Jeff, à la recherche des Dakar d’antan

Publié le par Fabien

Jeff, à la recherche des Dakar d’antan

Le changement d’année, ce ne sont pas que des repas pantagruéliques et des cadeaux sous le sapin. C’est aussi la période où Thierry Sabine a lancé, en décembre 1978, en plein cœur de l’hiver, « Un défi pour ceux qui partent, du rêve pour ceux qui restent » : le Paris-Dakar. Une épreuve qui a bien évolué aujourd’hui, devenue hors de prix pour l’immense majorité d’entre nous. Mais à côté de cette épreuve, pour se replonger dans les Dakar d’antan, il existe un raid, le Babyboomer’s Adventure Maroc. Et l’occasion s’est présentée d’interviewer Jeff Dinet alias Jeff Dakardantan. Alors, le Babyboomer ? Une aventure à la hauteur de ces Dakar d’antan ?

Dakardantan, le site web

Mais quelques mots s’imposent pour présenter Jeff avant d’avoir son ressenti. Avec Yann Duffillot, José et Sébastien Lourseau, ce sont les quatre bonhommes qui ont créé le site Dakar d’antan, pour que ces premières éditions, sous l’égide de Thierry Sabine, et avant l’arrivée des grosses écuries pro, continuent de faire rêver.

Minutieusement, les voitures, les équipages, les classements des sept premiers Paris-Dakar ont été réunis, ainsi que les anecdotes les plus marquantes. Des anecdotes de l’intérieur, grâce à Yann et José, mais aussi des interviews d’anciens par Jeff, comme celle de Thierry de Montcorgé et sa fameuse Rolls Jules et bien d’autres. Des interviews retranscrites sur le groupe Facebook du site qui vient d’atteindre les 40.000 membres.

Jeff, en quelques mots

Pour l’avoir côtoyé pendant le Babyboomer’s Adventure 2025 (l’article vu de l’intérieur est par ici), j’ai vu en Jeff, un passionné comme on n’en croise pas tous les jours, ni dans la vie, ni sur le web. Un gars qui a d’ailleurs su s’y faire un pseudo : Jeff Dakardantan. Mais il a su faire bien plus !

Il a su en effet se faire un nom et une réputation auprès des anciens du Dakar, qu’ils soient du haut de l’affiche ou galériens de l’Afrique, ceux que l’on surnomme affectueusement les poireaux. Aujourd’hui, bien qu’il n’ait jamais participé à aucun des Paris-Dakar dont il est pourtant un puits de connaissance, il est une référence incontournable. Pourtant, il est d’une simplicité et d’une sympathie peu communes.

Il a donc participé, en 2025, à son premier raid en Afrique, le Babyboomer’s Adventure Maroc. Un raid imaginé et concrétisé par un de ces poireaux, son complice de Dakar d’antan, Yann Duffillot, qui nous a quitté en 2022.

La voiture ? Une Diva !

Quant à la voiture, la Diva, c’était une Lancia Fulvia coupé 1300S Safari, avec son moteur 4 cylindres en V à 12°, préparée avec minutie par Pierre-Simon Elizabé, son pilote. Une voiture qui s’est montrée, outre diablement belle et efficace sur tous les terrains, mais aussi particulièrement fiable pour sa première sortie.

S’il n’a jamais fait le Dakar, Pierre est un habitué de la préparation de voitures pour les rallyes marathon et les raids en anciennes. Il a notamment testé la fiabilité de sa Morgan Plus 8 sur le Babyboomer’s Adventure Maroc 2018, avant de l’engager au Pékin-Paris 2019 où l’équipage terminait 28ème de sa catégorie. Une belle référence.

Un moment de partage, sincère et plein d’émotion

News d’Anciennes : La question est simple : as-tu retrouvé lors de ton Babyboomer’s Adventure Maroc les sensations des Dakar d’antan telles que tu les imaginais ?

Jeff : D’abord, une des premières choses quand on me propose de faire le rallye, on me propose de faire équipe avec Pierre dans la Lancia Fulvia Safari, qui pour moi est une voiture complètement dans l’esprit des Dakar d’antan. On part dans un véhicule de monsieur-tout-le-monde qu’on transforme et qu’on améliore, qu’on fait évoluer de telle façon que l’on puisse affronter un rallye-raid du type Dakar.

Typiquement pour moi faire le Babyboomer’s Adventure dans cette voiture là, ça correspond complètement à mon rêve des Dakar d’antan, car je me retrouve dans un véhicule préparé, avec des énormes roues alors qu’à l’origine il n’y en a pas, un snorkel, des roues de secours sur le coffre arrière… Et puis à l’intérieur, c’est une vraie voiture de course avec son arceau, des harnais, des baquets… La voiture en elle-même me plonge dans l’esprit des Dakar d’antan. 

