Essai d’une Ferrari 208 GTB, y’en a un peu moins, on prend quand même !

Publié le par Benjamin

Essai d’une Ferrari 208 GTB, y’en a un peu moins, on prend quand même !

Non, il n’y a pas de faute de frappe. Le modèle est rare, encore plus par chez nous puisque c’est d’une histoire 100% italienne dont on va parler. La Ferrari 208 GTB, c’était l’archi entrée de gamme de l’époque. Pensée pour le marché italien, vous aurez compris à son nom en quoi elle diffère de la 308 GTB qui est sa quasi jumelle : son moteur. Quand la 308 est propulsée par son classique V8, celui de 208 est plus petit. Forcément, ça interroge, notamment quand à ses capacités routières. C’est justement pour ça qu’on va se mettre au volant avant que la voiture ne soit proposée aux enchères par Boisseau-Pomez lors des 48 Heures Automobiles de Troyes.

En bref :
– Le « downsizing », on le connaît surtout pour réduire la pollution. Si Ferrari a réduit les capacités de ses Ferrari 308, c’était en fait pour des raisons… fiscales !
– La Ferrari 208 GTB pourrait cependant passer pour une 308 dans la rue puisque rien ne différencie les deux voitures extérieurement, au badge près.
– Sur la route, par contre, la différence de cylindrée se fait ressentir, mais la Ferrari 208 GTB est loin d’être une mauvaise auto pour autant.

Notre Ferrari 208 GTB du jour

Commençons par une précision : la Ferrari 208 GTB n’est pas la première 208 puisqu’elle succède, en 1980, à la Dino, puis Ferrari, 208 GT4 qui a initié cette série particulière de Ferrari à petit moteur. La recette est exactement la même, le moteur aussi on y reviendra, puisqu’on ne fait que changer ce V8 (et encore). Du coup, quand la 208 GT4 était similaire à la 308 GT4, la Ferrari 208 GTB est similaire, esthétiquement parlant, à la 308 GTB.

Du coup, ce n’est rien de moins que la troisième auto du genre que l’on peut essayer après une 308 GTB Vetroresina et une 308 GTBi et, d’ailleurs, ces deux dernières étaient également rouges. On vous les mettrait dans le désordre et ensemble, vous auriez du mal à les reconnaître. Non, visuellement, il n’y a pas grand chose à rajouter.

La ligne de la Ferrari 208 GTB est donc issue du crayon de Leonardo Fioravanti, alors designer chez Pininfarina. C’est important de le préciser puisqu’il faut rappeler que la 308 GT4 a été la seule Ferrari dessinée chez Bertone !

La ligne s’inspire des plus grosses Ferrari de l’époque, les 512 BB (même si la ligne vient de la 365 BB). Une ligne en coin, basse, tendue, avec des appendices aéro qui soulignent bien que le moteur est placé à l’arrière. Vu que c’était une première, il fallait bien marquer le coup ! On a donc gardé cette idée sur la 308 GTB et ça transparaît sur la Ferrari 280 GTB.

La Ferrari 208 GTB reste une belle voiture. Résolument sportive dans ses formes. Elle semble taillée pour fendre le vent, de ses phares pop-up qui s’éclipsent en plein jour à ses prises d’air latérales de bonne taille. L’arrière est assez simple avec ce plat entre les arches, trait de style typique des voitures à moteur central de l’époque, de la Maserati Merak à la Lancia Montecarlo. Les phares arrières sont toujours ronds et, malgré le sigle 208 GTB, on conserve les quatre sorties d’échappement.

Si la Ferrari 208 GTB reste une belle voiture, forcément, elle accuse un peu son âge entre les pare-chocs composés de bandes noires à l’avant comme à l’arrière et, surtout, cette impression d’être haute sur patte. La raison est simple : les pneus (TRX) d’époque présentaient un profil haut et les jantes étaient bien plus petites.

Allez, on passe sur le physique, parce que sur la Ferrari 208 GTB, ce n’est vraiment pas le plus important.

Sous le capot : insoupçonnable !

On déverrouille le capot et on ouvre. Les vérins tiennent et laissent voir le V8 de la Ferrari 208 GTB. On vous fait un récap de la dénomination : chez Ferrari les 2 premiers chiffres des berlinettes donnaient la cylindrée totale (et plus unitaire) et le dernier chiffre donnait le nombre de cylindres. Donc une 308, c’est un V8 de 3L et la Ferrari 208 GTB embarque un V8 de 2L. Oui, c’est une sacré réduction !

