Voyage au cœur du patrimoine ferroviaire de l’Angleterre

Passionné par tous types de mécaniques anciennes, je suis moins familier du monde ferroviaire. C’est entre le comté de Norfolk et le Yorkshire en Angleterre, que je suis parti à la découverte de ce patrimoine. 

Back in time at the North Norfolk Railway

Pour commencer l’initiation, direction Holt Station, à un peu moins d’une heure de Norwich, près de la côte Est de l’Angleterre. Composée de quatre arrêts, “the Poppy Line” s’allonge sur 8 km. Construite en 1887 sous la direction de William Marriott, elle est utilisée jusqu’en 1924 pour relier la ville côtière de Sheringham à Holt. La ligne est aujourd’hui exploitée par la North Norfolk Railway, une associations qui restaure, entretient et fait rouler des locomotives à vapeur et diesel.

A peine arrivé à la gare de Holt, je me retrouve plongé dans une autre époque : la gare semble avoir été figée dans le temps. Pour la première fois, je sens l’odeur du charbon… L’esprit embrumé par la scène, un sifflet strident me sort de ma torpeur. La “Black Prince”, une imposante locomotive à vapeur de 1959, est déjà sur le départ.

Deux arrêts plus loin, je me retrouve à Weybourne Station : une gare bucolique construite en 1900 et qui sert également de dépôt à la NNR. J’y croise également un autorail diesel en service sur la ligne.


Enfin, je me rends à Sheringham Station, dernière gare de la ligne, cette fois-ci en plein centre ville. L’impressionnante “Black Prince” manœuvre pour repartir dans l’autre sens. Pour le chauffeur et le mécanicien, c’est l’occasion de faire le plein du réservoir d’eau de la locomotive mais aussi de graisser et huiler la mécanique.

On the road again

Le weekend suivant, je repars de Norwich en prenant la direction Nord pour cinq heures de petites routes à travers la campagne anglaise. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant les grandes étendues vallonnées et brumeuses du parc naturel du Yorkshire Moors. Avec des côtes allant jusqu’à 33%, les sensations de conduite sont vertigineuses ! Il faudra tout de même prendre garde à l’étroitesse des routes, au manque de visibilité et… aux nombreux moutons en liberté ! Une expérience à renouveler au plus vite au volant d’une ancienne.

J’arrive donc à Goathland, là encore, tout est fait pour se sentir transposé dans le temps, je suis accueilli par une Ford Anglia trônant devant les boutiques de souvenirs. Un modèle emblématique de la production anglaise avec sa lunette arrière inversée et qui n’est pas sans rappeler une histoire avec un certain sorcier… D’ailleurs, la gare n’est nul autre que celle qui a servi au tournage des scènes de Pré-au-Lard dans Harry Potter.

Ici c’est la NYMR (North Yorkshire Moors Railway) qui gère l’exploitation de la ligne arrêtée en 1965 par la British Railways. Cette ligne commerciale entre Pickering et Whitby, initialement mise en service en 1831, a été conçue par George Stephenson, ingénieur britannique, considéré comme l’inventeur du chemin de fer moderne. Avec 6 gares desservies et réparties sur 29 km et plus de 355 000 passagers par an, elle est aujourd’hui un des plus importants héritages ferroviaires roulant de Grande-Bretagne.

La ligne offre un panel de gares et d’ambiances toutes plus atypiques les unes que les autres. Autre avantage, la NYMR permet de visiter son dépôt qui restaure et entretient ses locomotives à Grosmont. A savoir qu’une restauration est extrêmement coûteuse, on est loin des coûts nécessaires pour une auto. Il faut compter 1 000 000 £ pour la restauration complète d’une locomotive à vapeur et tous les 10 ans, chaque machine est intégralement révisée pendant deux ans pour un coût approchant les 500 000 £.

L’association vie grâce à 100 employés et plus de 800 bénévoles passionnés (conducteurs, chauffeurs, nettoyeurs…) travaillant presque jour et nuit. Parmi eux, je retrouve Maxime, un jeune français de 22 ans, passionné de trains. Il est apprenti ingénieur et travaille dans un Technicentre industriel de la SNCF. L’année dernière, dans le cadre de sa formation d’ingénieur, il a été bénévole pendant 3 mois à la NYMR. Cet été, il y retourne pour y passer ses vacances et travailler de nouveau au dépôt.

