Peugeot 504

Peugeot 504, l’aboutissement d’une lignée

Est-ce que vous avez déjà reproché à votre cuisinier préféré de vous servir son rôti de façon succulente année après année, quelle que soit la sauce et l’accompagnement ? Et bien c’est pareil avec Peugeot et ses berlines d’après-guerre. Toujours réussies et bien placées. Et l’aboutissement de tout ça, c’est la Peugeot 504. C’est d’elle dont on vous parle aujourd’hui.


Même recette mais encore meilleure !

La Peugeot 504 n’est en fait que le cinquième modèle, hors utilitaires, sorti par le lion après-guerre. Et hormis la 204 qui est sortie en 1965 toutes les autres ont la même philosophie… et la même image. Celle de la France provinciale et un rien bourgeoise. La petite 204 a changé un peu la donne, mais la 504 dont l’étude commence en 1963 va en remettre une couche !

Des solutions techniques éprouvées

Quand les 203 et 403 partageaient le même moteur, la 404 en a inauguré un nouveau (mais elle récupérera aussi le moteur de la 403). La 504 va arriver avec un nouveau moteur, MAIS il est dérivé de celui de la 404. Ce 1796 cm³ sera disponible en version carbu, 73 ch, et injection, 97 ch.

Et comme avec ses devancières, le nouveau modèle monte en gamme pour atteindre les 10cv fiscaux. C’est dû autant à ce moteur plus gros et puissant qu’aux dimensions. Avec 4,49 m de long, 1,69 m de large et 1,46 m de haut, ce sont respectivement 5, 7 et 1 cm de plus que la devancière ! Mais au final c’est l’habitacle qui est le grand gagnant dans l’histoire.

Si la 204 a introduit la traction, pour une auto de cette stature c’est hors de question. Là aussi on va reprendre les bases des précédents modèles, avec un moteur placé longitudinalement à l’avant, une propulsion et une coque autoporteuse.
Des innovations, elle en apporte quand même avec quatre roues indépendantes et quatre freins à disques. Il était temps, Renault par exemple en avait fait de même avec une auto de gamme inférieure bien avant (oui on parle de la R8).

Bref la Peugeot 504 prend les recettes habituelles mais les remet à sa sauce. Et c’est loin d’être une mauvaise idée !

Un style franco-italien

Côté style on fait une nouvelle fois appel à Pinifarina, mais l’équipe de Peugeot, dirigée par Paul Bouvot est aussi dans la boucle et proposera ses projets. C’est finalement là que la 504 innovera peut-être le plus car le style classique est très élégant… et rompt avec la ligne de la 404 que Pininfarina a servi et resservi à toutes les sauces (oui c’est un peu un article culinaire).

C’est à l’italien qu’on doit l’arrière et notamment l’arrête sur le coffre. Le dessin ne plaisant pas totalement aux stylistes, ils rajoutent de la matière pour bomber le coffre, alors plat. Néanmoins le travail n’est pas terminé quand la voiture doit être dévoilée… et comme tout le monde adore, la forme restera telle quelle.

Par contre à l’avant, les deux projets initiaux sont rejetés. Bouvot et les équipes Peugeot dévoilent leur nouveau travail avant les italiens. Et lorsqu’elle apparaît l’italien s’avoue vaincu et déclare que c’est cet avant qui doit être sur l’auto, “parce qu’elle a les yeux de Sophia Loren” !

Le lion seul sur le segment ?

Même si la 504 peut paraître une berline moyenne avec nos yeux du XXIème siècle, c’est bien le haut de gamme de la marque. La 604 n’arrivera que 7 ans plus tard. Et en attendant, en face, au niveau français on retrouve la DS (qui ne cesse de monter en gamme et dévoile un nouveau style au même moment), chez Renault on a la R16 et chez Simca on ne trouve rien au dessus de la 1501. Bref la voie est libre pour le lion qui prépare le lancement de sa belle en 1968.

La carrière de la Peugeot 504 : à son image

On peut dire que la 504 a été performante, belle et robuste. Sa carrière peut employer tous ces adjectifs.

Bon, le lancement va connaître un petit souci. Il est programmé en Juin 1968. Forcément le climat social ne s’y prête pas et l’attention des médias et du public est ailleurs (cela n’empêchera pas Citroën de lancer sa Méhari fin mai…). Peugeot reporte donc la présentation au grand public et la fera plus classiquement dans le cadre du Salon de Paris du 3 au 13 Octobre. Entre temps la voiture a été révélée le 12 Septembre et chaque concessionnaire présent est reparti au volant d’une auto… histoire que la nouvelle venue se fasse voir un peu partout.