C’est quasiment impossible à déceler en le regardant et pour cause : c’est en fait le même moteur. Le vilebrequin est conservé et le bloc aussi. La différence ne viendra finalement que de l’alésage. Il passe de 81mm pour atteindre 67mm ! Au total on retrouve 1991cm³ sous le capot.

Pourquoi ce « downsizing » ? Pas pour des raisons d’émissions pour le marché américain mais… pour des raisons fiscales sur le marché italien ! Dans les années 70, le gouvernement met en place une taxe sur les moteurs de plus de 2L. La plupart des fabricants de sportives de la botte proposeront des voitures spéciales (Urraco P200 chez Lambo et Merak 2000 GT chez Maserati) et Ferrari sera l’un des plus prompts à réagir en introduisant sa 208 (alors GT4).

En chiffres, ça donne quoi ? Attention, ça pique. Le V8 sort 170ch… SAE soit 155ch DIN. Oui, ça fait une sacrée réduction par rapport aux 255ch de la 308. Ce sont toujours des carbus qui alimentent le moteur et on fait confiance à la même boîte 5, qui peut le plus peut le moins. Le châssis ? Strictement identique au point que cette version « downsizée » n’est pas plus légère avec un poids autour des 1400kg (relevés).

Il faut aussi noter que cette baisse de performance sera mal perçue chez Ferrari. Les Ferrari 208 GTB et GTS auront une carrière de deux ans seulement (300 exemplaires au total) avant d’être remplacées par les Ferrari 208 GTB et GTS Turbo qui feront passer la puissance à 220ch et même 254ch pour les GTB Turbo et GTS Turbo qui reprendront la ligne des 328. Vous voulez en savoir plus ?

Intérieur : superbe

Il est fréquent de taper sur les intérieurs des Ferrari et, souvent, c’est mérité. Sur notre Ferrari 208 GTB, il n’y a pas vraiment de raisons de le faire. Déjà parce que la configuration est idéale avec du cuir beige. Ensuite parce que l’ensemble a bien vieilli. Oui, c’est patiné, mais c’est beau et les craquelures sont absentes, preuve de la qualité des matériaux de base et de leur bon entretien.

Niveau dessin ? Là encore, si vous visualisez la 308, aucune surprise en ouvrant les grandes portes de la Ferrari 208 GTB. C’est plutôt beau et semble bien fait. L’instrumentation est regroupée sous la casquette qui se détache tellement de la planche de bord (revêtue, elle, de cuir noir), qu’elle est inratable. Tachymètre à gauche, compte-tours à droite, jauge de carburant, température d’eau et pression d’huile au centre. On complètera avec la pression d’huile et la montre qui se retrouvent juste devant le levier de vitesse. On note enfin que ces compteurs sont en italien. Il ne faut pas oublier que c’est pour ce marché que les Ferrari 208 GTB ont été pensées.

Le volant semble petit mais, au moins, il facilitera l’accès à bord. Le levier de vitesse est fin, haut et bien planté dans sa grille métallique. Derrière, on retrouve la plupart des commandes sur le tunnel puisque la Ferrari 208 GTB se passe de console centrale. Maintenant, reste à s’y installer pour de bon.

Au volant de la Ferrari 208 GTB

C’est parti. On ne va pas vous dire que c’est pareil que la dernière fois, mais ça l’est ! Si on l’avait oublié, et bien c’est comme dans la plupart des berlinettes. On est assis très bas mais, au moins, la porte est assez grande pour s’éviter trop de contorsions pour s’installer. Une fois à bord, il reste à démarrer.

Première sentence : le bruit du moteur. Forcément, ça cube moins donc ça ne sonne pas pareil. C’est d’ailleurs un bruit assez étrange. Oui, c’est un 2 litres et on connaît bien cette cylindrée, mais la plupart du temps ce sont des 4 pattes. La Ferrari 208 GTB propose 4 gamelles de plus (et autant de sorties d’échappement), donc, c’est logique, ça ne sonne pas pareil. C’est un son différent, original, qui se répercute sur les murs autour de nous.

