Porsche 936

La Porsche 936, comebacks gagnants

La Porsche 936 a certainement une des histoires les plus étranges des autos qui ont gagné les 24h du Mans. Construite “de bric et de broc”, remisée au musée, elle a cependant un des plus beaux palmarès de la course.

935 + 908 + 917 = 936 !

Les Porsche 908 et 917 ont fait leur temps aux 24h du Mans quand Porsche décide de s’attaquer à la CanAm. Une belle aventure avec des autos spectaculaires… mais en Europe les “anciennes” continuent à courir avec des privés. Porsche aide évidemment les privés qui continuent à engager des 908 notamment, mais le constructeur a d’autres perspectives.

L’une d’elles c’est le moteur Turbo. Avec la règle des équivalences, Porsche développe un nouveau flat 6 de 2.142 cm³ chargé d’aller tailler des croupières aux autos qui font alors le bonheur des 24h du Mans et du Championnat du Monde des Voitures de Sport. Ce moteur est la base de la 936. Mais l’idée n’est pas encore de l’intégrer dans un proto. Il débute dans des autos de Groupe 4, les 934, et de Groupe 5, les 935 avec un ratio impressionnant pour l’époque : 225 ch par litre ! Au passage, c’est le premier moteur de course équipé d’un intercooler pour refroidir le turbo.

En 1975, Porsche s’implique plus auprès de ses clients équipés de 908. Des essais aérodynamiques sont réalisés notamment. À la fin de l’année, la marque annonce son retour dans le grand bain des 24h avec une auto construite pour le Groupe 6.

C’est donc la Porsche 936. On vous l’a dit, elle peut sembler faite de bric et de broc puisqu’elle reprend le moteur turbo des 934/935, le châssis tubulaire dérivé de la 908 et les trains roulants de la 917. Le tout est habillé d’une carrosserie en fibre de verre très inspirée des 917 CanAm (sans cheminée donc). 700 kg sur la balance, 540ch et près de 350 km/h en pointe, Porsche tient sa nouvelle arme !

1976, la Porsche 936 arrive sur la piste

C’est en avril que Porsche engage sa nouvelle auto pour la première fois. C’est presque à domicile aux 300 km du Nürburgring. L’auto est seconde sur la grille et arrache le meilleur tour mais Rolf Stommelen ne fait pas mieux que 5e.

La campagne italienne va se dérouler parfaitement puisque Ickx et Mass vont remporter les 4h de Monza puis les 500 km d’Imola. La machine est compétitive !

Les 24h du Mans 1976

Deux Porsche 936, via le Martini Racing, sont engagées aux 24h du Mans 1976. Ickx fait équipe avec Van Lennep sur la 20, Joest avec Barth sur la 18. La 20 a d’ailleurs la forme qu’on connaît mieux à la 936 avec l’apparition de la cheminée.

C’est Alpine qui constitue la principale menace et qui s’installe en pôle. La n°20 de Ickx et Van Lennep est seconde derrière une A442, l’autre auto est 5e.

Dès la première heure, les Porsche ont pris les devants. Elles vont en fait rouler en tête jusqu’à l’abandon de la n°18 au 218e tour sur un problème moteur.
La 20 va continuer vers la victoire et gagner avec 11 tours d’avance sur la Mirage GR8 !

Fin de saison victorieuse

Pour la fin de la saison, les deux carrosseries de la Porsche 936, avec et sans cheminée vont alterner. Une seule auto est engagée sur les dernières épreuves du championnat du monde.

Coppa Florio (Mass-Stommelen), 200 miles de Mosport (où la victoire revient à des Gr7, donc la Porsche de Ickx est victorieuse en championnat), 500 km de Dijon (Ickx-Mass) et 200 miles de Salzbourg (Ickx) représentent autant de victoires.
Porsche est logiquement championne du Monde des Voitures de Sport 1976.

1977 : un seul objectif, Le Mans

Pour l’année 1977 Porsche fait confiance à ses 935 pour le championnat du Monde. La 936 ne va être engagée qu’aux 24h, ce qui n’empêche pas la marque de la faire profondément évoluer.

La Porsche 936/77 se démarque par une voie avant réduite pour mieux pénétrer l’air, notamment dans les Hunaudières. La carrosserie est aussi revue et affinée dans ce but. Comme elle n’est pas prévue sur les circuits sinueux, elle peut se le permettre.