L’accueil est bon pour cet auto qui compte donc deux moteurs et une seule carrosserie. Tellement que la Peugeot 504 est élue Voiture Européenne de l’année 1969 et que les usines mettront 6 mois à absorber les commandes passées lors du salon !

Les premiers autres éléments de la gamme, le coupé et le cabriolet arriveront en Mars 1969 au salon de Genève.

Le millésime suivant voit une nouveauté dans l’équipement : les ceintures de sécurité sont proposées de série, mais uniquement à l’avant.

Pour les modèles 1971, donc à l’automne 1970, la Peugeot 504 voit arriver un gros lot de nouveautés. Premièrement sous le capot. Le moteur 1.8 litres laisse sa place à un 2 litres (1971 cm³ en fait), toujours proposé avec carburateurs (93 ch) ou l’injection (106 ch).
Mais ce n’est pas tout, les Break, Familiales à 7 places et Commerciale arrivent également. Ces versions longues reposent par contre sur un plus rustique essieu arrière rigide. On note aussi un petit décroché sur le toit de ces autos à la jonction avec la partie “rapportée”.
Et puis le Diesel arrive aussi avec un 2112 cm³ de 65 ch, uniquement sur les berline et la familiale.

En 1972 les changements sont mineurs. La custode reçoit des aérations mais surtout la 504 reçoit UN rétroviseur extérieur… de série !

Pour le millésime 1973 on change les dénominations. Les Peugeot 504 essence s’appellent GL (pour les versions à carburateurs) et TI (pour les versions injection). Le changement est également visible à l’intérieur puisque le levier de vitesse rejoint le plancher.
On continue aussi à réutiliser de vieilles recettes de la marque au lion. La 404 va bientôt être remplacée alors on propose une version économique de la 504, la L (c’est ce qui avait créé la 404-8). On ressort pour l’occasion le 1761 cm³, uniquement en version carbu, on reprend l’essieu rigide des versions longues et on réduit l’équipement. Le tableau de bord reprend ainsi le compteur horizontal de la commerciale et les butoirs de pare-chocs sautent.

Peugeot 504, l'aboutissement d'une lignée

La gamme se compose alors de plusieurs grandes familles. Côté essence on retrouve les versions d’entrée de gamme avec la L et la Commerciale, le milieu de gamme avec les GL, le Break et la Familiale et enfin la TI, sans compter les coupés et cabriolet. Même chose pour le diesel avec les LD et commerciales et leur 1948 cm³ de 50 ch et les GLD et familiales qui ont le gros 2.1 de 65ch.

La disparition de la 404 en 1975 déclenche la deuxième phase de la Peugeot 504. Côté mécanique, les versions à carbu passent à 96 ch, les versions injection à 106.
Mais c’est surtout au niveau cosmétique que les autos évoluent. À l’intérieur le volant moussé apparaît avec une évolution du dessin de la planche de bord. Les jantes des GL et TI sont modifiées, la face avant est revue et les clignotants deviennent blancs. On remarque aussi que les poignées de porte sont désormais encastrées. La 504 repart de plus belle !

La TI va recevoir de nouveaux équipement les années suivantes avec les vitres électriques de série en 1976 et la direction assistée en option en 1977. Cette année là le GLD reçoit un moteur 2.3 litres de 70 ch. Elle reçoit, comme les TI et GL, un nouveau lion sur la calandre qui est devenue noire mat.

Les évolutions du diesel seront les nouveautés de 1978 avec le passage au 2.3 litres pour la familiale tandis que la LD Break reçoit le 2.1 litres.
La LD berline attendra 1979 pour le recevoir. Au passage on passe ses vitesses au plancher, on remet des butoirs de pare-chocs et un nouveau tableau de bord. On note d’ailleurs un changement de dénomination : les Peugeot 504 L et LD deviennent 504 et 504 D.

1980 marque l’apparition de la remplaçante de la 504, la 505. Et comme c’est de coutume, on va descendre en gamme l’ancienne. On commence par supprimer les versions “haut de gamme”, c’est à dire les versions 2 litres. Ensuite on étend l’essieu arrière rigide qui se retrouve sur toutes les berlines. Enfin on remodèle la gamme. Elle se compose dorénavant des GR (ex L et 504 “toutcourt”) SR et break avec le 1.8 litres et des Break GR et Familiales en 2 litres. Côté diesel, sur le même principe on retrouve les GRD, SRD et Break avec le 2.1 litres tandis que la familiale garde le 2.3L.