Tout au long du raid, je revis ce que les mecs qui ont vécu les Paris-Dakar me racontent. Moi j’avais principalement la place du copilote. Même si, le Babyboomer’s Adventure c’est un rallye où on se balade, on ressent quand même l’esprit que les anciens du Dakar ont vécu et ont véhiculé.

On a un parcours à suivre, même si on n’a pas un temps à faire. On a un road-book papier avec des vrais repères et un stylo. Dans la voiture il y avait 2 tripmasters et c’est tout : on est vraiment dans une obligation à se fier au road-book et à suivre la piste « à l’ancienne ».

Et du coup les outils que l’on a à disposition et le matériel nous replongent dans cette époque des Dakar d’antan.  On n’est pas dans quelque chose d’hyper numérique et complètement décalé par rapport à ce que l’on trouvait dans les rallye-raids à l’époque.  

Moi qui ai eu en main des road-books de l’époque, on est quasiment sur les mêmes motifs, les mêmes significations, les mêmes logos.

NA : la patte de Yann, en quelque sorte…

Jeff : Voilà, la patte de Yann. Du coup, que ce soit au niveau de la voiture, au niveau des outils, au niveau, évidemment, du terrain du Maroc, tout est fait pour que tu te replonges dans cette passion. Et puis, bien sûr, quand tu regardes le plateau autour de toi, tu as ces véhicules qui étaient là à l’époque : Fiat Panda, Lada, 504… Tout un tas de véhicules qui eux aussi te replongent dans ce qu’était le Dakar à ce moment là.

On n’est pas que sur des 4×4 hyper sophistiqués (même s’il y en a quelques-uns), mais on est sur des véhicules de monsieur-tout-le-monde, d’autant que la philosophie du Babyboomer est de rouler en 2 roues motrices. A l’époque, le garagiste du quartier ou le garagiste du petit village pouvait envisager de faire une performance avec un véhicule qu’il avait préparé. Eh bien on se retrouve avec une panoplie de ces véhicules qui nous replongent dans cette époque.  

Et, cerise sur le gâteau, tu côtoies des mecs qui ont fait les premiers Dakar, comme Pat Mitch [Patrick Mitchell en 1984 sur 504 – NDLA], Claude Marreau, le regretté René Metge, ou encore Pierre Lartigue, qui amènent leur expérience, qui amènent leur vécu et qui cautionnent ce rallye parce que, si ils sont là, c’est parce que c’est un rallye qui mérite d’être vécu par ces gars là. Et si ils restent, ce n’est pas que par pure amitié, c’est aussi parce que le rallye leur fait revivre des choses qu’ils ont vécu.

NA : C’est vrai que Claude ne viendra probablement plus, mais à toutes les éditions auxquelles il a participé, il y venait comme un gamin. Pendant l’année qui précédait, il démontait et remontait la R12, histoire qu’elle soit fiable pour le raid. Un gamin, mais toujours rigoureux et passionné ! 

Jeff : Tout est fait par l’organisation [SPYD Organisation – NDLA], tant dans l’environnement que dans tout ce qui t’entoure, pour te remettre au cœur de ces Dakar d’antan. Le terme de babyboomer est d’ailleurs bien choisi parce que nous replongeons dans quelque chose de cette époque. 

Et puis, quand j’étais sur le côté, dans le siège de droite, il y avait des images qui revenaient, qui me parlaient et qui m’ont replongé dans des vidéos que j’avais vues. [Et là, le regard de Jeff se perd dans ce souvenir et les mots deviennent littéralement des images qui défilent]

J’ai en mémoire et ça restera gravé toute ma vie, un bout de piste où on est dans la poussière, et puis il y a une Lada blanche comme celle de Briavoine à l’époque qui nous suit. On se tire un petit peu la bourre parce qu’on veut aller un petit peu plus vite, parce qu’on est en confiance ; et que c’est la fin du rallye, et que tout va bien.

Et donc, je vois dans le rétroviseur la Lada et en même temps que je vois cette Lada, je revois les images de la Lada de Briavoine qui suit la R20 des Marreau. On est sur ces images de Auto-Moto que je regardais gamin, et qui ont déclenché en moi cette passion du Dakar.  Et là, je vivais ça de l’intérieur comme si j’étais dans la vidéo d’Auto-Moto.

NA : On sent que ce passage de la Lada, c’est ton moment préféré. 

Jeff : Ce passage, c’est celui qui pendant quelques secondes me fait dire : « tiens ! Tu es en train de vivre un Dakar par procuration, comme les mecs ont vécu à l’époque« . 