Les 24h du Mans ne comptent pas pour le championnat, jusqu’ici dominé par les Alfa Romeo. Deux autos sont engagées par Porsche, toujours sous les couleurs de Martini. Ickx fait équipe avec Pescarolo sur la n°3, Bath et Haywood sur la n°4.

Les Alpine A442 monopolisent la première ligne devant l’équipage franco-belge, la seconde auto est 7e sur la grille derrière les deux autres Alpine et une 935.

La course : vrai scénario de cinéma !

Dès la troisième heure de course, alors que les Porsche 936 sont 2e et 3e, des soucis de moteur sur la n°4 nécessitent le changement de la pompe à injection. Ce sont 9 tours qui sont perdus, la voiture repart 41e !
Les ennuis continuent ! En voulant suivre le rythme de l’Alpine, Pescarolo et Ickx ont trop tiré sur le moteur. Pesca rentre aux stands suivi d’une fumée bleue. La n°3 ne repartira pas.

À 20h, Ickx reprend le volant… de la n°4. Il est très en retard mais reprend 6 seconde à l’Alpine de tête dans chaque tour. Une heure plus tard il est 10e à 6 tours. Ensuite c’est au tour des Alpine de souffrir tandis que Ickx est déchaîné pendant la nuit. Il bat 5 fois le record du tour et se retrouve 2e à 7h du matin.
À 9h la n°4 a toujours sept tours de retard sur Jabouille et Bell mais trois d’avance sur Depailler et Lafitte.

La matinée est fatale aux Alpine. Les deux survivantes abandonnent et la n°4 est en tête, revenue de nulle-part ou presque.

Dans la dernière heure, Ickx a passé le volant. Non prévu sur l’auto il a conduit 12h ! Seulement Haywood rentre aux stands, un piston est crevé. La voiture a alors 19 tours d’avance. On va la faire rester au stand et elle devra boucler le dernier tour en moins de 14 minutes pour que son classement soit entériné. À 14h50 la Porsche repart, le cylindre endommagé étant coupé. Par contre Barth boucle le tour en 6 minutes et doit donc en accomplir un second. Il va y arriver… et la Porsche 936 remporte ses deuxièmes 24h du Mans. C’est aussi la première victoire d’un équipage de trois pilotes, ça fera école.

1978, Alpine veut sa revanche

Pour l’année 1978, Porsche décide une nouvelle fois de garder sa 936 pour la piste mancelle. Les Alpine sont revanchardes et on va aligner une nouvelle auto dans le clan français : l’A443 qui est l’ultime évolution du concept.

La Porsche aussi a évolué. Le moteur se dote de 4 soupapes par cylindres et le turbo unique est remplacé par deux autres plus petits. La puissance bondit à 640 chevaux. Trois autos sont engagées.

La n°5 de Ickx, Pescarolo, signe la pôle, la n°6 de Wolleck, Barth et Haywood partira 4e tandis que la n°7 engagée pour Gregg et Joest, conservée aux spécifications de 1977 est qualifiée 7e.

Dès le premier tour, Alpine attaque. Jabouille a 12 secondes d’avance sur Ickx. Seulement au 2e tour, Ickx rentre aux stands, l’accélérateur est coincé. Il repart après qu’on ait déconnecté la seconde pompe à essence. Haywood s’arrête aussi, même soucis. Ickx va revenir une nouvelle fois aux stands, c’est en fait l’accélérateur à main qui est grippé. Une fois ceci réparé, la n°5 repart mais elle a perdu plus de 5 minutes sur la voiture de tête.

À 21h, Ickx s’arrête, on doit changer son pignon de 5e. Peu après, la n°6 a cassé un de ses turbos et ce sont 13 minutes qui s’envolent. L’équipe décide également de remanier ses pilotes. Mass épaulera Pescarolo, Ickx remplacera Barth.

Remontée deuxième pendant la nuit, la n°6 va connaître quelques problèmes de train avant et à 9h du matin on doit lui changer son pignon de 5e.
À 10h, l’A443 abandonne. Mass sort de la piste. Résultat, Pironi et Jaussaud sur l’A442B devancent les Porsche 6 et 7. Dans les dernières heures, Ickx donnera tout, reprenant des tours à la française. Mais Pironi tiendra bon et la 936 subit un premier revers au Mans. Revers tout relatif puisque les deux autos rescapées sont sur le podium !