Pour autant on présente aussi une nouveauté : le pick-up. Rustique au possible il est motorisé par un moteur essence 1618 cm³ de 62 ch ou le diesel 1948 cm³ avec 49 petits équidés…

En 1981 le diesel 2.3 s’invite sous le capot des berlines GRD et SRD et du Break GRD. De son côté Dangel propose une adaptation 4×4 sur la base des versions break et familiale.
L’année suivante le pick-up se voit proposé avec une meilleure finition, c’est le GR.

1983 marque l’arrêt, en France de la majorité des versions. Ne sont conservées que les Peugeot 504 Break, Commerciale et le Pick-Up. D’ailleurs il peut dorénavant recevoir lui aussi la transmission 4×4 de Dangel.

Le pick-up restera d’ailleurs en vente en France jusqu’en 1996 ! Il aura reçu le moteur 2,1 litres puis le 2,3 litres sur la version Entrepreneur. Il reçoit même un joli coup de projecteur en 1988 quand le pape Jean-Paul II en utilise un pour son voyage à Lyon !

Les deux dernières années, c’est d’Argentine que la Peugeot 504 Break provient. Car les 504, même arrêtées en France sont toujours produites à l’étranger. Si l’Argentine est autonome et retire finalement les Peugeot 504 de ses chaînes en 1998, la production de pièces continue à Sochaux jusqu’en 2005 ! Ce sont en effet ces pièces qui sont envoyées au Kenya (jusqu’en 2001) et au Nigeria pour y être assemblées. La dernière Peugeot 504 neuve est ainsi fabriquée à l’usine de Kaduna au Nigéria cette année là.

Au total ce sont plus de 3,7 millions d’exemplaires qui auront été produits toutes versions confondues ! Sacré héritage pour une voiture qui ne réinventait rien !

Peugeot 504, l'aboutissement d'une lignée

La carrière sportive de la 504

Avant que la version coupé ne la supplante, la Peugeot 504 a été la star des rallyes africains. Là encore, ça nous rappelle… la 404 tout simplement (j’en parle ici pour les amis de Mecanicus).

Son palmarès est assez impressionnant avec trois victoires au Bandama (Neyret-Terramorsi en 71, Mäkinen-Liddon sur TI en 74 et Consten-Flocon sur TI en 75), deux victoires au rallye du Maroc, en version TI (Mikkola-Todt en 75 et Nicolas-Gamet en 76) plus une victoire au Safari toujours en TI (Andersson-Hertz en 75).

On ajoutera des victoires au rallye de Suède 1979 en catégorie Diesel, le Championnat de Cote d’Ivoire en 77, et celui d’Afrique en 1984 (avec une 504 Groupe B, on en reparlera).

Mais on a aussi vu des Peugeot 504 sur les circuits ! C’était dans le (réputé) championnat de tourisme Argentin. La 504 y gagna le titre suprême, le TC2000 en 79 mais aussi 10 victoires de classes entre 70 et 83 !

Et on ne parle ici QUE des berlines !

Les Peugeot 504 de nos jours

Hormis les coupés et cabriolets, les 504 se trouvent encore en nombre… Mais il faudra quand même chercher un peu. L’image de la 504 d’occase envoyée de l’autre côté de la méditerranée n’est pas venue de nulle part et nombre d’autos ont connu une seconde carrière sur les routes africaines où elles excellaient.

Ce qu’il y a de bien, c’est que si vous tombez sous le charme, vous n’aurez pas besoin d’avoir un portefeuille spécialement bien garni. Les Peugeot 504 se trouvent aux alentours des 4-5000 € pour les versions L et SR/GR. Il faudra à peine plus pour les GL. Pour les versions injection et TI la fourchette se situe entre 6 et 10.000 €… et c’est un super choix !

Parce qu’avec son conservatisme assumé, la 504 peut toujours vous emmener sur les routes actuelles avec un confort et des performances loin d’être dépassées ! Vous aurez peut-être besoin des amis de Formulting pour vous former à régler l’injection, mais au delà de ça, vous trouverez aussi les pièces qu’il vous faut pour les restaurer. Même en 2020 la 504 reste fidèle à son image : aboutie, fiable et robuste.

Sources : l’Automobile Ancienne, Wikipedia


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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

3 commentaires sur “Peugeot 504, l’aboutissement d’une lignée”

  1. Pour les pîéces … enfin quelques piéces)… : l’ Aventure Peugeot à Sochaux ! ils peuvent également donner les coordonnées de quelques pros.

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