Bien évidemment, il n’y a pas la prétention de vivre le même truc extraordinaire. Mais j’avoue que tous ces éléments mis bout à bout, m’ont amené petit à petit, à me laisser bercer par l’ambiance, et à travers cette image là, j’avais vraiment l’impression d’être sur le Dakar. J’ai ce souvenir.

Donc voilà, tout est fait pour que ce soit un moment qui nous replonge dans les Dakar d’Antan. Et donc, moi, j’ai adoré ça. 

NA : Et en tant que copilote, tu suivais les notes. C’était un exercice que tu avais déjà fait ? 

Jeff : C’est un exercice que j’avais déjà fait en régularité, mais pas beaucoup d’expérience quand même. Mais, Pierre qui est un excellent pilote, est aussi une personne qui te rassure et qui te guide, qui te conseille. Il m’avait donné quelques tuyaux notamment pour l’utilisation des tripmasters.

Il avait, consciemment ou inconsciemment, amené un petit niveau d’exigence qui correspond en plus à ce que j’aime bien faire, car à faire les choses, autant bien les faire ! Donc, il avait demandé à ce que les notes soient lues en avance, que je le rassure sur les pièges et la saignées qui vont arriver, 400, 200 mètres… Qu’on ait une communication un petit peu sérieuse sur ça.  

Comme en plus Pierre a une voiture qui est merveilleuse et super bien préparée, je pense qu’inconsciemment il m’a mis une petite pression pour que mon travail de copilote soit à la hauteur de la voiture. Et moi, je me suis mis cette pression positive pour être à la hauteur de sa Diva, mais aussi du pilotage de Pierre. De la pression sans stress, avec une exigence saine, qui t’amène à être un peu meilleur que tu ne le serais sans cette exigence.

NA : justement Pierre, qu’as tu pensé de ton copilote ?

Pierre-Simon Elizabé : La connaissance du Dakar qu’a Jeff, dans la voiture, je la retrouve en gestion de l’ambiance et des motivations. Et quand parfois ça va un peu moins bien, il était là et je ressentais comme une sorte d’encouragement grâce au rythme et au débit de ses paroles dans la lecture du road-book. 

Tout le temps positif, et tout le temps à dire « Putain, je suis bien là ! je suis bien dans le sable, bien dans les cailloux… bien dans la bagnole !« 

Quand on vous suivait [l’équipe News d’Anciennes était dans la ZX 1.4i – NDLA] ou qu’on en suivait d’autres, il y avait un esprit… Il y avait cet esprit quel que soit le nature des voitures. Il y avait cet esprit parce que on est tous dans un pays qui n’est pas le nôtre, sur un territoire et des pistes qui ne sont pas des trucs habituels, et cet esprit là, on le sentait comme un esprit des Dakar d’antan.

Même si c’était pas aussi difficile que le Dakar, pas aussi compliqué. Et on n’a pas la tension de compétition. Mais on a la notion d’aventure, la notion d’entraide. On se dit « ben tiens, là, ça risque d’être un peu compliqué » alors on fait attention à notre voiture mais aussi à celle qui est derrière pour qu’elle puisse nous suivre mais aussi pour être moins seuls en cas de pépin. C’est aussi faciliter les dépassements s’il y a besoin, toujours dans le respect des autres.

Et bien sûr, l’aventure de faire rouler la Lancia avec Jeff en navigateur, c’est aussi un immense plaisir. 

NA : En quelque sorte le parfait esprit du Babyboomer ’s Adventure Maroc ? 

Jeff : Oui, cet esprit qui à un moment donné prend un monsieur-tout-le-monde et l’amène à être plus exigeant avec lui-même et plus performant dans quelque chose qui n’est pas notre quotidien. Ça permet de vivre une expérience où tu es exigeant avec toi-même, tu es content de cette exigence parce que tu te fais plaisir et tu fais plaisir à l’équipage, au pilote.

Et quand tu ressors de cette expérience, tu es content d’avoir vécu ça, et de ne pas avoir été ni ridicule, ni je je-m’en-foutiste, ni délétère, ni bêtement ce touriste qui se laisse porter. Tu te dis : « Ben tiens, j’ai essayé de faire les choses bien, comme je peux« . Mais ce niveau d’exigence, je remercie Pierre de l’avoir amené et de m’avoir permis de me sentir assez content de ce que j’avais fait, même si j’ai fait des erreurs. [rires]

NA : il faut découvrir, c’est vrai, et de ce que tu dis, il y a aussi une part de solidarité, dans le raid. 

