VI à la DB5, c’est bien parce que la technique de la voiture avait fait un vrai bond en avant. La DB4 en avait déjà marqué un en abandonnant le moteur Lagonda/Bentley pour passer au moteur « Tadek Marek ». Ce même moteur était passé de ses 3,7 litres initiaux à 4 litres avant de se loger sous le capot de la DB5. En bonus, on l’avait accolé à une boîte 5 vitesses d’origine ZF.

Résultat ? La fiche technique des deux voitures est similaire avec 286ch sur la version de base et 391Nm de couple. Pourquoi parle-t-on d’une version de base ? Parce que la version Vantage est également reconduite et elle dope le moteur en passant aux carbus Weber, entre autres subtilités, pour atteindre 325ch. Côté châssis, la seule différence vient des freins arrières, toujours à disques, mais plus gros. C’est certainement pour lutter contre les 10kg d’embonpoint (annoncés) qui séparent DB5 et DB6.

Bref, pas de réelle évolution à ce niveau. L’amélioration de la stabilité étant la principale cause de la naissance de l’Aston Martin DB6, on s’est bien gardé de modifier ce qui était satisfaisant !

Intérieur : du classique déjà vu

En ouvrant les portières, là encore, les différences vont être difficiles à trouver entre l’Aston Martin DB6 et sa devancière. Elle-même avait fait évoluer le tableau de bord par rapport à la DB4 en conservant en grande partie ses formes.

Côté ambiance et matériaux, ceux pour qui une anglaise est synonyme de profusion de ronce de noyer vont être déçus. Sur la DB6, le bois n’est apparent que sur la jante du volant. Le tableau de bord est intégralement noir. Cela n’a d’ailleurs rien à voir avec la sellerie de notre voiture du jour. Même lorsqu’on choisissait un cuir plus clair ou coloré, c’est ce noir qui habillait la planche de bord.

Heureusement, ce noir tranche avec les inserts métalliques particulièrement nombreux. La DB5 et, donc, la DB6 affichent une profusion de cadrans. À gauche, on retrouve la température et la pression d’huile. Les deux compteurs principaux que sont le compte-tours et le tachymètre encadrent un ampèremètre. À droite on complète avec la jauge de carburant et la température d’eau. On ajoute également plusieurs voyants et autres interrupteurs, tous entourés de fixations métalliques. Ce n’est pas parce que le bois est absent que ce n’est pas élégant… et sportif en fait.

Au centre on retrouve une large montre qui surplombe notamment les deux interrupteurs pour les vitres électriques. Oui, l’Aston Martin DB6 est une sportive mais elle se veut aussi luxueuse. En dessous, les deux manettes gèrent la ventilation avant de retrouver la commande du starter. Attention à ne pas se mélanger les pinceaux. Enfin, devant le levier de vitesse fièrement dressé on retrouve l’emplacement de l’autoradio, qui accueille ici un modèle récent et une enceinte.

On ne va retrouver, au final, qu’une menue différence entre l’Aston Martin DB6 et la DB5. Le cendrier de cette dernière était près du levier de vitesse mais sur notre auto du jour on en retrouve un fixé sur chaque portière.

Un dernier détour à l’arrière permet de juger ces places. Elles ne sont pas bien grandes mais un adulte peut y prendre place. Garantir son confort sera une autre histoire.

Au volant de l’Aston Martin DB6

Difficile de dire si le gain en habitabilité amené par le rehaussement du pavillon est vraiment notable mais on ne se sent pas à l’étroit à bord de notre anglaise. Le starter est en position start et le moteur démarre. On va lui laisser le temps de chauffer un peu avant de rouler. Le vrombissement est régulier, ni trop fort ni trop étouffé. C’est suggestif, comme l’est finalement toute l’auto.

Quand le ralenti se maintient sans aide du starter, c’est le moment de se mettre en route. On sort de l’enceinte du Grand Garage d’Osenat pour s’intégrer à la circulation bellifontaine. Et là, on s’attend à une aventure. Une vénérable anglaise, pas de première jeunesse, d’une valeur certaine, lâchée entre les SUVs et les citadines, c’est pas vraiment l’idéal pour prendre en main. Mais c’est néanmoins un passage obligatoire.