Pied sur l’embrayage. Là non plus, pas de dépaysement, la commande est dure. Ensuite on passe la première. Pas d’empressement donc pas encore de tintement dans la grille métallique. Le moteur prend quelques tours et on accélère. On roule d’abord au pas et, à cette vitesse, on vous conseille d’avoir un peu de force dans les bras parce que la direction est dure. Premier freinage, la pédale est également dure. En bref ? On est bien à bord d’une Ferrari des années 80.

Allez, un petit tour dans le village. L’italienne est au ras du sol mais la vision vers l’extérieur reste bonne. C’est l’avantage des voitures anciennes, les surfaces vitrées sont grandes. Si les commandes sont dures, leur précision est exemplaire et ne présentent pas de surprise. On peut ainsi aborder sereinement le ralentisseur et même à très faible vitesse, il confirme que les amortisseurs de la Ferrari 208 GTB sont également durs.

On sort du village. On va commencer par rouler piano. En fait à la vitesse de n’importe quelle voiture. La Ferrari 208 GTB s’en accommode. Elle ne fait pas partie de ces sportives qui demandent tout le temps à rouler à fond. Par contre, on sent quand même qu’à cette vitesse et bas dans les tours, le moteur 2 litres n’offre pas le même agrément que le 3 litres. Cette fois, la différence vient du couple qui passe de 284Nm à 170 « seulement ». Il ne faut pas chipoter, certaines sportives de l’époque s’en contentaient largement. C’est uniquement la comparaison qui fait bizarre.

Quelques kilomètres plus loin, arrêt photo. Au moment de repartir, la manœuvre de demi-tour est compliquée en raison du rayon de braquage ridicule. Heureusement, en reprenant la route, on ne s’en rend plus du tout compte. La Ferrari 208 GTB évolue sereinement et on oublie le moteur qui diffuse un son feutré dans l’habitacle. C’est aussi le but parce qu’il monte doucement en température.

Un peu plus loin, il est al dente. Un stop propose de chercher un peu à le brusquer. La fenêtre est courte et la Ferrari 208 GTB s’extrait facilement. La première est un peu poussée, la deuxième un peu moins et on finit par revenir en 5e. Les rapports sont assez courts donc on n’est pas en sous-régime mais on sent aussi qu’il y a de la marge. En tout cas cette première accélération laisse une première impression qu’on va aller confirmer sur une route plus adaptée.

Place aux virages et aux relances. L’italienne y est beaucoup plus à l’aise ! Pour certains enchaînements, les 2e et 3e rapports face à face sont vraiment indiqués. Et on entend les « clank » de la grille qui annoncent fièrement le verrouillage du rapport. Le moteur est plus haut dans les tours. Au dessus des 3000, de tout façon, le couple du 2 litres forme presque un quasi-plat jusqu’aux 6000.

Alors, ce moteur ? Le vrai problème ne vient pas de ses qualités mais de la comparaison ! La Ferrari 208 GTB accélère plutôt bien, propose de bonnes relances… mais il y a plein de mais. Déjà, le manque d’allonge est criant. La puissance en large baisse offre des perfs correctes… mais on a quand même un blason Ferrari sous les yeux et, vu comme ça, c’est faiblard ! La sonorité est également différente. Si elle est originale, elle n’a pas le charme du V8 de 3L. Oui, c’est très dommage.

Le gros avantage vient du châssis. Celui-ci paraît « surdimensionné ». Taillé pour supporter et accompagner les 255ch, il est dans des chaussons quand on n’en retrouve 100 de moins. Le freinage est parfait. Si la pédale est dure, elle est progressive et le système est performant. La direction est ultra réactive. Le petit volant ne présente aucun flou au milieu et permet des corrections parfaites et un placement exemplaire. Enfin, l’amortissement encaisse sans soucis le rythme imposé. En fait, c’est une voiture très facile, équilibrée, qui ne demandera pas de séances d’entrainement avant de l’apprécier.

Alors on continue la route. On peut rouler à un rythme un peu forcé en ayant l’esprit plus léger qu’avec une 308. La Ferrari 208 GTB reste dynamique, performante, mais il faudra vraiment y aller très fort pour se faire peur. Tirer le max du moteur, certainement, ce qui reste un exercice peu habituel sur une voiture de cet âge.