Jeff : Ça aussi. Il y a des moments, quand on s’est tanqué avec Pierre (on s’est planté 2-3 fois dans le sable), j’ai eu le sentiment de revivre ce que je voyais dans les vidéos du Dakar. Philippe [un participant du Babyboomer 2025 à bord d’un Toyota BJ71, que l’on voit à côté de la Lancia sur l’affiche du Babyboomer 2026 – NDLA] qui s’arrête avec le Toy, il se met devant nous, on sort la sangle que je vais attacher à l’arrière du Toy, puis à l’anneau de la Lancia.

Et ça, c’est le petit moment où tu dis, il y a une semaine, j’étais dans ma Loire, dans mon canapé et là, je mets une sangle dans le désert sous un 4×4, et je vais tirer la voiture… Et ça, ça a été un vrai moment, aussi, qui m’a replongé dans les Dakar d’antan. 

NA : Finalement, toi, ton Dakar d’antan, c’est les 1res années, jusqu’en 85, en tirant sur 87/88. Ces premières années où il y avait la solidarité qui a été perdue petit à petit… 

Jeff : Voilà, et la solidarité était indispensable dans le sens où les gens, pour aller au bout, à un certain moment, comme il y avait peu d’assistance, ils devaient se serrer les coudes. Et au fur et à mesure que le rallye avançait, la solidarité devenait quasiment indispensable. Donc c’est un état d’esprit qui était très, très, très présent, parce que la compétition à un moment donné disparaît. Le but n’est plus de gagner mais d’atteindre un objectif : arriver à Dakar.

Cet état d’esprit, moi je l’adore dans la vie tous les jours, et c’est quelque chose qu’on retrouve dans ce Babyboomer aussi parce qu’il n’y a pas d’objectif de course et pas de chronométrage donc du coup, l’objectif très clairement dépeint, c’est d’arriver tout le groupe. Je veux dire que le fait que l’on ne soit pas sur une course mais sur un raid, ça change la donne, et moi j’ai trouvé ça extraordinairement bien.

Mais effectivement, cet esprit de solidarité c’est ce qu’on retrouvait sur les Dakar d’antan et qui caractérisait cette époque là des rallyes-raids. Les mecs partaient, notamment les motards et les amateurs, les poireaux. Et vraiment s’ils voulaient arriver au bout, il fallait se serrer les coudes. Au départ des mecs étaient tout seuls. À la fin du rallye, ils se trouvaient à deux trois, parce que pour arriver, il fallait qu’on s’entraide.

NA : merci Jeff, merci Pierre pour ce témoignage qui reflète également ce que nous avons vécu dans la ZX.

Et pourquoi pas vous ?

Il reste encore quelques places pour le Babyboomer’s Adventure 2026. Plus d’info ? C’est par ici !

Fabien

C'est un lion et un cheval cabré qui lui ont fait aimer les voitures dans son enfance... Un livre, «La maîtresse d'acier» de Pierre Coutras, et des pilotes de légende l'ont conduit à me passionner pour des bolides plus anciens. Fabien est basé près de Lyon où il essaye régulièrement des voitures variées mais couvre des événements dans toute la France avec plus de 200 articles à son compteur.

Commentaires

  1. Pierre ELIZABE

    Merci, un grand merci Fabien, tu as parfaitement résumé notre Babyboomer’s Maroc avec Jeff.
    En te lisant, j’étais transporté dans l ‘Atlas est l’air sec du sable chaud m’a envahit ❤️ Merci

    Répondre · · 2 janvier 2026 à 11 h 24 min

    1. Fabien

      Jeff a des talents de conteur ! Cet interview, tant de Jeff que de toi, a été un réel plaisir.

      Répondre · · 2 janvier 2026 à 11 h 29 min

  2. Nicolas Bothorel

    Pour l’avoir eu comme copilote sur une étape, un mec super sympa. Le feeling a tout de suite était bon, malgré une petite blague déstabilisante au petit déjeuner.
    Il a presque était aussi bon copilote que Carole ma femme .

    Répondre · · 2 janvier 2026 à 12 h 25 min

    1. Fabien

      En effet, tu as eu Jeff à la navigation dans la BX 4×4. Merci pour ton témoignage

      Répondre · · 2 janvier 2026 à 13 h 02 min

  3. denis

    ah, le maroc (hors des villes (comme en france!!)) est fantastique
    si elle passe une image de mon périple en ténéré « dakar » en 85

    Répondre · · 3 janvier 2026 à 19 h 41 min

    1. Fabien

      Un pays magnifique en effet !!!

      Répondre · · 3 janvier 2026 à 19 h 45 min

Laisser un commentaire

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.