Pourtant, aucune crainte à avoir. La mécanique reste douce. L’Aston Martin DB6 évolue sur un filet de gaz. Quel que soit le rapport engagé, et on sait qu’il est engagé, le couple du « Tadek Marek » est largement suffisant. Aucun feu rouge ne s’accompagne de la peur de caler. Les ralentisseurs sont avalés sans trop de problème, c’est l’avantage d’une voiture ancienne, il y a de la garde au sol. La visibilité vers l’extérieur est bonne, le gabarit est finalement assez contenu vu les mastodontes qu’on retrouve actuellement dans les concessions. Bref, la ville, ce n’est finalement pas bien compliqué quand on est attentif.

Enfin, la route s’ouvre. C’est une grosse nationale qui repart en montée vers la forêt. Deux voies et un feu rouge pour attaquer. L’Aston Martin DB6 s’élance et attaque cette montée. Une populaire devrait vite calmer ses ardeurs mais notre anglaise est une sportive. Le moteur est puissant et coupleux et on se retrouve assez vite à la limitation de vitesse légale, au grand étonnement d’une Clio que nous dépassons sans lui laisser le temps d’admirer la ligne.

Une fois sur le plat, on monte progressivement les rapports. La boîte est clairement une satisfaction. Lors de notre essai de la DB4, on ne s’était pas plaint de sa boîte, mais c’était aussi en prenant en compte son âge. Clairement, la ZF offre une vraie amélioration. L’étagement est parfait et le maniement est au diapason. Le guidage est ferme mais très précis tandis que le verrouillage est inratable. On comprend que son adoption a été une mini révolution chez Aston.

Entre les arbres, l’Aston Martin DB6 fait parler son côté GT. Oui, c’est une sportive, mais justement, depuis la DB4 on avait un peu perdu le côté sportif pour aller progressivement vers le luxe. Les équipements à bord le confirment et le confort aussi. Rien à redire de ce côté là, le moteur est présent juste pour rappeler que la mécanique est noble. Les bruits de roulement ou d’air son absent (la restauration y joue certainement beaucoup). Les sièges ? Parfaits. Les amortisseurs ? Aussi ! En bonus, par les temps qui courent : le chauffage est au diapason.

Une certaine torpeur commence à s’installer. Allez, on change de route, direction une autre, moins large avec quelques (rares) virages. Au moment de s’y engager, on pousse le moteur dans les tours. L’Aston Martin DB6 ne détale pas comme le ferait une voiture plus récente mais son accélération est vraiment bonne. Au niveau du son, le vrombissement caverneux se fait plus fort. On change peu à peu de tonalité en montant dans les tours et à mesure que la poussée se fait plus forte. Oui, même avec une voiture qui approche de ses 60 ans, la vigueur impressionne.

Et les virages maintenant ? Au moment de freiner, rien à signaler. Le toucher de la pédale est irréprochable et on peut vraiment gérer la force de la décélération. Quand il faut vraiment y aller, l’Aston Martin DB6 sait « planter les freins ». La virilité du maniement de la boîte ralentit, certes, les passages, mais le couple moteur aide l’anglaise à attaquer sereinement le virage. La direction ? C’est viril également mais on est sorti de la ville sans encombre, ce n’est pas en roulant qu’on va se plaindre.

Le virage enroule. Alors, certes, l’Aston Martin DB6 n’est pas une berlinette. Le côté GT s’affirme. On passe à une vitesse totalement respectable dans les virages, surtout par rapport à l’âge de l’anglaise et sans se faire peur. Néanmoins, on cerne vite les limites. Le confort est aussi dû à la souplesse de l’amortissement et les mouvements de caisse se ressentent. Rien de caricatural mais cela crée un léger sous-virage qui affiche donc les limites d’une façon assez rassurante et progressive.

Entre deux virages, on peut faire causer le moteur. Le 6 cylindres relance, prend des tours et s’exprime vraiment. L’Aston Martin DB6 oublie la relative lourdeur ressentie en virage pour se jeter vers le suivant. Le freinage est toujours bon et on enroule. La répétition de l’exercice n’entame en rien les bonnes intentions de l’anglaise.

Cet enchaînement est cependant de courte durée. La DB6 se mue donc une nouvelle fois en voyageuse. C’est finalement ce qui est le plus étonnant. Malgré une vraie virilité de toutes les commandes, une fois habitué, on roule sereinement dans la circulation actuelle. Les performances de l’anglaise permettent d’éviter toute surprise. Finalement, même le retour, par le centre-ville, n’a rien de si compliqué… il faut juste être attentif à ce qui se passe autour !