1979 : la 936 est mise au placard

Porsche décide d’arrêter d’engager la Porsche 936. Mais le pétrolier Essex va changer la donne et persuader la marque allemande de revenir au Mans. Une course de préparation est faite à Silverstone, mais des soucis de roues n’amènent qu’une 10e place à Reman et Mass.

Aux 24h du Mans, deux autos sont engagées. Elles sont inchangées par rapport à l’édition précédente, si ce n’est donc leur livrée. Wolleck et Haywood se relayeront sur la n°14 qui signe la pôle. Ickx, Redman et Barth sur la n°12 qui partira juste derrière. On note aussi… qu’il n’y a plus guère de concurrence. Alpine est parti lorgner sur la F1 et ce sont les 935 qui sont les principales concurrentes.

Manque de préparation = galères

Au départ les autos caracolent en tête. Ickx s’arrête changer de pneus mais ils vont poser des problèmes. C’est donc Wolleck qui prend la tête avant que la voiture ne s’immobilise à Mulsanne. Le réservoir est vide et avant que le français n’ait basculé sur la réserve c’est le belge qui prend la tête.
Ensuite c’est Redman qui va connaître un problème. Une crevaison l’envoie dans le mur à la Dunlop et un radiateur est gravement touché. Il met 30 minutes à rejoindre son stand. Le moteur a tourné sans refroidissement mais on répare et on le renvoie en piste.

Peu avant 18h c’est une seconde alerte pour Wolleck alors en tête. Quatre passages aux stands sont nécessaires pour corriger un problème de pompe à injection. Tout va bien pour Porsche… les 935 sont en tête !

À la nuit tombée ce sont des trombes d’eau qui tombent sur Le Mans. À 3h du matin, Ickx s’arrête dans les Hunaudières. Il va devoir par deux fois remettre la courroie qui entraîne la pompe à injection. Problème, les courroies lui sont fournies par des mécanos de l’équipe. C’est une assistance non autorisée et à 7h l’auto est mise hors course.

À 8h la Porsche 936 rescapée est revenue 3e à 16 tours, derrière deux 935. Las, son moteur rend l’âme une demi-heure plus tard.

C’en est terminé des 936.

1980 : c’est presque une 936

Porsche a arrêté le programme des 936. Le moteur est toujours développé car Porsche veut l’utiliser en Indycar.

Seulement Joest a convaincu l’état major de Porsche de “mettre à jour” sa 908. Baptisée 908/80 c’est en fait une quatrième Porsche 936… sans en porter le nom. Les éléments sont bien ceux d’un 4e châssis jamais assemblé et le moteur est celui de la 936 de 1977.

Sponsorisée par Martini, elle sera conduite aux 24h du Mans par Ickx et Joest. Une équipe d’usine qui n’en a pas l’air… et qui part favorite.
Qualifiée 4e, elle est devancée par deux 935 mais surtout par la Rondeau-Ford.

La 908/80 va se montrer plutôt performante en course, bien que l’équipe soit très prudente. La pluie joue, notamment sur le bon fonctionnement du moteur. À 20h elle pointe néanmoins en tête.
Mais à 21h30, Ickx voit l’histoire se répéter avec un soucis de courroie de pompe à injection ! Il répare mais ne repart que 7e !
À 4h du matin, la fausse 936 a repris la tête, aidée par les soucis des 935 et des Rondeau.

À 10h du matin c’est le pignon de 5e (encore lui) qu’il faut changer. La 908/80 perd 28 minutes et laisse le commandement à la Rondeau rescapée.

La fin de course sera haletante. Mais Jaussaud qui a relayé Rondeau va tenir bon. Malgré sa remontée, la 908/80 ne termine que seconde à 1 tour.

1981 : le second rappel de la Porsche 936

Les 936 ont passé un an au musée. Mais l’édition 1981 des 24h du Mans s’annonce… étrange ! Les Groupe C sont prévues pour l’année suivante et le règlement a quand même changé. Le plateau est hétéroclite. On y retrouve une 908 “normale”, la 908/80 de Joest mais aussi une 917 modifiée pour son retour !