Enfin, il faut quand même rappeler que la Ferrari 208 GTB est, comme les 308 GTB, une voiture plaisante, MAIS. Le MAIS vient de cet intérieur. On ne lui reprochera pas son confort. On est bien installés, bien maintenu et les commandes tombent bien sous les mains. Une belle preuve d’ergonomie ? Pas vraiment. Le conducteur des années 80 qui pouvait se payer une Ferrari devait être plus petit que le conducteur moyen actuel. Résultat : une impression d’être engoncé dans l’habitacle. Bonus : il faut bien placer sa tête pour pouvoir voir le tachymètre sinon le volant le cache entre 40 et 120km/h. C’est évidemment plus que la marge d’erreur des radars !

Conclusion :

La Ferrari 208 GTB est-elle une mauvaise voiture ? Non. À l’arrêt, elle reste belle et dégage ce qu’on attend d’une Ferrari. Sur la route, c’est une voiture qui reste performante, a de la personnalité, un châssis exemplaire et finalement un moteur performant. En fait, on retrouve des sensations qui peuvent se rapprocher de celles d’une Lancia Montecarlo (un peu moins lourde et moins puissante) et c’est donc tout sauf un reproche ! C’est donc une voiture à recommander pour ce qu’elle est.

Son vrai problème, c’est en fait la Ferrari 308 GTB. La « vraie » Ferrari, ce sera elle. Quand on commence par conduire une Ferrari 208 GTB, on l’appréciera pour ce qu’elle est mais la 308 vous montrera qu’il y a une grosse différence qu’il ne faut pas oublier.

Les plus de la Ferrari 308 GTBLes moins de la Ferrari 308 GTB
Sa ligneLe moteur en retrait
Le clink de la boîteLe manque d’allonge
La facilité de conduiteLe son
Le châssisL’habitabilité
Les notes de la Ferrari 208 GTB
Fiche techniqueFerrari 208 GTB
Années1980-1982
Mécanique
Architecture8 cylindres en V
Cylindrée1991 cm³
Alimentation4 Carbus double corps
Soupapes16
Puissance Max155ch à 6800 trs/min
Couple Max170Nm à 4200 trs/min
Boîte de VitesseManuelle 5 rapports
TransmissionPropulsion
Châssis
Position MoteurTransversale centrale
FreinageDisques Ventilés AV et AR
VoiesAV 1460 mm / AR 1460 mm
Empattement2340 mm
Dimensions L x l x h4230 x 1720 x 1120 mm
Poids (relevé)1380 kg
Performances
Vmax Mesurée215 km/h
0 à 100 km/h8,9s
400m d.a16,7s
1000m d.a30,8s
Poids/Puissance8,9 kg/ch
Conso Mixte± 14 litres / 100km
Conso Sportive± 20 litres / 100 km
Prix± 80.000 €

Rouler en Ferrari 208 GTB

Envie d’être original ou de compléter une collection ? Il faut sauter le pas ! Notez que ces voitures sont rares. Pourtant, on en trouve quand même sur le marché. La plupart sont logiquement en Italie mais les Ferrari 208 GTB étaient également au catalogue au Portugal. Les prix ? Ils varient énormément. On part des 50 à 60.000€ pour des voitures qui ont besoin de soins et on monte rapidement au-dessus des 85 à 90.000€ pour des voitures prêtes à rouler, restaurées ou bien conservées.

Par comparaison, les Ferrari 308 GTB correspondantes (caisse acier et carbus) sont légèrement plus chères. Une belle Ferrari 208 GTB peut se vendre plus cher qu’une 308 « juste roulante ».

Notre voiture du jour, de 1981 avec un compteur affichant moins de 70.000km, a subi une grosse révision en 2024. Parfaitement fonctionnelle, elle sera donc proposée par la maison Boisseau-Pomez lors de sa vente des 48 Heures Automobiles de Troyes. Elle est estimée entre 50 et 70.000€. Vous trouverez toutes les infos par ici.

Ce qu’il faut surveiller avant d’acheter une Ferrari 208 GTB ? Déjà la corrosion puisque ces autos des années 80 y sont sujettes. Ensuite, il faut bien regarder les pneus puisqu’elle chausse des TRX dont la disponibilité peut varier (et on ne parle pas des tarifs). Sinon, les entretiens courants sont les mêmes que sur les 308 avec une distribution à faire tous les 40.000km ou tous les deux ans, l’embrayage et les silentblocs à faire aux 50.000km… et il est conseillé de refaire tout le moteur une fois les 100.000km atteints.

Un grand merci à Geoffroy Boisseau pour avoir permis cet essai.

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

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