Conclusion

L’Aston Martin DB6 n’a rien d’une brute prête à tout pour être sportive. Comme la DB5, dans les films, elle peut certainement faire crisser ses pneus arrières et se lancer dans des poursuites infernales, son moteur et son châssis le permettront, mais ce n’est pas vraiment ce en quoi elle excellera.

Notre anglaise est une vraie GT. Une voiture élégante, performante mais faisant la part belle au confort et au luxe. Une voiture agréable qu’il faut néanmoins conduire comme une voiture ancienne et pas une sportive moderne. Si vous l’oubliez, la virilité de ses commandes vous rappellera à la raison. Une mauvaise chose ? Absolument pas, ça participe à l’ambiance ! En tout cas, c’est vraiment une voiture qui ne mérite pas d’être complètement dans l’ombre de la DB5, elle a ses arguments pour plaire.

Les plus de l’Aston Martin DB6Les moins de l’Aston Martin DB6
Une ligne superbeDans l’ombre de la DB5
Un moteur attachantCommandes viriles
De vraies performancesPas une pure sportive
Un confort réelLe(s) coût(s)
Les notes de Aston Martin DB6
Fiche techniqueAston Martin DB6
Années1965-1970 : 1788 ex.
Mécanique
Architecture6 cylindres en ligne
Cylindrée3995 cm³
Alimentation3 Carburateurs double corps
Soupapes12
Puissance Max286ch à 5500 trs/min
Couple Max391Nm à 3850 trs/min
Boîte de VitesseManuelle 5 rapports
TransmissionPropulsion
Châssis
Position MoteurLongitudinale Avant
FreinageDisques AV et AR
VoiesAV 1372 mm / AR 1359 mm
Empattement2584 mm
Dimensions L x l x h4623 x 1676 x 1384 mm
Poids (relevé)1600 kg
Performances
Vmax Mesurée228 km/h
0 à 100 km/h8,5s
400m d.a16,3s
1000m d.a29,2s
Poids/Puissance5,6 kg/ch
Conso MixteNC
Conso Sportive± 25 litres / 100 km
Prix± 250.000 €

L’Aston Martin DB6 en vidéo

On ne pouvait pas laisser passer l’occasion ! En plus de cet essai, on vous refait toute l’histoire des différentes Aston Martin DB en vidéo avant de prendre le volant de notre belle du jour. Montez le son !

Rouler en Aston Martin DB6

Si l’Aston Martin DB6 est dans l’ombre de la DB5 au niveau de l’aura… elle en profite sur le marché. Après tout, c’est une voiture qui a été produite plus longtemps et en plus grand nombre (1788 contre 1025 exemplaires). Pour autant, on ne parle pas d’une machine si facile à trouver mais on en trouvera toujours à la vente. Côté prix, si on se concentre uniquement sur les versions coupé, les DB6 sont disponibles avec une fourchette large partant de 180.000€ pour monter jusqu’à plus de 300.000€ ! Les Vantage, plus puissantes donc, sont également plus chères.

Notre Aston Martin DB6 du jour sera donc proposée aux enchères par Osenat lors de sa vente du 15 Décembre 2025. Elle est estimée entre 250 et 300.000€. Aucun souci au niveau de son fonctionnement ni de son état, elle a été restaurée par Cecil Cars dont l’expertise en matière d’Aston anciennes n’est plus à prouver. Si vous voulez plus d’infos sur la voiture, c’est par ici.

Une voiture comme celle-ci, restaurée et fiabilisée sera une bonne idée. On peut débourser moins… mais voir venir les tracas par la suite. Le « simple » réglage des trois carbus double corps sera réservé à des mécanos qui savent y faire. La restauration de la carrosserie ? Même chose, c’est de l’alu formé à la main, la technique Superleggera demande un certain savoir-faire. Enfin, on vérifiera évidemment la rouille et l’état de tous les éléments mécaniques. Si l’Aston Martin DB6 se révèle moins chère qu’une DB5 à l’achat, elle reste onéreuse à entretenir.

On remercie l’équipe d’Osenat Automobiles pour la confiance accordée pour cet essai.

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

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