Quel est ton travail à la NYMR et sur quelle machine as-tu travaillé ?

Je travaille principalement avec James et Dave. Je réalise avec eux des tâches usuelles : repeindre l’intérieur de la cabine, remettre en état des bielles, aider à la repose des essieux moteurs et un bogie… On est assez polyvalents et il y a vraiment tous les métiers du monde ferroviaire.

J’ai participé à la restauration d’une Black Five de 1937 : la “Eric Treacy”. Elle a été baptisée ainsi en 1979, l’année qui a suivi le décès de cet évêque photographe ferroviaire. Pour en revenir à la locomotive, c’est un modèle britannique emblématique, conçu autant pour le transport de passagers que de marchandise.

Dépôt Grosmont (1)

Quelle est l’ambiance de travail au sein de l’association ? 

Avec tous les membres, on est une bonne bande de copains : on prend le thé et on mange ensemble, il y a même un pub pour l’association. On est avant tout des passionnés et le travail sur ce genre de machine reste un plaisir.

Es-tu es déjà monté à bord d’une cabine ?

J’ai eu la chance de monter quelques fois en cabine. J’ai pu m’occuper d’apporter le charbon devant le tender et de gérer le feu, ce qui n’était pas chose simple. J’ai même pu conduire une des locomotives sur une partie simple de la ligne en contrôlant le régulateur et en tirant sur le sifflet ! C’était un rêve depuis mon enfance !

Peu avant de quitter le dépôt de Grosmont pour reprendre ma route, je suis attiré par un vrombissement inhabituel. Je me retrouve nez à nez avec trois exemplaires de la Lancia Stratos, le modèle vainqueur du Championnat du monde des Rallyes de 1974 et 1976.  Un moment rare quand on sait que seuls 492 exemplaires ont été produits.

Le British National Railway Museum

A une heure de route de Grosmont se trouve le British National Railway Museum. Ouvert depuis 1975 dans l’ancien dépôt de York, il conserve et expose tout ce qui se rapporte au patrimoine ferroviaire. Le musée présente des modèles de toutes les époques et rend hommages aux pionniers du ferroviaire comme avec l’Agenoria ou la réplique de la Rocket, conçue en 1829 par Georges Stephenson. Bien qu’elle ne soit pas la première locomotive, c’est elle qui marquera les débuts de l’ère de la vapeur et la révolution des transports.

La collection compte de très belles locomotives, aussi impressionnantes par leur stature que par leur élégance, telle que la Duchesse d’Hamilton. Mais la plus belle pièce est sans nul doute la Mallard, la locomotive à vapeur la plus rapide de l’Histoire. Le 3 juillet 1938, elle bat ce record en atteignant les 203 km/h. Peu après celui-ci, elle rejoindra le dépôt le plus proche à cause d’une surchauffe.

Le musée dispose de son propre atelier de restauration mais également d’une reconstitution de quais d’une gare de l’époque Victorienne ou encore d’un Eurostar.


L’Île aux trésors

Après les palpitantes courses du Vintage Formula Festival à Donington Park (à relire ici), il faut bien croire que les anglais ont un don pour nous replonger dans le temps. D’autres lignes historiques sont disséminées un peu partout en Angleterre et en Ecosse et de nombreux événements sont organisés tout au long de la belle saison. Que vous soyez passionné, néophyte, seul ou en famille, la NNR et NYMR proposent ainsi des expériences variées et très accessibles, que ce soit en terme de tarifs ou de mobilité.

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Vincent
Rédacteur à News d'Anciennes
Etudiant et passionné d'automobiles , il commence en 2011 en écrivant "Auto d'Antan", une revue amateur sur les voitures anciennes.
Trois ans plus tard il se lance sur la blogosphère puis rejoint l'équipe de News d'Anciennes en 2016 .
Il partage la route avec sa Motobécane N40T et de son Vélosolex 3800.

4 commentaires sur “Voyage au cœur du patrimoine ferroviaire de l’Angleterre”

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