L’écurie officielle Porsche est soit-disant concentrée sur les 944 LM et 924 GTR. Mais les Porsche 936 font leur retour. Elles ressortent du musée une nouvelle fois, mais on les soigne. Le moteur “Indy” est installé dans les autos. Sa cylindrée est de 2.6 litres et la puissance de 620 chevaux. Pour le fameux pignon de 5e, plus de soucis, c’est une boîte de 917 renforcée avec 4 rapport qui sera accolée au moteur.

Les deux 936 porteront les n°11 pour Ickx et Bell et 12 pour Mass, Schupan et Haywood. Les couleurs seront celles de Jules, le nouveau parfum de Christian Dior.

Les autos se qualifient en première ligne, la 11 devant la 12. La 908/80 de Joest, Whittington et Niedzwiedz est 3e.

La victoire la plus “facile”

Dès le départ, Mass a un soucis d’allumage et se voit relégué au milieu du peloton. Il s’arrêtera aux stands sur les deux prochains passages.

L’après midi va être dramatique. Si Boutsen sort indemne de sa WM, Lafossse lui se tue sur sa Rondeau. Le pace-car est de sorti à chaque fois, c’est une première.
La 936 de tête n’est réellement menacée que par la 908/80 jusqu’à ce qu’elle abandonne suite à une sortie de piste peu avant 20h.

Une heure plus tard la n°12 est revenue 3e à 4 tours de Ickx et Bell qui continuent sans soucis. À mi-course les deux autos sont devant, et ne sont visiblement pas à fond…
Au lever du soleil, Mass s’arrête pour qu’on lui change son embrayage. L’opération fait plonger la n°12 au classement et ce n’est pas fini. À 10h30 c’est Schupan qui a un souci, la voiture s’arrête aux stands et on doit lui changer la pompe à injection. De plus le 1er rapport a un soucis et les pilotes ne peuvent plus l’utiliser.

Par contre la 11 tourne comme une horloge. Elle remporte la course en ayant presque pas quitté la tête et avec 14 tours d’avance sur la Rondeau deuxième !

En fin d’année, on verra une Porsche 936 remporter les 9h de Kyalami aux mains de Mass et Joest. Mais c’est ce dernier qui va continuer de faire rouler la 936. En fin d’année 1981 la 936 remporte deux course en Interserie aux mains de Bob Wolleck.

Entre Inteserie et Groupe C !

La Porsche 936 en Interserie

La 936 va continuer sa carrière sur un championnat moins en vue en 1982. En Interserie deux autos seront engagées. Stommelen pour Kremer et Wolleck pour Joest vont accumuler 8 victoires, 5 deuxièmes places (dont deux doublés) et 3 troisièmes places !
En 1983, Leopold Von Bayern n’aura pas le même succès, ne glanant qu’une troisième place.

La Porsche 936 C

En 1982, Joest doit patienter pour recevoir la nouvelle arme de Porsche : la 956 conçue pour le Groupe C. Pour patienter il greffe un toit sur la 936 qui devient 936 C.

Cette auto sera engagée avec succès en championnat du monde. Wolleck-Martin-Martin se classeront 3e aux 6h de Silverstone, 4e à Spa, 3e au Mugello et à Kyalami. Seul le Mans sera un échec avec un abandon.

Malgré la réception d’une 956, la 936 continuera en 1983 sans réels succès. En 1986 elle fera son retour avec notamment une belle 6e place au Mans !

La Porsche 936 de nos jours

Insaisissable ou presque… Pour en voir une aux couleurs de Martini, il faut aller au Porsche Museum (on vous y emmène par là).

Pour ce qui est de la dernière livrée “officielle”, la Jules, on a un peu plus de chance… Chose étonnante, Cedric l’a aussi vu tourner lors du Grand Prix de Monaco Historique (à voir par ici). Comme la 956, elle se fait rare. Et c’est bien dommage !

Sinon celle qui était au Mans Classic 2016 est une auto qui porte les couleurs du Kremer Racing, un héritage des engagements de l’auto en Interserie en 1982.

Photos : Les24heures.fr, Joest Racing, Porsche et News d’Anciennes

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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